‹ Relations des quatre voyages entreprisChapitre 8 sur 29 · Tome IL v · texte numérisé non relu

Tome IL v

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offre une plaine composée de monticules aplatis et peu élevés. Cette plaine, de laquelle sortent plusieurs gros ruisseaux qui descendent de ces monticules est, selon l’amiral, la plus belle chose du monde. Quand le vaisseau eut abordé, l’amiral sauta dans la chaloupe pour sonder le port, qui a à peu près la forme d’une écuelle , et quand il fut près de son entrée sud, il trouva l’embouchure d’un fleuve qui avait assez de largeur pour qu’une galère y entrât. Cette embou chure était tournée de manière qu’on ne l’apercevait qu’au moment même où l’on allait y en trer, et lorsqu’on y était arrivé, on voyait qu elle avait une largeur de cinq brasses, ce qui était la dimension en longueur de la chaloupe y elle en avait huit de profondeur. En la parcourant , c’était une chose merveilleuse de voir la fraîcheur de ce climat, la beauté des arbres qui couvraient les deux rives du fleuve, dont les eaux limpides, et les environs peuplés d’une multitude d’oiseaux, et offrant partout te spectacle le plus agréable , rendaient ce lieu si enchanteur que Famiral écrit qu’il crut qu’il ne pourrait s’en arracher. Il disait aux hommes qui l’accompagnaient que pour faire au Roi et a la Reine le récit de ce qu’ils voyaient, mille langues ne suffiraient pas plus pour le raconter que sa main pour! écrire, car il lui semblait qu’il se trouvait au milieu di,l-

DE CHRISTOPHE COLOMB. j 1 usions et de prestiges. Il exprimait Je désir que beaucoup d’autres personnes prudentes et de considération vissent toutes ces merveilles , sur lesquelles il est certain, dit-il, qu’elles porteraient un jugement aussi avantageux que lui (no encarecieran estas cosas menos que élj. Ici l’amiral dit de plus les paroles suivantes ; « Quels seront les « avantages que Fon peut retirer de la possession « de ce pays, c’est ce que je n’écris pas. Il est cer- « tain, grand Roi et grande Reine, qu’il doit y « avoir une infinite de choses très avantageuses « là où se trouvent de telles terres. Mais je ne « m’arrête dans aucun port, parce que je veux « voir le plus de contrées qu’il me sera possible, « afin d’en faire la description à Vos Altesses. « J’éprouve malheureusement l’inconvénient de « ne pas savoir la langue qu’on y parle, et leurs « habitans ne me comprennent pas, et ni moi ni « les miens nous ne les comprenons pas davantage. « Quant aux Indiens que j’emmène avec moi , « bien souvent j’entends le contraire de ce qu’ils « veulent me dire (i), et je n’ai pas non plus « beaucoup de confiance en eux, parce qu’ils ont « déjà tenté plusieurs fois de s’enfuir. Quant à

(i) Ce défaut d’intelligence a donné lieu, dans cette relation, à beaucoup de fautes dans les citations ou dans l’orthographe des noms propres, ( M. F de Nav. )

« présent, s’il plaît à notre Seigneur, je verrai le « plus que je pourrai, et petit à petit je parvien- « drai à comprendre 1a. langue et à connaître les « lieux, et je ferai enseigner cette langue à des « personnes de ma maison, car j'ai remarqué « quelle est la même jusqu’à présent, et c’est « plus tard qu’on connaîtra tous les avantages « que peuvent procurer toutes ces contrées , et « qu’on travaillera à rendre tous les habitans « chrétiens , ce qui sera facile et d’une prompte « exécution, car ils n’ont aucun culte et ne « sont pas idolâtres. Vos Altesses feront con- « struire dans ces parages des villes et des force teresses , et ces pays seront bientôt con- « vertis. Je certifie à Vos Altesses qu’il ne me « paraît pas qu’il puisse y avoir sous le soleil « un pays plus fertile, d’une température plus « agréable et plus régulière, mieux pourvu « d’eaux abondantes, bonnes et saines, et bien « différentes de celles des rivières de Guinée , qui cc n’engendrent que la maladie et la contagion, cc Car, grâce à notre Seigneur, pas un seul des « gens de mon équipage n’a éprouvé jusqu’à ce « jour le moindre mal de tête, pas un seul n’a « été au lit pour cause de maladie, à l’exception « d’un seul qui souffrait de la pierre, qui en cc avait souffert toute sa vie , et qui s’est trouvé « guéri après les deux premières journées de

« notre séjour dans ce pays; ce que je dis se « rapporte à l’équipage des trois vaisseaux. Aussi, « dès qu’il aura plu à Dieu que Yos Altesses en- « voient ici des hommes instruits, ou qu’il y en « vienne , elles reconnaîtront la vérité de tout ce « que j’avance , lorsque j’ai parlé plus haut de « la découverte que je fis d’une position fa vote rable pour la construction d’une ville et d’une « forteresse près du fleuve de Mares, en raison « de la bonté du port (i) qu’il y a en cet endroit, « et de la beauté de ses environs. Il est certain « que tout ce que j’ai dit alors était la pure « vérité; mais il n’y a pas de comparaison entre « ces lieux et ceux où je me trouve en ce moment. « On ne peut en établir non plus entre la mer « de Notre-Dame et les parages que je parcours « en ce moment, parce qu’ici il doit y avoir dans « l’intérieur des terres des peuplades considéra- « blés, une immense population et une infinité « de choses du plus grand intérêt ; et ici surtout, « comme dans tout ce que j’ai découvert précé- « demment, et dans tout ce que j’espère encore « découvrir avant mon retour en Castille, je dis « que la chrétienté aura de grands rapports à « établir, et l’Espagne , à laquelle tout doit être « soumis, bien plus que les autres Etats. J’ajoute

(j) C’est le port de las Nuevitas. (M. F. de Nav.)

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