Tome II. T
vent de terre qui passa ensuite à l’est. On vit qu à la partie sud-sud-est (1) du Monte- Cris ti , entre cette montagne et un îlot, il paraissait y avoir un bon port, où on pourrait mouiller cette nuit ; on se dirigea à l’est-sud-est, et ensuite au sudsud-est , jusqu’à six lieues de la montagne. Après les avoir faites on eut dix -sept brasses d’eau sur un fond très uni, et on fit ainsi trois lieues avec le même fond. On n’en trouva ensuite que douze jusqu’à la tête de la montagne; et, quand on fut à la hauteur de ladite tête à une lieue, il n’y en eut plus que neuf, toujours sur un fond uni de ^able fin. La profondeur fut la même, sur un fond semblable, jusqu’à ce qu’on pénétrât entre la montagne et l’îlot (a), qui a un bon port ( muy singular puerto ) , où l’on mouilla et où l’on eut trois brasses et demie à la mer basse (3). L’amiral descendit dans l’îlot, où il trouva du feu et des indices qu’il y était venu des pêcheurs; il y vit des pierres de couleur ou une carrière de pierres très belles qui sont naturellement colorées, et il dit qu’ elles seraient excellentes pour la construction d’églises ou d’autres édifices royaux, de même que celles
(i) Ce doit être O. S. O. (M. F. de Nav.)
(2) L’île de la Chèvre ( Cabra ).
(3) Mouillage de Monte-Cristi.
( Idem. ) ( Idem . )
DE CHRISTOPHE COLOMB. 2$9 qu’il trouva dans la petite île de San-Salvador. Il y vit aussi plusieurs pieds de lentisque , et d dit que cette montagne de Monte-Cristi est très belle, très élevée, praticable et d’une jolie forme (i); la terre tout autour est basse et magnifique, de sorte qu’en la voyant de loin elle ressemble à une île qui ne touche en rien au continent. A l’est de cette montagne, l’amiral vit un cap qui en est éloigné de vingt-quatre milles, et qu’il nomma le cap du Veau (de/ Becerro ) (a). Entre celui-ci et ladite montagne, il y a pendant deux lieues des récifs, entre lesquels il paraît néanmoins exister quelques passes; mais il convient de n’y entrer que de jour, et de se faire précéder par une embarcation avec la sonde. Depuis cette montagne à l’est jusqu’au cap du Veau, il y a quatre lieues de terre basse et très belle; le surplus est composé d’un terrain fort élevé et de belles montagnes cultivées. Dans l’intérieur on trouve, du nord-est (3) au sud-est, une chaîne la
(1) Il dit vrai, car du côté de la mer comme de celui de terre, elle ressemble à une île semée de froment (como un menton de trigo), ( Baetoiomé de Las Casas.)
(2) La pointe Rucia. ( M. F. de Nav. )
(3) Il est probable, ou que l’amiral s’est trompé, ou que Bartolomé de Las Casas a mal copié. Cette chaîne de montagnes dite de Monte-Christ, va du nord-nord-ouest à
plus belle qu’il ait vue , dit l’amiral , et qui ressemble à celle de Cordoue. On voit également dans le lointain d’autres montagnes très élevées vers le sud et le sud-est , ainsi que de grandes et belles vallées verdoyantes et un grand nombre de rivières. Tout est si riant, dit encore l’amiral , qu’il ne croit pas exagérer d’une millième partie. Plus loin à l’est de la susdite montagne, il vit une terre qui paraissait être une autre montagne semblable en hauteur, en étendue et en beauté à celle de Cristij et de là dans la direction du nord-est un quart est la cuarta del este al nordeste ) , il y a environ cent milles d’une terre moins élevée.
Dimanche , 6 janvier.
Le port dont il vient d’être fait mention est à l’abri de tous les vents, excepté de ceux du nord et du nord-ouest, qui, dit l’amiral, régnent rarement dans ces parages, et encore peut-on s’en garantir en se plaçant derrière l’îlot : il y a de trois à quatre brasses d’eau. Après le lever du soleil, on appareilla pour longer la côte, qui s’étend à l’est dans toute sa longueur. Il est nécessaire d’y faire attention à
l’est-sud-est. Voyez la carte de Saint-Domingue du bel atlas des deux Amériques, de M. J. A. Buchon. (DeV...i.)
DE CHRISTOPHE COLOMB. 26i beaucoup de bas-fonds de pierre et de sable qui s y trouvent, mais derrière lesquels il y a, à la vérité, de bons ports; et on trouve de bonnes passes pour y entrer. Après midi, le vent souffla avecforce de l’est. L’amiral fit monter un homme en vigie pour observer les récifs, et il aperçut la caravelle Pinta courant, vent d’est en poupe, et arrivant sur le navire amiral. Comme on ne put pas mouiller en cet endroit à cause des bancs (por ser bajo ), l’amiral retourna à Monte-Cristi en rétrogradant de dix lieues , et la Pinta le suivit. Martin Alonso I*inzon passa à bord de la Nina, que montait l’amiral, et s’excusa en disant qu’il s’était involontairement séparé de lui, et il en donna les raisons ; mais l’amiral dit quelles étaient toutes fausses , qu’il s’était écarté par entêtement et par cupidité, et qu’il ne connaissait pas les motifs qui l’avaient porté à en agir envers lui pendant tout le voyage, avec tant d’orgueil et de grossièreté. Cependant l’amiral voulut bien dissimuler, afin de ne pas donner lieu aux tentatives de Satan, qui cherchait à empêcher ce voyage, ainsi qu’il l’avait fait dès le commencement. L’amiral apprit que l’un des
(i) Las Casas a dit, dans une note précédente, que cette île n’existait pas, à moins que ce ne fût la Jamaïque.
Indiens, qu’il avait recommandé à Pinzon avec d’autres qui étaient sur sa caravelle , avait dit à celui-ci qu’il y avait beaucoup d’or dans une île nommée Baneque; que Pinzon, qui avait un bâtiment léger, voulut s’y rendre seul, et que c’est pour cette raison qu’il s’était déterminé à naviguer de son côté, et à abandonner son chef, qui voulait s’arrêter et côtoyer les îles Juana et Espagnole , qui étaient toutes deux placées dans la direction de l’est. Lorsque Martin Alonso fut à l’île Baneque , il n’y trouva pas d’or, et il se rendit sur la côte de Y Espagnole d’après l’indication d’autres Indiens, qui lui dirent qu’il trouverait dans cette île , que les Indiens appellent Bohio , beaucoup d’or, et un grand nombre de mines de ce précieux métal ; et ce fut ce qui l’avait amené plus de vingt jours auparavant à quinze lieues de la ville de la Nativité. Il résulte de là que les nouvelles données par les Indiens, et par suite desquelles le roi Guacanagari envoya le canot , et l’amiral un marin , étaient vraies , et qu’en effet la Nina devait se trouver dans ces parages lorsque le canot y arriva. L’amiral dit ici que la caravelle obtint beaucoup d’or par les échanges, et que, pour un bout de cordon, son capitaine en reçut de bons morceaux de la longueur de deux doigts, et quelquefois d’aussi grands que la main. Martin
Alonso en gardait la moitié pour lui, et distribuait l’autre moitié à son équipage. L’amiral ajoute , en s’adressant au Roi et à la Reine : «Ainsi « je reconnais , seigneurs princes , que notre « Seigneur a voulu miraculeusement que notre « vaisseau naufrageât ici, parce que c’est le meii- « leur parage de toute l’île , et afin que nous fas- « sions notre établissement plus près des mines « d’or. » Il dit également qu’il savait que derrière l’île Juana , au sud, il y a une autre grande île (1) dans laquelle on trouve encore plus d’or que dans celle-ci, et en telle abondance, qu’on y ramassait des morceaux gros comme des fèves, tandis que, dans l’île Espagnole , ces morceaux n’étaient pas plus gros que des grains de froment (2). L’amiral ajoute que cette île s’appelle Yamaje (3) ; qu’il apprit que tout près de là à l’est il y a une île habitée uniquement
(1) Il dit vrai, mais c’est la terre ferme,
( Bartolomé de Las Casas. )
Ce ne peut être que l’île de la Jamaïque.
(M. F. DE Nav.)
(2) On trouva dans l’ile Espagnole des morceaux d’or grands comme un gros pain d’Alcala, ou comme un plus gros encore de Valladolid; j’en ai vu plusieurs de cette grosseur, et un grand nombre d’une, de deux, de trois livres , et même de huit. ( Bartolomé de Las Casas. )
(3) La Jamaïque. (Idem.)
a64 PREMIER VOYAGE
par des femmes, ce que savent beaucoup de personnes; que l’île Espagnole et celle de Yamaye ne sont éloignées de la terre ferme que de dix journées de navigation en canot; ce qui peut faire soixante à soixante-dix lieues, et que la population de cette contrée est vêtue.
Lundi , 7 janvier.
Ce jour on boucha une voie d’eau dans la caravelle , et on la calfata. Les marins allèrent à terre pour couper du bois; et l’amiral dit qu’ils trouvèrent beaucoup de lentisques (aL macigos ) et d’aloès ( linaloe ),
Mardi, 8 janvier.
On ne partit pas aujourd’hui à cause des gros vents d’est et de sud-est; l’amiral ordonna, en conséquence, qu’on pourvût le navire d’eau, de bois, et de tout ce qui était nécessaire pour ce voyage. Il désirait côtoyer Y Espagnole aussi long-temps qu’il le pourrait sans s’écarter de sa route ; mais diverses circonstances s’opposèrent à l’exécution de son projet. Les frères Martin Alonso Pinzon et Yicente Anes, placés par lui sur les deux caravelles en qualité de capitaines, et plusieurs de ses gens qui s’étaient rangés de leur côté par orgueil et par cupidité , dans la persuasion que tout devait être pour eux, ou-
DE CHRISTOPHE COLOMB. ^65 bliant 1 honneur que l’amiral leur avait fait , avaient non seulement refusé d’obéir à ses ordres et ne les exécutaient plus, mais ils faisaient et disaient contre lui des choses inconvenantes , et enfin Martin Alonso l’avait abandonné depuis le 2i novembre jusqu’au 6 janvier, sans motif ni raison , mais par le seul effet de la désobéissance. L’amiral avait souffert en silence toutes ces choses pour mettre heureusement fin à son voyage ; il désirait d’ailleurs sortir de si mauvaise compagnie, avec laquelle il fallait, dit-il, dissimuler, malgré son insubordination , au lieu de s occuper du châtiment des coupables, quoiqu’il fût soutenu par beaucoup d’hommes de bien qui étaient avec lui; c’est ce qui le détermina à partir sans délai pour retourner en Castille, et à suivre sa route sans s’arrêter, et avec le plus de rapidité possible. Il descendit dans la chaloupe, et se rendit au fleüve, qui est tout près, à une grande lieue au sud-ouest du Monte- Cris ti : les marins y prirent de l’eau pour le navire. L’amiral trouva qu’à l’embouchure de ce fleuve, qui est très large et profonde, le sable est tout chargé d’or, et en si grande quantité, quoiqu’il soit très menu, que c’est une merveille (i).
(i) C’est le fleuve Yaqui ; il est très grand et roule beaucoup d or. Il est possible que l’amiral y en ait trouvé alors,
L’amiral croyait que les morceaux ou parcelles de ce métal s’amoindrissaient et se réduisaient en poudre en roulant de la source de ce fleuve à son embouchure, parce qu’il dit que, dans un petit espace , il en trouva plusieurs grains aussi gros que des lentilles; il y en avait en grande abondance de petits ou menus comme du gravier. Comme la mer était grosse et que l’eau salée se mêlait dans le fleuve avec l’eau douce, il ordonna de le remonter jusqu’à la distance d’une portée d’arquebuse. De la chaloupe on remplit les barriques ; et , en retournant à la caravelle, on trouva de petits morceaux d’or dans les cercles des barriques et dans ceux de la pipe. L’amiral donna à ce fleuve le nom de fleuve de V Or [rio del Oro) (i). Il est très profond après son embouchure, quoique l’entrée soit basse et fort large. Elle est à dix-sept lieues de la ville de la Nativité (2). Il y a dans
comme il est dit; mais je crois aussi que comme il y a beaucoup de marcassites ( margasita ) , l’amiral se sera trompé en prenant pour or tout ce qui reluisait.
(Bartolomé de Las Casas. )
C’est en effet la rivière Yaque ou de Saint-Jacques [Santiago). (M. F. de Nav. )
(1) C’est le fleuve de Santiago (Saint-Jacques).
( Idem. )
(a) La distance véritable est de huit lieues. [Idem.)
DE CHRISTOPHE COLOMB. 267 cet intervalle plusieurs autres grands fleuves , trois surtout dans lesquels l’amiral croyait qu’il devait y avoir beaucoup plus d’or que dans celui - ci , parce qu’ils sont beaucoup plus grands (1), quoique ce dernier soit presque aussi considérable que le Guadalquivir à Cordoue. De ces fleuves aux mines d’or il n’y a pas vingt lieues (2). L’amiral dit, en outre, qu’il ne voulut pas prendre dudit sable qui contenait tant d or, parce que Leurs Altesses en avaient en abondance, et à la porte de leur ville de la Nativité; que son intention était, au contraire, de venir à toutes voiles pour leur apporter les nouvelles de son voyage, et se séparer de la mauvaise compagnie des bandits au milieu desquels il se trouvait.
Mercredi , 9 janvier.
A minuit, 1 amiral mit à la voile par le vent sud-est, et navigua vers l’est-nord-est. Il arriva à une pointe qu’il appela Punta Roja (3), qui est précisément à l’est du Monte - Cris ti , et à
(1) Le fleuve de l’Or est plus grand que tous ceux-là, je
,e sais" ( Bartoeomis DE Las Casas.)
(2) Il n’v a même pas quatre lieues de ces fleuves aux
mines‘ (Idem.)
(3) Pointe Isabélique. (M. F. de Nav. )
ii i
une distance de soixante milles (1); se trouvant abrité par elle, il mouilla dans la soirée, trois heures environ avant la nuit. Il n’osa pas se hasarder à en sortir de nuit, à cause du grand nombre de récifs qui y étaient, et son intention fut qu’on les reconnût, afin de pouvoir en tirer parti plus tard, s’ils ont, ainsi qu’il est probable, des canaux profonds, et renferment un bon attérage à l’abri de tout vent. Le pays situé depuis le Monte-Cristi jusqu’à cet endroit où il mouilla, est élevé , plat , et présente de très belles campagnes terminées par des montagnes superbes , qui s’étendent de l’est à l’ouest, et sont toutes cultivées, couvertes de verdure, et arrosées par un grand nombre de ruisseaux. La beauté de leur aspect offre un coup d’œil ravissant. Dans toute cette contrée il y a beaucoup de tortues : les matelots en prirent sur le Monte-Cristi , qui venaient frayer à terre; il y en avait d’aussi grandes qu’un large bouclier ( grande tabla china). L’amiral dit qu’hier, en allant à la rivière d’Or, il avait vu trois sirènes qui s’élevèrent beaucoup au-dessus de l’eau de la mer, mais qu’elles n’étaient pas aussi belles qu’on les
(r) Il n’y a que dix lieues et demie, ce qui correspond à quarante-deux milles italiens, qui étaient ceux dont se servait Colomb. (M. F. de Nàv. )
représente (1), et qu’il leur avait trouvé presque les traits d’un homme; il ajoute qu’il en avait vu autrefois en Guinée sur la côte de Malaguette. Il assure que cette nuit , avec l’aide de notre Seigneur, il reprendra son voyage sans plus de retard , ni pour quelque cause que ce soit , puisqu’il a trouvé ce qu’il cherchait, et qu’il ne veut pas avoir de nouveaux différends avec ce Martin Alonso jusqu’à ce que Leurs Altesses sachent des nouvelles de son voyage et de ce qu’il a fait. Et ensuite , dit-il, je ne souffrirai pas les méfaits d'hommes sans délicatesse et sans vertu, qui prétendent insolemment faire prévaloir leur volonté contre celui qui leur fit tant d'honneur.
(1) C’étaient peut-être les manatis ou vaches marines que décrit Oviedo dans le chap. 85 de son Histoire naturelle des Indes. (M. F. de Nav.)
Les lamantins ou manatis ne ressemblent à l’espèce humaine que parce qu’ils ont les mamelles sous la poitrine , et il faut que Colomb les ait vus de bien loin pour leur trouver des rapports avec la figure humaine; mais plusieurs navigateurs se sont fait la même illusion. Il y en a effectivement sur la côte d’Afrique tout comme sur celle d’Amérique. (C....K.)
Jeudi , 10 janvier
L amiral partit de l’endroit où il avait mouillé, et au soleil levé il arriva à un fleuve (1) qu’il appela fleuve de Grâce ( rio de Gracia ), et qui est à trois lieues au sud-est; il mouilla à l’embouchure , qui offre un bon havre du côté de l’est. En y entrant, on trouve un banc qui n’est recouvert que par deux brasses d’eau, et qui est fort étroit; à l’intérieur, on a un excellent port fermé et bien abrité, mais qui est rempli de tarières {bruma) (2) ; et la caravelle Pinta , que montait Martin Alonso, en était fort maltraitée, parce que, dit l’amiral, il y séjourna pendant seize jours pour faire des échanges, et il y ra-
(1) Ce fleuve est celui que l’on nomme de Martin Alonso Pinzon , et qui se trouve à cinq lieues de puerto de P lata.
( Bartolomé de Las Casas. )
C’est la rivière Chuzona Chico , à trois lieues et demie de puerto de Plata (port de Piata). (M. F. de Nav.)
(2) Petit insecte de mer qui a la tête garnie de deux fortes écailles ayant un tranchant opposé et à contresens ; il perce dans les bordages de la carène d’un bâtiment, s’y loge et y grossit. Le bâtiment qui n’est pas doublé en cuivre, surtout dans les colonies, est bientôt piqué des vers, au point d’obliger à changer plusieurs deses bordages!
Note extraite du Dictionnaire de Marine du vice-amiral 'Willaumez. (D. L. R. )
DE CHRISTOPHE COLOMB. 271 massa ainsi beaucoup d’or, ce qui était tout ce qu’il désirait. Mais dès qu’il apprit par les Indiens que l’amiral était sur la côte de la meme île Espagnole, et qu’il ne pouvait l’éviter, il alla à sa rencontre. L’amiral dit qu’il aurait voulu que tous les gens de son navire eussent juré qu’ils n’étaient restés que six jours en cet endroit, et il ajoute que sa méchanceté était si notoire qu’il ne pouvait la dissimuler. Au rapport de l’amiral , il avait fait une loi par laquelle la moitié de tout l’or que produiraient les échanges , ou que l’on trouverait, serait pour lui. Au moment de son départ, il s’empara de force de quatre hommes et de deux jeunes filles; mais l’amiral leur fit donner des vëtemens, et les fit remettre à terre pour qu’ils retournassent dans leurs foyers. Ce qui, dit-il, est du service de Vos Altesses , parce que hommes et femmes sont tous sujets de Vos Altesses , non seulement dans cette île en particulier, mais encore dans toutes les autres. Toutefois il est juste qu ici oit V os Altesses ont déjà un établissement , on traite le peuple avec d’autant plus de bonté et de bienveillance qu’on trouve dans cette île de l’or en abondance , de bonnes terres et des épiceries.
Vendredi , 1 1 janvier.
L’amiral sortit à minuit du fleuve de Grâce ( rio de Gracia) par le vent de terre. Il navigua vers l’est jusqu’à un cap qu’il appela Beaupré i^Belprado) , à quatre lieues de distance. En se dirigeant delà vers le sud-est, on trouve la montagne qu’il appela montagne d’ Argent fnonte de P lata) ( 1 ) , jusqu’à laquelle il dit qu’il y a une distance de huit lieues. A l’est- quart-sud-est du cap Belprado , on trouve le cap auquel il donna le nom de cap de V Ange ( cabo del Angel), qui est éloigné clu premier de dix-huit lieues; et entre ce cap et le monte de Plata il y a un golfe (2) et les meilleures et les plus belles terres du monde. Toutes les plaines sont élevées et magnifiques , et s’étendent beaucoup dans l’intérieur des terres : on voit ensuite une chaîne de montagnes qui va de l’est à l’ouest, et qui
( 1 ) Il appela cette montagne monte de Plata , parce qu’elle est très élevée , et qu’à son sommet il y a toujours clu brouillard qui la fait paraître blanche ou argentée; le port qui se trouve à sa base a pris , de son nom , celui de puerto de Plata (port d’Argent).
(Bartolomé de Las Casas.)
(2) Rade et port de Santiago ( Saint-Jacques ). La distance du cap de X Angel au monte de Plata, qu’il dit être de dix -huit lieues, n’est que de six. ( M. F. de Nav. )
DE CHRISTOPHE COLOMB. a 3 est très grande et très belle. Au pied de la mon tagne d’ Argent il y a un port excellent (1), qui a quatorze brasses d’eau à son entrée. Cette montagne est très élevée, magnifique, et fort peuplée, et 1 amiral présumait qu’elle devait être coupée par de grands fleuves, et contenir beaucoup d’or. Du cap de 1 Ange (del Angel) ily a quatre lieues est-quart-sud-est jusqu’à une pointe que l’amiral appela pointe de Fer {puma del Hierro ) (2) ; à quatre lieues plus avant, dans la même direction, est une autre pointe qu’il nomma Pointe sèche v. Puma seca ) (3); et suivant encore pendant six lieues cette direction , on arrive à un cap qu’il appela Rond (Redondo) (4). De là, vers le levant, on trouve le cap Français ( el cabo Frances ) (5)' a l’est duquel il y a un grand promontoire (6); ma,s '* ne Par«t pas à l’amiral qu’il y eût de’ mouillage. A une lieue on rencontre le cap du Beau-Temps ( del Buen-Tiempo)- de celui-ci à
( 1 ) Puerto de P lata ( le port (l’Argent ). ( M. F. de Nav. )
, (2) Pointe Mac“™- La distance dite de quatre lieues n est que de trois. , T, .
n • ( Idem .)
(ij Pointe Sesua, Seyva ou Sesera. La distance n’est que d une lieue. , , v M
(4) Cap de la Roca. Les six lieues doivent être réduiles a cinq.