‹ Relations des quatre voyages entreprisChapitre 11 sur 26 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

voyèreiit de Séville des flottes pour achever la conquête de quelques unes d'entre elles, pour convertir les infidèles à la religion chrétienne, peupler la grande Canarie de catholiques, y bâtir une église cathédrale, ramener à des idées de soumission ceux qui s'y régardaient comme seigneurs indépendans , et enfin défendre cette colonie, si, comme on le craignait, les Français entreprenaient d'en faire la conquête. Les Portugais, de leur coté, débarrassés de l'opposition et des réclamations des Castillans, continuèrent tranquillement les découvertes de la côte d'Afrique, interrompues depuis la mort de l'infant don Henri. Jean II succéda, en 1481 , à son père Alphonse V, et se proposa de les poursuivre avec plus de zèle et d'après un plan mieux tracé. Il créa à cet effet une junte de mathématiciens qui établit des règles de navigation d'après la hauteur du soleil : il envoya une flotte à la côte de Guinée ; il conclut un traité de paix et d'amitié avec le seigneur de cette contrée, et fit construire à la Mine cTOr la forteresse qui reçut le nom de Saint-George de la Mine y et devint successivement en peu de temps un bourg assez important , puis une cité favorisée par de grands privilèges. N'ayant plus maintenant aucune crainte, relativement aux pays nouvellement découverts, Diego Cam s'avança, en 1484?

jusqu'au fleuve ZaSire , qui péfiètre dans le royaume de Congo (i), et Juan Alfonso de

(i) La malheureuse expédition du capitaine Tuckey n'a pas Jbeauooiq» éclairci la difEculté qui existe reladTement an oours du Zaûr ou Zaïre. H eat peu probable que ce grand fleuve ait sa source au nord, ou à peu près au nord de son embouchure. Deux autres opinions sont plus probables: suivant l'une , il sordra'il de la province de Maooc0| à l'estnord-est de son embouchure , ou bien du pays de Fnngeno y où coule la rivière appelée Umbre, direction qui approche beaucoup de la première. *

■: 'X^wxisA^ est que le Zur prend sa source dans le Mat-

temba , et c'est celle à laquelle je donne la préférence. Ce ^int j^situé au neuvième degré de latitude sud, et au v^aigâk|^de longitude est de Paris ^ il est peu élcngii» du ëoun dru i^ande rivière de Goanza. Le plateau d*où me paraît sortir le fleuve est très élevé, et s'appelle Dumbo, La rivière prend d'abord son cours au midi, traverse le fiil^l|^^G«nga «t Mahunga, ensuite etté tourne à l'ouest et a|r#4lH^tiest-, et arrose le pays de Goungo-Batta et Sundî, de \^ elle se rend directement à la mer, au sud-ouest , et s'y jeHç à tr^^ lieues environ au-dessous de la ville de Sonho^ qHnb vtxm traversé la grande chaîne de la Guinée méridiontfé ^ "^ge rOcéan.

Ce cours du Zaïr supérieur résulte du rapport des marchands poTtngab qui ont pénétré dans l'Afrique centrale: Ifurs ipécilà méritent d'autant* plus de confiance qu'ils se sont avancés bien plus loin dans l'est. Il existait , et il existe peut-être encore deux factoreries portugaises à vingtif lieues à l'est de la source présumée* Perreira a indiqué les sources du grand fleuve Zambezi , qui tombe dans le

loo ^ lNTRODUCT10j?î.

Aveiro découvrit, en 1 486, le royaume de Benitiy

dont le monarque, la famille et les sujets embrassèi:ent le chri&tianisiue (i) ; c'egt là qu'on

canal de Mozambique , vers une podtion élevée, qui n'est

pas très éloignée du coiu b du Coanza, ce qui rcjoiui presque Içs notions relatives au bassin de Test et à celui de Touest; c'est ce que nous possédons de mieux jusqu'à présent. Un autre système existe enrore sur îa source du Zaïr, c'est que la rivière centrale de Cosati est l'origine commuDe du Coanza. Sa source, placée vers le septième degré de latitude sud, et le trentième de longitude est de Pans, n'est pas éloi* gnée, dît-on, de la prétendue mer intérieun; do ^larawi ; mais rien n'est plus problématique que cette opinion* En général, on sait infiniment peu sur le fuseau compris entre le parallèle quinze degrés sud , et dix nord , d'une part , et les deux mers de l'autre. (J...D.)

( t ) Barros atteste que le itâ de Benîn envoya une ambassade au fort Mina , sut la côte d'Or, pour obtenir des raîssionQaires et se faire instruire dans la rdigion . chrétienne. Fernando del Po ( le même qui a dooné.son aofft pl^t*'^ au fond du golfe de Guinée) fût charge par le roi de Portugal de remplir le vœu du \xn tk Jîenin; il construisit une église où. les habitans furent baptisés et instruits par milliers. Barros rapporte le même fait à Tégard de plusieurs p^ûces de TA^frique occidentale; il cile d'abord le fameux Bwntiy^ prince yolof, baptisé en Portugal ( 14%)} ensuite le roi de Congo Y qui se convertit au christianisme sur les instances de Diego Cam. Plus tard, Ruy de Souza fit ba|^^r le roi do Sonho et beaucoup d'autres indigènes. Pendant plus. àii àii\XK siècles^ les provinces situées au midi du Zaïr pro-

' fS^TRODUCTION. loi

eut sur le preste Jean et sur l'intérieur du pays quelques renseigneniens qui auguientèrent les espérances de trouver par cette route l'Inde orientale. Sur ces entrefaites Bartolomé Diaz et Juan Infante reconnurent 35o lieues de la côte, et découvrirent par les 33° [\o' sud Yile de Sainte-Croix ^ et ensuite le cap qu'ils appelèrent des Tempêtes à cause de celles qu'ils eurent à essuyer pour le doubler, et que le roi Jean appela de Bonne-Espérance à cause de celle qu'il lui donnait d'une roule pour aller dans l'Inde et en faire directement le commerce.

§. XXVI. Voulant vériûer les bruits vagues qu'on ne cessait de répéter, et acquérir des renseigneniens certains sur l'existence du prctreJean et sur sa puissance, ce même roi Jean II chargea de cette commission, en 1487, Jean Pedro de Covilham et Alfonse de Paiva ; ils s'embarquèrent à Barcelonne, se rendirent d'abord à Naples, d'où ils passèrent successivement à Rhodes, à Alexandrie, au Caire, alors capitale et résidence des soudains d'Égypte, à la cité d'Adem,

fessèrent le christianisme avec uu mélange d'idolâtrie, et le pape envoya sur ces bords un grand nombre de missionnaires. Malgré tous les efforts faits par les Portugais pour la conversion des Africains, et dont nous venons de donner en abrégé les résultats , le christianisme , comme on sait , n'a pas jeté eu Afi iquc de profondes racines. (J...D. )

située à Teiitrée de la mer Rouge, où les deux compagnons se séparèrent. Paiva se dirigea vers rÉthiopie et Covilham vers l'Inde , où il visita les villes de Cana'nor, de Calicut et de Goa; il s'informa de l'étendue de ces contrées , de la circonscription de leurs provinces, de leurs productions, de leurs richesses, de leur commerce et des mœurs de leurs habitans; il retourna par Sofala à Adem et au Caire, où il apprit la mort de Paiva. Ayant résolu de retourner en Portugal , et ayant reçu , par le moyen de quelques Juifs, des lettres du roi Jean, Covilham partit, conformément à ses ordres , pour Ormuz , à cette époque l'entrepôt où s'accumulaient toutes les drogues, toutes les productions et les richesses de rOrient, qui se répandaient ensuite en Europe. Il arnva enfin à la cour du prêtre Jean (i),

(i) Il y aurait ici de l'obscurité pour la plupart des lecteurs français, surtout après ce qui a été dit au §. 9 de cette Introduction, si nous ne donnions à ce passage l'explication qu'il réclame. Il est évident qu'après avoir placé le prêtre Jean et ses Étals dans les régions centrales de l'Asie , on devrait être assez étonné de les trouver ici en Afrique. Il faut indiquer les causes d'une transposition géographique aussi extraordinaire. Malgré la célébrité que le nom du prêtre Jean avait acquise dans le moyen âge, on n'avait jamais (Ui) comme on a pu le voir plus haut, page 95, note i, aucune notion bien pn*ctse sur sa personne et sur la situation de ses États. On a pu déjà voir que les renseignemens

INTRODUCTION. io3

km |iltt9 aUÈùlBf ks plus eoiicliiâtis et ks plus prepr^s A donner des lâées justes sur ce penoimage et sur son pays, se trouvent dans des auteurs orientaux, restes inconnus aux peuples et aux wnm de roccidesl. it est à remarquer Hpué les aonibraiisés pléœs relatées» lettres cm hidications dit

moyen Hge, qui se rapportent au prêtre Jean, ne numqucnt pas de placer son royaume daus l'Inde ou dans la Grande* Inde. Ott l'appelle Jlcfx Jndormm, domùuuar et imperator ■ IndSoBt et son pays, Major pars Indice , ou la Granâe^Ihde {Hist. hierosol., IW. I, chap. 76, et Plan Carpin, chap. 5), Ob était alors daus Tusage de donner un peu vaguement le nom d'Indt k tontes les régions éloignées de l'Asie , soit vers l'orient, soit V4?rs le midi. Les anciens en avaient agi de même , et nous eu avons fait autant après eux. Les anciens damaient le nom dinde à l'Éthiopie» et à toutes les régions drl'Afiriqué et de l'Arabie situées sur les côtes de la mer Rouge , qui se trouvaient sur la j oiite des vaisseaux qtti se rendaient de 1 Égjpte dans l'Inde. Les géographes arabes y persans et turcs, eu agissent de même à présent, et ils donnent le nom dinde à l^eiUen et à toutes les portions méridionales de l'Arabie sur la mer des Indes. Quand les relations qui avaient été établies entre rEorope et l'Orient par les croisades, relations amupielles on devait la connaissance du prêtre Jean, eurent été iiid iTompues par l'expulsion des Francs de la Syrie , les notions vagues que l'on possédait sur ce personnage mystérieux , le devinrent plus encore par le défaut de eommunications fré(|uentes avec l*Asie ; il ne resta plus que le souvenir de la situation indéterminée de ses États dans l'Inde. On sait que toutes les entreprises maritimes faites par les Portugais dans le quinzième siècle, avaient pour but principal de parvenir dans l'Inde; il eu

io4 ' INTRODUCTION..

fut de méroe des eiitreprUes qu ils firent par terre , et si les " souverains «du Portugal eoToyèrent à la recherche des États du prêtre Jean, c'est que, selon la foi des anciennes reli^ tions, ils les croyaient dans l'Inde. A cotte époque, comme au temps des croisades, et long-temps avant » la route commerciale qui conduisait de l'Inde en 'Europe passait par rÉgypUi. Il n'est donc pas étonnant qut; les premiers voyageurs portugais chargés de la découverte des États du prêtre Jean dans Tlnde, se soient dirigés vers la oiei- Rouge» c'était le vrai chemin; et on doit être moins surpris de leur voir donner le nom de prêtre Jean , qu'ils croyaient dans l'Ipde ^ au premier souverain chrétien qu'ils rencontrèrent sur la route de l'iude, et dans un pays qu'oi^ regardait comme faisant pai'Ue lui-même de cette vaste contrée*. D'un autre côté , * on savait confusément, depuis long-temps, qn'il existait un grand ! uyaume du tticii au-dtià de l'Egypte : on devait cette connaissance au^L musulmans, aux chrétiens d'Orient et aijf^ Abyssins, qui avaient une église à Jérusalem ^ où ils étâient dans Pusage de venir eh pèlerinage. On voit dans Marin Sanut et dans les derniers ecrivams des croisades, que l'on fondait quelques espérances sur la coopération de ces chrétiens dans les esipéditions . que l'on voulait tenter contre les Égyptiens, pour rétablir en Orient la puissance des Francs. Comme on savait, par les récitsdes chrétiens arabes, et .coptes , que le christianisme un peu grossier de ces peuples lointains permettait l'alliance du sacerdoce avec la dignité royhle dans la personne du souverain , ce dont on a la preuve par les témoignages des auteurs coptes et arabes , tels que ^ievère, évêque d'Aschmounaïo » et Abou-Selah , iln'en fallut pas davantage pour transporter dans les régions centrales de l'Afrique les États du prêtre Jean , qu'on ne savait plus

INTRODUCTION. io5

OÙ placer, et qu'on, n'avait jamais bien connus* Comme k géographie plaçait aussi dans l'tnde ces pays de l'Afrique ,

et qu'on regardait comme certain que le prêtre Jean avait régné dans Tlnde, l'illusion fut complète, et Ton put dèslors regarder conune constant que c'est de l'Orient méme^ c'est-à-dire de TÉgypte et de la Syrie que vînt Topinion. erronée qui plaçait le prêtre Jean en Afrique. On en a pour preuve une lettre très curieuse d'un grand-maitre de Rhodes, rapportée par Legrand , dans l'une des savantes dissertations dont il a enrichi sa traduction de l'Histoire de V Abyssinien du jésuite Lobo, lettre adre^ée au roi de France Charles VII, le 3 juillet 1 446. Ainsi, en exanrinant bien les faits, o« doit reoonnaitre qne les Portugais ne sont point les auteurs de i'erreur cxii aordinaire qui fait le sujet de cette note, et cjuiis ont contrib|ié à propager, mais qu'ils se sont contentés de l'adopter, et qne lorsque vers l'an 1 444 , D. Bèdre^ oncle et régent d'Alphonse T, roi de Portugal , proposa dans le conseil de tenter la découver,te des États du prêtre Jean , pour obtenir s6n alliance, et quand, environ quarante ana après, Jean II fit partir pour cet objet Covilham et plusieurs autres voyageurs , qui allèrent en Éthiopie , ces princes ne firent que se conformer aux opinions déjà répandues; et en dirigeant leurs tentatives du côté de TÉthiopie , ils se laissèrent guider par des notions qu'ils devaient regarder comme siu es, parce qu'elles venaient de l'Orient. 11 me semble que l«s faits et les conâdérations indiquées ou énoncées précédemment, rendent pleinemént raison de tontes les difieukéa et de toutes les obscurités qui ont été répandues jusqu'à présent sur ce pomt intéressant d'histoire et de géographie, sur lequel je me propose au reste de faire un tralrail pl«s développé. (De S. M.)

io6* • Introduction. ' . ' '

qui était déjà mort ( i ) ; et son successeur, nommé . Alexandre (2), le reçut très bien, lui témoigna ' faire beaucoup de cas de son ambassade, lui offrit d'en accueillir favorablement l'objet et de le renvoyer immédiatement à son maître; mais, peu de jours après , ce prince mourut aussi , et fut remjilacé par son frère Naut (3), qui ne voulut pas . que Covilham sortit de ses États, ni même qu'il s'éloignâtdesa personne. Quelques annéess'étant écoulées, la mort de Naut laissa le trône à son fils David (4), qui établit Covilham dans ce pays, se conduisit par ses conseils, et manifesta beaucoup

(ij Le prtHre Jean cfui était dîjk mort à l'arrivée de Covilham, est Baeda-Marjam ou Buad-Marjam, surnommé Cyriac Son avènement est de i465 , et sa mort de i475.

(2) Francisco Antonio de San Roman , iiv. I , p. 35 , donne le même nom à ce prince, puisqu'il l'appelle Escantier, forme ou plutôt altération arabe d'Alexandre ; il eut pour successeur son fils Ainda-Tzéjom , qui ne régna que six mois. ( Idem. )

(3) San Roman l'appelle Nahd, et d'autres auteurs Naod.

* (4) Puente, lir. III, chap. 2, l'appelle David Abanodi , el» Alvarez, Atini Dinghil. C'est par corruption : son vrai nom était Etana ou Lehna Denghel. Il prit à son avénemenf le nom de David, et ensuite celui de ^ anag Saghed, qui signifie pierre précieuse. C'est du règne de ce monarque, après la mort d'Hélène , son aïeule, qui fut régente pendant sa minorité, que date la décadence de la monarchie abyssinienne. ( Idem, )

d'estime poùr se& taleDs et pour l'intelligence qu'il avait dediVèrses langues, de manière qué, lorsqu'ea 1 5 1 5 le roi 4ou Manuel envoya offixùel- Iraient Rodrigue de Lima comme ambassadeur à cette Gour, il y réclama Covilham; mais le monar'qu^s'opposa à son départ, allégeant que les Rois ses prédécesseurs lui avaient donné des terres et des pc^sessâons pour qu'il en jouit avec sa femme et ses enfans.Cefut alors qu'il put communiquer 4 JRrspciseo. Alvarez; aumônier du Roi, les conuaissances qu'il avait acquises dans ses voyages al p^mlimt le temps de son s^our en Abyssinie ; et c'est d'après ces renseignemens et ses propres Qb^^ervgtipns, qu'Alvarez écrivit son Histoire^ dès Êvénemens dÉthiopie {Historia de las Casas (k.Et^pia).{^i)

XXVU. A la mort du roi Jean II ( a5 octobre ' 1 4^)» àoîk Emmanuel monta sur le trône de Portugal, et envoya Yasco de Gâma continuer les (^couvertes , le 8 juillet 1497* Après une navigation de trois mob , souvent contrariée par un gros temps et d'horribles tempêtes, il reconnut \^ baie de Sàin^e'Hélme , doubla, le ao novembre, le cap de Bonne-Epérance, arriva 4 la baie

(1) BarroB, âe^àtie^ déeftd» I, lir.III, elifl|r. 5. Piieate, Àbré^ Bàtoim ér Pfmk , Kr.IlI, chap. 1 et 3, (M. F. DB Wav.)

de Sàint'Blaise y aperçut de loin l'île de Sainte-^ CroiXy et passant devant la terre de Natal ^ découvrit un fleuve qu'il nomma Fleuve du Cuivra ou Aiguade de la Paix (i), à cause de la réception pacifique que lui firent les habitans. Il en reconnut un autre très grand, le 25 janvier j 498, cinquante lieues par-delà vSofala, et l'appela de Bonnes- Nouvelles (2), parce qu'il eut la joie d'y apprendre d'une manière certaine que, vers les lieux oi\ naît le soleil , il y avait des blancs qui naviguaient dans des vaisseaux pareils aux' siens; il en vit en effet lorsqu'il arriva à l'île de

Mozambique, au commencement de mars. Gama "Y

y fut reçu avec franchise et amitié, et y visita le Roi du pays , qui lui donna des pilotes pour le conduire dans l'Inde. Us le menèrent à l'île de Mombaza, très voisine de la terre ferme d'Ethiopie; et les Portugais ayant découvert la trahison et les embûches qu'on tramait pour les exterminer, continuèrent leur route sous la direction d'un Maure de confiance. Aidé de ses conseils, Gama put visiter le roi de Mélinde, qui le traita magnifiquement et lui promit son

(1) En portugais, o Rio do Cabre ou Agoado da Paz ; en espagnol , /i/o dcl Cobre o Aguada de la Paz, (M. F. de Nav.)

(2) Eu portugais , o Rio das Boas-Senhas ou dos Bons- Signais; en espaj^nol Rio de las Bucims-Sehales. (Idem.)

INTHODUCTipiN. 109

amitié. 11 parcourut la côte de Malabar et Oijûniilla, le 18 mai^ à deux lieues de Caiicttt; il -

pied à terre, et s'acquitta de Tambassade qùe son sou^èrain lui avait confiée auprès duSamorin ou empereur de ce pa> s, qui le rerut ^ec beaucoup de pompée et d'ostentation. Ce p f ^mi m- offrit d*enlanier avec le Fortugal des relat|p^i^;3ujivÀes et un commerce réciproque, ^ doDt'ies Mahométans qui faisaient le voyage de la Mecque , ou s'étaient établis dans les ports èe TArabie Heureuse , de la mer Bougé et du golfe Persique, avaient été jusqu'alors exçlusivetllf0^^0iffm^^ SMisfait d'uae répcmse aussi favorable , Gama retourna en Portugal , et aborda ijpascaes le 19.. juillet 1499 (i), événement remamqguiablê'de l'histotre moderne ^ et que sut imf^rtdiser, dans.s^ Lusiades^ Tiliustre Gamoëns, qui *afiit à la gloi^ militaire de ces intrépides Argonautes les lauriers dont l'a couronné la posténtéy qui placé son nom à.cà^ de celai des chantres d'Achille et d'Énée.

JLXVJUl. Ces expédition» aux côtes d'Afrique tt aux Canaries, et les flottes qu'on équipait ^||||^J^e^J!4aui^, jjefm les marins

ir

(1) BamM, de i'Jsie, décade I, Kt. IV*

Pucnte , /iùrrgé'des Histoires de l'Inde orientale, lîv. III , chajj. I et 2. , . (Ai. b\ du. Nav.)

no INTRODUCTION.

espagnols, déjà beaucoup plus respectables depuis l'union des couronnes de Castille et d'Aragon. Après cet événement, le commerce entre* ces deux royaumes, même celui des denrées au-' paravant prohibées, put se faire librement (i);/ et leurs habitans se trouvant réunis se préparèrent à chasser de la Péninsule les Maures, qui l'occupaient depuis huit siècles. Ferdinand et^ Isabelle rappelèrent l'observance de plusieurs lois de leurs prédécesseurs eu faveur du commerce et de la navigation, et en publièrent de nouvelles. Dans l'ordonnance des cortès de Tolède datée du iS mai 1480, ils prescrivirent que dans les ports de mer des royaumes de Castille on ne vendît pas les vaisseaux qui périraient où seraient submergés, et que tout ce qu'on en sauverait appartînt à leurs propriétaires, ainsi que l'avait déjà réglé le roi Alphonse XI, en i348 (2). Ils donnèrent en outre, le 18 septembre 1482, à Cordoue, un sauf-conduit à tous les négocianset marins qui, allant à divers points d'Afrique , passaient de là à d'autres royaumes étrangers, et en rapportaient de l'or, de la cire, du cuivre, de l'indigo , des cuirs, etc. Ces souverains défendirent en même temps d'arrêter ou de saisir leurs per-

; (i) Ordonnance de 1 /| 80, loi 1 12. (M. F. de Nav. ) (a) Ordonnance de 1480, loi 78. . [Trient,)

INTRODUCTION. ni

sonnes ou leurs marchandises, pourvu qu'il n'y eût dans leurs chargemens aucune denrée prohibée; qu'ils n'allassent pas au royaume de Grenade et ne dépassassent pas le détroit de Gibraltar (i). Se trouvant à Tarragone, le iol mars 1480, ils confirmèrent à tous les marins des ports de Galice qui seraient armés par les capitaines de bâtimens marchands , les us , coutumes et libertés que leur accordaient de temps immémorial le for et les privilèges du royaume de Léon (2) , et que d'autres marins non armés dans la forme arrêtée essayaient d'usurper. Ces privilèges consistaient principalement, 1°. en ce que tout marin condamné à mort jouît, dans l'exécution • de cette peine, de la distinction de gentilhomme , excepté dans le cas de crime de trahison ; 2**. en ce que tout marin put prélever à son profit cent livres de toutes les marchandises qu'il importait par mer; si c'était des sardines, cinq mille ; si c'était tout autre poisson , quatre quin- ^ taux; si c'était du vin, le quart d'un tonneau;

(1) Archives de Sévi lie y Uv. Il de cédules royales, fol. i83. [^Extrait de Munoz. ) . (M. F. de Nav. )

(2) Les privilèges du royaume de Léon , que le maître Risco publia dans le tome XXXV de V Espagne sacrée , furent établis, en Tan 1020, dans le célèbre concile qui se tint dans la ville de ce nom. (Voyez Y Histoire du royaume de Léon, dumùmc, tom. I,p. 25o.) {^Idem.) '

iiu INTRODUCTION.

si c'était du erain , douze boisseaux ; enfin , si c'était du sel, un demi-muid, sans payer sur ces objets ni dîme ni aucun autre droit quelconque (i). A la demande de la province de Guipuzcoa, le Roi et la Reine renouvelèrent, le 10 décembre i49ï? ^^^^ ordonnance antérieure de Henri III et de Jean II, portant qu'il serait dressé un inventaire des marchandises que les étrangers conduiraient dans nos ports, et qu'ils ne pourraient en exporter la valeur en or, en argent ou en monnaie quelconque, mais seulement en denrées ou en produits du royaume^ ce dont ils devaient donner caution. Il arrivait en effet, auparavant, que les Anglais allaient employer en vins et en marchandises de France l'argent monnayé qu'ils exportaient d'Espagne. Le Roi catholique renouvela encore cette ordonnance à Saragosse, le 3 août 1^98, et à Alcala de, Hénarès, le 1 1 février i5o3, a la prière du prieur et des consuls de Burgos Plus tard, Ferdinand et Isabelle renouvelèrent la pragmatique de Henri III, portant que dans tous les frets et chargemens les navires de leurs sujets

(1) Voyez l'appendice à la Collection diplomatique , n° 8-

( M. F. DE Nav. )

(2) Ramirez, Livre des Pragmatiques , fol. 298 verso ; ^94 verso, et 3 16 verso. [Idem.)

INTRODUCTION. iiii

devaient toujours être préférés aux bâtimens

étrangers (i); ils établirent des primes pour ceux qui feraient construire à leurs frais des bâtimens de six cents à nulle tonneaux ou plus, et les tiendraient. appareillés et toujours prêts pour tout ce qu'on en voudrait faire (2); ils défendirent qu'aucun vaisseau espagnol fut vendu à (les étrangers sans une lettre ou une autorisation préalable expresse, et signée de leur main royale (3), et qu*on levât aucune dîme ni autres droits quelconques sur les vaisseaux qui aborderaient à un -port quel qu'il fut, s'ils n*y déchargeaient pas les marchandises qu'ils conduisaient (4)« Enfin , les mesuresque le Roi et la Reine catholiques prirent depuis leur avènement pour la prospérité du commerce et de la marine marchande furent si nombreuses et si sagement com-

(i) £Ue fut expédiée à Grenade, le 3 septembre i5oo. Randres, Lmt des JBuBes et Pragmatiques ^ fol. 998. v.

Voyez l'appendice à notre Dissertation sur les Croisades»

(M. F. «rNav.)

(a) Ce décret est daté d*AJfaro, du 10 novembre 1496. Ramirez^ fol. 3oo. ( Idem. )

(S) Ce décret est daté de Grenade , du 1 1 août 1 5o i . Ramisez, fol. 3o 1 . ( Idem. )

(4) Cette mesure , dont la date est de Mcdina del Campo, 20 avril i494> fut générale et prise à la demande de la province de Guipuzcoa. (Idem,) Tome L 8

ii4 INTRODUCTION.

binées , que l'ordre royal donné à Medina del Campo, le 21 juillet 1494? pour la juridiction particulière du prieur et des consuls de la corporation des coramerçans de Burgos, en même temps qu'il établit les lois les plus judicieuses sur les jugemens commerciaux, et qu'il en rappelle d'autres antérieures sur les frets et la navigation, est par lui-même inie preuve non équivoque de la grande protection et des secours immenses qui étaient accordés à tous les négocians, et nommément à ceux de Burgos, de Ségovie, de Vitoria, de Logroiïo, de Valladolid et de Medina de Rio Seco. Un témoignage non moins irréfragable , c'est la concurrence et «l'activité du commerce , des échanges et des viremens de parties dans les fameuses foires de Medina del Campo; c'est l'étendue du commerce que les Espagnols faisaient en Flandre, en France, en Angleterre, en Bretagne et en plusieursautres États où ilsavaient leurs consuls et leurs facteurs espagnols, dont l'entremise faisait rester entre leurs mains le gain provenant des frets, des demandes, des commissions, et les autres bénéfices que produit le commerce actif, et les empêchait de passer dans celles des étrangers, (i)

(i) Ramirtîz, Livre des Pragmatiques , fol. 319 et 3a3. Ustariz , Théorie et Pratique de Commerce et de Navigation , chap. 43. ( M. F. DE Nav. )

.y GOO

INTRODUCTION. ii5

j§. ^PP^' ^ mësure que Ferdinand et Isabelle ayançaent dans la conquête des villes maritimes du royaume de Grenade, de nouveaux ports éU^nt mis en état de servir au commerce. Il se faisait avec avantage dans le nord et le midi de lX)oéto ; et il devait être aussi lucratif dans la Mé« ditei ranée, à une époque où divers États d'Italie irénident d'être réunis à la couronne du chef de la maison d'Aragon. D'un autre côté, le Roi et la Reines'attachèrent , dès leur avènement, àétablir le crédit , la bonne foi et l'exactitude dans tous leurs contrats^ et ils s'efibrcèrent à cet effet de pÉ^i^ir^ède à l'altération scandaleuse qu'avait sûufi^rte la monnaie pendant le règne précédent, tijktl^û^id'autant plus nécessaire et plus urgente ^ qv^l importait encore plus de fixer Faloi et le <i)teàâ^ officiel du signe représmtatifde la va* leur des produits de l'agriculture et de Tindus» ti^ ijab^ lequel ils devaient s'échanger. Cette réforme rendit la circulation plus rapide et plus ààre , donna au travail de l'ardeur et de l'émulation , multiplia les ouvrages et les manufactures, augmenta enfin la richesse publique. Cette auglàcàitajiion éât été beaucoup plus considérable, si d'autres mesures, produites par des circonstances particulières ^ eussent pu être dictées d'après les principes , encore ignorés , de l'économie publique. Si des taxes imposées, même

Ii6 INTRODUCTION.

SLji'. les (leurçes Je pi emière nécessité ; si il»^ prplûbilio&f^éiiél^efi et nud^çaleuléffpli^^ lois sompluaircb, toujours sans efficacité, malgré Texemple d'économie et d«i!modéi|^ion don|(ié péVies souverains euk-rttémés; ne puééÉf^É^ uuier eutièremeu^ les Jiieuceiui^ .effets desi^m^tism lois, elles en limliâïirént et>éù té&îr^giàiÊÊÊ^Èk moins . iîeaucoup les bienfaits (i)^ Les eneu^s pàndlsiënt aVd^ft* été propires aïk llgilipéM^^ se commirent; mais elles étaient compensées , par tant de réglemens tendant à;eiieourag4|MlnL prospérité générale et par iiiàe pi otecliou si effi-t . cace des inVëiitioDS utilès (3), des arts, de Yiï dustnc cL de la littérature, quoa ne peut méa'î' connaître 1 influencée qu'ont 'Me^j^réglilg^^ et cette protection sur ta splendeur de la mo- * narchie espagnole, et suri^ta^.puifô6ju»C!^^^^B|g^ jesté, la grandeur et la sa gés^è^emc^fSs^nelMrelle se maintint glorieusement pex^nt tonte Jg^^: (diiirèb^ébl Wt* siècle, som les règn^jjl^SifyHVM IfiS.-.y'uu^it et de Philippe 11. Cette heureuse in*; ifteiftH^ don ]>iego iMtfP

ciu , seaiétaixe perpétuel de FAcadém ifiT|fj^a|||g^^ '

(1) Semper , Histoire da Luxe^ part II , chap. i. Kamirez, ZiVw des Pragmatiques^ folios 26$ » 296» «97, V. 3 1 4 «t 3i6. (M. F. »e Nav. )

(a) Voyez, à la fin, la note 4.

INTUODUCTION. 1 17

l'Efetoire , dans ses excellentes notes à TJ^/o^e de ûk. Reine catholique. Il y a éclairci un graud li9iÂibre de &itsiinportati8 , soit par desdocumehs jpouve£^x et authentiques, suit par une critique j^ideose dans la partie militaire, législative, littéraire, politique et iiumismalique du règne $élèlH*e ^JÎMRliiiiÀde'Cette illustre souveraine^ Ai 5*^ XXX. Quoique depuis la paix condue en .^togippri^c le Portugal, les voyages à la cote '^Jwtqoa an-delà des Canaries, aient beaucoup diminué, et que la conquête de Grenade ait fait .^Itsser le trafic qué faisaient les Maures des productions de rinde, Ferdinand et Isabelle ne perdirent négninoins pas de vue un commerce aussi jiyau.tageux, et ne négligèrent pas de Tencouinger : ils siûvireaten cela Timpulsion de leur ? fiède. Les armateurs et les pilotes de la cote de Séville et de Cadix, spédalement ceux dePalos, idTïuelva et de T^pe, accoutumés depuis longtemps à naviguer aux Canaries et à la cote d'Afrique , et instruits dans la navigation et la cosmographie, étaient portés à tenter de nouvelles découvertes. A cette époque les denx Pinzon étaient déjà de riches habitaus de la ville de Palos, jouissant d*une grande réputation comme marins, surtout Martin Alonso , qui aida puissamnient Colomb dans l'exécution -de son projet. Qu'un pilote d'Huelva, nommé don Alonso Sanchez,

ii8 INTRODUCTION.

naviguant d'Espagne aux Canaries vers i484i ait été jeté par une tempête jusqu'à l'île de Saint- Domingue, et que de retour à Fîle Tercère il ait communiqué à Colomb son voyage et sa route, c'est une fable que Tinca Garcilaso entendit conter à son pere, qui avait été au service de Ferdinand et d'Isabelle , et à divers contemporains des navigateurs conquérans qui firent les premières découvertes (i). L'Inca la répéta à Bernardo Alderete,à Rodrigo Caro, à D. Juan de Solorzano, à D. Fernando Pizarre et à d'autres qui vinrent après eux (2). Francisco de Gomara et le P. Joseph d'Acosta, font mention de l'événement sans nommer l'auteur de la découverte (3), et Gonzalo Fernandez de Oviedo regarde ce récit comme faux ou comme un conte répandu parmi le peu-

^(l) Iiica Garcilaso, Commentaires royaux , liv. 1, ch. 3.

. ^ (M. F. DE Nav.)

(2) Alderete , Diverses /Antiquités d'Espagne , liv. IV , chap. 17, p. 567.

Caro , /Antiquités , liv. 111 , chap. 76 , fol. 207, verso. Solorzano , de Indiarum Jure , toin.'I, liv. I, chap. 5. ÏHzarro, Hommes Illustres du Nouveau- Monde , chap. 2.

(3) Gomara, Histoire des Indes, chap. XIII.

A Costa, Histoire Naturelle des Indes , liv. I,, chap. ig.

( Idem. )

pte ( I ). Il put en être ainsi à l'égard de la personne d'Alouso Sanchez, et des circonstances de ' son voyage; mais Bartolonié de Las Ca«a8, qui ^ut sous les yeux quelques livres de Mémoires écrits pur Christophe Colomb lui«méme, rapporte que ce navigateur, en parlant dans floi Mémoires des renaeignemens qu'il avait obtenus de divers pilotes et marins, tant portugais qn'espagm^, sur TexistenoB de terres ràtuées à l'Occident, citait entre autres un certain Pedro Velaaco, habitant de Falos, qni lui affirmai , dans le monastère de la Babida^ quHl était parti de nie Faytd, une des Açores, avait bit cent dn-* quante lieues sur mer, et avait découvert à son retomr l'île de Flores {pi). Colomb cite égidement un marin qui était borgne, et un Galicien, qui lui parlèrent, le premier, au port Sainte-Marie, le second à Murde, d'un voyage qu'ils avaient fait en Irlande, et qui lui dirent que s'étant écartés de leur route et se trouvant égarés, ils naviguèrent loiag^temps au M. O. , et aperçurent de loin une terre quMls prii»ent pour la Tartorie , et qui était Terre-Neuve ou ia terre des Morues,

(t) Oviedo, Histoire générale de^ Indes y liv. H, chap. ».

( M- F. DE Nav.)

(2) Il y en a trois qui portent ce nom. Il est ici question de l'ile Flores une ées Açones; «Uses! située par le 39® 3V lat N. 3) , 38 » long. O. ( tte V...!. )

terre qu'allèrent reconnaître, à diverses époques

deux fils du oapitaioe qui découvrit l'Ue Xwcère , nommés Miguel et Gaspard Corlweaî, qui périrent l'un après l'autre dans un naufrage. Bartolomé de Las Casas ajoute que les premiers qui allèrent découvrir et peupler l'Ue espagnole (Swit-Domingue) , lui assurèrent eux*méines avoir entendu dire aux naturels de cette ile que quelques années avant leur arrivée, d'autres hommes blancs et barbus comme eux y avaient dbordé (i). Les fiasques prétendent aussi qu'un de leurs compatriotes, nommé Jean de Echaïde, avait découvert les bancs de Terre-Neuve long* temps avant qu'on eût connaissance du Nouveau-JAonde (a)* Tout cela prouve au moins

que les Castillans de la cote de Cantabrie, ainsi que les Andaloux, naviguaient et se lançaient avec intrépidité dans l'Océan, et que Colmnb ne dédaigna pas d entendre leurs relations pour les feire servir de confirmation à ses conjectures et à ses raisonnemens ; c'est ce que disent aus^ deux écrivains qui, au double titre de contemporains et de compatriotes de Colomb, sont

(i) Bartolomé de Las Casas, Mistoire des Indes ^ Uv. I, chap. t3 et 14. (M. F. de Nav.)

(1) Dictionnaire géographique et historiqfie, toni.- 1, p. â^i, et tom. II, p. SiS. (Idem*)

INTRODUCTION^ lai

dignes de notre attention. Antoine Gallo, qui vWait en 1499," écrivit sur la navi^tibn'de Co-

louijj une courte iiulicc qu'a publiée Murai^^^fl^ Aogu^in Guistinialii^ religieux dorainicai^ çt évèque de Nevio eu Corse , iubéi a m^t60àm9i^ la vie de TlffîMtl ^s une exposition des psaumes, qu'il lit iuipruner à Gênes m i^f^B)» Toui les deux assurent que Barthé-

(1) Muratori, Herum liulu;, tuiu, XXlll , iul. 3o2 ,

I^e docteur don Joseph Cevallos, d$m son opinion sur la Bueha iiustrada^ du licencié Mora. (M. F. de Nav. )

(2) Il paraît que le projet de ce prélat fut de donner une Bible polyglotte, mémo avant qne notre célèbre cardinal Gisnerosen eàt eu l'idée. Il commença par le Psautier en huit

langues, qu il lit imprimer à Gènes , en 1 6 1 6 , avec une magDi&oenoe peu commune ^ et dans rexposition du psaume i8 , aux mots : et in fines oiiû tenœ vetba^ eomm^ il fait un abrégé de la vie de Colomb et de ses découvertes , où il dit, entre autres choses, que ce navigateur se vantait souvent qu'il était Télu de Dieu pour raccomplissement de la prophétie de ce psaume , prétention que l'amiral ne laisse pas d*indiqtier dans quelques uns do ses écrits ( Collection diplomatique , n. 140) ; mais dans d'autres notices, révéque Giustiniani a été inexact et partial, comme le prouve don Fernando Colomb , qui le censure avec raison et sévérité, ajoui iiii <|ue, pour ce motif, la république de Gèues défendit son ouvrage et en ordonna la saisie , eu quelque endroit qne ce làt. ( Vie de Vamiml Christophe Cohmh , chap. a.) (Idem,)

111 INTHODUCTION.

lemi Colomb se trouvant à Lisbonne, et entendant les récits des navigateurs ^ fut le premier qui conçut l'idée des découvertes d'Occident, et la communiqua à son frère Christophe , qui n'était ni aussi habile ni aussi expérimenté que lui, et que ce dernier, après avoir mûri cette idée et le projet qui en résulta , parvint à l'exécuter avec constance et succès. Cette antériorité de l'idée ou du projet de naviguer aux Indes occidentales en suivant la direction du couchant , dont deux écrivains contemporains et compatriotes de Christophe Colomb veulent le dépouiller, esjt revendiquée en sa faveur par le témoignage unanime des historiens espagnols, parmi lesquels l'évéque don Bartolomé de Las Casas , qui connut les deux frères , et conservait plusieurs papiers autographes de l'amiral , mérite une confiance toute particulière (i). Mais le témoignage le plus imposant, est celui de Ferdinand et Isabelle, qui ne pouvaient manquer de savoir la vérité d'une manière certaine , et qui disaient k l'amiral , le 8 août I /j94 : « Une des principales raisons pour c< lesquelles votre découverte (la première) nous « a causé tant de joie, c'est parce qu'elle est due à (c votre génie (j^or ser inventada) , et qu'elle a été

(i) Bartolomé de Las Osas, liv. I, chap. loi.

/ ( M. F. DE Nav. )

a commencée et mise à fin par vos propres soins , «par votre courage, votre travail et .votre in- «.dttstrie» (i). Ces soavaràim ont répété cette aisertipn dans d'autres lettres; et elle se trouve encore confirmée dans celles de Paul Toscandli, écrites dix-huit aus avant le premier voyage de l'amiral (2); et tous ces témoignages s'acoor^ de^t parfaitement avec ce que rapportent don %[^|M4c)^^oIomb et Bartolomé de Las Casas, que Christophe enseigna Tart de la navigation %^}C4^ Bar (3)« D'un autre cbtéj les

éludes que l'amiral dit lui-même avoir faites tle Ufiff^ éff^ipures , histoires et chroniques, de la CMnographie^ de (a phUosopJiie et des autres ^^ncesj du pilotage ^ de V astrologie ^ de iagéo- Aiétrie et de l'arithmétique ^ son habileté dans le , dessin et le tracé des cartes et des sphères; epfin , ses relations avec des savons de diverses sectes et de plusieurs nations (4) , prouvent qu'il i^'^tait pas aussi peu instruit que Qiustiuiaui. et aiitnas se plaisent à le supposer. Eit ce qui vient

(i) C o U e ctUm dq^madque^ D** 79*

(M. F. dsNav.)

{2) Collection diplomatique, n** i. ( Idem. )

(3) Fernando Colomb, Histoire de l'amiral Colomb, diap. 10.

fia^toloiné dfi Las Casas, Kv. I , eh. n^, ( Idtm, )

(4) Collection d^jlamadque , 140* {Idtm.)

ia4 INTRODUCTION.

encore davantage à l'appui de notre sentiment, ce sont ses écrits sur les prophéties, ses relations , ses cartes et routes maritimes, qui prouvent ju'squ'à l'évidence qu'il avait de l'érudition et les connaissances qu'il indique lui-même, et qui, certes, étaient de son temps loin d'être générales.

§. XXXI. Si le seul but qu'avaient les pragmatiques et les lois de la même époque, de corriger et de réprimer le luxe de toute espèce , suffit pour donner une idée de l'opulence des royaumes d'Espagne , opulence qu'augmentaient l'activité du commerce et l'enthousiasme des découvertes , il n'est pas moins facile d'en inférer quelle devait être la force et la puissance de la uiarine militaire, quand les mêmes lois favorisaient directement, non seulement les constructions navales par des récompenses, et le pilotage {rnarinerià) par des privilèges et des exemptions, mais encore la marine marchande, dont elles tendaient à accroître les relations et les bénéfices. Aussi vit-on, au milieu du commerce continuel que faisaient les Castillans avec les Etats septentrionaux de l'Europe , et avec ceux de la Méditerranée, de l'Adriatique et de l'Archipel, le Roi et la Reine catholiques entretenir des flottes puissantes pour la défense des côtes de leurs États. Les Turcs s'étant emparés de la place d'Otrante ,

INTRODUGTIOK ^ laS

ibiHtivoyèrent, en 1481 , pour les chasser de l'Italie, uae escadre de treol^ vaisseaux gui furent équipés en Biscaye, et auxquels on en joignit .vingt autres qui avaient été construits daQjs les ports de Galice et d'Andalousie. Ces souverains firent équiper, en i486, une autre flotte destinée à aUac .au secours du roi de Naples , et qui partit de Sévilie , au commencement de juin, sous les QfdresdeMelchor Maidonado, qu'accompagnait uxie bi illante élite de la noblesse de cette cité. Lorsque la Reine catbpl ique préparait les moyens de presser , Je siège de Grenade, elle passa en Spi^Hpce, en 1 483^ et:4ejà elle envoy% dans ];i Méditerranée une flotte chargée de couper tputj^ iqppmunication entre les Maures de Grenade et ceux d'Afrique : mesure qui eut pour premier résultat de iaire capturer ou interc^er tous les bfttimens qui essayèrent de secourir les Maur«^ji:^ la Péninsule 9 qui ensuite contribua «fifi^C^etit à rheureuse et glorieuse issue de la campagne. De seuiblables armemeus assurèrent, ^fî^Q^ 9 1^ tranquillité des cotes du Roussillon et ^t^|a Catalogne, menacées par le roi de France; elisi|ift que tant d'armemens; d'opérations et de ' sinns ^vers souffrissent le moindre préjudice o&la ipji^i^ négligence, on équipa en même temps, à Laredo, une escadre de cent trente embarcations, de diverses grandeurs, com-

imtfidées par dés personnes de la phis hante

distiiictiuo, et sur laquelle l'infante archiduchesse Jeanne s'embarqua pour la Flandre, accompagnée de plus d^ingt mille hommes de troapes (i). Enfin « sàr les instances de h république de Venise, qui vit ses côtes, celles detoiite lltalie et de la Sicile, menacée8^par les forces navales de l'empereur des Turcs Bajttzet II, le grand capitaine fut envoyé en Sicile avec une flotte de cinqulmte^eux bAtimens, quatre mille soldats d'infanterie, trois cents lances et autant de chevMir. Pénétrant de là Sicile dans TArchipel, il s'empara de Cépha- ^lonie, combattît glorieusementHxmtre les Turcs, et remit Fîle au pouvoir des Vénit^ns, auxquels elle avait antérieurement appartenu. Gela suffit pour donner une idée de l'accroissement que la puissance maritime de la ^Castille dut à Ferdi-* nand et Isabelle, et du respect qu'inspirèrent au monde entier leurs vertus rfid>linieSf leurs glorieuses victoires, leur habile et sage politique. Le chanoine de Tolède Alphonse Ortiz leur rendait ce témoignage dans les féiicitàlïone qu'il leur adressait à l'occasion de la glorieuse

( I ) Ferreras , Tableau synoptique du l'Histoire d'Espagne , part. XI et XII , aux annd'es correspondantes.

(M. F. DE Nav.)

INTBODUGTION. 127

conquête de Grenade^ et de l'iieureiix oomnden-

cernent de la découverte des Indes occidentales : <K II n'y a personne asaeab barbare, fut-U am ex* « trémités des ludes, pour iguui er \ot> heureux « triomphes car, de tous les confins du globe,

« le bruit de votre courage et de votre graii- « deur a retenti si fort, qu'il a pu frapper les « oreilles de tous les vivans, et inspirer de a l'admiration et de la crainte aux, babitaus de c toute la terre. » (i)

XXXII. Tels, furent les efforts que firent les Espagnols jusqu'à la fin du quinzième siècle, pour se frayer aux Indes orientales une route plus courte par laquelle ils pussent établir direo» tement leurs relations comnierjoiaies., et acquérir de première main les précieuses denrées qui contribuaient à leur faste et à leur ostentation, et alimentaient le luxe de toutes les nations de

(1) Les Traités du dôcteur Alphonse Ortfs sont an

nombre de cinq ; le premier est iDtituiî* : De La Blessure du ^i; le^eoond , Consùladonf à Ut pniteesse th PariÊ^ptl; W tncHsièmey tui Discours ms et à la Reine eatkoUqites, en Istin «ten langue vulgaire; le quatrième, deux Messages, écrits au Roi et à la Kc'mc catholiques , l'un de la ville et l'autre du chapitre de i église de Tolède i le cmqitième. Traité centre in Lettre du protonataire de Lueena, Ce livre, aujourd*hm très rare, iut luipriraé à Sévillu eu i4c^3. Aoyez le foî. 45 , verso. { AL F. i>* Nav. )

l]Europe. Les Portugais cherchèrent cette route, et la trouvèrent en suivant dans l'Océan les côte$ d'Afrique et en doublant le cap méridional :

Colomb proposa au Roi ejL à la Reine catholiques de la trouver en naviguant à l'Occident , et, à l'étonnement non moins qu'à l'admiration, générale, il fit connaître un nouveau monde, qu'il crut d'abord appartenir au continent de l'Inde, et qui, depuis, a eu tant d'influence sur la politique, le commerce, la civilisation, les lumières et les mœurs des nations et des hommes de l'univers entier. Telle fut l'origine de sa découverte, non moins surprenante qu'inattendue,. Cette route , suivie par d'autres Espagnols avec une noble constance et un courage héroïque, leur fit reconnaître un nouveau continent, qui reçut plus tard le nom d'Amérique avec assez d'injustice et d'impropriété (i), et successivement la mer du Sud, et, enfin dans cette mer et dans celle de l'Inde orientale, un grand nombre d'archipels et d'îles qui excitent encore l'attention des navigateurs modernes, et leurs efforts pour les examiner et les décrire avec plus d'exactitude et de détails.

§. XXXIII. Ce sont les relations, les journaux et les autres documens qui se sont conservés

(i) Voyez , à la fin, la note 5.

de ces premiers voyages et de ces anciennes navigations que nous nous proposons de publier dans cette collection, persuadé qu'ils pourront être de quelque utilité à la géographie, à la navigation et même à l'histoire et à la politique. La connaissance étendue qu'on a aujourd'hui de toutes les parties de notre globe est due, sans doute, aux navigations modernes; mais celles-ci n'eussent été ni aussi hardies ni aussi profitables sans celles qui les ont précédées. On ne laisse pas néanmoins de trouver fréquemment des îles et des terres que découvrirent autrefois les anciens, et qui depuis ont été tellement négligées, qu'on avait perdu jusqu'au souvenir de leur existence, et qu'elles sont regardées aujourd'hui comme de nouvelles découvertes. On ne saurait contester l'utilité et même la nécessité de ces journaux et de ces routes maritimes (derroteros ) pour connaître les progrès successifs de l'art de la navigation. Ijs nous apprennent comment dans le quinzième siècle les Portugais employèrent l'astrolabe à mesurer à bord les hauteurs du soleil , et comment ils formèrent les tables de sa déclinaison (i); com-

(i) Barros, de l'Asie , décade I, liv. IV, chap. a. Barros traite en cet endroit du mode de navigation qu'employaient les Portugais durant les premières années de leurs décou- TOME I. 9

i3o INTRODUCTION.

ment Colomb observa le premier les variations maguétiques (i), et quelles inductioiis André de Saint*Martin tira des observations fiaiites sur les distance» du soleil à la lune et aux autres planètes, ainsi que sur leurs éclipses et leurs conjonctions, pour les faire servir à calculer la

inventa les cartes sphériques, celles des déclinai* sons {las deyatiaciones) , et les aiguilles aztmu-

taies ^ enfin comment Quiros et d autres uaviga-

vertes , suivant toujours la direction de la côte d'Afrique » qu'ils ne perdaient jamais de vue. li parle aussi de cessîté où ils se trouvèrent quelquefois de i'il>andonBer et de se lancer en pleine mer, ce qui leur suggéra Vidée d'appliquer les observations astronomiques à la rcctiUcalioa des erreurs de l'estime des pilotes. Le roi Jean n créa à cet efTet une junte de matiiémaficiens, composée de ses deux médecins , maître Rodrigue et maître Joseph , qui étaient juifs , et de Martin Behem , lesqueb établirent la méthode dO' naviguer d'après k hauteur du soleil , et dressèrent lss:taUfl» delà déclinaison de cetas^e. Ce fait indubitable, certifié par les historiens les plus exacts , prouve que ce ne fut pas Colomb qui inventa l'application ou l'usage de l'astrolabe à la navigation, et qui fit, le premier, usage de' oét instrument sur mer, ainsi que Taffirmc M. Casoni, dans ses Annales de Gènes y et que M. Bus&i parait le confirmer dans sa note id^ klkVUde Colomb. (fA* F* jdk Nav.)

(i) Voyez, la seconde note placée au 17 s^tembie du louroal du premier Voyage de Colomb. (iéffjN.)

INTRODUCTION. i3i

, teu^espagnols dessalèrent Feau de la mer pour la çonscHXunatioa de leurs équipages. C'est ainsi qa^on verra successivemeiit figurer d'autres découvertes dues à la nécessité, ou au génie de nés ancêtres, et qu'on reproduit de nos jours, quoiqu elles aient été faites bien antérieurement , en manifestant à tort des prétentions

* k une priorité et à une propriété originales (i). L'utilité de ces relations nautiques est encore plus grande pour abréger les chemins de communication, pour connaître et marquer les écueils et les bas-fonds, diminuer; par conséquent, les dangers des traversées et des routes maritimes ; pour faire ob-

* server tout ce qui est relatif aux vents, aux mers, aux différens aspects, ou aux situations diverses de l'atmosphère, à la graduation des marées et des courans , à la différence qu'il y a entre les observations et les estimes, entre la température ou le climat , à la loi de la variation magnétique; enfin, à l'influence que chacun de ces phénomènes a sur un autre ou sur plusieurs autres. Ce sont ces études qui peuvent faire faire dès progrès, non seulement à l'hydrographie et

I à la navigation, mais encore à plusieurs branches des sciences physiques et des sciences natqr

I (i) Voyes , àla fin, U note 6.

i32 INTRODUCTION.

relies. II suffit de lire la Théorie de la terre du * célèbre comte de Buffon pour voir que tout son système est fondé sur les observations des savans voyageurs qui l'avaient précédé, et que dii renouvellement de ces voyages ou expéditions scientifiques que les nations civilisées de l'Europe ont favorisés, récemment encore, avec une louable émulation, dépend l'augmentation des matériaux et des renseignemens qui peuvent seuls reculer les bornes de cette partie des connaissances humaines. C'est pour cette raison que toutes les puissances maritimes ont mis tant de zèle et tant de soin à la formation de ces collections (î) que les intérêts de la politique ou du commerce ont étendues jusqu'à y faire entrer les voyages au pôle boréal, au pôle austral, et à d'autres parages que les convenances et les avantages de leur situation ont fait servir à l'établissement des compagnies qui • facilitent le trafic entre toutes les nations, et contribuent à la civilisation de l'espèce humaine, ainsi que nous l'avons vu dernièrement sur les côtes septentrionales de la Californie et

( 1 ) On peut s'en faire une idée en lisant le savant Mémoire sur la Collection des grands et des petits Voyages , par M. A. G. Camus , membre de Tlnstitut , imprimé k Paris, en 1802, en i vol. gr, in-4". (M. F. de Nav.)

INTRODUCTION. i33

à l'égard 4es habitans de quelques iles de la

mer du Sud.

. §. XXXIV. Si les relations de ces courageuses entreprises, qui ont mis en communication les liabitans de tout Tunivers, procurent tant de feits, et produisent tant d'observations qui peu<* veut devenir les bases de la théorie de plusieurs branches scientifiques de nos connaissances, .rhistoire, dont la vérité s'appuie sur le témoignage authentique des écriyains qui ont été acteurs ou témoins des événemens qu'ils racontent |. doit en attendre de plus grands progrès encore.. Les extraits et les récits tissus avec art sur. de ps^reils sujets peuvent plaire à rimagiuation , mais ils inspirent toujours une certaine défiance t et ne satisfont pleinement ni la raison

ni la saille critique. Don Fernando Colomb, Pedro J^artin d'Angleria , Bartolomé de Las Cas^ , Fernando de Oviedo, Gomara, Antonio de Herrera et d'autres encore ont composé leurs bistoiree^ sur le vu et Pezamen des documens que nous ' pub^onS) et d'autres semblables qui n'existent plus; et cependant on a encore, douté de la véracité de leurs assertions. Un auteur étranger (i) a même été jusqu'à dire que la croyance

* (i) Fleurieu, Introduction au Voyage de Marchand ^

i34 INTRODUCTION.

que Toit accordera aux relatiom que nous nous

proposons actuellement de mettre au jour sefa de la part du pobKc une condescendance ou une faveur bien plus qu'une justice due à notre bonne ibi^ en raison du long retard d'une publicatîon qu'ont rédamée de ttout temps ki réputation de loyauté, l'intérêt et la gloire de la natkm espagnole.

§. XXXV. Nous n'ignorons pas que ce retard peut avoir a&ibK quelques uns des Mn* tages que nous venons d'indiquer, et que la lecture de ces voyages^ à cause de.leur«tyieTiellK, grossier et incorrect, quoique dtnple et naïf, ne pkira pas autant que les rédts modernes pltto ' ornés, plus âégabs et plus symélhiques. Nous savons aussi, d'un autre côté, que ce qu'ils gagnerem en audieiittdlé, ils le perdrOM én agrément; mais celui qui se plaira à entendre Colomb, Magdlan et '^PemaÂd Oortès patleir dans la langue qui leur est naturelle et dans le style qui leur est prc^re; celui qui iroudra étudier k» vnemrs, lè ealwtèl^ et 'le degt<é iFin^struction de ces sièdei, se plaira aussi à mesurer les progrès qUe nous avons 'ftits-deptlis dan^ la civilisation , et la hauteur à laquelle les diverses sciences se sont élevées sur ces fondemens* Un de nos premiers et de nos plus célèbre dip^Or mates traitant ce sujet et parlant des imprar

Digitizsd by

INTRODUCTION. i35

. priélés, dm négligenoiœ^ ei de l'incorréction du laugage des audens privilèges et des ancienneb écritures ^ ajoute : « Il est nécessaire que eeiiKi « qui les liront se rendent raison de ces défauts , «r et s'y soumettent dès à présent pour n'être^ « choqués ni de la grossièreté du langage ni de Ci^)a<«il€lE0SS#v^u style : et j'ai jugé convenable « dévisser Fun et l'autre tels quHls étaient sans « y faire aucun changement ni aucune correc- « tien , parœ que les écritures tirées des ar-» <c doives ne iiunt pas foi si on en altère le texte c original; et j'ai préféré que quelques pré* <i tendus élégans reçussent ce petit déplaisir et « ee léger :4ésagrément, afin que la vérité se « soutint et se confiruiàt, parce qu'il vaut mieux frire cas de la substance et de l'essence de « l'histoire que de sa forme et de ses acci- 1^ ïieiis » (f)* D'aussi puissantes raisons, et une

autorité si respectable , nous ont décidé à suivre ,

en cette occasion « son exemple et ses principes ,

en offrant aux savans et aux littérateurs , dans tQUt leur naturel et dans toute leur pureté, les matériaux propres à servîi* de base aux relatioAA ou aux histoires qu'ils écriraient dans la suites

(i) Yepes, Chronique générale de l'Ordre de Saint-Benoit ^ imprimée à Madrid ^ en 1609 , au commencement de ^appendice au tom. I. . (M. F. ds Nav.)

i36 INTRODUCTION.

$. XXXVI. La privaAmi' de sources wam

pures a rendu non moins commun que déplorable l'égarement de quelques écriyains modernes , qui, se piquant d'être philosophes plutôt qu'historiens, s'abandonnent à des raisiannemens et se permettent des sarcasmes dans lesquds leurs passions ont plus départ que- leur raison , et leur caprice que leur amour de la vérité , àme et lumière de l'histoire. Certains écrivains anciens lui auraient rendu un bien plus grand service en publiant les Mémoires qui servirent à leurs travaux » qu'en mettantrau jour h fruit de leurs veiUes. C'est pour cette raison qu'en tout ce qui est relatif à l'Espagne, Sandoval, Yepes, Berganza, Fiorez, B.isco,Loperraez, Ayah, Escalona, Capinany et autres sont si dignes de notre estime; mais nous ignorons que quelqu'un ait encore publié une ooUection de docuniens concernant les événemens du £ïouveau«Monde, son gouvernement,' sa population et son commerce. Juan Bautista Munos eut le dessein de &ire cette publication à la hn de chaque époque de son histoire, mais la movt l'en empêcha. L'Académie royale de l'Histoire le projeta ensuite, et préféra avec raison travailler à la collection des historiens primitifs, la plupart inédits- et inconnus. Notre collection de voyages remplira en partie ce vide , car outre les joui:naux

Digilized by

INTRODUCTION. iSy

et les routes maritimes des navigateurs et des auteurs des découvertes, nous avons placé dans les appendices beaucoup de documens qui y occu- 1 peut une place convenable, et dont la perte aurait . été , sans les soins que nous avons pris , l'infaillible résultat du cours des tempsî, dç l'abandon des archives, de la mauvaise foi de certains scrutateurs d'antiquailles, ou enfin des bouleversemens, des divisions intestines, ou des invasions étrangères qui troublent presque sans cesse la tranquillité des États (i). Combien de manuscrits précieux et de documens importans sont sortis d'Espagne depuis vingt ans (2) ! Avec quelle douleur nous

(1) Voyez, à la fin, la note 7. /

(2) On imprime actuellement à Londres un Rapport que les savans don Jorge Juan et don Antonio de llUoa firent par ordre du gouvernement espagnol , sur Tétat militaire et politique des royaumes du Pérou, des cotes du Chili, et de la nouvelle Grenade , et auquel ils donnèrent le nom ds Nouvelles secrètes. L'éditeur de ce Rapport dit dans son Prospectus qu'après avoir visité, dans les années 1820, lî^îi et 182a, les provinces de Buénos-Ayres et les royau-

I mes du Pérou et du Chili, il vint en Espagne, et que pen-

dant son séjour à Madrid , il apprit Texistence de ce rapport secret , et (\vC ayant fait tous ses efforts pour l'acquérir, parvint non sans beaucoup de difficultés. Ainsi sortent petit ^ petit d'Espagne nos manuscrits les plus secrets et nos livres rares; et on n'en fera certainement pas usage pour honorer

i3» INTRODUCTION.

avoos vu las rdaticNis des voyages <b qiMiqaes

navigateurs espagnols , tirées il y a plus de cin-^ qualité ans de&,archives géoéraleft9 vendtie».daaa des ventes publiques, et finir par passer chez des nations émules de notre gloire et rivales à» notre (Hiissaneel Avant cette époque, plusieurs documens que Bartoloiné de Las Casas, Uerrera et d'autres historiens s'étrient tironvés ii même de consulter, avaient déjà di^>aru, mais il jreste encore néanmoins beaucoup de nanuscritSf dont la confu$ioa et le désordre déplorable où sa trouvaient andeunement les archives^ gÉné** raies et particulières l^ur laissèrent ignorer l'existence. Nous citerons, entre autres, la

lettre écrite par Colomb au retour de son premier voyage (i),. celle du duc de Medinaoeli au grand cardinal d'Espagne Pedro Gonasalez de Mendoza (a), la relation du quatrième voyage, écrite par don Diego de Porras (3), documens qui existaient dans les a^rcbives

la naâoa , mais bien platét ponr en diviser les mealbim dans les -deux liânisphères et semer enire eux la discorde.

(M. F. DR Nav.)

( i) Voyes cette lettre à la fin de la relation du premier

voyage de Christophe Colomb. ( D. L. R. )

(a) Voyez k n^ 14 de»doflvmens. (M.^JP. na Nat».)

(3j \oye'd, cette leiatuoa lom. IV. (D. L.

INTRODUCTION. iSg royales des ûmxuxs. Ils échappèrent aux iii'-

vestigatioiis de don Juan Bautista Muuoz et de don Juan Sans, qui ne purent par conséquent les examiner, et on en doit la décou*

verte et la connaissance k Tordre admirable dans lequel netre laborieux ami don Tomas Gonzalez a cktssé les papiers de ce riche dépôt. Cest donc là que sont les sources pures de Histoire d'Espagne^ pendant les quatre. derniers sièdes : c'est pour j airoir puisé que la vérité et l'exactitude caractérisent les histoires de Zarita et de Sandoval. Ceux qui voudront les imiter doivent y prendre connaissance des ââts, y emniner les relations diplomatiques^ les traités , toutes les ruses et tous les manèges de la poKtique; le commesbement, la cause ^ le

but et le résultat des guerres et des démêlés avec las autres États, et enfin ^ la,iiparche de tous ces événemens mémorables qui ont influé sur la prospérité et la décadence de la monarchie.

Beaucoup d^écrivains ont dédaigné d*y fiiire attention, par négUgence, par paresse, ou par défont de réflexion , et ont préféré s'en rapporter imprudemment au témoignage d'auteurs étrangers, qui d'ordinaire écrivent avec une extrême partialité, et très souvent conioudent ^ dénaturent, non seulement les fieiils, mais encore la nomenclature matérielle de nos villes.

i4o INTRODUCTION.

et des noms soit de baptême soit de famille de nos personnages, qu'ils estropient, (i) - §. XXXVII. Tout le poids , toute l'influence et toute la valeur que la priorité de la découverte et le droit de possession primitive ont dans les discussions politiques ou dans les négociations diplomatiques entre les nations civilisées , trouvent leur force et leurs preuves dans les documens contemporains originaux. Nous croyons par conséquent que la collection que nous publions ne sera pas inutile à l'Espagne, eu égard à la raison qu'elle peut alléguer, au droit qu'elle peut invoquer en faveur de sa domination sur tant de pays que ses naturels découvrirent, et dont ils s'emparèrent et prirent • possession au nom de leurs souverains (2). Le

(1) Voyez la troisième note de la page 46, la première de la page 14^} 1^ première de la page iSg et autres, de notre Introduction au Voyage des goélettes la Subtile et la Mexicaine, imprimée en 1802; et en outre, la note 8 à la fin de cette Introduction. ( M. F. de Nav. )

(2) Le docteur don Juan de Solorzano Pereira ayant traité spécialement et avec beaucoup d'érudition du droit que le Roi et la Reine catholiques acquirent, ainsi que leurs successeurs, à la possession et à la domination du Nouveau- Monde, nous renvoyons nos lecteurs à son ouvrage intitulé Politique indienne, et particulièrement au Livre I, chap. 8, 9, 10, Il et 12. . {Idem.)

INTRODUCTION. i^i

bouleversement des siècles , les intérêts opposés de la politique et du commerce, la rivalité et les passions ont pu , peut-être, atténuer ou obscurcir ce droit et cette possession , mais les principes d'une justice droite et impartiale ne pourront jamais ni les effacer ni les détruire. Ce ne serait certainement pas la première fois que de semblables documens auraient servi dans des circonstances favorables pour recouvrer des droits étouffés par la force et par l'orgueilleux empire que la supériorité de puissance donne à une nation pour en opprimer d'autres. Quant aux simples particuliers descendans de ces insignes navigateurs espagnols auteurs de tant de découvertes, ils doivent également regarder comme leur propriété les actions héroïques qui répandirent tant d'éclat sur la nation , et reculèrent les limites de son empire jusqu'aux extrémitésdu monde connu.

§. XXXVIII. Après avoir exposé quelques avantages résultant des collections de voyages et de documens diplomatiques, il nous reste à instruire le public des secours que nous avons eus pour vérifier l'authenticité et l'exactitude de ceux que nous publions. Dans le but de former, dans le département de Cadix , un musée et une bibliothèque publique de marine, où l'on réunirait en même temps tous les manuscrits historiques et scientifiques relatifs à la navigation , dis-

i4a INTRODUCTION.

persés dans diverses archives du royaume; le roi Charles lY daigna noua donner, par ordre râyal daté de San Lorenzo del Ëscui ial , du 1 5 octobre 178g» la commission de reconnaître et d'eiftminer toutes les archives et bibliothèques du royaume 9 tant générales que particulières, afin que nous réunissions des copies exactes et légalisées de tout ce que nous parviendrions à trouver d'utile et de convenable à cet objet. Les instructions . compétentes ne nous furent conomumquées qu'au mois de juin de Tannée suivante; et, conformément à leur teneur, nous commea* çftmes notre travail par l'examen de la -salle des manuscrits de la Bibliotiiéque royale de Madrid, examen que noto fimea alternativement avcic celui , des archives de LL. ££. les marquis de Santar^jruz et deYilIafranca et le duc de-Medina Sidonia. Nous procédâmes ensuite à la reconnaissance des manuscrits de la Bibliothèque des Etudes royales de San-Isidro, et à diverses époques convenables, à celle de la Bibliothèque hante de FEscurial.' Nous pûmes être satirfnit de . nos recherches dans les archives dont les papiers étaient en ordre ; mais dans oéllêa oùéb se trouvaient placés indistinctement et sans -ar* rangement, comme dans la Bihliothé<|ue des Études royales et dans les archives de la maison de Villafranca, nous eûmes toujours la crainte

INTRODUCTION. i43

^Wotf complété noire, collecte , lù rec-

mvnr ou se U^ouvaitla relation orii^male lyàge supposé de^Lorenzo Ferrer AbddMado

au ilétioit il Auiaii ca i 588 , et faire examiner

liNm^-élait rauthentidté, et jusqu'à quel I' Duiu t on p o 11 \d 1 1 ) aj u u t c I' 1 b i , pa rce que M. B u a - IPl^iEVMiift de itre^^ l'Académie des Sciences de Paris un Mémoire dans lequel il s'effor«^ait d en IMWIW ^ M certitude -et^ la réalM. Ayant nçu Tordre de reconnaître à cet effet les archives de £». M&>^ 4uc diel ii4antack>|Mdans lesquelles Arers 4ndîée9^fei«aiént soupçonner l'è^i^tence [ iii^éii^i^Pây age^ nous .nous occupâmes aiissiitot à I y cftwiihir 4^ttr ^eâitknr jljyNéttèë r^xféh au j. '^ilieu de cette rechercha (|ue deux relations MBMWM'^K^I^ et citr tt^sième Toyage de Christophe Coluuib , écrites de la pro[^e,mam Jjlf/HtgÊtkmé' de fi» Casaiir; tombèiNSMfe^^ les nôtres. Nous ue pouvions iàire ^l}é^^;d propos D^tte précieuse déoôu^rerl«^ p^^4^érl^^ ami ^ydpn Juan Bautistâ Mim<^,^au(|ij[j^l nçus conuiui-

JllplMMirt 44èmps

pour mettre à profit les rcu^ieigiieuiens qu'il y

le twm K de ims^imttdu^c^'

y^dént il s'occupait alors. Ce qui «Dpus |îbi( d'une grande utiUlé dans la recannais* iÉMÂM^ Biblk^^ haute de l'E:d<^riar» où

i44 INTRODUCTION.

se conservent tant de précieux manuscrits, ce fut l'examen et la lecture réfléchie que nous fimes de la description ou catalogue raisonné qu'en avait formé et que conservait encore manuscrit le savant don Francisco Ferez Bayer, qui voulut bien , non seulement nous le prêter généreusement, mais nous donner encore des iiistructions particulières qui nous permirent de nous acquitter d'une manière plus ponctuelle et plus complète de la vaste commission dont nous étions chargé. Elle eut pour résultat vingtquatre vplumei^ de. bonnes copies, la plupart c d'expéditions mîHtairès et de batailles navales, de pièces de gouvernement et d'administration, de diverses routes maritimes, de voyages et d'autres ouvrages techniques.

§. XXXIX. Content d'avoir reconnu et mis à profit les riches dépots littéraires de la capitale, nous passâmes à Séville, en février 1 793, animé du vif désir de trouver dans les archives générales des Indes , alors récemment établies dans cette cité, tout ce qui pourrait satisfaire notre avide curiosité. La première difficulté qui nous arrêta fut l'accumulation que formaient les papiers transportés en grand nombre de Simancas , réunis à ceux qui y existaient bien antérieurement et qui provenaient des tribunaux et des bureaux de l'ancienne capitale, et à ceux qui venaient du

INTRODUCTION. • i45

trtbuiwl d» afifoire» coniroeraalts des deux

Ix^es* Cepmidaot Juau Augostia Cean Benuudez, littérateur méthodique, laborieux et inteliigeat, chargé la classificaUou de ces papiers, avait eommeiicé à les mettre en ordre et à former d exceileos catalogues de ceux dont le ministère et les tribonaox avaient le plus souvent besoin pour leurs vérifications, leurs résolutions et leurs jugemens. Nous manquions d'un guide capable de nous faire trouver avec fedlité et promptitude, au milieu de tant de manuscrits anciens, ceux qui étaient du. rassort de notre mission , c'estrènlire les relations des voyages et des découvertes d'outremer « les journaux et les routes maritimes des navigations, qui étaieot la plupart parmi les papiers venus de Simancas. Nmis crûmes donc devoir commencer fiar en esamiaer les liasses et par, copier au fur et à mesure tout ce que nom trouvions sur ces matières ; mais au mo>vm^it où nous étions le plus occupé de ces perquisitions, la guerre, déclarée à la France révolutionnaire, nous appela comme militaire et coQoune marin anx escadres dont l'équipement et raimemeiit !ie préparaient. Le ministère ne négligea pas pour cela les recherches dont il nous avait chargé. Afin qu'elles ne fussent pas» i^terronspiMSS^ il nous ordosina de laisser des Tome I. io

i46 INTRODUCTION.

instructions aux officiers et aux copistes qui devaient rester à Sévilte , de fixer la tache qu'ils auraient à remplir, de venir inspecter leui-s travaux achevés et de. Içur en préparer de nouveaux toutes les fois que Tescadre aurait à rester dans le port de Cadix, en station ou en quartier d'hiver : c'est ce que nous exécutâmes à la fin de 1 794. De cette manière notre mission put être continuée jusqu'en juillet 1795 par don Josef de Bazterrechea, alors officier au ministère de la marine, qui, sous notre direction, recueillit dix-sept gros volumes in-folio de copies, de manuscrits et de documens très importans dans |es archives générales des Indes, dans celles du collège de San Telnio , dans la bibliothèque de San Acacio , qui est la bibliothèque publique de la ville, et dans celles de quelques couvens et de quelques particuliers, surtout dans celle du comte del Aguila, très riche en manuscrits et en trésors littéraires. Malgré tant d'utiles démarches et tant de zèle, il ne put néanmoins parvenir à exploiter à fond , comme nous le désirions , la mine abondante des papiers relatifs aux Indes, tant à cause des soins de la guerre qui firent suspendre l'exécution de la commission jusqu'au retour de circonstances plus favorables, qu'à cause des difficultés sans cesse renaissantes auxquelles donnaient lieu la

cla&ttfication encore irrégulière et iacomplète des archiTea générales des docoaines d'outre-** ner«

Page 1