SUPPLÉMENT
Aux Notes i , Page &5 , et i , Page loa.
Madrid, {8 mars x8a8.
Le lecteur a la, pages a5 et loa de ce yolume, de précieuses notes sur le prêtre Jean, desquelles M. de Saint-Martin a bien yonlu enrichir notre traduction. En priant ce savant orientaliste , dont les utiles travaux ont rendn de si éminens services à rhîstoîre de TAsie et à la science en général, et tous les autres savans de premier ordre, dont les notes, ainsi que les siennes, ajoutent un si liant prix à la publication que nous avons entreprise « de recevoir ici Tassurance d« nm gratitude pcnonnelle , gratitude que mon coUabomteur, plus bearanx qna moi 9 % pu souvent^ pour sa part, leur exprimer de vive voix ; je crois devoir les supplier de ne pas trouver maipvaiê cpie je rétablisse ici, dans leur entier, les denx notes sur le prêtre Jean, que j'avais envoyées de Madrid, et qui se rapportent précisément aux deux passages que je viens d'indiquer. Je le fais avec d'autant plus d'assurance « que ces deux notes, puisées dans les ouvrages, soit imprimés soit manuscrits , d*un grand nombre d'historiens de diverses nations, et lues et approuvées par l'érudit don Martin Femandez de Navarrete^ non seulement ne se trouvent nullement contredites , mais se trouvent même fortifiées par celles de M. de Saint-Martin dont la puissante autorité jointe à celle de M. de Navarrete leur donne tant de poids, et que d'ailleurs je manquerais à la promesse que j*ai faite à ce deniîer, si je ne les insérais textuellement. Cest pour cette dernière raison surtout que je me décide i tenuiner ce premier tome par leur insertion , que les deux notes précitées de M. de Saint-Martin rendent ai^ surplus bien moins utile à nos lecteurs qu'elle
n'aaraît pu Tétre si' ce savant acadétoicien n'eut bien voulu nous les envoyer.
• . nommé par les Européens^ le prêtre Jean
( tom. I y p. 26 , lignes 1 et a ).
(0 Qvel^ës historiens l'ont appelé Ungeam, d'autres Qgéme, et Tabbé de Marîgny, persanisant son nom , l'appelle Perest^Gemi, Son vrai nom était Togavi.' OuiTGU-KRAir. A la mort de Koirem-Khan ou Chen-Khan
ou Kohan (roi), roi des Tatars Khéraïtes, el l'un de» phis [)uissaiis monarques de la Tartaric asiatique, il s'empara de ses États ^ vers l'an ti58, avec tant de valeur et d'audace» qu'il fut univers^ement reconnu pour son suoeetseur. Il résidait à Caracomm» dans le Gelaîr, province du Mogolistan. La fable qui se répandit en Ettrdper, qu'il avait embrassé le cbrtstianisme et qu'il' avait été jusqu^à recevoir les ordres saerés , a pour origine la jactance de plusieurs missionnaires ncstoriens qui, nyant fait quelques prosélytes dans le Gelaîr, curent l'effronterie non seulement de publier qu'ils avaient converti tons les Tatars et le grand Kban qui même s'était fait prêtre, mais encore de fabriquer, au nom de ce souverain, des lettres adressées à TjOuîs YII, roi de France ; â Trédérîc I, empereur des Romains; à Manuel, eiTiperetir d'Orient , et au pape Alexandre III qui eul la simplicité de lui faire une rcponse dans laquelle il l'appelait : Sacerdoiem Sanc- Hsfimum.
Togrul^Oungh-'Kkan fuX pendant dix -neuf ans à sa cour le fameux Gengkis^Kàan ou Tehiftghh Khan , qui s'y réAigia , en 1x69, après sa défaite par les Merkites, Il lui donna sa fille en marin^^e , et le dépit qu'en eut Gemùuea,
Vun des Khans ses vassaux , don^ha naissance à une ligne par sorte de iat^uelle ii fui chasse de ses États. Mais la va-
Wur d« Genghû^ son gendre» le rétablil bientôt sur soù trône. L'an 1 1<>3, les ennemis de Genghù persuadèrent à
Sancouni , son henT?- frère , fjiTil vivait le projet de le dé* Irùjier. làiancoutn i\\ juisscr ses sunprons dans l'esprit du grand Khan son père. L'arrestation de Genghis fut résolue f mais averti, il se hâta de regagner le Niron^Cayat^ son pays , où ses anciens sujets et plusieurs petits peuples Toi' sins se soumirent à lui. A la téte d'une armée nombreuse , il porta sans retard la guerre dans le royaume des Khéraitos ^ et l'ingrat Tof^rul-Oungh-Khan , vaincu en IÎ02, iul ma&sacré dans sa i'uite par deux ciief& de laurs Naïmans.
(De V.,.l.)
....II arriva eniiii a la cuui- du prêtre Jean (paj^e loj, ligne dernière).
(1) U y aurait ici de l'obscnriié pour la plupart des lecteurs français , surtout après la lecture du §. 9 de cette Introduction , si nons ne donnions à ce passage l'explication qu'il réclame. 11 est clair que le fameux Togrul- Oungh-Khan, grand Khan tics tai tarcs Mogols , si connu dans uos histoires sous le nom de prêtre Jean ^ et mort, ainsi que n ous TaYons déjà dit dans une note (la précédente) au %. précité) en 1 ^2 ^ par conséquent depuis près de trois siècles lors du départ des deux commissaires de Jean II, n*esi pas celui dont il est ici question, car dans Thypothèse cou* traire, il est évident que c'eût été sur l'histoire ancienne que S. M. le rc)i (le PorLuj^Ml eût eiivové en Asie eherchi r des notes. Mais l'ambassade do ce luonarquc et l'arrivée de Covilham à la cour du prélre Jean s*expliq;tient . de 1» manière suivante :
Don PèdrC) oncle d'Alphonse roi de Portugal 9. ayant lu dans la relation du vénitien Maisc Polo qu*il y avait dans les Indes un rot puissant qui était chrétien * t ri-juHimil \\\ prélre ftuut ^ proposa dans le conseil, pendaut sa régeiu;e , i^kkt, lester la
déeonvtrle d«t Èl»u d« e« ommumniiM) pMir tàeher de se procam son allîaiicft. Les Povtvgais étttMBt alon nceopé»
du grand de$^n d'attirer à «nx tout le oomnerce de l'Inde,
et rapportaient tout à cette idée. Le projet de don Pèdre fut agrée, mais de malhcni euses circonstances en retardimat aio» Texécution. A cette époque, on n'aTait qu'une aomiaiiaanee confuse de rAbyssinie, et même le* saYana da tgmpê la plaçaient daaa l'Imda, ainsi qne les aneîcna, •t l'appdaiaDl anooM EtUopie comma -mÊX* Ils la pon<* raient d'aillewa «onIbndM ayee TEtliiopte Pontique, partie de l'ancieime Cokhidc, aujourd'hui la Géorgie, qui est bien vraiment en Asie. Nous savons d'ailleurs que TAfrique était alors si peu connue , que don Ûiégo Cam, don Jean Allonto de Aveiro , Bartolomc Diaa et autres TOyagenrs portugais crurent les Indes situées sur la côte orientale de cette partie du monde 1 erreur que partagea Vasco de Gama , juscpi'è son arrivée à Mozambique. Et Timmortei Colomb lui-même naviguait à l'occident dans le dessein de frayer aux Européens une nouvelle route des Indes , et croyait j arriver lorsqu'il découvrit l'Amérique I On n'ignorait cependant pas que PAbyssinie était un vaste empire dont le souverain et les babitans éuient cbrétiens; et avec ces idées de puisiance» d'étendue et de cbristianîsme , les prbicipales qui lassent restées des relations de Marc Polo» de Plan Carpin, d'Ascelin, du P. André de Lonjumel, dominicain, de Guillaume de Rubruquîs, de Pordenau et d'autres voyageurs, jointes aux connaissances incertaines sur linde, et à tant de récits tHvers et merveilleux anr le prêtre Jean^ sur le grand Kban Meng-Ko, et sur leur conversion à la foi catholique» il fut facile alors de confondre les deux empires; et comme le premier monarque de l'un des deux États qui fit du bruit en Europe» j fut principalement connu sous les noms de prêtre Jean et de grand Khan , il s'ensuivit qu'on donna ce nom à tous «es Mccesseors , et par suite , à tons les rois dTAlijBatnie ^*on |irit dTidiord pour tels* C'est sons le nom de /»v»«r
NOTËS. 399
Jean, qn« Cam, AT«iro, CotlOiain, Rodrigue de Lima et Alvarez , chargés par Jean II de TesécHtion du projet de (Ion Pèdre, donnèrent successivement a la cour de Portugal des informations sur le souverain d'Abyssinie. Aussi rhistorîcn Ludoif et le père Tellez lui-nsème ont-ils dit que le nom de prêtre Jean doané à tes princes éuit de t'inventioii des Portugais; cepeadanl une lettre ex* trémeiseiit curieuse d*an grand mettre de Rhodes, rap» portée par Thistorien Le Grand dan» l*mie des savantes dissertations dont il a enrichi sa traduction de l'histoire d'Abyssinie du jésuite Jérôme Lobo, lettre adressée au roi de France Charles V1I« en date du 3 juillet i44^» c*est-à*dire trente^six « trcnte-huit et quarante ans arant les voyages de Cam, d'Aveiro et de Covilham^ donne, ainsi que les chroniques de ce temps des Grecs et des Latins orientaux , le nom de prêtre Jenn au roi des Abyssins; qualification qui leur fut entièrement inconnue, et qui était d'autant plus ridicule que dans la longue liste de CCS monarques il n'y en a pas un seul qui ait porté le nom de Jean. Comme il n'y a po«rtani point de fabie qui ne soit appuyée de quelque Ibiidement historique , nous croyons pouroir attribuer Torigine de celle-ci à ce que plusieurs rois d'Ab3rs8inie ont etercé le sacerdoce. L'historien arabe Abou-Sclah va même jusqu'à dire qu'ils étaient tous ordonnts prêtres : c'est une erreur grave ; niais il est certain que plusieurs de ces princes ont été revêtus des ordres sacrés , et les annales abyssiniennes en citent plusieurs qui célébraient tous les jours la messe. Les Abyssins sont d'ailleurs cités plusieurs fois dans nos liTres saints; leur conversion au judaïsme date du temps du roi Salomon, et au christianisme, de celui de Constantin, ▼ers l'an de Jésus- Christ 33o. C'est au zèle de saint Atbanase et de saint Frumentius qu'ils en sont redevables. Nous ajouterons que les premiers Portugais voyant des croix sur les habits du Roi, de r£mpaieur ou da N^us, titre qu'on donne indifiéicmment an tomrerain d'Abya«
4o0 NOTES.
«nid» le prenaient pour un pvétre, et c'est ce qui lei cou« . ûm» peut-être dans Tidée que le Nëgus était le préonâ/eatu Il n'en a pas fallu davantage pour perpétuer la fable du
])rt'tre Jean y qui n'a fait que changer de théâtre en passant ci 'Asie €11 Afrique.
Au reste , ie savant don Martin Fernande/. deNavarrete, qui mtus apermis de rédiger cette note» éta même été le premier mms prévenir de l'erreur apparente relative an prêtre Jean ^ et à nous donner des idées judicieuses pour la rectifier, en nous autonsant à le fiure autant que nous le croixious convenable , n'a donné an monarque d* Abyssînie le nom de prêtre Jean, que pour se conforruer a i'iiabitude qu'ont de l'appeler ainsi presque tous les historiens Esjiagnol», Portugais , Italiens , et même quelques uns des autres nations , au nombre desquels nous citerons t
fiurrofli: Ikt Jsia, Décade Jf, Uv. III , cb«p. Y.
l*uente : Abrégé.dt tHuwire de i'Me, Xâv. III» ebsfi^ l et. II.
, San Roman : Histoire de C Inde orientale f Liv. 1, page 34 G\. suivantes, et Jiv. 11, page '213 et suivantes.
VictioHW^re de l'Acadtitnie espagnole , au mut Preste Juan.
Bam^sio, Beeueii de Voyages' matitimes, loin. I<^» page i77« et depuis page 1^9 jusqu'à 261.
^ Enfin 9 Camus y membre de l'Institut, appelle prélre Jean le souverain d'Abyssinie, })agr 9 de son Mémoire
sur la LuUccUun des grands et des petits Voyages,
riiV DU P&£Mi£ll YOLUM£.
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