‹ Relations entre le diabète insipide et l'hypophyseChapitre 48 sur 51 · EXPÉRIMENTATION · texte numérisé non relu

EXPÉRIMENTATION

Les résultats obtenus dans les premières expériences ayant trait à la polyurie d’origine hypophysaire furent d’abord très incertains. Néanmoins, à la suite des différentes discussions résultant des expérimentations d'auteurs s'étant particulièrement occupés de la question, le problème se présente sous un Jour meilleur et la solution paraît bien près de se préciser. Nous ne pouvons dans le très bref exposé de quelques essais expérimentaux d'auteurs français et êtrangers développer leurs expériences avec tout l'intérêt qu’elles comportent. Nous ne ferons que noter ce qui se rapportera spécialement à notre sujet, ne perdant pas de vue que ce sont surtout des faits cliniques que nous avons essayé d'interpréter, laissant à la physiologie expérimentale le soin de les vérifier avec l’exactilude et la rigueur qu’ils exigent. N'ayant pas davantage à entrer dans les détails de l’historique de celte question, ce sera par les expériences tentées par Schæfer que nous débuterons,

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En 1901 Schæfer constata que l'injection intraveineuse d'extraits hypophysaires entrainait une augmentation de la quantité des urines, el en 1906, il regardait cette diurèse‘comme une actionspécifique de l'extrait aqueux du lobe postérieur et de la pars intermedia après ablation du lobe antérieur.

Les nombreux auteurs, qui à cette époque s’occupèrent de cette question, arrivèrent à des conclusions à peu près identiques ; l’hyperfonctionnement du lobe, en particulier de la pars intermedia, entrainait une augmentalion de la diurèse. ;

En 1910, l’auteur remarqua que chez le lapin, après lésion de l’hypophyse et de la tige hypophysaire, il survenait une forte hyperthermie et une énorme diurèse ; cette polyurie semblait d’autant plus forte que l’effet thermique de la piqûre était plus marqué.

En 1913, von den Velden publia ses recherches sur les injec ions d'extraits hypophysaires chez l’homme. Contrairement à tous les auteurs. précédents, il constata que l’extrait du lobe postérieur de l'hypophyse, chez des sujets dont le rein était normal, et dans un cas de diabète inspide, n’amenait aucune augmentation de la diurèse, mais au contraire une diminution des urines.

D’autres expériences furent faites un peu plus tard par Sæchfer avec de la pituitrine (Park, Davis et Ce) et avec du pituglandol (Hoffmann la Roche).

Les animaux étaient sondés toules les deux heures

et leurs vessies exprimées. Voici brièvement les résultats obtenus :

Après injection intra-veineuse de 1/2 ou 1 centi mètre cube de l'extrait, la quantité d’urine diminuait lentement dans les deux heures qui suivaient l'injection ; la diminution atteignait son maximum régulièrement après quatre heures. Après cela la quantité d’urine commençait à augmenter, revenait après deux heures au taux primitif et souvent le dépassait. On n'observait aucun trouble dans l’état général des animaux. L’abaissement le plus considérable qui a été observé était de 7 eme. 5 (de 9cme. à 1 cmc. 5); la plupart du temps il ne s'agissait que de différence d'environ 2 centimètres cubes, quantité appréciable, car les animaux sécrétaient en moyenne 4 à 6 centimètres cubes par deux heures.

Après injection de pituitrine ou de pituglandol, les modifications du taux urinaire étaient beaucoup moins marquées; l’abaissement était minime dans les heures qui suivaient l’injection. Le résultat était moins prononcé et la courbe des urines régulière ;

3° Dans aucun cas, ni avec l’extrait colloïdal, ni avec la pituitrine, ni avec le pituglandol, il n’y eut d'augmentation de la quantité d'urine excrétée.

Ces expériences justifient celle de Velden ; après injection d'extrait hypophysaire, il y a non pas augmentation, mais diminution de la quantité d'urine excrétée.

Ainsi donc, l’augmentation de la sécrétion hypo-

physaire dans le sang provoquerait de l’oligurie, et

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ce n'est pas l’irritation, mais bien l'exclusion de l’hypophyse qui mènerait à la polyurie.

L'activité différente des différents extraits hypophysaires serait due à la partie de la glande employée. Schæfer dit que le lobe postérieur contient deux substances dont l'une provoquerait de la polyurie, l’autre de l'oligurie. On pourrait conclure des expériences faites avec l'extrait colloïdal de la Fabrique d’Aubing, que la substance colloïdale serait diurétique, tandis que l’action antagoniste serait spécifique du lobe postérieur. Ainsi l’activité différente des extraits serait conditionnée, du fait de l’emploi de la partie moyenne ou de celle des lobes postérieurs, plus ou moins riches en colloïde.

Farini obtint également, comme nous l’avons vu,

dans deux cas de diabète insipide, une diminution

régulière de la polyurie par l'injection d’extraits pituitaires ; il en conclut que l’action spécifique des préparations hypophysaires, dans certaines formes de diabète insipide, permet d’affirmer que ce diabète est dû à une insuffisance hypophysaire.

Les résultats obtenus par ces deux derniers auteurs

étaient donc en contradiction avec ceux de Schæfer.

Celui-ci, en 1911, avait affirmé que le lobe antérieur de l’hypophyse n’avait aucune action sur la sécrétion urinaire, mais que l’action diurétique des extraits pituitaires était due au lobe postérieur, en particu-

lier à la pars intermedia.

Les extraits aqueux de la pituitaire (lobe posté-

rieur et intermédiaire) agissaient d’une façon réel-

lement spécifique sur les vaisseaux et les cellules glandulaires du rein ; il s’agissait vraisemblablement d'hormones contenues en grande abondance dans la substance colloïde du lobe intermédiaire.

Rœmer, pour observer la question, employa dans ses expériences sur le lapin un extrait colloïdal, pur extrait de l’'hypophyse du veau. Les animaux étaient cathétérisés toutes les deux heures. Les résultats furent les suivants : dans les deux premières heures, diminution des-urines jusqu’à un minimum qui est atteint au bout de quatre heures. Puis la quantité d'urine augmente progressivement et atteint son ancien niveau au bout de deux heures. Souvent la quantité normale était dépassée.

Pas le moindre trouble dans l'éta' général des animaux. Après l'injection d'extraits hypophysaires (pituitrine, pituglandol), on n’observa pas en général de modifications aussi marquées de la quantité des urines. Parfois on notait cependant une baisse légère dans les premières heures qui suivaient l’injection ; mais les phénomènes n'étaient jamais aussi nets qu'avec l'extrait colloïdal. |

Dans aucun cas, ni après l'injection d'extrait colloïdal, ni après l'injection de pituglandol ou de pituitrine, on ne constata une augmentation de la diurèse,

Ces expériences confirmèrent donc celles de von den Velden ; les injections d'extraits hypophysaires n’entrainaient pas une augmentalion, mais bien une diminution de la quantité des urines. Il restait à

confirmer sur l’homme les résultats de l’expérimentation

C’est ce qui fut fait dans un cas de diabète insipide traité en juin 1913.

Il s’agissait d'un jeune garçon de neuf ans qui, après un développement normal, était resté stationnaire au point de vue physique et intellectuel depuis deux ans.

En 1912 il avait maigri et présenté de la polydipsie et de la polyurie.

L'enfant présentait un crâne en tour et des marques de rachitisme. Le Wassermann était négatif. Le malade buvait habituellement chaque jour 10 à 17 litres de liquide et la quantité d'urine éliminée oscillait également entre 10 et 11 litres ; le poids spécifique était de 10071, 1003; 100 gr. de glucose ne purent être décelés dans l’urine.

L'auteur injecta d'abord, à midi, dans les veines, 75 centimètres cubes d'extrait colloïdal; l’action fut éclatante. La quantité d'urine s'éleva à 1.000 centimètres cubes. Dans les heures qui suivirent l'injection, l'enfant qui était habituellement assoupi et anxieux, était éveillé, gai et s’amusait.

Pendant quatre jours consécutifs on fit des injections intra-musculaires d'extrait colloïdal; l'effet fut aussi très remarquable et la quantité d'urine s’abaissa à 7 litres par jour; le poids spécifique s'éleva à 1006 ; l'enfant restait souvent deux heures sans uriner, ce qui n’était jamais arrivé avant les injections.

L'enfant mourut et à l’autopsie on trouva une tumeur de la base du cerveau ayant envahi le pédicule et Le lobe pos-

térieur de l’hypophyse.

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Nous mentionnerons maintenant les expériences plus récentes de MM. Camus et Roussy,qui n’avaient pas spécialement attiré l'attention sur la polyurie lorsqu'ils firent, en 1913, des expérimentations sur l'hypophyse et ses rapports avec le syndrome adiposo-génital. |

Nous verrons qu'il n’en fut pas de même dans leurs récentes expériences de 1914, dont nous allons

donner un compte rendu et où nous verrons que

chaque fois que l’on eut affaire à une lésion de l’hypophyse, une forte diurèse en résultait toujours. Si ces auteurs ne faisaient pas concurremment des injec-

tions d’extrait hypophysaire, nous avons vu, dans

nos précédents chapitres, son. action indiscutable dans certains cas où la clinique quelquefois, l’autopsie, dans d’autres, nous montraient une lésion de l'organe mis en cause, l’hypophyse.

Voici ce que disent les Dr° Camus et Roussy relativement à ces expériences :

Cinq chiens, après ablation d'une grande partie où de la

totalité de l'hypophyse, ont présenté de la polyurie nette,

abondante, sans glycosurie. Cette polyurie apparut dans les :

vingt-quatre heures qui suivirent l'intervention et persista

pendant une durée variable.

Ces faits, dit l’auteur. sont à rapprocher, d’une part,de ceux observés en clinique,où la polyurie pure ou associée à la glycosurie est assez fréquemment notée au cours des syndromes hypophysaires, comme du reste dans les affections de la base du

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