‹ Relations entre le diabète insipide et l'hypophyseChapitre 15 sur 51 · DISCUSSION DES OBSERVATIONS CLINIQUES · texte numérisé non relu

DISCUSSION DES OBSERVATIONS CLINIQUES

A la lumière des observations que nous rapportons, quelles sont les conclusions que l’on est en droit d'en tirer.

D'abord, nous sommes obligé d'attribuer une plus large part dans la discussion à l'observation que nous avons exposée en premier lieu. Troubles du développement, trouble de la nutrition générale, tels sont les symptômes dominants auxquels se surajoute une polyurie abondante. Mais cet infantilisme ne pourrait-il pas être de nature thyroidienne. Une insuffisance thyroïdienne s’installant à l’âge de quatorze ans aurait marqué son passage d’une façon beaucoup plus nette sur l'arrêt du développement. Et puis, notre malade n’a pas cet air inintelligent du myxædémateux. Ses qualités intellectuelles sont conservées,

Le corps thyroïde peut avoir été touché tout comme d’autres glandes endocrines, mais le premier rôle ne semble pas devoir lui revenir dans l’ensemble des symptômes, s’agit-il donc d’une insuffisance testiculaire ?

P. Fleurot 3

EN

Dans plusieurs de nos observations, les malades se présentent avec des organes génitaux atrophiés et une abolition des appétits sexuels. Que cette atrophie génitale se traduise par une voix enfantine, qu’elle soit dans une certaine mesure responsable de: cet état efféminé du sujet, MM. Souques et Chauvet, à propos d’un malade déjà décrit par M. Burnier, font jouer un rôle de second plan à ces effets, imputables aux testicules, chez un malade qu'ils ont observé.

L’analogie de notre malade avec les données positives d’autres observations cliniques, nous amène à mettre en cause l’hypophyse. |

MM. Burnier,Souques et Chauvet, nous citent l’observation d'un malade superposable au nôtre, chez qui manque le syndrome diabète insipide. Puis ils citent encore six observations dans lesquelles l'hypophyse montre son rôle d’une façon certaine, et ces observations sont analogues à la nôtre. À côté deces cas purement cliniques, ils en citent neuf autres avec contrôle anatomique où furent constatées des ‘tumeurs diverses de la glande pituitaire. |

En dernier lieu, nous ‘ajouterons que des expérimentlations faites par Cartelli, Cushing, Ascoli et Legnanï, ont montré que l’ablation du lobe‘antérieur déterminait de l’infantilisme ou du nanisme hypophysaire, et l’on est en droït de conclure qu’il en est de même chez notre malade.

Dans certaines de nos observations, où la cause iniliale de l'affection semble être la syphilis, Tomime. par exemple les observations citées de M. Carnot et

Dumont et de M. Laignel-Lavastine, en dehors des différents accidents qui ont été relatés,c’est la même filiation des accidents qui se trouvent réalisés.

Cependant il n’existe pas de signe physique de tumeur hypophysaire,ce qui ne nous démontre nullement l'intégrité de l'hypophyse.Un processus de sclérose ou d’atrophie peut troubler la sécrétion pituitaire.

De ces premiers faits,notre interprétation ne reste que vraisemblable ; d’autres arguments sont nécessaires pour lui donper toute sa valeur.

Aux différents symptômes dont nous venons d'émettre les origines, se surajoute un diabète insipide, bien caractérisé.

C’est là que nous croyons trouver les arguments sur lesquels nous insisterons.

Des trois parties de l'hypophyse, chacune semble avoir son rôle particulier et les troubles fonctionnels de chacune d’elles semblent donner lieu à des symptômes particuliers.

1° La partie antérieure vient-elle à s’hypertrophier, elle donne naissance au gigantisme ou à l’acromégalie, son atrophie et son hypofonctionnement donnent lieu à l’infantilisme ;

2° La partie postérieure a des fonctions moins nettement établies, elles donneraient lieu au syndrome adiposo-génital de Frœhlich ;

3° Enfin, la partie moyenne est celle qui doit tout particulièrement retenir notre attention. Schæfer a montré son influence sur la diurèse, soit par un

Dpt

trouble général du métabolisme hydrique, soit par une action mal déterminée sur le rein.

Or, certains faits cliniques, en harmonie avec ces expériences du rôle diurétique de l’hypophyse, montrent la corrélation du diabète insipide avec des lésions du corps pituitaire.

C’est là un des côtés nouveaux de la physiopathologie de l’hypophyse.

Malgré un certain degré de glycosurie alimentaire, malgré l'existence d'accidents communs aux diabètes sucré et insipide, notre malade ne présente pas les troubles du diabète sucré.

Et c’est alors qu’on est en droit d'établir des relations entre ces faits et ceux relatés dans les observations de Meyer, Frank, Simmonds, Farini, Mouriquand. |

Dès lors on peut rattacher à une même lésion les deux éléments du syndrome observé.

Les observations des auteurs précédents paraissent nous indiquer un siège de la lésion glandulaire, quant au rôle de l’hyper ou de l’hypofonctionnement de la glande dans le syndrome diabète insipide, ce sont là des discussions d'ordre hypothétique, dont nous parlerons dans le chapitre des expérimentations. |

Plus ou moins fixé nettement sur le siège de la. lésion glandulaire, nous en arrivons à l’étiologie. Là plus encore qu'ailleurs, les difficultés surgissent quand il s’agit de précision.

Néanmoins trois causes nous apparaissent avec

des caractères d’évidence: la syphilis, la tuberculose el les néoplasies de la région hypophysaire.

Nous rappelons, en ce qui concerne le point de vue étiologique d’origine tuberculeuse, que M. Poncet a insisté tout particulièrement sur le rôle du bacille de Koch dans les lésions des organes endocriniens.

Dans la première observation, la tuberculose pourrait à la rigueur être mise en cause, puisqu'à l’auscultation on relève des lésions pulmonaires d’origine bacillaire ; dans d'autres cas, au contraire, l’origine syphilitique ne fait aucun doute, puisque le traitement spécifique donne d’heureux résultats.

Ce sont donc là des cas. d'ordre elinique qui appellent de prudentes réserves. Elles se commandent d’autant plus, que souvent le terrain se trouve tout à fait favorable au développement des germes microbiens, en particulier de celui de la tuberculose, par suite d’un état dystrophique anté-

rieur.

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