‹ Relations des quatre voyages entreprisChapitre 9 sur 29 · I DO · texte numérisé non relu

I DO

« que Vos Altesses ne doivent permettre à « aucun étranger (i) de mettre le pied dans ce « pays et d’avoir la moindre communication s’il « n’est chrétien et catholique , car tel a été le but « des découvertes que j’ai faites par ordre de « Vos Altesses, et elles n’ont été entreprises que « pour servir à la propagation et à la gloire de la « religion chrétienne. » Ce sont les propres paroles de l’amiral. Il entra dans le fleuve à l’embouchure duquel il était, et en faisant le tour du port (2), il vit de chaque côté de cette embouchure de charmantes plantations et une espèce de jardin délicieux; puis en remontant le fleuve, il découvrit plus haut qu’il donnait une partie de ses eaux à divers bras , et il trouva une pirogue ou canot fait d’une seule pièce et aussi grand qu’une fuste (3) de douze bancs. Ce canot était très beau, placé sur des madriers dans un chantier ou hangar construit en bois et couvert de grandes feuilles de palmiers, de manière que ni le soleil ni l’eau ne pouvaient l’en-

(1) Voyez avec quel fondement nos lois des Indes

ont adopté ce conseil de Colomb, d’autant plus impartial qu’il était donné par un étranger, quoique déjà naturalisé en Espagne. ( M. F. de Nav. )

(2) Le port de Baracoa . ( Idem .)

(3) La fuste est une sorte de bâtiment long et peu élevé sur l’eau , qui va à l’aviron et à la voile, ( D. L. R. )

DE CHRISTOPHE COLOMB. i5i dommager. I/amiral dit que la bonté du port , des eaux et des terres , la beauté des environs et 1’abondance du bois rendaient ce lieu extrêmement propre à la construction d’une ville et d’une forteresse.

Mercredi y 28 novembre.

L’amiral resta ce jour-là dans ce port, parce qu’il pleuvait et que le temps était très couvert, il eut pu cependant courir toute la cote, parce que le vent, qui était sud-ouest, lui aurait souffle en poupe; mais comme il ne pouvait bien voir la terre, et qu’il est dangereux de longer une côte qu’on ne connaît pas bien, il jugea plus prudent de ne pas partir. Les gens de l’équipage descendirent à terre pour laver leur linge , et quelques uns d’entre eux trouvèrent de grandes peuplades, mais dont toutes les maisons étaient vides, parce que tous les habitans avaient pris la fuite. Ces mariniers revinrent le long d’un autre fleuve , situé plus bas , et plus grand que celui à l’embouchure duquel étaient les vaisseaux.

Jeudi y 29 novembre.

Comme il pleuvait et que le ciel était toujours très couvert , on ne partit pas encore. Quelques uns des chrétiens arrivèrent à une autre peuplade située vers le nord-ouest, et ne trouvèrent

dans les maisons ni aucune personne ni aucune espèce de chose, mais ils rencontrèrent dans le chemin un vieillard qui n’eut pas la force de les éviter. Ils le prirent, lui dirent qu’ils ne voulaient pas lui faire de mal , et lui donnèrent quelques objets de pacotille, puis le laissèrent aller. L’amiral aurait voulu le voir pour le faire habiller et pour obtenir de lui quelques informations, car il s’intéressait beaucoup au bonheur de cette contrée; il était charmé des avantages qu’elle présentait pour l’établissement d’une colonie , et il jugeait qu’elle devait être garnie de grandes peuplades. Les gens de l’équipage trouvèrent dans une maison un pain de cire (i) que l’amiral apporta au Roi et à la Reine. Il dit qu’où il y a de la cire il doit y avoir aussi mille autres bonnes choses. Les mariniers trouvèrent aussi dans une maison une tête d’homme placée dans un panier d’osier ( ces tillo ) et recouverte d’un autre panier également d’osier, le tout suspendu à un pilier de la maison. Ils en trouvèrent une autre disposée absolument de la même façon dans un autre hameau. L’amiral crut que ces têtes devaient être celles de quelques uns des principaux habitans de ces

(i) Cette cire était venue du Yucatan dans ce pays, et cela me fait croire que cette terre dépendait de Cuba.

( Bartoeomé de Las Casas. )

lieux, parce que ces maisons y étaient construites de manière à ce, qu’un grand nombre de personnes logeassent dans une seule, d’où il inférait que tous devaient être parens et descendus d’une souche commune.

Vendredi , 3o novembre.

L’amiral ne put partir, parce que levent, qui soufflait de l’est, était contraire au chemin qu’il voulait suivre. Il envoya huit hommes bien armés, et avec eux deux des Indiens qu’il avait à bord , pour qu’ils vissent les peuples de l’intérieur du pays, et y prissent langue. Ils arrivèrent à beaucoup de maisons, dans lesquelles ils ne trouvèrent personne ni aucune chose, car tous les habitans avaient pris la fuite. Ils virent quatre jeunes gens qui étaient occupés à creuser (cavando) dans leurs champs, et qui se mirent à fuir dès qu’ils aperçurent les chrétiens, qui ne purent les attraper. Les mariniers firent, à ce qu’ils disent, beaucoup de chemin. Ils virent un grand nombre de peuplades, une terre très fertile, toute labourée, et de grands fleuves ou rivières. Ils remarquèrent auprès de l’une d’elles une très belle pirogue ou canot fait d’une seule pièce, long de quatre-vingt-quinze palmes, et dans lequel cent cinquante personnes pouvaient se placer aisément et naviguer.

PREMIER VOYAGE Samedi , Ier décembre ,

La même cause , celle du vent contraire , et une grande pluie qui survint empêchèrent l’amiral de partir. Il fit placer et fixer sur des roches vives une grande croix , à l’entrée de ce port, qu’il appela, je crois, Puerto Santo (i). Ce port est défendu par une pointe qui se trouve à son entrée vers la partie du sud-est. Celui qui voudra y pénétrer, devra se porter davantage du coté de la pointe nord-ouest plutôt que de celle du sud-est, parce qu’il y a à la vérité , au pied de l’une et de l’autre, le long de chacune des roches qui les dominent ( junto con la pend), douze brasses de profondeur sur un fond très propre ( muy limpio ); mais à l’entrée du port, et en inclinant vers la pointe du sud-est, il y a un bas-fond qui est presque à fleur d’eau (a) , et assez éloigné de la pointe pour qu’on puisse passer au milieu, s’il y avait nécessité, car au pied du bas-fond comme au pied du cap, la profondeur est de douze à quinze brasses, et en entrant dans le port il faut tourner la proue vers le sud-ouest.

( r) C’est le port de Baracoa. (M. F. de Nav. )

(2) Ce bas-fond se trouve effectivement vers la pointe ud-est de l’entrée de ce port, qui est décrit avec beaucoup d’exactitude . ( Tclem. )

Dimanche , i décembre.

Le vent fut encore contraire et par conséquent î’amiral ne put pas partir. Il dit qu’il souffle toutes les nuits un vent de terre, mais que tous les vaisseaux qui seraient dans ce port n’y doivent pas craindre la tempête la plus terrible , parce que les bas-fonds qui sont à l’entrée empêchent ce vent d’y faire le moindre dégât, etc. L’amiral dit, en outre, qu’un de ses mousses trouva, à' l’embouchure du fleuve, certaines pierres qui paraissaient contenir de l’or; qu’il les emporte pour les montrer au Roi et à la Reine, et qu’il y a de grands fleuves à une portée d’escopette de ce port.

Lundi , 3 décembre.

Comme le temps était toujours contraire, l’amiral ne partit pas encore, et résolut d’aller voir un très beau cap , situé à un quart de lieue du port du côté du sud-est. Il alla avec les chaloupes et quelques hommes armés. Il y avait au pied du cap l’embouchure d’un beau fleuve (î); il tourna sa proue vers le sud-est pour y entrer, et reconnut que cette embouchure était large de cent pas et profonde d’une brasse; mais en

,(i ) Le fleuve Bnma.

(M. F. de N AV.).

pénétrant dans l’intérieur du fleuve , la profondeur était de douze, de cinq ou de quatre brasses, et toujours au moins de deux, et tous les vaisseaux qui sont en Espagne pourraient s’y ranger. Laissant un bras de ce fleuve , l’amiral alla au v sud-est, et trouva une petite anse, dans laquelle il vit cinq pirogues très grandes que les Indiens appellent canots. Elles étaient à peu près semblables à des fustes, très belles, et si bien travaillées, que l’amiral dit que c’était un plaisir de les regarder. Toutes les terres qu’il vit et découvrit du pied de la montagne étaient parfaitement cultivées. Accompagné de ses gens il était sous des arbres très épais , et suivant avec eux un chemin qui aboutissait à ces canots , ils arrivèrent à un chantier très bien ordonné, et si bien couvert que ni le soleil ni l’eau ne pouvaient endommager les canots qui s’y construisaient.

Il y en avait un , creusé comme tous les autres dans une seule pièce de bois, qui était bien aussi grand qu’une fuste de dix-sept bancs. C’était un plaisir d’en voir la beauté et d’admirer tout le travail dont il était orné. L’amiral monta ensuite sur une montagne, dont il trouva que le sommet était une surface plane et semée de beaucoup de fruits de la terre, parmi lesquels on remarquait de très belles citrouilles ( calabazas ). 11 se plut à examiner toute la cime de cette mon-

DE CHRISTOPHE COLOMB. 157 tagne, au milieu de laquelle on voyait une grande peuplade : il s’avança et se trouva tout à coup au milieu de ses habitans , qui ne s’y attendaient nullement, et qui tous, hommes et femmes, se mirent à fuir dès qu’ils l’aperçurent. Celui des Indiens que l’amiral avait à son bord, et qui l’accompagnait en cette occasion , rassura ces habitans, en leur disant qu’ils n’eussent aucune crainte, que ces étrangers étaient de bonnes gens. L’amiral leur fit donner des grelots, des bagues de laiton et des billes de verre jaunes et vertes, ce qui les rendit très contens. Ayant vu qu’ils n’avaient ni or ni aucune autre chose précieuse, l’amiral jugea qu’il convenait de les laisser tranquilles, ce qu’il fit après s’être assuré que toute la contrée était peuplée, et que tous les naturels s’étaient enfuis de peur. L’amiral certifie au Roi et à la Reine que dix hommes en feraient fuir dix mille. Ils sont si lâches et si craintifs qu’ils ne portent d’autres armes que des bâtons, au bout desquels en est ajusté un autre très court, très aigu et durci au feu. L’amiral résolut de s’en retourner. Il dit qu’il leur ôta adroitement leurs bâtons en les leur faisant tous échanger, ce qu’ils firent volontiers. Dès qu’il fut de retour avec ses gens dans l’endroit où ils avaient laissé les chaloupes, il envoya quelques chrétiens à l’endroit par où

ils étaient montés, parce qu’il croyait y avoir aperçu une grande ruche ( colmenar ). Avant qu’ils fussent revenus beaucoup d’indiens se réunirent , et vinrent à l’endroit où étaient les chaloupes dans lesquelles l’amiral était déjà rentré avec tout son monde. L’un d’eux s’avança dans la rivière près de la poupe de la chaloupe, et fit un long discours que l’amiral ne comprenait pas, mais il remarqua que pendant qu’il dura les autres Indiens levaient de temps en temps les mains vers le ciel et poussaient un grand cri. L’amiral pensait qu’ils l’assuraient que son arrivée leur faisait beaucoup de plaisir, mais il vit bientôt l’Indien * qu’il avait avec lui changer de couleur, et devenir jaune comme de la cire et tout tremblant. Puis cet Indien lui dit par signes qu’il fallait qu’il sortît promptement du fleuve, parce qu’on voulait les tuer; il s’approcha ensuite d’un chrétien qui avait une arbalète armée qu’il montra aux Indiens, et l’amiral comprit qu’il leur disait que les chrétiens les tueraient tous , parce que cette arbalète portait loin et donnait la mort. Il prit aussi une épée, la tira du fourreau, et la montra en faisant les mêmes menaces , qui firent immédiatement prendre la fuite à tous les Indiens, et néanmoins l’Indien tremblait tou j ours, tant il avait peu de cœur et de courage, quoiqu’il fût grand et vigoureux. L’amiral ne voulut pas sortir du fleuve;

il le fit, au contraire, remonter, et s’avança dans les terres jusqu’à l’endroit où se trouvaient un grand nombre d’indiens , tous peints en rouge , et nus comme leur mère les avait mis au monde. Quelques uns . avaient sur la tête des panaches et d’autres plumes, et tous portaient un faisceau de zagaies. « Je m’approchai d’eux, je leur don» « nai quelques bouchées de pain, puis je leur « demandai leurs zagaies, et je leur donnai en « retour, aux uns un petit grelot, aux autres « une bague de enivre, à d’autres enfin des « billes, de manière que tous s’apaisèrent et « vinrent aux chaloupes, où ils cédaient avec « joie tout ce qu’ils avaient pour la moindre « chose qu’on leur donnât en échange. Les ma- « riniers avaient tué une tortue dont l’écaille était « en morceaux dans la chaloupe. Les mousses « en donnaient un morceau gros comme l’ongle « aux Indiens , qui leur remettaient en retour un « faisceau de zagaies. Ces gens (dit l’amiral) « ressemblent aux Indiens que j’ai déjà trouvés; « ils ont la même croyance, sont persuadés que a nous venons du ciel, donnent tout ce qu’ils « ont pour la moindre bagatelle qu’on leur pré- « sente , sans dire que c’est peu ; et je crois « qu’ils en feraient de même des épiceries et de « l’or s’ils en avaient. Je vis une belle maison, « pas très grande, et qui avait deux portes

« comme elles sont presque toutes; j’y entrai, « et j’y vis un ouvrage admirable, comme qui « dirait des espèces de chambres faites d’une « certaine manière que je ne pourrais décrire, « et à la partie supérieure desquelles étaient « suspendus des limaçons et d’autres choses. Je « crus que c’était un temple; j’appelai les In- « diens, et je leur demandai par signes s’ils y « faisaient leurs prières; ils me dirent que non. « L’un d’eux monta en haut , et il nous offrit « tout ce qu’il y avait : j’en acceptai quelque « chose. »

Mardi , 4 décembre .

L’amiral mit à la voile avec un vent faible, et sortit de ce port, qu’il nomma Puerto Santo. A une distance de deux lieues il vit un beau fleuve dont il a parlé hier (1) ; il longea la côte, qui , après qu’il eut passé le cap sus-mentionné , s’étendait de l’est-sud-est à l’ouest-nord-ouest jusqu’au cap Joli (cabo Lindo ) (2), qui est à l’estquart-sud-est du cap del Monte 3 et en est éloigné de cinq lieues. Une lieue et demie après le cap del Monte 3 il y a un grand fleuve un peu étroit, qui paraissait avoir une bonne entrée, et qui est

(1) C’est le fleuve Borna.

(2) C’est la pointe del Fraile.

( M. F. de Nav. ) (Idem.)

DE CHRISTOPHE COLOMB. 161 très profond ; trois quarts de lieue plus loin , l’amiral vit un autre fleuve extrêmement large , et dont le cours doit être immense. Son embouchure, où l’on ne trouve aucun banc de sable, avait bien une largeur d’une centaine de pas et une profondeur de huit brasses, par conséquent une bonne entrée. L’amiral envoya une chaloupe pour la sonder et l’examiner, et les marins qu’il chargea de cette commission reconnurent, outre sa largeur et sa profondeur, que l’eau douce de ce fleuve pénètre assez avant dans la mer, et qu’il est un des plus considérables qu’ils eussent vus jusqu’alors. Ils jugèrent qu’il devait y avoir un grand nombre de peuplades le long de ses rives. Après le cap Lindo , il y a une grande baie qui serait un bon passage par est-nord-est, sud-est et sud-sud-ouest.

Mercredi, $ décembre.

I/amiral resta toute la nuit en panne ( anduvo â la corda ) sur le cap Lindo , où il était au coucher du soleil, pour voir la terre, qui s’étendait vers l’est, et dès le point du jour il vit un autre cap (1) à deux lieues et demie à l’est. Après l’avoir passé , il reconnut que la côte tournait au sud, puis

(i) C’est la pointe de los Azules. (M. F. de Nav. )

ÏÔ2 premier voyage

inclinait vers le sud-ouest (i), et il découvrit ensuite un cap très beau et très haut (2) , situe dans ladite direction , et qui était éloigné de sept lieues du précédent ; il aurait voulu y aller, mais comme il désirait passer à 111e de Babeque , qui se trouvait au nord-est , d’après les indications fournies par les Indiens qu’il avait à son bord , il renonça à ce projet; il ne put cependant pas se rendre non plus à Babèque , parce que le vent était nord-est. En poursuivant sa route, il aperçut terre vers le sud-est (3). C’était une île très grande , sur laquelle il dit que les Indiens lui avaient donné des renseignemens, et qu’ils nommaient Bohio. Cette île était très peuplée. Il dit aussi que les habitans de Cuba ou Juana (4) et des autres îles , ont une grande peur de ceux de Bohio , parce qu’ils pré-

(1) C’est le côté oriental de l’ile de Cuba, qui présente une grande plage nommée pointe de Maïci. (M. F. de INav.)

(2) Ce cap doit être la pointe de Maïci, qui est le dernier de l’ile de Cuba. ( Bartolomé de Las Casas. )

Cela n’est pas exact, car ce cap est êelui de Saint-Nicolas , dans l’île Espagnole ou de Saint-Domingue.

(M. F. DE Nav.)

(3) C’est l’île Espagnole , à ce qu’il paraît.

(Bartolomé de Las Casas.)

Cela est exact. C ^ E *>e Nav. )

(4) Une conséquence de ce passage , c’est que l’amiral aurait donné à l’île de Cuba le nom de Juana. ( Casas.)

DE CHRISTOPHE COLOMB. i63 tendent qu’ils mangent les hommes. Les Indiens lui racontaient encore par signes d’autres choses très merveilleuses. L’amiral ne dit pas qu’il y ajoutât foi, mais qu’il pensait que les habitans de l’île de Bohio devaient avoir plus d’intelligence et d’adresse que les autres Indiens, puisqu’ils les faisaient prisonniers; et il ajouta que ces derniers n’avaient ni coeur ni courage. Comme le temps était nord-est, inclinant un peu vers le nord , il se détermina à abandonner l’île de Cuba ou Juana , que sa grandeur lui avait fait croire jusqu’alors être un continent, car il avait longé l’une de ses côtes pendant un espace de cent vingt lieues au sud-est ( por que bien habria ahdado en un parage ciento y veinte léguas ). Il partit donc, et se dirigea vers le sud-estquart-est , parce que la terre qu’il avait vue se montrait au sud-est. Il assurait sa marche en prenant ce rumb, car le vent tourne toujours du nord au nord-est, et du nord-est à lest et au sud-est. Le vent devint très fort, et l’amiral déploya toutes ses voiles; la mer était belle et unie , le courant aidait tellement à la navigation, que depuis le matin jusqu’à une heure après midi , l’amiral fit huit milles par heure , et il ne s’était pas écoulé tout-à-fait six heures pendant cet intervalle, parce qu’on dit que, dans ces contrées, les nuits durent près de

i64 PREMIER VOYAGE

quinze heures (ï). Il fila ensuite deux milles par heure , et à peu près de même jusqu’au coucher du soleil , qu’il se trouva avoir fait quatre-vingthuit milles, qui font vingt-deux lieues, le tout au sud-est. Comme la nuit s’approchait, il détacha la caravelle Nina , qui était bonne voilière , pour quelle allât en avant, et vînt voir le port avant la chute complète du jour. Étant arrivée à l’embouchure dudit port (2) , qui ressemblait à la baie de Cadix, comme il était déjà nuit, elle envoya sa

(i) La partie la plus septentrionale de Saint-Domingue est à environ 20° de latitude nord. Lorsque le soleil est au solstice d’hiver, sa déclinaison est de a3° 27', et la nuit, qui alors est la plus longue de l’année, n’est pas de plus de i3 h. 14', c’est-à-dire d’une heure trois quarts plus courte que quinze heures. Si le rapport fait à Colomb vient des habitans, ainsi qu’on peut le supposer, cette différence n’a rien de surprenant; il est à regretter que Colomb ne nous ait pas fait connaître en combien de parties les peuples de Saint-Domingue divisaient la journée, ou bien s’il avait converti les parties du jour telles qu ils les comptaient en heures semblables aux nôtres. Au reste , il est étonnant que .Christophe Colomb, l’un des plus savans cosmographes de son temps, se soit contenté de rapporter, comme l’ayant entendu dire, une chose qu’il lui était sinon facile, du moins très possible de calculer avec une certaine précision.

(De )

(2) C’est le port du môle de Saint-Nicolas dans 1 île Espagnole. (M. F. de Nev.)

DE CHRISTOPHE COLOMB. i65 chaloupe pour le sonder à la lumière. Avant que l’amiral arrivât à l’endroit où la caravelle attendait en louvoyant que la chaloupe lui fît le signal pour entrer dans le port, la lumière de cette chaloupe s’éteignit; alors la caravelle n’en apercevant plus, courut au large, et en alluma une autre , afin que l’amiral la vît. Lot squç ce dernier se fut approché, ils lui racontèrent ce qui s’était passé , et pendant ce temps les gens qui montaient la chaloupe allumèrent une autre lumière. La caravelle s’avança vers elle, mais 1 amiral ne put s’approcher : il passa donc toute cette nuit à courir des bordées sur la côte.

Jeudi , 6 décembre.

Lorsque le jour parut , l’amiral se trouva à quatre lieues du port. 11 lui donna le nom de p°rt Marie ( puerto Maria ) (*) , et il donna celui de cap de V Étoile ( cabo del Estrella ) (2) à un très beau cap qu’il vit au sud-quart-sud-ouest, et qui lui parut être l’extrémité la plus méridionale de cette île : ce cap en était cependant éloigné de vingt-huit milles (3). L’amiral aperçut

(0 C’est Ie port Saint-Nicolas. (M. F. de Nav.)

(2) C’est le cap Saint-Nicolas. ( Idem. )

(3) L’original espagnol porte : y estaria el Almirante dél

veinteyocho millas , qui signifie littéralement : V amiral en durait été éloigné de vingt-huit milles. (D. L. R. )

une autre terre (i) située à l’est, et qui lui parut être une petite île , à une distance de quarante milles. Il découvrait encore, à l’est-quart-sudest, un autre cap très beau et très bien fait, auquel il donna le nom de cap de V Éléphant (' cabo del Elefante) (2) : il s’en trouvait à cinquante-quatre milles. L’amiral vit aussi à F estsud-est un autre cap , qu’il appela cap de Cinquin ( cabo de Cinquin ), et dont il était éloigné de vingt-huit milles. Il aperçut au sud-est, inclinant vers le quart-est, une grande coupure, ou ouverture, ou havre, qu’il prit pour un fleuve (3), et qui n’était pas à plus de vingt milles de l’endroit où il le découvrait. Il lui sembla qu’entre le cap de V Éléphant et celui de Cinquin , il y avait une grande entrée (4)? et quelques uns des mariniers disaient que c’était un îlot séparé de l’île par les eaux; et, en effet , c’était une petite île , à laquelle l’amiral donna le nom d 'ile de la Tortue ( isla de la Tortuga). L’autre grande île paraissait être une

(1) C’est la continuation de la côte septentrionale de

l’île Espagnole. ( M. F. de Nav. )

(2) C’est la pointe Palmista. ( Idem. )

(3) C’est le grand port à l’Écu (puerto Escudo ).

( Idem. )

(4) C’est le canal de l’île de la Tortue. ( Idem . )

DE CHRISTOPHE COLOMB. 167 terre très élevée, non hérissée de montagnes, mais plate et unie comme de belles campagnes. Elle semblait être cultivée, sinon entièrement, au moins en très grande partie; et les terres ensemencées ressemblaient aux champs de froment de la campagne de Cordoue au mois de mai. Tout l’équipage vit cette nuit un grand nombre de feux, et le lendemain il n’en vit pas moins , qui étaient allumés par des postes qui paraissaient se tenir sur leurs gardes contre des gens avec lesquels ils seraient en guerre. Toute la côte de cette terre s’étend vers l’est. A l’heure de vêpres, l’amiral entra dans ledit port, et lui donna le nom de port de Saint-Nicolas i^puerto de Sari- Nicolao), en l’honneur de ce saint, dont ce jour était la fête (1). En pénétrant dans ce port, il fut émerveillé de sa beauté et de sa bonté; et quoiqu’il ait beaucoup vanté les ports de Cuba , il dit néanmoins que celui-ci ne leur cède en rien, mais qu’il leur est au contraire supérieur, et qu’il n’en existe aucun qui lui

(1) Je ne comprends pas comment l’amiral , après avoir donné à ce port, ainsi qu’il l’a dit plus haut, le nom de port Marie , lui donne maintenant celui de Saint-Nicolas.

(Bartolomé de Las Casas.)

Ce port conserve encore aujourd’hui le nom de Saint- Nicolas. ( M. F. DE Nav. )

i68 PREMIER VOYAGE

ressemble. Il a une lieue et demie de large à son embouchure et à son entrée (e/2 boca y entrada tiene } etc.), et il faut, pour y pénétrer, tourner la proue au sud-sud-est. On peut cependant la tourner du côté que l’on veut quand on est dans la grande largeur du port. Il se prolonge de cette manière au sud-sud-est l’espace de deux lieues, et, à son entrée, il est surmonté, du cote du sud , par une espèce de promontoire, après lequel ses bords ne sont plus dentelés jusqu’au cap , où se trouve une plage magnifique, et un champ planté d’arbres de mille espèces, tous chargés de fruits, que l’amiîal croyait etre des epiceries et des noix muscades , quoiqu elles ne fussent pas mures , et qu’on n’en put reconnaître l’espèce. Un fleuve était au milieu de cette belle plage , qu’il fécondait. La profondeur de ce port est merveilleuse ,

car jusqu’à la longueur d’une (1) , avant d’ar-

îiver à terre, la ligne de sonde ( la sondaresa 6 plomada) (2), entrée en mer de quarante

(ï) Il y a une lacune semblable dans l’original.

( M. F. de Nav. )

(2) La ligne de sonde est une corde de la grosseur du petit doigt, dont la longueur est de plus de cent brasses, et au bout de laquelle sont attachés des plombs de différentes grosseurs. Cet instrument sert à mesurer la profondeur de la mer, et à reconnaître la qualité de son fond. {Idem.)

DE CHRISTOPHE COLOMB. 169 brasses , ne touchait pas le fond; et dans l’espace compris depuis l’endroit marqué par cette longueur jusqu’à terre (j hay hasta esta Iongura , etc. ) , la profondeur est de quinze brasses sur un fond très propre ; et la profondeur dudit port est dans l’intérieur la même d’un bout à l’autre, et sur un fond également propre et uni, jusqu’au point où l’on peut aborder ( dentro â una pasada de tierra ). Telle est aussi toute la côte : profonde, propre, sans un seul bas-fond; et tout le long du rivage, au pied de la terre et à la distance d’une rame de chaloupe, elle a encore une profondeur de cinq brasses. Après avoir parcouru ce port dans sa longueur, et en suivant la direction du sud-sud-est, longueur dans laquelle mille caraques peuvent courir des bordées à l’aise , up bras du port entre une grande demi-lieue dans la terre en tournant au nord-est; et sa largeur, qui est d’environ vingt-cinq pas, est toujours aussi égale que si ledit bras eût été creusé par la main des hommes , et mesuré au cordeau. Lorsqu’on a pénétré dans ce bras du port, on ne peut plus voir l’embouchure de sa grande entrée, de manière que le port paraît être un port fermé (1). La profondeur de ce bras

(1) C est le carénage qui se trouve dans le port même de Saint-Nicolas. ( M. F. de Nav. )

est de onze brasses , depuis le commencement jusqu à la fin ; le fond est tout vase ou sable pur, et le long de chaque rivage, la moindre profondeur qu’il y ait jusqu’au moment où les bâtimens touchent la terre {hasta tierra y porter los bordos en las yerbas) , est de huit brasses. Tout ce port est d’un aspect agréable et riant, quoiqu’on n’y voie pas d’arbres. Toute cette île parut a 1 amiral avoir plus de rochers qu’aucune de celles qu’il eût encore vues. Les arbres y étaient plus petits que dans les autres , et il y en avait beaucoup de l’espèce des arbres d’Espagne, comme des yeuses ou chênes- verts , des arbousiers et autres; il en était de même des plantes et des herbes. Cette terre est très élevée: toute la campagne est unie ; l’air y est excellent, et on n a pas encore eu de froid comme dans cette île , quoiqu’il ne faille pas dire froid en parlant de ce climat, mais seulement par comparaison à celui des autres contrées déjà parcourues. Vis-à-vis de ce port est une vallée superbe, arrosée au milieu par le fleuve dont on a déjà parle. L amiral dit qu’il doit y avoir de grandes peuplades dans ces environs, ainsi que le faisait croire le grand nombre de pirogues ou canots qui étaient dans le port , et sur lesquels naviguent les Indiens. La plupart de ces bâtimens étaient aussi grands que des fustes de quinze

DE CHRISTOPHE COLOMB, bancs. Au premier aspect des navires européens, les Indiens de cette île prirent la fuite, comme avaient fait ceux des autres. Les insulaires qui se trouvaient à bord avaient un tel désir de retourner dans leurs foyers, que 1 amiral dit qu’il croyait qu’en quittant cette île , il se verrait forcé de les y conduire , car ils le regardaient déjà comme suspect parce qu’il ne prenait pas le chemin de leurs îles. C’est pour cette raison que l’amiral fait observer qu’il ne croyait pas ce qu’ils disaient, et que d’ailleurs il ne les comprenait pas mieux qu’ils ne le comprenaient lui-même. Il ajoute que les habitans de l’île où l’on se trouvait en ce moment, leur inspiraient la plus grande frayeur du monde. Il dit en outre, que pour prendre langue avec les habitans de cette île, il eût été nécessaire qu’il s’arrêtât quelques jours dans ce port, mais qu’il ne le faisait pas, pour découvrir et reconnaître de nouvelles contrées, et parce qu’il doutait que le temps se soutînt long-temps aussi favorable. Il espérait , en notre Seigneur, que les Indiens qu’il avait à bord sauraient la langue de ceux de cette île , et ceux-ci la leur ( sabrian su lenguay el la suya)\ qu’il pourrait ensuite revenir et s’entretenir avec ces insulaires, et qu’il plairait à Dieu de lui faire trouver et acquérir par échange une grande quantité d’or avant son retour en Espagne.

V endredi , q décembre.

A la fin du quart de l’aube, l’amiral mit à la voile, et sortit de ce port de Saint- Nicolas. Il navigua deux lieues au nord-est par le vent sudouest jusqu’à un cap formé par le Carénage. Il laissait au sud-est un promontoire , et au sudouest le cap de V Étoile, dont il était éloigné de vingt-quatre milles. De là il longea la côte à l’est jusqu’au cap Cinquin } à quarante-huit milles duquel il se trouvait à peu près. Il est vrai qu’il fit les vingt premiers dans la direction de l’estquart-nord-est, et que tout le long de cette côte la terre est très élevée et la mer très profonde. Elle a en effet vingt à trente brasses jusqu’au pied du rivage, et quand on en est éloigné d’une portée d’escopette on ne trouve déjà plus le fond. L amiral fit lui-même aujourd’hui avec beaucoup de facilité (• rnucho a su placer ) toutes ces épreuves le long de la côte par un vent favorable de sud-ouest. Il dit que le promontoire dont il a parlé plus haut n’est éloigné du port de Saint-Nicolas que d’une portée d’escopette; et que si on le séparait de la terre en creusant un canal il deviendrait une petite île d’environ trois ou quatre milles de circonférence. Toute cette contrée est très élevée, et les arbres n’y sont pas plus grands que nos chênes-verts et nos arbou-

DE CHRISTOPHE. COLOMB. i-3 siers, et le terroir y ressemble beaucoup à celui de Castille. Deux lieues avant d’arriver au susdit cap Cinquin, il trouva une petite rade (i), semblable à l’ouverture d’une montagne (2), et découvrit de là une immense vallée toute semée d’une plante qui ressemblait à l’orge. Il jugea qu’il devait y avoir beaucoup de peuplades dans cette vallée, derrière laquelle se trouvent de très larges et très hautes montagnes; et lorsqu’il arriva au cap Cinquin, il avait celui de la Tortue au nord-est, et il en était à environ trente-deux milles (3). Près de ce cap Cinquin, à une portée d’escopette, se trouve en mer une roche qui sort de l’eau et s’élève assez pour qu’on puisse la voir très distinctement. Lorsque l’amiral fut près dudit cap, il avait celui de X Éléphant à l’est-quart-sud-est , et en était à une distance d’environ soixantedix milles (4). Tout le rivage était fort élevé. Six lieues plus loin l’amiral trouva un grand golfe

(1) L’original porte un agrezuela , et M. de Navarrete pense que c’est pour abrezuela ou anglezuela. (D. L. R.)

(2) C’est la baie Mosquito. (M. F. de Nav.)

(3) Il devait se trouver au nord, à une distance de onze

milles. (Idem.)

(4) Il y a encore erreur au sujet de cette distance, car

elle ne doit être que de quinze milles. ( Idem . )

ri;

i74 premier voyage

( una grande angla ) (i), d’où il découvrit dans l’intérieur des terres de très grandes vallées, de belles campagnes et des montagnes très élevées, toutes semblables à celles de Castille. A huit milles de ce golfe, il vit un fleuve très profond, mais étroit, pas assez cependant pour qu’une caraque n’y puisse entrer très à l’aise. L’embouchure de ce fleuve n’a , ainsi que ceux dont il a été précédemment parlé, ni bancs de sable ni bas-fonds. A seize milles de ce fleuve il trouva un port (2) très large, long d’un quart de lieue , et tellement creux qu’il n’en put trouver le fond qu’à trois pas du rivage , où il y a quinze brasses. Et quoiqu’il fût encore de très bonne heure, car il n’était qu’une heure après midi, et que le vent fût très bon et soufflât en poupe, cependant comme le ciel annonçait une grande pluie, que le jour s’obscurcissait beaucoup, et que s’il est dangereux de naviguer par l’obscurité dans des parages connus, ce danger est encore plus grand quand ils ne le sont pas, l’amiral résolut d’entrer dans ce port, qu’il nomma port de la Conception , et il aborda dans un fleuve de moyenne grandeur situé au bout

(1) C’est le port a l’Écu(puerto Escudo). (M. F. de Nav.)

(2) C’est la même baie Mosquito qu’il avait vue auparavant. ( Idem .)

du port, et qui y arrive par des plaines et des campagnes d’une admirable beauté. L’amiral prit dans sa chaloupe des filets pour pêcher, et avant qu’il n’arrivât, un muge ou mulet (Usa) (1) , pareil à ceux d’Espagne, sauta dans sa chaloupe; il s’en réjouit parce qu’il n’avait pas encore vu de poisson qui ressemblât à ceux de Castille. Les mariniers en pêchèrent et en tuèrent d’autres; ils prirent aussi des soles ( lenguados ) et d’autres poissons semblables à ceux de Castille . Il se rendit à terre et vit un pays cultivé où l’on entendait le chant harmonieux du rossignol (2) et d’autres petits oiseaux qui ressemblaient à ceux de l’Espagne. Ils virent cinq hommes et les appelèrent, mais ceux-ci ne voulurent pas les attendre, et, au contraire , ils se mirent à fuir. L’amiral trouva un myrte (3) et d’autres arbres, ainsi que plu-

(1) Lisa est le nom espagnol du muge ou mulet ( mugit

cephalus , Linn.), et il y a aux Antilles des muges très semblables à ceux d’Europe. Il n’y manque pas non plus de poissons du genre des soles ( lenguados ), dont Colomb parle quelques lignes plus loin. ( C....R. )

(2) Le rossignol proprement dit n’existe pas en Amérique ; mais il y a dans le Nouveau-Monde une foule d’oiseaux à bec fin qui ont pu être pris pour lui. (Idem.)

(3) La même remarque que nous venons de faire sur le

rossignol, s’applique au myrte; il existe en Amérique une

foule d’arbustes auxquels un homme qui n’était pas botaniste a pu appliquer ce nom. ( Idem. )

sieurs plantes, comme il y en a en Castille. Au surplus, il répète que la terre et les montagnes de cette contrée ressemblent à celles de Castille.

Samedi , 8 décembre.

L’équipage essuya de fortes averses et un vent nord très violent dans ce port, qui est à l’abri de tous les vents à l’exception de celui du nord, lequel néanmoins n’y peut causer aucun dommage, parce que le ressac y est très impétueux, et empêche que les bâtimens ne fatiguent sur les amarres ou ne se portent sur les eaux du fleuve ( no dd lugar a que la nao labore sobre las amarras ni el agua del rio ). Après minuit le vent devint nord-est, puis tourna à l’est, vents contre lesquels ce port est parfaitement défendu par l’île de la Tortue , qui est située vis-à-vis , à une distance de trente-six milles. (1)

Dimanche , 9 décembre.

Aujourd’hui il a plu, et il a fait un temps d’hiver comme en Castille au mois d’octobre. L’amiral n’avait point encore vu de peuplade, et n’avait rencontré qu’une seule maison bâtie près le port Saint-Nicolas, et qui était plus belle et mieux construite que toutes celles qu’il avait vues dans les différens endroits qu’il avait parcourus.

(1) Cette distance n’est que de onze milles. (M. F. de Nav.)

DE CHRISTOPHE COLOMB. i?7 L’île est très grande , et l’amiral dit qu’il ne serait pas étonné qu’elle eût deux cents lieues au moins de circonférence ( no sera mucho que hoje, etc.). Il a reconnu quelle est toute cultivée. Il croyait que les peuplades devaient être loin de la mer, et qu’elles sont situées de manière à ce que leurs habitans puissent voir ceux qui y arrivent. C’est pour cette raison que tous, à son approche , s’enfuyaient à temps, emportant avec eux tout ce qu’ils possédaient : ils faisaient des feux en partant, ainsi que des gens de guerre. L’embouchure de ce port a bien mille pas, ce qui équivaut à un quart de lieue ; elle n’est obstruée par aucun banc de sable ni par aucun bas-fond, car, au contraire, on n’en trouve pas le fond presque jusqu’au rivage. Sa longueur est de trois mille pas, et il est tellement propre que tout bâtiment, quel qu’il soit, peut y attérir sans crainte , et y entrer sans précaution. Il y a dans son plus grand enfoncement deux embouchures d’un nombre égal de fleuves qui y apportent peu d’eau; et vis-à-vis se trouvent des plaines, les plus belles du monde, et presque semblables aux terres de Castille, sur lesquelles elles l’emportent encore. C’est pour cette raison qu’il donna à cette île le nom d 'ile Espagnole ( isla Espanola).

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