‹ Relations entre le diabète insipide et l'hypophyseChapitre 49 sur 51 · PRES CORRE · texte numérisé non relu

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cerveau. Ils sont à rapprocher, d'autre part, dans le

. domaine expérimental, de constatations analogues - faites tout récemment par Jean Lewis et L. A. Mat-

thews et par Harvey Cushing; mais en clinique, comme chez l’animal opéré, ce phénomène est inconstant et partout discuté, tant dans son mécanisme intime que dans sa valeur comme trouble relevant de l'hypophyse.

S'agit-il, en réalité, d’un trouble dû à la lésion, à

l’ablation de l’hypophyse ou à une atteinte de la région cérébrale parahypophysaire ? Disons cependant que nous avons des faits expérimentaux qui montrent l'importance considérable des lésions parahypophysaires dans la production de la polyurie. Dans ces premières expériences, la polyurie était passagère, dans d’autres, faites en novembre 1913, lésant l'hypophyse au fer rouge, il en résulta chez un chien une polyurie persistant six semaines. Chez un autre, il fait une piqüre dans une région de la base du cerveau située immédiatement derrière l’hypophyse, essayant de léser le moins possible cet organe. Il obtient une polygurie rapide, considérable et persistante. Il résulte de ces recherches, que la polyurie dite hypophysaire semble due beaucoup plus, et peut-être uniquement, à la lésion de la région interpédonculaire de la base du cerveau. Les lésions de cette région donnent en effet une polyurie plus considérable plus durable que celle qui suit l'accélération de l’hypophyse.

Dans aucun de ces diflérents cas la polyuriene

s'accompagne de glycosurie ; chez un des animaux elle est non seulement considérable (5 litres pour. un chien de 13 kgr.), mais dure encore sept semaines après l'intervention, réalisant ainsi un véritable diabète nerveux, insipide. De plus, cette polyurie est accompagnée d’atrophie génitale chez deux des animaux. La même lésion ou la lésion de deux régions très voisines l’une de l’autre réalise donc en clinique humaine deux symptômes souvent associés : l’atrophie génitale et la polyurie. Quant au siège exact des centres ou des groupements cellulaires dont la lésion cause ces troubles, il ne pourra être déterminé que par un examen histologique détaillé.

«Des recherches plus récentes (janv. 1914) consécutivement à des lésions pratiquées dans la région interpédonculaire ou au voisinage de l'hypophyse, il résulte une perturbation importante de l'équilibre aqueux de l'organisme. La polyurie qu’on observen'’est pas forcément liée à la polydypsie, elle la précède en effet, dans les expériences ; si l’on maintient constante la ration de l’eau donnée à l’animal,on voit que le volume des urines, inférieur à cetle ration avant l'opération, lui devient supérieur après l'opération. La lésion occasionne donc comme phénomène essentiel une élimination exagérée d’eau. La polydipsie conséculive est considérable, désordonnée parfois, et paraît en disproportion avec les besoins de l’organisme. S'agit-il d'une action sur le rein sollicité à exagérer sa fonction ?

S'agit-il d’une production de substances. qui occa-

sionnent un appel d’eau nécessaire à leur élimination ? Plusieurs hypothèses peuvent être émises. En tout cas, il existe par le fait de la lésion une perturbation dans l’élimination de l’eau et aussi dans son absorption. On a l’impression qu’on porte atteinte ainsi à un mécanisme régulateur de la teneur en eau de l’organisme. Cette idée semble conforme à ce que nous savons des mécanismes régulateurs de la température, de la glycémie, etc., lesquels,on le sait, peuvent être troublés par l’expérimentation ou par les causes morbides. »

De ces différentes constatations il résulte que parmi les auteurs qui ont voulu à la suite de faits expérimentaux chercher à interpréter des causes de la polyurie dars le diabète insipide, beaucoup se sont montrés un peu trop exclusifs dans l’exposé de théories plus hypothétiques que réelles. C’est qu’en effet la même complexité se retrouve à la fois dans les épreuves expérimentales et dans les faits cliniques ; aussi ne saurait-on {trop garder une prudente réserve, quand il s’agit de tirer des déductions de différentes expériences.

Plusieurs théories que nous ne ferons que mentionner ont cherché à expliquer la polyurie du diabète insipide, soit par une fonction accrue de ce même organe à la suite d’une irritation ou d’une lésion de voisinage, ou au contraire par un trouble de fonctionnement (hyper ou hypofonctionnement).

Certaines autopsies montrant la lésion nette de l’hypophyse, dans certains cas cliniques, ont pour

ainsi dire la valeur d’une expérience. C'est ainsi qué dans cet ordre d'idées nous commencerons par citer le cas de l'observation de‘Simmonds, dans laquelle l’auteur a voulu voir un hypofonctionnement caractéristique de l’hypophyse et dans cet organe, surtout de la partie intermédiaire.

Mais, sans nous rallier à cette hypothèse d'hyperfonction glandulaire, ne semble-t-il pas plus logique d’après les expériences et les faits cliniques rapportés plus haut, de songer à une action régulatrice de la glande sur la polyurie? Dans le cas où cette glande vient à être troublée dans son fonctionnement par une cause quelconque, la diurèse apparait consécutivement ?

La thérapeutique ne vient-elle pas à l’appui de cette hypothèse, puisqu'on supplée à la partie détruite de la glande et à son insuffisance par l'administration d'extrait hypophysaire ?

Nous avons relaté certaines expériences, dans lesquelles la thérapeutique n’a pas essayé de contrebalancer les effets diurétiques de lésions pituitaires pour donner plus de valeur à l’idée de l’origine hypophysaire de la polvurie. La contradiction entre les différents expérimentateurs ne permet pas cependant d'être affirmatif à ce sujet.

C’est ainsi, nous l’avons vu, que de 19017 à 1913, des essais en opposition dans leurs résultats furent tentés par Schæfer. Tantôt il obtint une polyurie abondante en injectant dans les veines d'animaux

CRT

des extraits hypophysaires, tantôt il obtient les mêmes résultats en lésant l’hypophyse.

En 1913, von den Velden est en contradiction avec Schæfer pour les injections d'extraits hypophysaires qui lui donnent comme résultat un abaissement du taux de l’urine. Rœmer arrive aux mêmes conclusions.

En 1913, également, différentes expériences sont faites par des auteurs français et étrangers concernant les relations possibles entre le syndrome adiposo-génital et l’hypophyse. Et il est à remarquer, qu'à cette époque, l’attention des expérimentateurs ne semble pas avoir porté sur l’émission anormale des urines consécutives aux irritations de la glande ou seulement de la région para-hypophysaire. Nous voyons cependant Schæfer ne relater, à la suite d’une ablation totale de l'hypophyse, aucune manifestation de troubles adiposo-génitaux, mais une polyurie assez abondante qui persista plusieurs jours pour disparaître ensuite. Cushing, également, ne fait qu'insister sur la fréquence du syndrome adiposogénital chez les animaux plus ou moins hypophysectomisés.

MM. Camus et Roussy, après ablation de l’hypophyse et cautérisation simultanée au fer rouge de la région, observent des troubles de l'équilibre et de l’incoordination des mouvements avec atrophie génitale, qu’ils constatèrent peu souvent, du reste, et

diminution de poids de l’animal.

Mais dans leurs observations plus récentes dans

tré

lesquelles ils lésèrent à la fois la base du cerveau el plus souvent l'hypophyse ou simultanément les deux à la fois, l’attention se porte plus particulièrement sur un effet plus fréquent et plus régulier, soit qu'on lèse ou que l’on fasse des ablations totales ou partielles de l’organe ; nous voulons parler d’une polyurietrès nette se manifestant chaque fois au cours de leurs expériences. Les conclusions de celles-ci n’insistent plus cette fois sur les relations du syndr5ime adiposo-génital et les lésions probables de l’hypophyse, mais sur la grande quantité d'urines survenant consécutivement à des interventions sur la glande pituitaire. Cependant, comme à la fois il ya lésion, d’après ces auteurs, de la région juxtahypophysaire, on ne peut rigoureusement attribuer la cause de cette surabondance urinaire à une simple lésion ou irritation de l’hypophyse.

D'autre part, les observations que nous avons publiées, notamment celles où les malades tmanifestent des signes évidents d’infantilisme, nous permettent, d’après ces seuls symptômes, de suspecter l'existence de l’hypophyse et c’est pourquoi nous croyons logique de la faireintervenir dans le syndrome de diabète insipide comme la cause essentielle : les résultats très nets de la thérapeutique hypophysaire instituée par MM. Lereboullet, Faure- Beaulieu et Vaucher en font foi. On ne peut pas, en effet, discuter le rôle de celte médication, lorsqu'on étudie la courbe urinaire du malade de notre observalion Î. Chaque injection d'exirait piluitaire est

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suivic chez lui d'une notable diminution des urines dont la concentration augmente : chaque fois qu’on cesse le traitement la polyurie réapparait et ce qu'il y a de remarquable, c'est que ces résultats ne sont obtenus qu'avec les extraits du lobe postérieur et encore préparés d’une façon particulière.

En effet, ni les extraits totaux de glande pituitaire, ni les extraits du lohe antérieur, ni même les extraits du lobe postérieur préparés de façon difrérente, n’ont eu d'action sur ce malade, el on ne peut pas voir dans ce fait une question de suggestion, puisqu'on préparait la seringue à injections hors de la présence du malade et que si l’on chargeait la solution sans l’en avertir, et même en le persuadant que c'était toujours la même, on n'obtenait aucune modification de l'élimination urinaire. |

Il nous semble donc que ces faits ont véritablement la valeur d’une expérimentation, et que,dans certains cas de diabéte insipide, il est impossible de nier le rôle prépondérant de l’hypophyse dans la genèse de cette affection puisque seul le traitement hypophysaire fait disparaitre manifestement le symptôme de . la polyurie. |

Nous reconnaissons pourtant que le problème n'est pas encore résolu de façon catégorique et que seul l'apport de nouveaux faits expérimentaux et cliniques semblent devoir trancher définitivement la question.

P, Fleurot

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