INTRODUCTION
Les questions posées par l’agriculture nous obligent à considérer les relations existant entre le développement de la plante et les divers éléments météorologiques.
Aussi en vue de préciser ces relations toute une série de travaux ont mis en œuvre soit la méthode statistique, lorsqu'il s’agissait de rendement, soit la méthode expérimentale des essais géographiques quand on voulait délimiter les aires de culture possible d'une plante annuelle telle que: Blé, Orge, Lin, etc.
Il est à remarquer que dans les travaux utilisant l’une et l’autre méthode on ne s’est pas inquiété de la pureté botanique des. variétés en culture.
Or, quand il s’agit de déterminer les relations existant entre le milieu physique et la plante pour que, dans des séries de données statistiques ou d'observations expérimentales les résultats obtenus soient comparables entre eux, 1l est indispensable d’avoir à sa disposition un matériel végétal stable. Ce matériel végétal ne peut être constitué que par une lignée pure.
Les botanistes et les génétistes ont donné à l'expression de lignée pure un sens précis.
« La notion de lignée pure, dont les applications à l'amélioration des plantes sont récentes, n’est autre chose qu’une adaptation aux végétaux supérieurs des découvertes de PASTEUR relatives à la culture des êtres inférieurs (levures, champignons, algues et bactéries) »(1)
Les travaux de JOHANNSEN (2) sur les flutuactions considérées comme des oscillations autour d’une moyenne propre à chaque lignée aboutissaient à la conception de sorte pure comme étant caractérisée par des courbes de fluctuations à un seul sommet (courbe de GALTON) exprimant l’homogénéité de la variété ou de la lignée étudiée.
(1) BLARINGHEM, Le Perfectionnement des Plantes, 1913, FLAMMARION Éditeur.
(2) JonHanxseN: Ueber Erblichkeit in populationen und in reinen linien - 1903 Jena.
Depuis les travaux de JOHANNSEN la notion de lignée pure s’est précisée. Et l'obtention d'une lignée pure est du domaine non seule ment des réalisations expérimentales, mais encore du domaine de la production agricole. On peut obtenir expérimentalement un groupe homogène d'individus en isolant un individu d'une espèce qui s’auto-féconde et en multipliant, par des semis répétés, les descendants de cette plante unique; l’ensemble des êtres obtenus constituera une lignée pure à la condition que « les descendants et les fragments de descendant de quelque génération que ce soit, n'offrent pas entre eux de différences plus grandes que celles qu'on peut trouver entre fragments d’un seul individu multiplié à l'infini () ».
En plus de la critique formulée à propos de la pureté botanique des variétés, il en es: d’autres que l'on peut adresser à la méthode statistique. C’est d’une part de ne pas avoir une base expérimentale directe et, d'autre part, de n'avoir pas considéré l'influence des éléments physiques associés. De plus la corrélation entre la production végétale e: les éléments physiques, pris le plus souvent isolément, ne porte que sur des périodes restreintes de la vie de la plante.
Les américains ont cependant utilisé les corrélations multiples (2); c’est ainsi qu'ils ont étudié l'influence combinée, sur le rendement, de la température moyenne de l'air et de la pluviométrie pour une période donnée. Les résultats qu'ils recherchent dans ce cas sont beaucoup plus d'ordre économique que scientifique. Les « équations de régression » sont à la base de la méthode. Le problème se complique au fur et à mesure que le nombre des variables, indépendantes ou non, augmente. De plus quand on utilise les corrélations multiples, il importe, pour la conduite dés calculs de choisir l’une des variables comme principale, les autres étant introduites successivement dans l’ordre d'importance qu'on leur attribue : comme il sagit là d'un choix, l’ordre et l'importance donnés aux variables sont tout ce qu'il y a de plus arbitraires.
Les essais géographiques présentent sur la méthode statistique l'avantage d’avoir une base expérimentale directe. De plus, seuls
(1) L. BLARINGHEM, c. f. p. 66 — les Problèmes de l’Hérédité expérimentale, (1919) Frammarron Editeur p. 40.
= Mordecai Ezekiez. Methods of correlation. Analysis, 1930 -Nework.
des travaux entrepris jusqu'à présent, ils auraient pu permettre de considérer les « éléments météorologiques associés » dans leurs rapports avec la plante. Mais ils présentent l'inconvénient d’avoir été utilisés à déterminer les aires limites de la culture de telle ou telle plante, Aussi les conclusions auxquelles ils ont abouti ont fait apparaître beaucoup plus les valeurs limites des éléments climatiques compatibles avec la vie de la plante que les conditions de milieu
physique assurant le meilleur développement du végétal objet de l’é‘ude.
. Je commençai, en octobre 1930, une série de travaux qui avaient pour but de déterminer les valeurs des éléments du milieu physique
assurant la production du plus grand poids de grain par grain de blé semé.
On avait bien jusqu'alors dé‘erminé l'influence sur le dévelop-
La Fa (EE à . .
pement de la plante de tel ou tel élément météorologique envi-
sagé isolément; mais le milieu physique est un tout dans lequel
on ne saurait envisager les variations d’un seul élément sans prendre
en considération les variations corrélatives ou non, des autres élémens; il importe donc de ne pas les dissocier.
Pour traiter utilement le problème agronomique que je m'étais posé Je ne voulais pas utiliser la méthode statistique à cause de ses inconvénients; je ne pouvais pas recourir aux essais géographiques car je ne disposais pas de surfaces suffisamment dispersées en latitude et en longitude, e: de moyens matériels pour entreprendre des observations dans un milieu physique évidemment naturel, mais réparti en différents points d’un territoire.
Il était nécessaire, tout en restant dans le domaine expérimental, de trouver un nouveau moyen d'investigation dont les résultats pussent être immédiatement appliqués à l’agriculture. J'élaborai une « méthode biologique » simple d'étude des éléments physiques et météorologiques en rapports avec le développement de la plante.
Mais une telle méthode nécessitait des expériences qui devaient durer plusieurs années: il importait en effet de recueillir le plus grand nombre d'observations. Il était donc indispensable que le blé que j'allais utiliser reste semblable à lui-même par autogamie de génération en génération; ce blé devait être un génotype, une lignée pure.
Le Blé que j'ai utilisé, l’hybride Pusa x Florence 381/b du catalogue du Service Botanique et Agronomique, n’a pas été choisi à cause d’aptitudes particulières de réaction aux éléments physiques:; mais parce qu'il constituait déjà, au moment où j'ai commencé mes travaux, un matériel parfaitement défini et stable: une lignée pure. Son comportement au cours des six années qu'ont durées les expériences dont il es: fait état dans le présent travail n’a donné lieu à aucune remarque. Ce blé est resté semblable à luimême. Ainsi l’écueil de l’acclimatation et de la dégénérescence signalées par BLARINGHEM() à propos des orges de brasserie a pu être évité, et c'est là un sérieux avantage. Les résultats auxquels j'ai abouti ne sont donc pas entachés des erreurs qu’aurait pu in:roduire une variation dans les caractères morphologiques et biologiques de la plante. |
En 1934 () une étude comparée du climat de quelques régions de
Tunisie et des premiers résultats obtenus quant aux besoins physi- = =! ? = «
ques du Pusa x Florence 381/b me permettait d'arriver à des con-
clusions agronomiques qui concordaient avec les faits connus par
la colonie agricole de la Régence. C'était là une première vérification des moyens d'étude exposés dans le présent travail.
Le but de la présente thèse est de mettre en évidence la corrélation entre les processus successifs de la croissance d'une lignée pure d’une plante annuelle (blé) et les variations de quelques éléments physiques et météorologiques.
Les besoins physiques de la plante ont été déterminés par une méthode biologique qui constitue un ins:rument nouveau de travail susceptible de servir de complément aux méthodes actueilement utilisées en météorologie agricole.
(1) L. BLARINGHEM, Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, 1935 ME 00 D126,
(2) L. MonriaUR, Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, 1934. T. 499, p. 464.