‹ Relations entre les maladies de l'oreille et celles de l'oeilChapitre 13 sur 16 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Nous les avons divisées en deux groupes :

a). Celles qui se rapportent à l'influence d'une maladie de l'oreille sur l'œil.

b). Celles dans lesquelles on observe la réaction inverse.

Observation I (personnelle)

Otite moyenne aiguè purulente compliquée de troubles oculaires avec

mastoïdite. Trépanation. Guérison.

F... âgé de 45 ans, demeurant à Maisons- Alfort, entre le 15 septembre 1895, à l'hôpital Saint- Antoine , salle Bichat, service du docteur Tapret, pour des douleurs violentes de l'oreille droite.

Aucun trouble auriculaire antérieur. Jamais de maladie générale.

Il y a 8 jours, coryza aigu, avec apparition de douleurs dans l'oreille droite, au bout de quelques jours. Elancements aigus et continuels et diminution de l'ouïe de ce côté.

Le 16 septembre. — Mauvais état général. Tm. = SS^o. Oreille gauche saine. Oreille droite : ne présente rien de particulier à l'extérieur. Le tympan est rouge et bombé. M. air = au contact. Nous pratiquons la paracentèse, il s'échappe une assez grande quantité de pus qu'une douche de Politzer contribue à évacupr. Lavages antiseptiques de l'oreille pendant toute la journée avec sublimé de 1/2000.

Le 17. — Le malade a beaucoup moins souffert. Les douleurs d'oreille et les névralgies de la moitié droite de la tête ont diminué. La perforation de la membrane tend à se refer-

mer: j'applique une goutte de iierchlorure fie fer sur les It-vres de rnrifïre.

Le soir, le malade se plainr ilavanlage : quelques bonrdonnemenls. Ed outre il a remarqui* que pendant la journée, la vue lie l'œil droit, corres pondant fi l'oreille malade, avait bai)^. En fermant t'œil gauche, sain, les objets paraissaieDl vagues el confus. Anli^rieuremenl il n'y a eu anrune atïeinion oculaire.

Le IS. — Douleurs plus fortes. Tm. = SS". Perforation fermée. I*a vision de l'œil droit est plus faible, le malade ilislingue mal les objets. e( ne peut lire les caractères ordinaires d'un journal, seuls les titres et les grandes lettres sont vus de très pr^s, et encore d'une manière confuse. L'examen extérieur de l'œil ne révèle rien de particulier. Pas de parésie des muscles oculaire.s, pas de modifications de la pupille. les réflexes sont conservés. L'examen ophtalmoscopîque montre un fond d'œil normal ; la papille et les vaisseaux n'ont rien de spécial. Même image ophtalmosc^pique qu'à gaucbe.

Nouvelle et large perforation du tympan.

Dans l'aprcs-raidi, soulagement marqué. Le malade attire l'atlenlion sur ce fail. qu'il y voit de l'œil droit aussi bien que de l'autre, la vision est très nette et les caractères d'un journal sont vus très distinctement. L'examen ophtalmoscopîque n'a pas été pratiqué.

Le 19, — Le soir, réapparition des phénomènes douloureux: la région mastoïdienne est sensible à la pression. Le Politzer passe avec un sifHemenl aigu. Vision de l'œil droit très diminuée. Pas de modi (ira lions pupillaires. ni de pholophobie.

Le 20. — Nouvelle paracenlcse de la membrane. Un peu d'œdème, de rougeur el de gonflement de l'apophyse. Au point de vue oculaire, le malade disiinguait difficilement les objets, il voit cependant et reconnaît les doigts k une faible distance; les petits caractères imprimés ne sont pas perçus. Examen ophtalmoscopîque négatif.

Le soir, un peu d'amélioration, (jlace sur la mastoîde. Fait remarquable, le malade voit mieux que le malin : il peut lire très neltement. Le défaut d'installation, le manque d'échelles visuelles ne nous permet pas d'apprécier autrement son acuité. Le 21. — OKdème et très vive nmgeur de la mastoîde. I^ gonllenipnt se |iroionge au-delà de la pointe de l'apophyse et

occupe loute la réf;;ioD. Tiii.=3S"S. Duiileur assez noiahic, Mauvais étal géu(*ral,

La perforation tympanique est biianle, peu île pus, la paroi postéro-supérieore du romluil est ahaissi^e.

Le .soir la vue a de nouveau diminué. L'examen du fond de l'œi! ne montre toujours aurun signe de névro-rétinile : la papille et les vaisseaux suât absolument normaux.

En présence de tous ces symptrtmes d'otite compliquée évidemment de masluidite, avec ces (roubles alternanls du cAlé de l'œil, et avec ce mauvais état général, il est rationnel de pratiquer l'ouverture de l'apophyse.

Le 22. — Nous faisons la trépanation au sioge d'élection. Ouverture de l'antre. Peu de pus dans les cellules mastoïdiennes; quelques (ongosilés.

Le soir. — 37"5.

Le 23. — Tm. = 37''2. Aucune douleur. Lu vision est redevenue très nette et le malade y voit aussi bien des deux yeux, jusqu'aux plus lins caractères imprimés.

Le 24. — L'amélioration continue.

Nous n'insistons pas sur les suites opératoires, qui ne uuus intéressent pas au point de vue oculaire.

Au bout de cinq semaines, le malade quitta l'IiApital, ^uéri, sans fistule. H n'avait présenté depuis l'opération aucun trouble visuel.

Nous avons pu le revoir à l'IiApital Saint-Ijjuis, en octobre 1896. L'audition est excellente et la vue normale des deux côtés.

En somme, dans ce cas, nous nous sommes trouvés en face d'une asthénopie compliquant l'alTecliou de l'oreille, et ce qui est intéressant est la liaison absolument intime qui reliait les deu.\ ordres d'accidents.

Obsëhvation U

(personnelle)

Nyslagtnus d'origine auriculaire.

E..., 20 ans, ébéniste, se présente ii la consultation laryngologique de l'hôpital Saint-Antoine, pour des bourdonnements de l'ureille droite et une surdité ayant débuté brusquement il y a 8 jours.

L'examen montre un boucboo de cérumpn qui obstrue le Conduit.

Ou procède à son extraolion, et pendant le lavage le malRde accuse une senNalioa de vertige ; eu le regardant on voit que ses yeu\ soni agités de mouvements de nystagmus horizontal qui cessent au bout d'une minute i\ peine, le vertige disparaît. On continue le lavage et le même phénomène se reproduit, retle fois le corps uérumineux étail sorti.

Le malade est gardé pendant quelques minutes, mais il n'éprouve plus aucun Irouble vertigineux ; il n*a eu ni nausées ni vomissements. Les yeu\ élaient redevenus normaux et le malade ne se souvenait pas d'avoir jamais ressenti le même accident.

li paraissait donc bien y avoir corrélation directe entre les deux ordres de troubles.

Observation IH

Blépbarospasme d'origine aurirulaire. — Buzzahd {British médical journal, mai 1878).

Observation intéressante, en raison de sa rareté. Un homme de HO ans présentait un spasme des paupières qui les fermait à peu près toutes les secondes, au début de l'aflection ; ce spasme augmentait lorsque le malade parlait ou mangeait. L'état général ne présentait rien de particulier. Après avoir essayé de comprimer diflérents points, Buzzard trouva que la pression sur le Iragus de chaque côlé de l'oreille, arrêtait le spasme. Il n'y avait pas de surdité appréciable, mais une légère diminution rie l'acuité auditive.

L'examen de l'oreille lit découvrir un peu de cérumen qui fut enlevé ; puis on lit des applications de courant continu, le spasme cessa pendant le passage du courant ; il diminua au fur et à mesure que l'on fit de nouvelles applications du courant.

Observation IV

BlépbaroBpBBme conapculil à une injection (aile dans l'oreille. — ZiEM {Deutsche medicinische Vfochensrhrift, n" 49, 1885).

R..., jardinier, iG ans, vient consulter eu niai 18S3, à Hambourg, [Jour une olorrhée gaucbe qui a débuté dans l'enfance

el qui mainlcDaQl, après un temps d'arrôt assez long, a reparu duos ces dernières semaines. Fislule mastoïdienne, sponlanée, ayant donné lieu à un écoulement de pus, mais larie depuis plusieurs années. L'examen montre, dans la prolondeur du conduit auditif, la présence d'un lampon d'ouate imbibé de pus, que j'enlevai avec une injection; au dire du malade ce tampon était resté dans l'oreille depuis plusieurs semaines et avait donné lieu h une recrudescence de la suppuration. Le tympan avait totalement disparu. Pour enlever le pus, la caisse fut lavée avec une injection et une seringue ordinaires, et sans avoir exercé une pression trop forte il se produisit tout H coup des secousses cloniques dans l'orbiculaire pauche allant jusqu'à l'occlusion complète de la fenle jialpébrale. On ne pouvait pas se rendre compte, malgré un examen attentif, *de la participation des autres branches du facial, en paiticulier des nerfs moteurs du pavillon. Pas de phénomènes de vertiges. La contraction palpéhrale se répéta à chaque injection dans la caisse, de telle .sorte que le malade et sa mère s'inquiétèrent beaucoup de ce phénomène qui jusque-là ne s'était pas produit.

Bien que j'aie beaucoup insfsté pour soigner sérieu.sement le malade, je ne pus examiner h nouveau l'oreilTe, le malade fut perdu de vue.

Communication intéressante, quoique défectueuse, car il manque l'examen consécutif.

Observation V

Nyalagmus symptoma tique d'uno affection auriculaire. — ScHWABAOR {DeuUrhe IdUchrift fiir praktkche Medkin, 1878, n" 11)

A. W..., 2t ans, otorrhée gauche depuis son enfance, n'a jamais consulté. Il y a dix jours, violentes douleurs dans l'oreille malade, améliorées par des compresses chaudes, l'otorrhée a augmenté, elle est très abondante.

Le 18 octobre 1877, l'acuilé auditive est très diminuée, la montre n'est pas entendue au contact, ni par la voie osseuse ; la voix chuchotée el la voix forte parlée près de l'oreille ne sont pas perçues. La pression sur la mastoide esl il>iul ui'eii-c, la peau est légèrement œdématiée, ainsi que les parois ilu conduit auditif ; il existe des granulations sur la partie postéro-

supérieure de te cunduit. Après les avoir enlevées avee le serre-nœud lie Wiliie el après les avoir toutihées au nitrate d'argent, la suppuration diminua, en même temps on pratiquait des injections d'acide phénique laible. Le gunQemeut du conduit diminua de telle sorte qu'on put voir sa partie profonde : il ne restait plus que la jiartle supérieure du tympan, sous forme d'un bord mince, épaissi, injecté. Disparition des osselets. La muqueuse de la caisse était goiiilée el congestionnée, 011 fit une instillation de sulfate de cuivre phéniqué -. réroulement diminua, les douleurs disparurent, un ne revit pas le malade pendant quatorze jours.

Il revint le 22 novembre. Depuis quelques jours l'écoulement a reparu et le gonflement rétro-auriculaire est plus marqué. Kn outre il soulIie d'un violent vertige qui augmente chaque fois qu'il presse sur l'oreille malade el qui s'accompagne de mouvements des yeux qu'il n'a jamais eu autrefois. Ces vertiges ont élé si torts que le malade ne peut se tenir debout et qu'il a une tendance à tomber à gauche. Ces phénomènes sont maintenant moins intenses, mais ces mouvements particuliers des yeux se reprodutseol de la même manière (juand on presse sur l'oreille."

A l'examen : gonflement œdémateux très marqué dans la région supra el rétro-auriculaire. Une pression exercée sur ces points fait sourdre une grande quanlité de pus épais par le conduit auditif, mais il n'existe pas de douleurs. Au momenl même où l'on presse sur l'apophyse mastoide au niveau de la paroi supérieure du conduit auditif, et de môme en pressant sur le point qui correspond à la conque, on constate des mouvements oscillatoires très nets des deux yeux ; ils se font dans une direction horizontale, un peu en bas vers la gauche, c'est-à-dire du côté malade. Ces mouvements disparaissent dès que cesse la pression. Ils .sont plus légers quand ou fait une injection dans l'oreille avec la seringue de Lucœ. Avec ce nystagmus se produisent des vertiges qui disparaissent également quand on cesse la compression. Les pupilles ne présentent aucune inodilicalion. La tête n'esl pas tournée vers lé cùté malade. Si l'on exerce la pression sur les points correspondants de l'oreille qui est saine, on n'obtient aucun luouveniont. L'examen du conduit montre que celui-ci est fortement gonflé vers sa paroi postéro-supérieure.

Piir une pression ré|>^tée siw la réprion luasloïdienne, il s'iîcoule enrni'e du pus ea grande abondance, en mi''me lemps legonQeQienl delà paroi posléro-supéiieure du L'onduil diminue, lie telle sorte qu'on peut revoir, ooiame dans le premffer examen, les granulations qui en remplissent le fond. Apri-s les avoir de nouveau enlevées et cauléristfes, le gonflement et l'éroulement diminucreni de nouveau. En m^me temps disparurent les vertiges e[ au liout de cinq à six jours, on ne voyait plus de nystagnius ; celui-ci avait diminué parallèlement au gonflement et à l'écoulement. L'examen de l'acuité auditive montre que. le malade n'entend pas la montre, niai.s perçoit la parole chucholée. (

Le malade ne revient que le 14 décembre avec les mêmes symptômes, même nystapmus. Amélioration très notable en février : le malade s'était mieux soigné. Plus de troubles visuels : suppuration insigniflanle, la muqueuse de la caisse est un peu gonflée, la rougeur et l'épaississement du reste du tympan ont diminué, on peut reconnaître la courte apopliyse du marteau. L'acuité auditive est améliorée, la montre est entendue près de l'oreille, et la voix parlée à O^li». Avec la sonde on ne retrouve aucun point de carie.

Observation VI

Nyslagmua cfiDséciilK à une alteclion aurji^ulaire — Pflûgeh [DeuUche Zeituchrift fur praktisch^Medicin, 1878)

B...., âgée de Gj ans, est atteinte d'une otorrhée gauche à laquelle elle n'atlacliait pas grande importance parce qu'elle éprouvait peu de douleurs, l'écoulement se tarissait de temps en temps. L'acuité auditive de l'oreille droite, qui était saine, lui avait suffi pour la vie habituelle. Dans ces derniers lemps, vertiges violents avec lipothymies qui, pendant quelques jours, s'opposèrent à tout mouvement. Céphalalgie.

A l'examen : écoulement purulent léger, pourtour de l'oreille et de l'apophyse masto!de indolores à la pression, pas de rougeur ni de gonflement. Coniluil enflammé; à sa partie supérieure est appendu un polype dans le voisiJage du tympan qui le recouvre presque compli-tement, sauf sa partie inlérieure. Pas de douleurs à i'examen, mais en touchant le polype avec une

sonde, le verlige augmenle. Ce! état s'aggrava quand je saisis le polype avec l'anse de Wilde et au moment où je tirai l'anse, la malade tomba de sa chaise en avant et à gauche, autant que je me' le rappelle. En même temps apparut un nystagmus horizontal 1res rapide des deux yeux. Ces phénomènes se renouvelèrent plusieurs fois. L'introduction de la pince de Politzer avec ses branches en cuiller et le grattage avec celles-ci du pédicule du polype produisit les mt^nies pliénoniênes.

Il me tut impossible de dire si les pupilles présentèrent quelque signe particulier et s'il y eut des contractions des antres muscles oculaires, parce qu'il n'y avait pas d'autre ob.'iervaleur pendant que j'opérais, mais la tendance à tomber et le nystagmus horizontal se produisirent constamment chaque fois que je tirais sur les granulations avec l'anse ; j'ai pu très nettement constater ces deux sympiflmes.

Le tympan montra une perforation dans sa partie postérosupérieure et je pus voir que le polype provenait en partie de la caisse, peut-être au début provenait-il du toit. Avec l'ablation complète des polypes et la disparition de la suppuration disparurent tous les autres troubles subjectifs.

Observation VII

— BûRKNER lArchip fiir Okreiilieilkunde, (d. 17, p. Iffi)

Jeune fille de 20 ans, qui présente du nystagmus quand on introduit dans l'oreille le spéculum, quand on tait une injection dans le conduit auditif, ou quand elle écoute attentivement. Elle ignorait qu'elle avait du nystagmus.

L'examen des yeux et l'examen ophtalmoscopique ne révélèrent rien de particulier.

Observation VIll

Nystagmus passuger, bilatëral, consécutil à une otorrhée. — J. Kipp {de New-York). (Communication à la Société d'otologie américaine, tenue à New-London, f7 juillel 18tf8).

Jeune homme de 21 ans, qui a eu une otorrhée sept à huit ans auparavant. Trois mois avant d'être traité, il a eu un accès

aigu et a souffert de violentes douleurs dans l'oreille et dans la tête. L'écoulement a diminué. Depuis deux ou trois semaines il voit tous les objets en double, il a des vertiges et ne peut marcher. Le nystagmus est très marqué dans la position horizontale. Le vertige et le nystagmus durèrent quatre jours. Après la disparition de ce dernier, le vertige cessa.

Observation IX

Nystagmus passager, consécutif à une otorrhée. — J. Kïpp (de New- York) (Communication à la Société américaine, tenue à New-London, 17 juillet 1888).

Un jeune homme qui, il y a 6 ans, avait été traité avec succès pour une otite moyenne purulente, a une rechute et souffre de Toreille. Paracentèse du tympan, mais en dépit du traitement, Totorrhée et la douleur continuèrent. A la fin, un gonflement se forma sur l'apophyse mastoïde, accompagné de plusieurs accès épileptiformes. Un jour, en comprimant la tumeur, on fit sourdre du pus par le conduit auditif, en même temps il se produisit une douleur lancinante dans la tête et du nystagmus. Ce dernier persista pendant dix minutes et se reproduisit à chaque pression exercée sur l'apophyse mastoïde. On ouvrit la mastoïde, le pus fut évacué et depuis l'état du malade s'améliora.

Observation X

Nystagmus consécutif à une otorrhée. — J. Kipp, de New-York (Commumunication à la Société d'otologie américaine, tenue à New-London, 17 juillet 1888).

Jeune homme, a eu une otorrhée accompagnée de vives douleurs. Le traitement n'a pas réussi à améliorer son état et n'a été continué que pendant trois semaines. Un gonflement se produisit derrière l'oreille, une incision fut faite qui laissa s'écouler beaucoup de pus. Soulagement notable. Quelques jours après, une injection fut pratiquée avec force par la plaie et le liquide s'écoula par l'oreille. En même le malade éprouvait une vive douleur lancinante dans la tète et présenta un nystagmus qui dura quelques minutes. Les injections produisirent touîpurs le même phénomène quand elles étaient pratiquées avec force.

Observation XI

Nystagmus réRese d'origine auriculaire. — Ui {Wiener klmiscàc WochenschrifU 1896)

Il s'agit d'un homme qui avait des polypes dans la caisse et chez lequel un des polypes siégeait sur la parui interne de la caisse et s'étendait à l'entrée de l'oreille. (Chaque pression que l'on exerçait lapiilemenL sur le polype, par exemple le lavage de l'oreille, ameuail pendant quelques secondes un mouvement oscillatoire des deux yeux, et ainsi à chaque lavage. Si, par contre, on exerçail une laible mais constante pression sur l'extrémité du polype, il se produisait imraédialemenl après, une luxation lente des deux globes oculaires vers l'oreille droite du malade. Celle force de luxation dépendait de l'intensité de pression exercée sur la tète du polype, mais n'était pas toujours égale chaque jour. Arrivés au maximum de cette luxation, les deux globes oculaires s'arrêtaient un moment, puis revenaient brusquement par un mouvement rapide dans une position moyenne, pour recommencer de nouveau et presque aussitôt le raouvemenl qui s'était déjà fait vers la droite. Chacun de ces mouvements se reproduisait chaque fois que l'on pressait sur le polype.

Par conlre, dans une pression rapide, de choc, exercée sur le polype, il se produisait un nystagmus plus rapide, d'une durée de quelques .secondes.

Eu enlevant le polype, ces phénomènes rétrocédèrent, de telle sorte que ni une pression rapide, ni une pression cons- Uinte exercée à la base d'implantation des polypes sur la paroi labyrinthique, n'amenaient du nystagmus.

Le malade déclarait, en outre, ne plus éprouver de vertige.

Observation XII

Un garçon de 6 ans me fut amené pour une inllammation de la caisse. Il avait eu, dans sa quatrième année, au cours d'une otite moyenne purulente, un strabisme convergent dans

l'œil homonyme à rafleclion auriculaire, strabisme très net deux ans aprt's, quand j'ai vu l'entant pour la première fois.

Pendant le Irailement de l'enfant, je remarquai des modifiL-ations uotaliles dans l'intensité du strabisme, !t chaque aggravation de l'inflammation de Ih caisse le strabisme au)^mentait, pour diminuer avec l'amélioration de l'affection auriculaire; si bien que je pouvais déduire du degré fie luxation de l'œil une conrlusion concernant l'élal actuel de l'inflammation de l'oreille. Pendant les fortes douleurs auriculaires dont reniant souUrait particulièrement le soir, le strabisme augmentait iiolableraent et {liminnait de nouveau avec l'atténuation des douleurs.

Avec la guérison de l'oreille, le strabisme s'améliora. maÎM ne disparut pas complètement.

Observation Xill

Strabisme réflexe d'origine ntique.

Uhbantbcbitsch {Wiener klinùrhe Woefiemrhi-ill, 2 janyier 1890).

Une femme, au cour.« d'une otite moyenne aiguë purulente, fut atteinte d'un léger strabisme divergent de l'œil du mÉme côté. L'examen de l'oreille montra un polype inséré sur la paroi interne de la caisse ; au moment où j'enlevai ce polype avec l'anse fi-oide, le strabisme augmenta considérablement d'intensité.

Je vis la malade après qu'elle fut guérie complètement de 1 otite, quelques mois après, â plusieurs reprises, et je pus constater que l'augmentation du strabisme produit au moment de l'extirpation du polype, persistait toujours au même degré.

Observation XIV

Un iras d'amélioration de l'acuité visuelle par le traitement de l'aftcctlon auriculaire. — Kisselbacb fKUniselie MonalubUUter fiir Augenheilkunde. 1ti93).

K..., âgée de 62 ans, très myope de l'œil droit et amblyope (iritis guérie avec synéchies antérieures) ; œi) gauche atteint de glaucome, pour lequel on lil riridectomie.

Le 8 décembre 1832, la malade se plaint d'entendre difficilement, elle racontait qu'elle avait déjà antérieurement souUert de surdité, mais elle remarquait que cette fois-ci elle entendait plus mai qu'autrefois, A droite existait une perforation du tympan, à gaut'he un enfoncement moyen de la membi'ane. La montre n'était pas entendue à druile, à sai'che elle était perçue à une distance de 4 centimètres. Avec le Politzer, la trompe droite est normalement perméable, on entend un bruit de perforation. A travers la trompe gaucbe, quand la tête se lient droite, il ne pénètre pas d'air, mais si la tête est pencbée en avant, à droite et en bas, on entend un vif bruit de claquement. Par le catbétérisme, à gauclie, on entend quelques râles muqueux, en même temps il ^e fait une amélioration marquée de l'acuité visuelle de l'œil gauche. L'amélioration de l'acuité visuelle lut encore plus marquée les jours suivants.

Observation XV

Corps étranger de la caisse du tympan. Impartance de l'exaraeo ophtalmuscopiuue. — Zaufal (CommunicattoD à la SocUUt^ des médecins allemands de Prague, le £9 novembre 1R89 ; compte rendu de la séance dans la Prager rned. Wochenschrifl, a' 50, 1879. Mémoire in Àruiales des maladies de l'oreille, mars 1893),

Le 3 février 1888, on amena à ma clinique un enfant de 3 ans. U s'était introduit dans l'oreille un bouton de manchette en métal qui, à la suite de tentative.s d'extraction, était en partie enfoncé dans la membrane du tympan, mais il était encore engagé dans le sinus du conduit auditif externe. Je trouvai uu peu de sécrétion purulente, un bruit de perforation par le procédé de Politzer et l'acuité auditive notablement diminuée. On avait souvent fait des tentatives d'extraction avec ménagement, avec le serre-nœud, mais sans succès.

A l'entrée, le professeur Sattler constata que le fond de l'œil était parfaitement normal. Température normale.

Le 19, le professeur Sattler trouva une hypérémie vei neuse et une légère adhérence des bords des papilles. Le 22, l'hyperémie et l'adhérence des bords des papilles avaient pris lin. Tm. — 37''9.

Ce jour-là, je pus, après anesthésie, extraire facilement le

<:orps éti'angei' avec mon levier en forme de pelle, C'était un petit bouton de chemise en métal, formé d'une t^te arrondie, avec une tip;e d'environ un centimètre de lonj^. I^ ti^e avait péntHré dans la membrane du tympan, la léle était i'i la surface extérieure de la memljrane, dans le sinus du conduit auditif externe.

Le 24, il l'examen ophlalmoscopique, poinl île luméfailion du nerf optique, boi-ds des papilles nelleinent limités.

Le 26, des deux eùlés, état normal ; les veines piésenienl encore une courbe minime, comme à l'élal normal.

Observation XVI

Polype auriculaire compliqua do paralysie raciale, de mastoïdite et de

névrite optique. — Reid J. Mac Kay. {Trnn'aclioTU of the amerkan otoloQÏcal tofiettf. vol III, part. I. Analyse in Annalex des ■maiadies de l'oreille, 1882).

Chez un homme âgé de 22 ans, l'auteur extirpa un polype de l'oreille gauche au moyen du serre-nfpud. 11 cautérisa le point d'implantation avec une solution de nîlrale d'argent k 7 "/o- Il appliqua ensuite un traitement local consistant en injections de sulfate de zinc et d'acide pliénique, après nettoyage avec la seringue. Ce ti-aitement, exécuté plusieurs fois par semaine, produisil un notable soulagement.

Dans le but de détruire quelques restes de granulation, l'auteur employa île nouveau la solution à 7 "/". rosis cette (ois le contact du liquide corrosif causa de vives' douleurs, qui persistèrent pendant des semaines. En' même temps une paralysie faciale gauche survint. Le malade triait pAle el allaihli, tout le côté gauche de la tète était douloureux, l'apoiihyse mastoide était enllée el sensible. Une application de sangsues produisit une amélioration. Le lendemain, Tm. aH".5, pouls 69. Deux jours après, Tm. au-dessous de la normale, nombre de pulsations 65 k HG.

Le malade éprouvait une céphalalgie permanente, et avait des nausées et des vomissements très fréquents, qui l'empêchaient de retenir ses aliments ; la nuit, il élail pris d'un léger délire. Cet état persisia pendani une dizaine de jours.

Je pratiquai alors une injection de morphine, qui arrêta les

vomissements, fit disparaître la douleur et procura du sommeil ; dès le lendemain, le malade mangeait et se sentait mieux. Les injeriions morpLinées furent cDDtinuées pemlanl plusieurs semaines. La température (?lait toujours au-dessous de la normale. Le malade s'ëtaiil plaint d'uu trouble de la vue, l'examen ophlalniosi'opique révtila l'exisleme d'une inilammation bien faracti^risée du nerf optique gauilie et d'une congestion considérable de la papille du cfiié droit. De petites doses de calomel lurent adminisli'f^es toutes le.'* ^ heures jusqu'à l'apparition d'un léger ptyalisnie, et continuées pendant plusieurs semaines. Une amélioration très marquée se produisit bientùt dans l'état général du malade. La douleur de tête et les Iroubles visuels disparurent, et après un certain temps de convalescence, le malade, qui élaîl machiniste de son étal, put retourner à l'ouvrage. Toutefois il a gardé une légère otorrhée ainsi que sa * paralysie faciale. L'auteur se demande si, dans des cas de cette nature, la névrite optique est due à une méningite seule ou à une maladie concomitante du cerveau.

Observation XVII

Otorrhée cbronii|ue. Vortigi^s épileptilormes auriculaireg. Carie du rocher. Dilatation des veines rétiniennes. — Boucbut {Paris médical, 15 et ■^i juin 1889).

Le Ifi septembre 188(1, on m'amène un gardon de 7 ans, qui, depuis six ans, a des vertiges avec inclinaison de la léte à gauche, perte de connaissance pendant cinq ou dix minutes, dort, — un quart d'heure de sommeil, — et tout est dit.

L'oreille gauche couIi3 abondamment, il en sort presque toujours du pus. L'oreille droite coule de temps à auli-e, mais peu abondamment. II n'y a pas de surdité ni de troubles visuels.

Quelquefois après le vertige, il y a pendant plusieurs joui"s un peu d'affaiblissement passager de la jambe droite. Réflexe rotulien conservé.

A l'ophtalmoscope, on constate une exravalîon centrale du nerf optique et une énorme ditalation des veines rétiniennes.

Obsirtatiox XVIII

Otite; convulsions Parairsîe temporaire. NéTro-rétinite. — BoucHUT (Pari* m^icaL 15 et 22 juin O^

Garçon de 5 ans, avait de|iui> deux ans une otite avec otorrhée gauche et des convulsion^ violentes tous les deux ou trois mois. Ces convulsions furent une foi> suivies d'hémiplégie faciale. Comme lédion du fond de l'œil, ou trouve «in léger exsudât grisâtre de la |ia|iille gauche et un à droite. L'enfant n'a pas été revu.

0BSERTATI05 XIX

Vertiges auriculaires. Carie du rocher. Méningo-encéiihalite. Névrite optique. — Boccbct {Pari* médkal, 15 et tt jum 1889).

Enfant âgé de 14 mois, amené le t mars 188^) à la consultation, aux Enfants-Malades.

Cet enfant est malade depuis deux mois ; ik eut â cette époque des vomissements, de la constipation, un peu de soin nolence [>endant quinze jour^^. et fMiur lesquels on lit une application de vésicatoires derri<-re l'oreille gauche. L'enfant avait alors une otorrhée assez aUmdante.

Depuis un mois, hémiplégie faciale gauche incomplète, stra bisme convei^ent, et. à chaque instant, vertiges et ahsences de quelques secondes, caractérisées par une rhute de la t^*le en avant, laquelle se relève au'^silôl.

Vomissements fréquent*, diarrhée, il y a quelques jours ; selles régulières aujourd'hui. L'enfant continue à tèter et n'a pas dépéri.

A l'ophtalmoscope. on constate des (ï^tiix rùtés une névrorétinite avec exsudât gris-hleuâtre, le nerf est gonflé, aplati, et ses bords sont très diffus, cachés par l'exsudation : gonflement et dilatation considérable des veines.

L'enfant, ramené le 17 mars, était dans le même état. Je ne l'ai pas revu depuis celte éf><x|ue.

Observation XX

Vertiges auriculaires. Carie du rocher Pachym<^Dingite de la fosse lemporale moyenne. Névro-ri^linite. Hdniorrliagie de la réiine. — BoucHDT (PurU médical, V6 et 2.2 juin 1889}.

Enfant malade depuis deux mois soutirant de l'oreille gauche qui est le siège d'un écoulement purulent d'abord abondankt mais aujourd'hui peu considérable. Depuis Iroîa semaines, elle a des vertiges avec perle de connaissance et iucliaaison rnlaloire de la léle sur l'épaule gauche rorrespondanle à l'oreille malade. A ce moment, si elle est debout, elle tomberait si personne n'était là pour la retenir. Ce vertige et cette absence ne durent que quelques secondes et ils se produisent plusieurs fois par jour. En dehors de ces vertiges, elle marche bien ; l'enfant a constamment mal à la tête et surtout la tête lourde. Elle ne vomit pas, mange et digère bien. Elle n'a pas de lirvre et son pouls est régulier, 80 par minute.

Les yeux, examinés à rophtalmoscope,ulTrent des deux côtés un gonflement de la papille qui semble aplatie, rougeâtre au centre et dont les bords "sont rouverts par un exsudât grisâtre, radié et elle est toute voilée. Les veines sont larges, Hexueuses, interrompues et cachées çà et là par l'e-xsudatton, puis il y a en haut et en bas, sur le trajet de quelques petites veines, et dans leur intervalle, des hémorrhagies de la rétine plus ou moins larges, irrégulières dans leur forme, déchiquetées sur les hords et d'une couleur rouge foncé. L'enfant voit clair, elle peut faire des ourlets, lire, et elle distingue bien les couleurs. Après quelques jours de présence à l'hôpital nous constatons nous-mêmes le phénomène des vertiges avec rotation de la tête seulement ; cette rotation, au lieu d'éti-e à gauche, comme il est écrit plus haut, d'après les aflirmatioas de la malade, se fait à droite, et il en a été toujours ainsi depuis cette époque.

Traitement : injections d'eau phéniquée dans le conduit auditif et un gramme d'iodure de potassium par jour. Les hémorrliagies rétiniennes se résorbent par degré, mais il s'en fait d'autres nouvelles et l'exsudat grisâtre papillaire augmente d'épaisseur,

Peniiant deux mois, le tond des yeux change de semaiue en semiiiiie en mf'me temps que s'aggravent les autres symplAmes nerveux fonrtiimnels,

La marche devient dirSt-ile, gônée pat' île la liliihalion et de plus fréquents vertiges qui funi lumlter \a malade, ce qui oblige k la maintenir au lit. Elle conserve toute sa sensibilité, son intelligence et son appétit, sa visiqn sa Irouble un peu et lui semble moins distincte. Après trois mois de séjour, la lecture était encore possible. Au milieu de mai, l'enfant est plus mal ; il n'y a pas de douleurs d'oreilles, mais la marche esl presque impossible et il y a toujours plusieurs vertiges pnr joui'.

Le fond de l'œil est lout-ii-Iail changé, il n'y a plus d'hémori'hagies.

Tout le centre pupillaiie est couverl d'une exsudation grisâtre qui recouvre et cjiehe la pupille, les veines sont dans le même état et l'enfant ne peut plus lire.

On constate ta persistance de douleurs de tête, la Très frrande diiriculté de la marche, la lenteur de rintelligeoce et de la parole. *

Le 23 mai, survient une crise convulsive prolongée, très forte, avec perte de connaissances, vomissements, et après il reste une hébétude et une stupeur qui durent quelques jours. Pas de fièvre ni de ralentissement du pouls. L'intelligence reste aSaihIie ainsi que le mouvement et la sensibilité. Il y a de la parésie générale, et tout en pouvant remuer les jambes dans son lit, l'enfant ne peut se tenir debout.

23 juillet. — L'état est à peu près le même, sauf uue plus. grande faiblesse générale, mais sans paralysie.

Douleurs de tète, pas de vomissements, bon appétit; selles naturelles, parfois involontaires, ainsi ((ue l'émission des urines ; il y a tous les jours ou tous les deux ou trois joure des crises nerveuses caractérisées par une perte absolue de la connaissance, des convulsions dans les quatre membres, el résolution de la tête sur la poitrine. Ces crises durent quelquefois plusieurs heures et l'enfant reprend connaissance. A l'ophtalmoscope, on voit qu'il n'est pas revenu d'hémorrhagie rétinienne, et la iia]iille esl complètement cachée par un exsudât grisâtre radié, demi -transparent, qui en cache les contours. Les veines sont moins dilatées qu'autrefois.

Pas de fièvre, pouls régulier : 80.

20 août.. — Le mois qui vient (le s'écouler a vu augmenter la railj|p.s>je de l'enfant, sans qu'il se soil produil rl'aulres phénomènes que ceux qui unt déjà été indiqués.

Elle ne voit pluw rien et continue à entendre d'une oreille. Elle répond bien aux questions et ne souffre que de la tète.

Les mouvements de la tèle et des bras sont libres ; et il n'v a que reux des membre.'; inférieurs qui aient presque entièrement disparu, mais l'enfant peut encore lever les genoux.

Pas lie vomissements ni de diarrhée, digestions faciles, mais peu rt'appélit. De temps à autre, lou,s les deux ou trois jours, ou plusieurs jours de suite, il y a une syncope, prolongée pendant plusieurs iieures et sans convulsions, ce qui les distingue de <"eiles qui ont été obseiTées précédemment dans le mois de mai et de juillet, C'est dans une de ces syncopes que la mort a eu lieu le dimanche ^ août.

^A l'autopsie, le 24, je Irnuve le cerveau distendu, flurluant, sans traces de méningite à la hase ou sur le couvercle des hémisphères. Il est facile à enlever et il njy a pas de pachyméningite dans la fosse moyenne sur le roclier gauche, A cet endroit la dure-mère est normale.

Le cerveau détaché sans difficulté laisse échapper par le plancher du 3^ ventricule dans l'espace interpédonculaire une énorme quantité de sérosité claire et transparente comme de l'eau de roche. C'est le liquide d'une hydrocéphalie abondante occupant les ventricules latéraux extrêmement dilalés. En eflet, ils mesurent 18 centimètres de lonR et ne sont séparés de la pointe du lobe frontal et de la pointe du lohe -occipital que par une épaisseur de 2 centimètres de subslance nerveuse.

Les parois de ces ventricules sont saines, ainsi que la couche optique et le corps strié. Il n'y a que la voûte ii Irois pilicis qui soil ramollie, crémeuse, macérée par l'épanchement séreux. Il n'y a aucune tumeur dans les hémisphères. Les liédoncules cérébraux sont sains comme la protubérance ainsi que les tubercules quadrijumeaux et les bandelettes optiques qui sont larges et ramollies.

C'est en arrière de la protubérance, sur le plancher du 4« ventricule, sur les pédoncules cérébelleux et le lobe moyen du cervelet, que je trouve une lésion malérielte d'une importance considérable.

Il y a là en arrière de )a protubérance et de la moelle allongée, sur les fùlés du calamus scriijlorius, dans le noyau d'origine du nerf audilif et dans les pi^doucules du cervelet, une tumeur gmsse'mmuie une noix, eutouiée de substance c^'iébelleuse normale. Celte tumeur, un peu dure à sa base, sur les cOlés du calamus, oITre une base ri^sistanle et blanche.

I^ reste est pulpeux, ramolli, blanchâtre, rosé, comme de la matière enci'phaloTde peu vascularisée et renferme au centre un noyau de petits corpuscules blanchâtres, épars, de matiiVe résistante indéterminée, noyée dans la substance ramollie de la tumeur.

I'.ette tumeur a pour base les noyaux d'origine du nerf auditif gauche et s'est étendue à l'enlour dans le tissu du calamus et dans le cervelet. La branche apparente du nerf ailditif ne parait pas malade.

Dans l'oreille, le conduit audilif externe est le siège d'un suintement rougeiltre desséché. A l'inlérieur, la dure-mère parait saine, mais si tm l'enlève, le rm'ber est noirâtre, nécrosé, et mis de rùté pour l'étude ultérieure.

Les yeux sont également mis de côlé pour l'élude bistolugi(|ue, mais l'un d'eux ayant été ouvert et vu k la loupe, a présenté le î^rontlement de la paj)ille avec diffusion des ijords et exsudât blanchâtre névro-ré linien très prononcé.

Observation XXI

Otorrhée i- bruni que. Cari encéphalite. Mort. — &

L'auteur est appelé le 8 janvier par (iarrigou-UésarêDes auprès d'un enfant présentant des troubles cérébraux liés h une otorrhée cbroni(|ue.

Cet enfant, garçon de II) ans. avait un écoulement purulent datant de G mois, et le 1"'^ janvier, â la suite d'uu refroidissement très marqué, il eut de nouvelles douleurs d'oreille avec fortes souffrances de tête, renversement du rou sur le dos, parfois des vomissetnents, des selles quotidiennes* et le pouls normal. Il voyait confo.sément les objets, et à l'ophtalrooscope je constatai une névro-rélinJte double caractérisée par le gonflement et l'aplatissement de la (lapille, U diOusion des bords

sous un exi^udat grisâtre assez prononc('% p1 la diliilnlion poiisiciériilile des veines exli-rieures.

I.ea accidenis (luivrent quinze jours. Jamais la lèle ne |niL ae redresser, ii y avait dos crises quotiéïennes mulliples de douleur oet'ipilale, avec verliges et syncope, puis ia maladie prit le caractère de la méningite. A ce moment je proposai la trt^panation de l'apophyse mastolde pour évacuer le pus que je supposais exister dans le rocher, mais on reEusa. L'entant mourut au bout do trois semaines sans qu'on put en (aire l'autopsie, de sorte que dans ce fait il n'y a à retenir que l'exi-stence d'une névro -rétinite dans le cours d'une carie du rocher, se terminant par méningo-encéphalile.

Dans ce cas, l'ophlalmoscope indique trte positivement dès le d^bul de la maladie qu'il se préparait dans les méninges et le cerveau, une complicalion de la carie du rocher. Cette conjecture ne tarda pas à se réaliser, et quinze jours après, une méningite se déclai'a et entraîna la mort.

Otite moyenne suppurêe. Névro-rétinite. —

Zaufal [Société médicale de Prague, 1882).

Un jeune homme do 16 ans, très vigoureux, était atteint d'olite moyenne suppurée à gauche avec perloraliou de la membrane tympanique et aiiénite cervicale. On n'avait pu en venir ii bout par aucun mode de traitement, et depuis quelque temps, l'état général devenait mauvais ; il y avait de l'anorexie et de ia flèvie le soir. En descendant l'escalier, le malade avait éprouvé du vertige et l'irrigation do l'oreille commençait à produire de l'étourdissement. Rien à l'apophyse mastoïde, maïs la percussion produisait du vertige.

L'examen opfatalmoscoplque montre le fond de l'œil d'un rouge somlire ; la rougeur augmente vers la papille, dont elle recouvre une grande partie au côté interne. Artères normales, veines très dilatées et sinueuses. Papilles mal délimitées, d'un rouge sombre en dedans. Sur la papille droite, auprès du point de sortie des vaisseaux centraux,- hémorrhagie recouvrant toute la partie centrale. Diagnostic : liyperémie veineuse. On admet donc la propagation aux méninges et l'on pratique la

trépanation. Le lendemain, plus de vertige pendant la percussion et l'irrigation. Le malade se sent bien, pas de fièvre, appétit. Le quatrième jour, la partie interne de la papille est encore très rouge, pourtant les veines sont notablement plus étroites et le lond de l'œil beaucoup plus pâle. L'hémorrhagie est plus petite et ses bords indistincts. Le huitième jour, élévation brusque de la température à 41". L'examen ophtalraoscopique n'indiquant aucune modification, on écarte toute idée de lésion intra -crânienne nouvelle et on pense à une complication accidentelle. C'est en effet une fièvre septtque qui finit par disparaître et la gui^risou (ut complète.

Observation XXIII

Cette observation est d'une importance pratique extrême. Un malade, atteint d'otite moyenne suppurée, présentait, sans la moindre sensibilité, sans la moindre lésion appréciable du côté de l'apophyse mastoïde, une névrite optique double et des accidents cérébraux. Ces complications disparurent rapidement par la trépanation de l'apophyse.

Il est donc indiqué de pratiquer l'examen ophlalmoscopique de toutes les otites suppurées prolongées et accompagnées de troubles visuels, en raison de la possibilité de la névrite.

Observation XXIV

Marie B..., li ans. Diphtérie il y a Sans ; depuis, écoulement de l'oreille droite qui cessa au milieu de novembre 1887. A la fin de novembre, fièvre qui fut traitée comme une fièvre intermittente. Depuis quelques jours, raideur de la nuque, délire, fièvre élevée, vomissements.

i4 décembre, — Rentre à la clinique. Tm., le matin, 38''7, frissons, se plaint constamment de douleurs insupportables à la nuque et en arrière du crûne. Trépanation immédiate.

18 décpiiilire. — Examen de l'œi! : slauii^s|iapille ; le soir, fi-issons.

20 décembre. — l'as de Tiii. Appétit et éral géni'ral lions.

â janvier 1S88. — Slauagsptipille a disparu.

12 janvier. — La malade suri guérie de l'hôpital.

Observation XXV

Olile jiiuycDne puruli?nlo avec nevrile optiq (Inaug. Disteit. Halle, ISvS)

- Barnik

i*. St..., \'i ans. Double otorrhée dalaiiL de la premii-re enfance, de causo incunnue. Jamais de poussées aiguës. Depuis cinq jours, douleurs violenles, ayant apparu subitement dans l'oreille gauclie et qui rayonnent dans la moitié gauche de la tête. Pas de vertiges, pas de frissons.

27 juin 18i)l.— Entre à rh6|iilal. Pouls, 104. Tm. SS-i, le matin ; le soir 'il^i. Trépanation, d'où s'écoule du cholestéatome t'aséilié.

29 juin, — 38"6 le matin., changement de pansement, fétidité.

11 juillet, — Pendant trois jours, il y eut le soir un peu de fièvre.

13 juillet, — Le matin, Tm. 'AT'i, â l'ophlalmoscope on constate une névi'ite oplique double. Grande somnolence. Le soir, 37"7. Ralentissement du pouls.

16juillel. — Tendance aux vomissements apiès les repas. Pas de lièvre,

25 juillet. — Fort ralentissement du pouls que l'on constate chaque jour; en dehors d'une somnolence très mai'quée, il n'existe pas d'autre syniptûme cérébral.

26 juillet, — Grande somnolence, mais la connaissance est conservée. Céphalalgie dilluse. Hypereslhésie généralisée. l'as de phénomènes de paralysie, pas de fièvre. Pouls, 52.

27 juillet. — Le matin, 4009. Pas de convulsions. Mort.

A l'autopsie, gros abcès dans le lobe temporal gauche enlourê d'une membrane épaisse se détachant facilement. Aucun signe de méningite basîlaire ou de la convexité.

Observation XXV[

Olite moyenne, Complications cérébrales. Troubles oculaires. — Barnik {Inaug. Dwiert. Halle, 1892)

Kranz H. ... 10 ans, suppuralion chioûique {le l'oreille ilmi le, avec mastoïdite. A son entrée k l'Iiflpiliil, aspect phtisique, pas de phénomènes cérébraux. Pas de Iroulilcs de la sensibilité et de la molililé, pas d'inégalité pupillaire, réllexe lumineux conservé. Pas de vertiges dans la marche ou dans la slalion debout, les yeux fermés. Va pereu.ssion des os du crâne, dans le voisinage de l'oreille malade, est douloureuse. Le soir, SS^fi. A l'examen ophtalmoscopique, pas de .stase notable dans les vaisseaux de la papille, mais ses contours sont diffus, elle est sombre et nuageuse.

23 mai. — Le soir, i\ six heures, frisson d'une durée de dix minutes. Tm =40o7. Trépanation immédiate. Dure-mère mise à nu, un Ihrorabus est enlevé du sinus transverse.

29 mai. — Etat pénéral meilleur jusqu'à ce jour. Aujourd'hui, Irissons, 40". Pas de signes méningitiques.

3 juin- ~ Névrite optique très marquée des deux côtés, mais plus forte à gauche.

4 juin. — Le matin, SS^S. Œdème de la paupière supérieure droite. Ptosis. Le soir, 40°9. Le lendemain matin, :«i"7.

7 juin. — Pas de Irissous, l'œdème a disparu. Pas de signes de méningite-

10 juin. — Le matin, 39"7.

Les jours suivants, troubles de la parole, suppuration profuse par la plaie opératoire, température oscillant entre 38" et 40». Somnolence. Mort, le 16 juin.

A l'autopsie, phlébite des sinus très étendue et méningite purulente s'étendant jusqu'au bulbe.

Obsbrvation XXVU

Olite moyenne chronique suppuri^ compliquée d'irido-choroldite et d'abcès profond du cou. — 0. D. Pomeroy (de New-York) (Médical record, 22 septembre 1888).

Homme de 50 ans, déj;"i venu consulter pour une iritis avec fortes synécbies. Il avait eu uue otite quelques mois auparavant.

dont il avait été soigné, mais il avait souRert quelque temps d'une douleur dans le cou, qu'on avait attribuée à un rbumalisme musculaire. Une semaine après, il y avait du pus dans la chamhre antérieure ; on lit une paracentèse el on laissa l'ineislun ouverte. Mais une perforation se produisit qui nécessita l'énucléation.

Une semaine plus tard, l'abcès du cou, qui était lluctuant, fut ouvert. Aiitérieuronient une punction exploratrice n'avait pas donné issue au pus, cette fois une grande incision en évacua une assez grande quantité et l'on put remarquer que cet abcès communiquait avec le conduit auditif.

Après l'incision, la guérison fut complète et survint rapidement.

ÛBSERVAimN XXVIII

Abcès du cerveau par lésion suppurative de l'oreille; rémission prolongée des symptâmes — Th. Barr (Glasgow med. iourn. septembre 1887; analyse in annale; des maladies de l'oreille, 188S).

Observation dont l'intérêt réside dans l'évolution relativement leiile des phénomènes cérébraux el la rémission qui se produisit entre les accidents primitifs el ceux qui se terminèrent par la mort.

Femme de 22 ans avec otorrhée chronique bilatérale depuis 6 ans.

La première période de sa maladie dura 28 jours ; elle commença par de la céphalalgie frontale et de la tendance au sommeil ; puis il survint des vomissements répétés, la douleur do tête se localisa à droite et devint plus intense ; la malade tomba dans une sorte de stupeur. On observe à plusieurs reprises des bâillements répétés, la température esl de 37", le pouls lent au début (S'2-60} s'élève ensuite à 120, la constipation s'établit el enfin surviennent des paralysies oculaires (ptosis et strabisme interne de l'œil gauche).

La période de rémission débuta après l'application d'un large vésicatoire el dura 15 jours ; la malade paraissait complètement guérie, avait bon appétit, sortait, voyait ses amis, etc. Toutefois la paralysie du droit e.\terne gauche persista sans changement.

La troisième période dura douze jours el fui L'araclérisée

par de la ci^phal algie, des vomissements, une hémiplégie gauche, du délire, de la fièvre, et la mort arriva par asphyxie. L'autopsie montra des lésions suppuralives chroniques de l'oreille moyenne et un abcès volumineux dans le lobe Lemporosphénoldal.

Observation XXIX

Otite moyenne. Abcès cérébral. Kémianopsie. — Sahli, cité par KSbner (Die otit. Erkrankb des Hirns. der Hicnhàute und der

BlulleUer. ia94)

Il s'agit d'un homme do 46 ans, atteint d'otite grippale en janvier 1890. Les accidents cérébraux surviennent au mois de juillet : hémîparésie gauche avec hémiauopsie gauche homonyme.

Sachs pratique la trépanation, d'abord au niveau de la zone motrice, puis sur le lobe occipital. Celle-ci fait découvrir un abcès qui lut drainé seulement quatorze jours plus tard. Au niveau de chaque perle de substance crânienne, il se produisit une hernie cérébrale. Un mois après, le malade mourait de méningite.

Observation XXX.

Otorrhée chronique. Névrite optique. Hémianopsie homonyme. Trépanation de la mastolde et du cerveau. Hernie cérébrale. Guérlson. — A. Knapp (de New- York) {Arckiv of otology, n" ;^, 1894).

Enfant de 9 ans, souffrant d'une otorrhée gauche depuis plusieurs années. Depuis deux mois, écoulement purulent très abondant, céphalalgie continuelle, étourdissement , lièvre. A l'examen, perforation du tyiupan ; pas de gonflement ni de sensibilité de l'apophyse raastoîde. Oreille droite, normale. L'examen ophialmoscopique révéla une papille étranglée dans l'œil gauche, très peu dans l'œil droit. Dans chaque œil, bémianopsie homonyme droite.

Traitement ; application de glace sur la mastoide, lavages boriques permanents.

Le diagnostic d'abcès cérébral fut porté, à l'exclusion de méningite et de thrombose des sinus. L'héniianopsie homonyme indiquait la destruction des libres optiques entre le chiasma

et le centre visuel, le rimeus. L'intégrité des autres BCrfs crâniens montrait que l'abcès (5tait situé dans le cuneus ou dans son voisiuRg'e, r'est-à-dire dans le lobe occipital.

Quelques jours après, mômes signes oculaires. Mais gonflement, rougeur et douleur à la pression de la mastoide. L'ouverture de la maslolde est pratiquée jusqu'à l'antre, beaucoup de fongosités, en les suivant on arrive jusqu'au cerveau : une t.r(^panation cérébrale est laite et il s'écoule une assez grande quantité de pus.

Névrite optique très intense pendant tes jours suivants. Beaucoup de pus s'écoule par l'oreille malade. Le troisième jour, apparition d'une hernie du cerveau qui ari'ive à atteindre les dimensions d'un œuf de poule.

La névrite optique commença à diminuer dans le deuxième mois, elle disparut dans le courant du troisième. Mais l'hémianopsie persistait.

L'entant fut gardé à l'hôpital pendant trois mois. Il sortit guéri.

Observation XXXI

Abcès cérébral d'origine otique. — Hehmann Knopp (de New-YorkJ. {ZnlitkTift fâr Ohi-enheilkunde. XXVi Bd. 1 H(t S.20. Analyse in

Archives de tarsnjfofm/ie, janvier-février 1893).

Une fillette de 9 ans présente dans le cours d'une otite moyenne chronique gaucbe, fétide, provenant d'une scarlatine d'ancienne date, l'ensemble des symptômes suivants : céphalée, vertiges et élévation thermique oscillant entre 31°5 et SS"!, congestion papillaire bilatérale, prédominant à gauche, disparition de la moitié droite du champ visuel des deux côtés ; pas de grandes oscillations thermiques pouvant faire songer à une thrombose du sinus, pas de délire ni de coma, ni de vomissements, ni d'autres signes méningiliques. Le seul trouble psychique noté tut un léger allaibllsseraent de la mémoire.

Le diagnostic porté fut : abcès cérébral d'origine otique, siégeant vraisemblablement dans le lobe sphénuîdal gauche, au voisinage de la bandelette optique.

Le père de l'entant étant ensuite resté deux semaines sans donner des nouvelles de la petite malade, fut prévenu de la gravité du cas et consentit à l'opération proposée.

La région masloîdienne alors seiilenient se mnnlrail I(5gf?rcment gonllt^e, rouge et flouloureuso k la pression. L'examen otosropiqne révélait une large deslruclion lym panique, mais un stylet introduit vers l'aditut^ ne renmnlrait pas de séquestre.

Opération. — On commença par pratiquer l'opération de Stacke, modiliée par Sc-hwartze, Les cavités mastoïdiennes ne renfermaient pas de pus, tandis que l'on relira de l'attique UD mélange de pus fétide et caséeux, de fongosiléR et de débris osseux mortifiés. Le crAne fut ouvert ensuite k l'aide d'une couronne de trépan : la pie-mfTe et le cerveau étaient normaux. On pratiqua une ponction avec, la seringue de Pravaz, la pointe dirigée en bas vers le legmen tympani et ou obtint par aspiration la réplétion de la seringue par du pus blanfhàtre. Le long do l'aiguille laissée en place, on glissa alors un bistouri dans la sulistance cérébrale et l'on vit s'écouler au dehor-s une grande quantité de pus fluide et fétide. A la place de l'aiguille et du bistouri, un draiu en caoutchouc fut introduit.

Pendant les cinq k six jours qui suivirent, la température ne monta pas au-dessus de 39°, il n'y eut pas d'autres symptflmes cérébraux. Un écoulement de liquide céphalo-rachidien se montra pendant cinq à six jours, puis les signes du stase papillaire diminuèrent graduellement, mais il persista une hernie cérébrale pendant deux mois.

Au bout de six semaines, la stase papillaire disparut compUlement.

L'eniant fut congédié trois mois après l'opération, ne gardant de ses terribles accidents, qu'un peu de suinlement purulent fétide au fond du conduit auditif et une persistance de son hémianopwie.

OnsERVATmN XXXII

Hémianopsic dans ud abcès cérébral d'origine Qtic|ue — L&nndis et Jaboulay [Cotiimunicalion à la Sociiïlé Irançaise de lar.>iigo]D(,'ie, olologie, rbÎDOlugie, IHW) ,

J... peintre-plâtrier, ùgé de 29 ans, entre le 13 juin 1S93, salle Saiul-lrénée, à l'hâpital de la Croix-ftousse. l'as d'antécédents béréditaii'es. Rliumalisnie i'i viugi ans, alcoolisme ; pas de syphilis, [las d'aci'idurils salurnius.

Il est porteur d'une otorrhée gauche rebelle, et d'ailleurs rarement soignée, depuis l'âge de 4 ans. L'écoulement est intermittent et existe en ce moment. Début il y dix jours par des vertiges et int^ertitude de la marche ; il y a deux jours, nausées et dj'sphagie, en même temps que sa tôte devient lourde el qu'il se déclare une céphalalgie très intense, fixe, occupant la moitié gauche du crâne et de la lace. En même temps l'écoulement de l'oreille est devenu plus abondant. Pas de gonflement au niveau de l'apophyse raasloîde gauche, mais un peu d 'empalement du pourtour de l'oreille s'étendant jusqu'aux paupières qui sont rouges; il y a un peu de larmoiement de ce côté, mais pas d'inégalité pupillaire. La palpation est douloureuse autour des oreilles et à la nuque. La surdité paraît complète k gauche ; la montre n'est pas perçue au contact de l'oreille, mais elle est entendue sur la région temporale correspondante. Le malade répond mal aux questions qu'on lui adresse, il paraît obnubilé et présente de l'amnésie.

Le 14 juin, signes d'aphasie sensorielle très nets. Il n'y a pas de surdité verbale : le malade entend et comprend tout ce qu'on lui dit, mais il présente de la cécité verbale, très évidente, il voit les lettres et ne peut pas lire, il voit les objets qu'on lui montre et est incapable de les nommer. Il peut parfaitement répéter les mots qu'on prononce devant lui. Il ne peut écrire spontanément et est incapable d'écrire couramment.

Le lendemain malin, le malade se plaint toujours de la céphalalgie localisée i^ la moitié gauche du front et à la tempe. Il existe une paralysie droite très appréciable, sensibilité générale intacte. Température, 37"G. Les phénomènes aphasiques persistent. L'examen de la vision démonire qu'il existe, comme il fallait s'y attendre, une hémîanopsie latéi'ale droite avec conservation du réflexe de Wernicke, c'est-à-dire avec réaction pupillaire très nette, lorsqu'on éclaire la moitié obscure du champ visuel,

Le diagnostic d'abcès cérébral ayant été posé, cette constatation permettrait d'en préciser le siège. La lésion devait vraisemblablement occuper la partie postérieure de ta capsule interne el interrompre les radiations optiques dans leur trajel. L'absence de troubles nets dans la sensibilité cutanée indiquait un siège très reculé, très probablement au niveau du lobe occipital.

Trépanation immédiate de l'apophyse raastolde : issue abondantir dtf pus, ouverture du frAiie au niveau de la partie îiiii^i'ieure de l'oreille du temporal, l'onclioo du cerveau en dilli^rents ixiinls : pas de pua.

Les jours suivants, pas d'amélioration, au contraire vive excitation, constipation, disparition de l'hémiplégie, sauf la paralysie (acinle qui est aussi marquée. Même étal de la vision avet: pupilles égales réagissant Lien ii la lumière. Un peu d'auiélioiatioH commençait à se p''oduire, quand toul d'un coup, le 23 juin, élévation bru-sque de la température k ^9"^. On constate que la surface du cerveau mise à nu est spimcélée superficiellement et répand une odeur infecte ; on enlevé ces parties sphacélées. Amélioi'aliun les deux jours suivants, mais le Ji6 juin, nouvelle ascension thermique, nouvelles ponctions cérébrales, toujours pas de pus.

L'état général devieul de plus en plus mauvais. Le 4 juillet, la température s'élève à 40'\ On recherche encore une dernit're lois l'abcès diagnostiqué ; une ponction dirigée en haut et en arrière, en plein lobe occipital, ramène enfin un pus crémeux, épais, très félide. La plaie cérébrale est élargie et drainée. Mort le 15 juillet.

A l'aulopsie, collection purulente du volume d'une orange au centre du lobe occipital. L'examen du rocher permet de constater l'absence de la paroi postérieure du conduit et de la paroi externe de la caisse, qui ont été enlevées pendant l'opération. L'oreille interne a disparu et l'on trouve à sa place des cavités pleine de pus.

ÛBSEhVAnoN XXXIIl

Un cas de tbrombnse des sIdus avec symptAmes oculaires remarquables. — M&RMADUKR Sheilu {Architi of olotoyy. Vol. XXI, n" 3, résumée in Annales des maladies de l'orei lit).

Chez le malade, un homme de 33 ans, porteur depuis de longues années d'une otorrhée droite et qui présentait tous les signes d'une propagation à l'encéphale, le signe clinique qui frappait immédiatement était une énorme profusion des deux globes oculaires.

On eût dit <leux yeux repoussés au dehors par des

de l'orbite : tes paupières ^lait engorgées et la riroîle en état de ptosîs {paralysie faciale). Pas de strabisme. Névrite optique bien marquée. A la racine du ne?., une petite veine Ihrombosée se décelai! par la présence d'u» curdon dur et d'une petite traînée rouge. Uu peu plus tard, il y eut de la suppuration des veines frontales et un peu de pus s'échappa par le canthus interne. Le malade et son entourage avaient, dès te début, refusé toute opération.

L'intérêt de eetle observation est dans la propagation de l'inflammation au sinus ravemeux, ce qui est rare dans l'otorrbée, et la thrombose du sinus latéral.

Observation XXXIV

Névrite optique el maladie de Manière. - Tromas Pooley {^ew-Yorh med. jown»., 8 janvier 1887; analyse in Annalfsdea maladies de t'oreille, 1887)

Un forgeron de 43 ans, jusquo-lîi sans aucune lare personnelle ou héréditaire, et, notamment, exempt de syphilis, lut pris de vertiges avec troubles de l'équilibre el surdité, en même temps que de troubles de la vue. Bientôt les vertiges devinrent si inlenses que le malade ne put plus marcher.

L'examen ophtalmoscopique fut pratiqué el on trouva la forme de névrite spéciale au mal de Brigbt, avec tous les signes qui lui sont propres. A ce moment, la surdité était lolale. On porta le diagnostic de mal de Brigbt: cependant les urines examinées avec le plus grand soin ne présentaient aucune trace d'albuminurie ; l'analyse plusieurs fois renouvelée à différentes époques donna toujoui-s un résultat négatif.

Au bout d'un certain temps, les symptùmes auriculaires s'amendcrent, mais peu à peu survenait une tuméfaction sur la région latérale du thorax. Cette tuméfaclion devenait de plus en plus saillante, on finit par l'inciser au bistouri ; il s'écoula une grande quantité de sang altéré. Quelques heures après l'opération, le malade mourul.

A l'autopsie, on trouva les reins congestionnés, l'un d'eux était notablement augmenté de volume, la couche corticale paraissait malade, et les glomérules de Malpigbi engorgés. Le cerveau élai très ramolli, on n'y trouva ni foyer hémorrbagique, ni tumeur.

Dans les réflexions dont il fait suivre cette observation, le

D' Pooley pense qu'il s'agissait lîi d'un mal de Brighl, la iialiire de ralleriion rélinieiine ne fainant pour lui aiit-un doute.

Malheureusement, l'autopsie faite d'une (ayou très ineomplote et sur laquelle l'auleui' ne peut donner que des détails peu ptéeis, laisse un doule dans l'esprit sur l'interprélalion de cette intéressante observation.

OsSEnVATION XXXV

Audition colorée. — Nûsssaumeh (Wiener med. Wochenschrift. 1M73).

Niissbaumer possédait une oreille tellement Une, qu'il pouvait percevoir onze harmoni(]ues poui' ehaque note grave du piano, quoiqu'il manquât de connaissances musieales. Depuis son enfance, il donnait, ainsi que sou frère, des couleurs aux voyelles, aux sons, aux bruits.

Le sens de l'ouïe lui fait percevoir des couleurs nouvelles:

Souvent, je ne puis désigner les couleurs, dil-il, par ce que je n'en ai jamais vu objectivement de telles ; ce qui m'oblige à recourir aux comparaisons les plus baroques pour les décrire.

Par contre, certaines couleurs perçues par le sens de la vue ne se montrent jamais à l'audition des sons ; toutes ses tentatives pour s'imaginer un son rouge sont restées vaines ; c'est par hasard qu'il a entendu un jour un son verl, et il De l'a plus retrouvé.

Observation XXXVl.

Audition colorée. — Uleuleu et Leiimann (ZwangsraSasige LichlemplindungeD durcb shall, etc., Leipzig 1881).

Le sujet n'est autre que E. Bleuler lui-même, il avait 23 ans au moment de l'observation et était étudiant en médecine à l'Université de Zurich. Il colore les voyelles, le; les mots, les notes de la gamme, les mois.

Les langues lui apparaissent comme il su vert, l'anglais bleu clair, le franfais brun bleuâtre.

La coloration des bruits s'étend même à l'auscullatioa !

Les ligures géométriques éveillent îles seusatious de couleur (!), leur représentation graphique est colorée.

; diphtongue!^

l'allemand est

urabre, l'italien

Toutes ces sensations ne datent pas de la même époque, elles Koiil venues successivement l'une après l'autre.

Observation XXXVil

Audition colort^e. — Laubbt (de Montpellier). (Gatette hrbdomadaire des fcirnca médirait» de Hfontpellier, novembre IScS; analyse in Annales dfj maladie.» de l'oreille, 1880).

Il s'agit (l'un luinime de bO ans, ancien officier, qui (n-éseiile très marquée cette association intime des sensations de l'organe de l'ouïe et de la vue, l'audition d'un son déterminant instantanément chez lui la perception d'une couleur, et mi^me, le plus ordinairement, d'une image colorée, de forme et de dimension constantes pour le même son, mais variant avec chaque son particulier. Pour lui, les sons peuvent fitre représentés par une couleur.

L'impression lumineuse la plus vive est produite, pour cet individu, |mi' l'énoncé des voyelles, puis par les diphtongues qui se prononcent comme des voyelles [eu, au, ou} ; quant aux consonnes, elles ne donnent pas de sensation lumineuse propre, sinon pour l'm et l'n à la fin d'un mot, qui modilient la teinte de la voyelle précédente. En outre, dans la conversation courante, le timbre de la voix de la personne qui parle détermine clie/ M. A... une sensation de teinte uniforme, variable pour chaque timbre de voix, et sur laquelle se détachent les couleurs propres à chaque voyelle, lorsque M. A... lixe son attention sur les sons de ces voyelles en purticulier. Pour les sons musicaux, si l'on passe des notes basses aux notes élevées, la couleur vaiie du marron foncé au jaune paille et même au blanc.

On con^HUl, d'ailleurs, aisément, les modifications curieuses que peut apporter dans ces perceptions colorées le timbre des divers instruments, et par exemple l'association de la voix chantée et de l'accompagnement au piano; à plus lorte raison l'audition d'une partition exécutée à l'orchestre. Par un hasard surprenant, la femme de M. A éprouve des sensations lumineuses analogues, quoique moins marquées, déterminées par l'audition des dillérents .sons, et leur jeune enfant k soit par hérédité, soit par habitude d'entendre les appréciations de ses

parents sur la couleur des sons. » présente une ébauche du m^me phénomène. Mais la couleur [lerçue, par exemple pour

une voyelle donnée, n'est pas la même cheï M. A et chez

sa femme. Enlin, chez le mari, la sensation colorée est constamihent ej-l^rionur'p ; il rapporte l'image à une distance de un à deux mètres, quelle que soit la position dans laquelle il se trouve par rapport à la source sonore.

Observation XXXVIII

Aadilion colorée. — Padl Raïmond (Gazette des hôpitaur, î juiliel 1889).

M. X..., figé de 30 ans, est un homme de bon tempérament, d'une lorte constitution, qui n'a Jamais été malade. Il est arthritique et nerveux. Très impressionnable, s'emportant à la moindre contrariété, il a des alternatives d'excitation et de dépression. Intelligent et très travailleur, il a fait de véritables excès de travail. Je passe sur certaines particularités de son observation, intéressante surtout au point de vue névropathique, et je ne retiens que ce qui a trait à l'audition colorée. Aussi loin que remontent ses souvenirs, M. X... se rappelle avoir éprouvé le.s sensations de l'audition colorée. Ce sont principalement les voyelles qui lui font éprouver ces perceptions de couleur.

A lui parait noir, E gris, I jaune, blanc, U bleu. Les consonnes lui paraissent toutes, indifléremment d'un gris clair, mais pour elle la perception colorée est à peine marquée.

Les syllabes prennent la couleur de la voyelle qu'elles renferment : ainsi Ba lui donne la sensation de noir, Di la sensation de jaune, etc. Les diphtongues tirent leur couleur des deux voyelles accouplées ; ainsi EU, formé de E gris clair et de U bleu, apparaît d'un gris bleuté, El est perçu comme jaune clair, etc.

La coloration d'une lettre avec un accent difière de la coloration de cette même lettre sans accent. Ainsi, dans le mot médecine, ME est d'un gris plus blanc que DE.

Quant aux mots, ils sont perçus suivant la valeur des syllabes qui les composent. Dans le mot Hippocrate, par exemple, M. X,... perçoit successivement les sensations du jaune, du

blanc, du noir, du gris ; il voit défiler devant ses yeux une vf-ritable gamme de couleurs.

Chez lui, les bruits, les sons musitaux ne dt^lerminenl pas les perreplions cliromatiques ; la parole seule éveille l'audition coloriée. M. X..,. parle l'anglais, l'allemand, l'italien et l'espagnol; l'anglais lui parait gris, l'allemand noir, l'italien jaune, l'espagnol bleu ; mais dans chacune de ces langues, comme dans le français, chaque mot porte avec lui, selon les voyelles qui ta composent, sa coloration propre. La coloration de la langue étrangère esl, pour ainsi dire, une coloration collective, une sorte de résultants qui n'a aucune influenie sur tes colorations des mots pris séparément.

M. X.... n'est aucunement gêné par ces perceptions colorées. Il en fait pour ainsi dire, abstraction quand on lui parle : il faut, pour qu'il perçoive la sensation chromatique, qu'il fixe son attention sur ce point. Cette audition colorée persiste aveu les mêmes caractères, depuis le moment où M. X.... s'en est aperçu.

Observation XXXIX

Le malade avait une sensation tranchée de couleur pour cliaque lettre, voyelle ou consonne. De plus selon qu'il avait ou une image auditive ou une image graphique de la lettre, il voyait une couleur diBérente. I^es diphtongues lui paraissent aussi colorées. A l'audition d'une de ces syllabes, il \oit une bande de couleurs, dont l'étendue est loujouis la même, mais ta coloration diltérente avec tes diverses di|ihtongues, triphlongues, tétraphlongues de la langue roumaine Outre les phénomènes d'audition colorée, te sujet présente encore des particularités de même ordre très intéressantes.

Il a des sensations diverses de tact, de goût, de sens musculaire, lorsqu'il évoque les images graphiques des lettres. Ces sensations sont constantes pour chaque lettre. Ainsi par exemple, rO est noir pour la vue, donne la sensation d'une chaleur étouHante pour la température, la sensation de chute dans un précipice pour le sens musculaire, et la sensation de terreur

pour les sentiments affectifs, f! existe enûn chez lui une audition colorée pour les diiflres, et il peut alors, îi l'aide des combinaisons df ci>iileurs, faire dfs oinii'alious d'ariltimélique.

Observation XL

Audition colori'e. — Dslstanche, de ISruxelleg (Lellre adresKée aux Annales des maladies de l'oreille, 1891).

Gomme vous en avez exprimé le désir, j'ai réuni quelques observations que j'ai faites sur moi-même, à propos de l'audition colorée, phénomènes dont je ne sais cependant pas bien me rendre compte k inoi-mihne.

C'est la note fa qui a le plus d'action sur moi : elle évoque en moi la pensée de la couleur verte. Plus l'octave est élevée, le son aigu, plus cette teinte est claire ; dans les octaves plus graves, la sensation est moins vive, et l'accord le plus net, vert, est fa, la, do, fa.

Les autres notes me donnent aussi des sensations de couleur, mais elles soni beaucoup moins distinctes, à tel point que je n'oserais pas me iirononcer avec i.'erlitude à leur éyai'd.

Observation XLl

X..,., professeur de rliéIoi'i(|ue, éprouvait une sensation chromatique chaque fois que chez lui le sens de l'oule était mis en activité. L'état de santé du sujet est excellent : point d'antécédents morbides ihez lui ni dans sa famille ; point de névroses ; la constitution de l'œil est normale ; point de dyschromalopsie ; l'acuité visuelle égale le numéro 1 de l'échelle de Snellen ; l'examen ophialmoscopique ne révèle aucune anomalie dans le fond de l'œil. La bonne fui du sujet est hors de doute, comme semble le prouver l'extrait suivant de sa lettre h Pedrono ;

« Voici d'abord l'historique de ces impressions que depuis l'enfance j'ai ressenties sans m'en rendre compte. Toujours,

chaque fois qu'un son bien net a frappé mon oreille, surtout le son d'une vuix liuniciine, fi l'inslaul m^me, ayant toute réflexion, le son s'est traduit pour moi par une couleur. C'est ainsi que les voix s'offraient à moi rouges, jaunes, bleues, vertes, mais toujourt^ la même voix figurant la même couleur. Comme les voix sont extrêmement varities, bien qu'un certain nombre révf'le à peu près la môme nuance, leur ensemble correspond, pour moi du moins, h une palette portant une variété infinie de couleurs. De plus, en y réflécbissant aujourd'liui, je me rappelle que les voix ne se caractérisent bien par une couleur très netle que dans le cas où elles se font entendre dans leur pleine émission » dans un cbant ou dans une lecture faite en public. Mais alors l'impression est subite et momentanée ; avant de remarquer qu'une voix est agréable ou non k entendre, qu'elle est forte ou faible, je nie dis : Bon ! voix rouge, voix verte, etc., suivant sa nature. Celte associalion des sons et des couleurs s'est produite toute seule, si bien même que, d'après moi, tout le monde devait naturellement la sentir.

Je ne pensais pas plus de demander à mon voisin s'il l'éprouvait, qu'à lui demander si l'or lui paraissait jaune ; l'écarlale rouge, ainsi de suite, ou si le feu lui brûlait les mains. Cela jusqu'au jour ofi il arriva eu ma présence, k des amis s'amusant entre eux, de dire en parlant du premier objet venu : c'est beau comme un chien jaune. L'expression était tirée de je ne sais quelle historiette et on l'appliquait à tout. Quelqu'un vint donc k dire devant moi en parlant d un ami : avez-vous remarqué sa voix? Elle est belle! Belle comme un chien jaune ! — Pas du tout, répondis-je, elle n'est pas jaune, elle est rouge. Je fis l'observation, paratt-il, sur un ton sérieux. Tout le monde de rire. Une voix rouge 1 Une voix rouge 1 Ce fut un éclat joyeux qui me surprit plus que les autres. J'exposai les principes ; on se mil à chanter, chacun voulait savoir la couleur de sa voix. J'indiquai à chacun sa couleur. Je me rappelle Irts bien que par une coïncidence bizarre, la voix de l'un de nous présentait la teinte jaune. Belle comme un chien jaune! Oh! pour le coup ce fut un fou rire. On me recommanda d'analyser mes sensations. Je n'en Tis rien. Il me sembla suffisant d'avoir excité le rire. J'étais, à n'en plus douter, un original, un type nouveau, un spécimen unique na ce monde. »

OBsenTATioN XLII

Audition colorée. — M™ N. AsnsR (Gntcttt hebdomadaire de mèdennc tt lit ehintrçif, Ifi décanbra 1893).

Je devais: avoir 7 «u 8 ans lorsque j'ai commencé à remarquer et à faire remarquer aux autres les associai ionsi existant pour moi entre certaines rouleurs el certain'; sons ou certaines lettres. Dans nie*; livres d'enfant, tous les o et les i étaient peints, les premiers en rou^e. les seconds en bleu ; ces coloriages avaient pour but d'obliger mon entourage à voir les rouleurs aperçues directement |iar moi, soit en regardant la lettre imprimée, suit en entendant le son correspondant. Je n'ai jamais vu distinctement que trois lettres : l'o du rouge éclatant et lumineux d'un beau coquelicot, l't d'un bleu indigo ïerne, I'm noir.

Les autres voyelles et les consonnes n'avaient pas de couleurs spéciales. Dans un mot. elles empruntaient la teinte de la voyelle colorée la plus proche; les mots conlenanl à la fois et i m'apparaissaîenl violets; celte couleur que je ne pouvais souffrir, me rendait rerlains noms odieux ; mon prénom entr'autres, que je ne pouvais entendre sans ressentir le tnéme ftenre de souffrance que celui produit par l'ouïe d'un accord faux. J'avais une impression 1res désagréable en voyant du bleu ou un i, et <i l'âge de liuil ou neuf ans, je me refusais à écrire celle lettre dans les noms des personnes que j'aimai.*, l'ajoutant au contraire au nom des personnes antipattiiques. Lorsque je lisais, je voyais la couleur sur mon livre, très vive sur la voyelle et s'irradiant tout autour du mol ; lorsque j'entendais le mot, la teinte flottait devant mon regard, sans contours définis, semblable à un phosphène uniforme et fugace.

Les chiffres ne me semblaient pas colorés, à l'exception du 7 et du 8, le premier agréable el rouge comme l'o, le second désagréable et bleu.

Les couleurs s'associaient aussi à des sons musicaux et k des bruits ; les sons pleins, étoiîés de l'orgue, du violoncelle, de la voix dans le médium, étaient rouges, brillants, chauds ; les grinceoienls des sons aigus de la voix, de la clarinetle, du violon, étaient bleus ; la teinte dépendait toujours de la hauteur du son, non de la note, mais était très intense suivant l'instrument. La sensation

colorëe i^voqm^ par un orchestre dépendait également de la hauleur de l'ensemble des sons. Les impressions causées par la vue de lu couleur ou pai- l'audiLiua du son étaieul tie môme nalure ; une des Henfiallons tWeillait l'aulre : le grincement de l'arclif?) sur In cliHnterelle faisait apparaître une tache bleue devant mes yeux ; la vue de ce bleu détesté, me taisait entendre des sons aigus ou la lettre i. J'élendais ces associations h mea seulimenls alleclils : certaines peisonnes étaient auréolées de bleu ou rie rouge suivant ratilipatlde ou la sympathie qu'elles m'inspiraient.

Ces sensations ont été extrêmement intenses de !) à 14 ans. J'étais alors Irf's maladive, nerveuse à l'exccs. Ma santé s'est remise, j'ai prêté beaucoup moins d'atteulioa à ces phénomènes d'audition colorée, et lorsque je me suis observée de nouveau il y a quelques années, je me suis aperçue que les voyelles lues el entendues ne me donnaient [dus de sensation de couleur. ■

C'est chez moi un souvenir 1res nel : lorsque j'entends ceitaines lettres ou certains sons, je jiense parfois aux couleurs évoquées autrefois par eux et je puis quelquefois en faire apparaître une image* pâlie; mais )a vision spontanée ne se produit plus depuis longtemps.

Je n'ai connu personne dans ma lamllle ayaut l'audition colorée.

Observation intéressante, principalement par ce tait de la disparition lente mais complète du phénomcne primitivement trcs intense.

IjBSERVAim.N \L1I[

Troul)le[; oliques d'origine oculaire. — DE Cai'deville {ifarseille mémcal, 30 décembre 1884).

Mm« Pellenc, 56 ans, mais en paraissant davantage, en raison de son étal de sénilité précoce trahi par la flaccidité des tissus et l'aspect ectasique du réseau vasculaire superliciel ; pas de maladies antérieures pouvant être rapportées à une dlalhèse quelconque ; n'a jamais soulTcrt ni des yeux, ni des oreilles.

I^e '20 mars 1HH3, après quelques troubles fugaces dans la

.jk.

iHciiie lie plaiiconie

vision lie l'rpii (jaurhe, esl prise il'iir aijru. nvei- Unis ses sîfînes rla^^iques.

Refuse ahsolunienl loute inlervenliun rlnriii-<;ii'iilo el n'accepte que les insiillations d'un collyre à l'éserine. Apivs ilps poussées allernalives fie tension exaft^rée el de «iouleui-s ciliaires violentes, suivies île di^tente et li'amL'Iioralion visuelle ; après nne dernière crise survenue deux mois plus lard, lonte perception visuelle disparall de cel œil ^auclie ; il reste le siège d'un étal irritatif du plexus ciliaire. se traduisant par une vive sensibilité au loucher, des douleurs spontanées survenant de temps fi autre et persistant rinq ou six jorfrs, l'effacement de la chambre antérieure, la diVoloiation de l'iris et tous les signes d'un Irouble nutritif piofond de l'organe, devant amener plus ou moins prochainement son atrophie.

C'est pendani le cours de celle dernière période que l'oreille gauche esl elle-même atteinte de troubles fonctionnels, dont le tableau reproduit assez exactement celui des deux malades suivants: sensation d'un bruil continu, suliissani des variations de timbre et d'inlennité et passant alternativement d'un rythme précipité à un rythme plus lent, sans rapport marqué avec les

■ conditions variables de la circulation ; impression pénible dans région auriculaire de vibration au fond du conduit, non mo-

■ diltée par les divers monuments imprimés avec le doigt aux parois de ce canal, et par les tentatives réitérées d'expiration forcée ou de déglutition; impulsion vertigineuse, surtout le matin au lever, avec tendance à tomber en avant et sur la gauche; diminution très marquée de l'ouïe de ce cftté,où la parole même à voix élevée esl difficilement perçue : l'épreuve de la montre donne un résultat négatif au contact du pavillon et sur les parois crâniennes, k droite comme à gauche, ce qui ne doit pas étonner, les personnes âgées ou en état de sénilité précoce perdant la faculté de sentir les battemenls d'une montre ordinaire. L'examen du conduit, rendu dilTlcile par rallaissement et l'élat de desquamation sèche de ses parois permet néanmoins de voir la membrane du tympan d'une coloration grisâtre, qu'on ne saurait mieux comparer qu'à celle d'un vieux parchemin

t desséché, d'aspect ridé, sans triangle lumineux, sans translu- I cidité, un tympan, en un mot, infiltré d'éléments de régression sénile, analogues à ceux que l'on renconire dans le gérontoxon de la cornée : il tant dire que l'examen de l'autre

côté fournit. absolumenL les marnes résultats. Pas de vascularisalioQ anormale dans les diverses parties de la région. Rien du c^ité de la gorge et de l'arri ère-cavité des fosses nasales, autant qu'on peut en juger du moins cbez une personne dnnt le peu d'intelligence et le peu de bonne volonté ue facilitent pas l'examen ; ce dont on peut plus lacileraenl s'assurer, c'est que l'estomac fonctionne bien et qu'il s'est toujours comporté d'une (acon parfaite.

Cet état persiste pendant trois mois, sans qu'il soit possible de le modifier par un des nombreux agents rationnels ou empiriques qui sont successivement mis en usage, sans qu'il soit surtout possible de taire accepter l'énucléalion de l'œil gaucbe, seule intervention qui me paraisse propre à mettre un terme aux douleurs orbitaires de moins en moins vives, il est vrai, et sux troubles auriculaires toujours aussi prononcés. Par bonheur pour la patiente, l'œil droit reste indemne de toute iiUeintc ; il en est de même de l'oreille droite, dont la fonction à aucun moment n'a été altérée d'une façon appréciable. Ayant perdu de vue M"" P..., à celte époque, je ne saurais dire ce qui lui est advenu plus tard, et je le regrette, car il eùl élé intéressant de suivre l'évolution des accidents oculaires et auriculaires complètement livrés à eux-mêmes.

OfiSEnVATION XLIV

Troubles otiques d'origioe oculaire. — de

(J/arMiiCe médical, 30 décembre 1894).

Norris, 48 ans, forgeron. Projeclion d'un éclat de fer sur l'œil gauche : plaie pénétrante de la cornée empiétant sur la sclérotique au niveau du segment externe de l'œil, déchirure de l'iris, hémorrhagie abondante dans la chambre antérieure.

Le corps étranger, légèrement saillant dans l'angle externe de la plaie, est retiré quelques heures après à l'aide de la pince flxalrice ; il se présente sous la forme d'un fragment de fer Iriangulaire, long de quatre millimètres, à bords irréguliers et dentelés ; issue immédiate d'humeur aqueuse et de sérosité sanguinolente, adhérence des bords de la déchirure de l'iris aux lèvres de la plaie. Le lendemain le sang est en grande partie résorbé et on peut voir, à travers la pupille, qui s'est

laissée dilater jiar l'atropine, une opHcitt' laiteuse déjà étendue des couches crista Miennes su|ierlÎL'ielles ; le traumalisme a porté sur le cristallin et certainement aussi sur le norps ciliaire, comme l'indique la position luut k lait périphérique de la plaie; ruugeurs et sensibilité modérées liu lobe, absence de toute vision, mais perception de la lumifre.

Les jours suivants l'imbibitiun du crislallin s'accuse de plus en plus, les masses les plus superficielles viennent faire hernie dans la chambre antérieure, h li-avers la pupille maintenue dilatée : en nii^nie temps des douleurs périorbilaires éclatent et trahissent, avec une i-ouj^eur périkéralique intense et un œdème sousconjonclival localisé dans le segment externe du globe, un commencement d'irido-choroldite. Celle-ci est dans son complet développement le vingtième jour après l'accident; des exsudais se mêlent aux libres cristalliniennes dans l'ouverture pupillaire et la chambre antérieure, l'iris ne réagit plus à l'atropine, le chémosis a gagné presque tout le pourtour de la cornée et il est impossible de conserver quelques illusions sur l'issue funeste de cet accident.

Dès ce moment aussi commencent à se manifester ceriaina troubles du côté de l'oreille gauche, troubles auxquels le patient, tourmenté par les douleurs ciliaires, ne prête d'abord qu'une médiocre altentiun ; mais leur persistance, même pendant les périodes de câlme dans les souffrances de l'œil, l'engage à me signaler la surdité relative dont il est atteint depuis quelques jours et surtout le huurdunnement incessant et très pénible qu'il ressent de ce côté ; « il me semble, dit-il, que î'ai constamment une abeille en mouvement dans le fond de l'oreille. » A part une légère injection le long du manche du marteau, l'examen ne révèle rien d'anormal dans le conduit et au niveau du tympan qui joue librement lorsque l'air est refoulé dans la caisse ; les parties extérieures de l'oreille, le pavillon, ne présentent aucune différence de coloration avec celles du côté droit aux divers moments où l'examen est pratiqué ; le tic-tac de la montre, à gauche, n'est perçu qu'à dix centimètres, tandis qu'à droite il l'est à Irenle, dislance faible assurément, mais il ne faut pas oublier que chez les forgerons et en général chez les ouvriers qui travaillent au milieu des bruits intenses, la linesse de l'ouïe diminue rapidement. N.... signale aussi, en dé*pit de la surdité relative de cette oreille,

uni! iin[)ressionniibilil)5 (lésa!,'ri'rHlile |iiiiii' tous les sons aigus, une vérilable hytnirostliésie audilive qui l'oblige à buucher l'en- Iriie du cuuduit avec un forr, tampon de coton.

Me rappelant le (ait précédent, j'engage N... à avoir patience el à attendre la guérisun des phénomènes inflammatoires dont son œil gauche est le siège, convaincu qu'ils enlienl puur la plus grande pari dans l'étiulogie des accidenls auriculaires et que leur sédatiun pourra amener en même temps la disparition de ces derniers ; je l'engage aussi à bien surveiller la fonction de l'iBil droit et à me prévenir à la moindre apparition d'un li-ouble quelconque dans la vision de cet œil, sachant comment les trauniatismes de cette nature exposent à l'ophtalmie sympathique et trouvant d'ailleurs dans cette réaction si marquée de l'oreille un motif de plus pour la craindre. L'événement ne devait pas tarder à donner raison à ces craintes ; un mois et demi s'était à peine écoulé depuis l'accidenl, que N... se plaint de voir, par intervalles, moins nettenienl de l'œil droit qu'il l'avait fait jusqu'alors ; un brouillard plus ou moins épais, selon les moments, occupe toute l'étendue du champ visuel ; il y a en môme temps de la photophobie, du larmoiement et, sans qu'on puisse noter de rougeur permanente du globe oculaire, il est facile de voir que cette injection tend à se produire sous l'influence de la moindre excitation. Convaincu que j'étais en présence des véritables prodromes d'une choroïdite sympathique, je n'hésitai pas h proposer t'énucléation de l'œil gauche, faisant valoir, pour rendre le sacrifice de cet œil moins pénible, la persistance des douleurs périorbitaires, la perte absolue de toute sensation lumineuse, la triste certitude qu'aucune opération, ne pourra jamais lui rendre un degré quelconque de vision, enfin la perspective de voir en même temps disparaître la souHrance toujours continue et fort pénible procurée par le bourdonnement de l'oreille gauche.

L'ablation de l'œil est pratiquée le 23 août 1881. Dès le lendemain, disparition complète de tous les phénomènes subjectifs dont l'oreille et l'œil gauches étaient le siège. Pour l'oreille, le fait est d'autant plus remarquable que pendant plus d'un mois le bruit s'y est maintenu constant, tenace, sans variations bien marquées, analogues à celles qui se produisaient dans les crises de la névralgie ciliaire, ^ns accalmies autres que celles que pouvait procurer le sommeil, lorsque le patient

était assez heureus pour l'ulilfi plus qu'une siiii|ilv cuinciJeut-ii i nlion quî l'avait préfikltye iIb jours après, retom- de l'ouïe !\

il y ;ivail iiTlainciiifUl U'i II- relie ilis|iiirili(iii l'I I'ojh' Mqui^s lieiires. Cini[ ou six son degvd nurnia), iiinsi qu*

l'indique ré]ireuve lie la mniitre renuuvelée à tlivui-ses reprisos avant el a|)ri>s IVnucléatioa, et qui donne inie dislaurt- t^alu pour les deux (-«ilés; l'exarueu du rondiiit el du tympan n'y dénote aucune diltérenre sensil)le avor IVtnl antérieur.

Observation XLV

M"* G..., 67 ans, priïseule ii l'œil dniil une cataracte len ticulaire arrivée depuiïî quelques mois h son ëtal de i^oniplcte maturilt: ; l'œil gauche, l'galemenL atteint, permet de diKlin^UDr encore vaguement les objets. Santé générale pailaile.

Opérée le 5 avril 1879 ; kératotomie inférieure par l'incision de de Grœfe modifiée, iridectomie ; issue un peu liiborieuse d'un cristallin très dur, vuluuiiueux, mui-s ne laissant derricita lui auiïun débris de couches corticales ; enclavement dans les angles de la plaie du tissu de l'iris, qui résiste aux teiilalivos de réduction. Suites régulières tes jours suivants, bonne cicatrisation de 1h plaie, sauf à ses deux extrémités, nù se développe une petite .saillie cystolde ; papille parabolique, mais bien noire ; vision très nette avec les verres apprupriés,

Quatre mois api'ès, en iiuùt, sans cause accidentelle appréciable , apparaissent quelques signes d'in-ilHtiun ciliaire, ho traduisant pai' une certaine inipressionnabilité h la lumière, et la nécessité de se munir de verres bleutés; puis, successivement, el dans l'espace de f|uelqucs semaines, I roubles fugaces de la vision, phutuphobie croissaute, injection périkératique devenant de jour en jour plus accusée, sensibilité de l'œil au toucher, surtout dans la région inférieure, au voisinage de la cicatrice, qui devient le siège d'une vascularisation plus intime et de traînées grisâtres : enfin, irruption d'une véritable irido-cyclile aiguë, avec Ions ses signes fonctionnels el anatomiques : douleurs pcHorbitaires violenles, perle presque complète de la vision, réduiU' l'i la seule perception de la

lumière, réduction de l'orifice pupillaire fortement attiré en bas, trouble diflus des humeurs intraoculaires, dureté du ^lobe fi la pression, etc.

Quelques jours avant l'apparition rfes phénomènes aigus du côté de l'œil, M"' G..., qui jusqu'alors avait joui d'une ouïe parfaite et n'avait jamais élé incommodée par des bruits subjectifs, accuse dans l'oreille droite un bourdonnement léger, mais fatigant par sa persistance ; eu mi^me temps l'ouïe, de ce cAlé, lui parait moins bonne qu'à l'ordinaire. Sur sa plainte réitérée à re sujet, et en raison de l'incommodité qu'elle en éprouve, je pratique l'examen otoscopique, qui ne révèle aucune modification sensible dans l'aspect du conduit et du tympan; la trompe d'Eustai-be est libre et l'expérience de Valsalva permet l'accès fiicile de l'air dans la caisse; le battement de la montre n'est entendu qu'à 23 centimètres, tandis qu'à gauche il l'est à plus il'un mètre.

Un traitement révulsif et dérivatif approprié est appliqué pour combattre les phénomènes oculaires, dont la progression insidieuse ne laisse pas que d'être menaçante, et avec l'espérance de mettre en môme temps un terme aux manifestations dont l'oreille est le siège. On a vu qu'il n'avait pas empêché l'état inflammatoire de l'œil de prendre le caractère aigu ; dès ce moment, les accidents auriculaires subissent eux-mêmes une recrudescence et accusent une forme nouvelle. Au bourdonnement continu devenu plus intense et tel que la patiente, subissant l'illusion d'un insecte bourdonnant dans le voisinage de son oreille, fait instinctivement des tentatives pour l'éloigner ou le fuir; à la disparition complète de toute perception du battement de la montre au contact du pavillon et des parois crâniennes, viennent s'ajouter une tendance vertigineuse très marquée lorsqu'elle soulève la tête au-dessus de l'oreiller et quelques nausées. Nouvelle inspection du conduit et du tympan et même résultat négatif.

Mi»« G. refuse toute autre intervention thérapeutique que celle déjà mise en usage: apposition de mouches à la tempe et derrière l'oreille, administration de purgatifs énergiques. Sous leur action, une certaine sédation paraît se produire ; les douleurs ciliaires s'atténuent, le trouble des milieux intraoculaires s'éclaircit quelque peu et la perception visuelle se rétablit dans des proportions malheureusement bien réduites ;

simultanément le bourdonnement et le vertige s'apaisent, sans disparaître lout-^-fait cependant. Mais cette accalmie n'est pas de longue durée ; quinze jours à peine s'étaient écoulés, qu'une nouvelle poussée de cyclîle se manifeste et avec elle tout le cortège des troubles de l'oule.

A ce tableau ne tardent pas fi se joindre des symptômes inquiétants du côté de l'œil gauche; cet feil, dont la cataracte s'était complétée, avait conservé jusqu'alors son aspect normal, une mobilité parfaite de la pupille qui réagissait sous l'influence des moindres variations de la lumière et une localisation très nette de la bougie promenée dans le cbamp visuel. A son tour il commence à trahir un peu moins de sensibilité à la lumière et la pupille devient paresseuse : sans qu'il soit le sitge de douleurs véritables, ni de tension exagérée, quelques arborisations vasculaires sous-conjonctivaies indiquent un état pathologique, encore lutenl, mais donnant tout lieu de craindre l'apparition plus ou moins prochaine d'une [loussée d'ophtalmie sympathique. Deux ou trois semaines se passent ainsi, pendant lesquelles des alternatives de mieux et de pire se succèdent sans autre résultai que de voir confirmer la perte totale et irrémédiable de toute vision dans l'œil droit dont la tension commence fi baisser, et de s'assurer que le champ visuel de l'œil gauche tend k se rétrécir de plus en plus, en même temps que diminue son impressiunnabillté à la lumière. L'oreille droite est restée le siège de ses bourdonnements qui par leur continuité sont peut-être plus pénibles que les douleurs ciliaires intermittentes ; l'ouie de ce ciMé est toujours à peu près nulle.

La patiente, comprenant les dangers que court sou œil gauche, seule ressource, qui lui reste pour récupérer la vision, se décide enfin à accepter l'énucléalion de l'œil droit, énucléalion qui, à plusieurs reprises déjà, lui avait été présentée comme ufgeule. Elle est pr-aliquée le 10 septembre, sepi mois après l'opération de la cataracte, deux mois et demi après l'apparition des troubles auriculaires. Dans la journée même, cessation des douleurs péri-orbîtaires et disparition complète du bourdonnement; sensation de bien-être, accompagné pendant la nuit d'un sommeil calme et réparateur ; le lendemain et jours suivants la tête continue à être libre, elle peut se nîoovoii' dans tous les sens sans être entraînée par le vertige ; seule

l'ouïe (lu (iM( (lioil lesle aussi dlTaibtie qu'avanl l'opération. Mai'ï le qu il \ h iIp plus fAtlmux c'est que l'état de l'œil gauche ne s auiéliom jias Tout en n'oflranl pas plus que par le pass<^ de siftne û inilrimmdlion tranche el de douleurs véritables il laisse Uf ilemeni \uij que la perception lumineuse, loin (le ^agnei, baisse ite plus en plus, que la pupille demeure inerte el l'iris dans un élat de flaccidité trahissant un trouble profond de sa nutriliun ; du reste, le globe lui-même ne larde pas à perdre une bonne partie de sa tension, à subir un véritable ramollissement, indice d'une atrophie commençante. Daus ces conditions, toute idée d'une intervention opératoire quelconque est abandonnée et force est de laisser à celte personne la seule cunsulalion d'avoir été débarrassée de ses douleurs ciliaires et des bruits auriculaires qui, pendant deux mois, l'civaient mise à la torture.

lésion (ia l'oreille d'origine oculairi^. — Bouchut (Paria médical, lôet 2â juin 1380).

Un jeune homme, jadis officier dans l'armée de GartbalOi, reçut une balle morte sur la paupière droite, ce qui amena une contusion de l'œil, suivie d'hémorrhagies de la rétine constatées par M. Qualino. Cet œil n'a jamais recouvré ses fonctions et le sujet voit confusément les objets. Depuis lors, l'oreille correspondante s'est afiaiblie el il s'est produit une surdité presque complète que j'ai pu constater.

Ce malade m'a raconté que deux de ses camarades blessés d'une far;on anabigue, l'un ayant une balle qui a traversé la racine du nez en amenant la perte de l'œil droit, et l'autre une balle dans la bouche ayant détruit l'œil gauche, sont l'un et l'autre sourds de l'oreille correspondaiil ii la blessure de l'œil.

Observation LX.V11

Dhansaht (Annales d'ociilislique. 1880).

Broux, Gaspard, 38 ans, chaudronnier en fer à Brebières, se présente à la consultation de Douai, pour une paillette de

ter incrustéR dans lii i(iiin>e ik- l'n-i! droit, le II juin 1880. La paillette est extraite imméiltaleiiienl. Cet œil esl presque perdu depuis cette «époque ki le malade en voit à peine pour se coaduire. Il y a dans le cliamp pnpillaîre des opacités lilaticliâtres qui It^muignenL d'une ratai'iicte Iraumatique résorbée : l'iris y adhère en pluiiieurK puinis. A la ««uite du coup reçu sur l'œil droit, le patient a perdu iniinédiatemenl l'ouïe du même cùlé.

16 juillet. — Le malade revient à la clinique ; il nous anuonce qu'il devient sourd de l'oreille K^uclie et que la vision de l'œil eorres pondant diminue nmsid (braillement 0. G. S = 1/lS, Le sujet boit de l'alroul el présente uu léger tremblement alcoolique.

20 juillet. — J'ai tait une irideclomie h l'œil droit. L'opération a considérablement augmenté la vision ite cet œil, mais ii'a pas agi sur le sens de l'ouïe, jusqu'il ce jour du moins.

15 septembre. — Le sujet entend beaucoup mieux qu'auparavant.

Ubsehvation XIA'lll

Dransart {.iniiales U'oculinlitiup, 1880).

X..., garçon de 9 ans, (lêre mineur, kératite diffuse de l'œil droit, dents crénelées, parents syphilitiques. 11 y a un an, l'œil gaucbe a été atteint de la même atlection, cet œil a une cornée jiuageuse et n'est plus le siège d'aucun trouble inllammaloire. L'enfant se plaint de surdité de l'oreille droite. La surdité a coïncidé avec le début de l'allectiou oculaire du cflté droit. Quand il a eu mal k l'œil gaui^he, l'oreille droite est restée iatacle. Il raconte, en outre, que durant l'hiver, il a reçu une boule de neige sur l'œil droit, et que c'est â la suite de ce traumatisme qu'il esl devenu sourd el que l'œil s'est enflammé. Le conduit auditif externe esl libre, il n'y a pas de bouchon. La niembiane du tympan paraît intacte. Le tic-tac d'une montre n'est per^u que si l'ou pose l'instrument contre l'oreille ou contre un des os du crâne ou de la face. L'udiliou de l'oreille droile a toujours été excellente.

Observation XLIX

Dranbart {Annales d'oculiitiqut, 1880).

Dubois, d'Une, {l'Ewais, àf^ée de IS ans, Enirée le 4 mai 18«0, est sourde et aveugle. Trares multiples de scrofule. L'œil droit s'est perdu dans la première enfance, hernie de l'iris, taies de la cornée, stapiiylome antérieur. L'œil gauche est perdu depuis l'apparition des règles (par iritis). Trouble diffus de la cornée ; la sclérotique est bombée et bleuâtre, la pupille est en synéchie totale.

Je pratique une double iridectomie, à gauclie et à droite. L'iris à gauche est très atrophié. Quinze jours plus tard, je revois la malade. Cette dernière voit clair et se conduit facilement, de plus, elle entend beaucoup plus distinctement. Aujourd'hui, la jeune fllle peul travailler un peu et l'amélioration de l'ouïe .s'est maintenue.

Observation L

DaANSART (Annulei d'oculùtique, 1680)

M"* X..., âgée de 8 ans, demeurant à Amiens. Kératite diffuse et synéchies postérieures à l'œil droit, antérieures à l'œil gauche. Etal général défectueux, a eu des tumeurs blanches au\ deux genoux. La jeune lille est sourde depuis deux ans de l'oreille gauche.

Acuité visuelle i œil gauche 1/8.

Id. œil droit l/oO.

Le conduit auditif exlerne et la membrane du tympan ne présentent rien d'anormal. Le 20 mai, chacun des deux yeux subit l'irideclomie. Le 10 juin, S — 1/5 aux deux yeux; 13 jour.s plus lard, la mère me fail voir son enfant et m'assure que la petite lilie entend mieux qu'auparavant.

Observation LI Dransart (Annales d'oculiiliiiue, 1880).

Dubois, Henri, 23 ans, raboteur de fer à Douai, atteint de granulations conjonctivales. CEil gauche perdu complètement des

suites de l'afEeclion granuleuse, moignon atrophie, enLropion. Tempérament lymphatique. Œil droit. Granulations ronjonrtivales abondantes. Kératite. Ulcérations de la cornée. Pannus.

Ce jeune lionime, qui est atteint du Iroubles de l'ouie, a fait mainres lois les remarques suivantes : quand les yeux sont relativement en tion état, l'ouïe augmente ; quand ils deviennent le siège d'une poussée inllammatuire, elle diminue d'une façon très notable.

Observation LII

Dhansart {Annales d'oculùtique, 1880)

Grosley, Adolphe, 56 ans, journalier à une fabrique de sucre. Entropion de l'œil droit, paupière inférieure, doni le début remonte à 28 ans. I.^ déformation palpébrale occasionnant de fréquentes inflammations de l'œil, le sujet réclame l'opération, que nous lui faisons le 26 juillet dernier. Grosley est sourd depuis sept à huit ans. Le 6 aofll, en venant nous montrer son œil parfaitement guéri, il nous raconte qu'il entend beaucoup mieu.x depuis l'opéralion. Il nou.s affirme, en outre, que, depuis longtemps, il a remarqué la fâcheuse influence des poussées inflammatoires de l'œil sur l'oreille.

Quand l'œil rougit et lui fait mal, il entend beaucoup moins bien. 11 entend beaucoup mieux quand l'œil n'est plus rouge. Grosley a le tempérament lymphatique.

Observation LUI

A. BoYEB (de New-York) {Annales d'ocuiislique, i89S)

M. C. R,.., âgé de 56 ans, me consulte le 17 juin 1888, pour un vertige intense accompagné de bruissements dans la léte. 11 a eu la fièvre scarlatine ù l'âge de 10 ans ; à la suite de cette maladie une oblitération complète de la cavité tympanique droite est survenue. Surdité complète à droite, diminution de l'acuité auditive k gauche. Depuis ce temps, le malade souffre d'un tintement continuel (son de cloche ou chant de cri-cri).

Dans l'enfance, il n'a jamais pu regardej- une lampe allumée

nu un homme parlant, au public sans ressentir une certaine t'iiufuRÎiin el sans obsei'ver une légère danse des objets environnanls, i-e qui fon« k détourner le regard pour un moment.

Ces symptAmes (ievinienl plus fiéquenls avec l'Age, et à 21 ans il commence à avoir des vertiges nocturnes, qui survenaient ordinairement quand il était couclié sur le cÂté dmil, mais quelquefois aussi quand il était couché sur le cAté (cauclie. Il a la conscience que quelque chose tourne dans sa tille et il est obligé de changer de position. A partir de ce moment, il ne peut jamais se renverser ilans une chaise sans avoir le sentiment de faire une culbute en arrière. A l'Age de 40 ans, il ollre en outre des congestions momentanées à la tète et (les attaques de vertige giratoire accompagnées de nausées el de vomissements ; à Eio ans, il est pris subitement d'une attaque de vertige très fort, se manifestant par des étourdissements el des tournoiements objectifs et subjectifs, une faiblesse extrême et des vacillations. Le tintement habituel devient un bruissement fort, ressemblant au bruit d'un train de chemin de ter ou à celui produit par un fort vent dans une forêt. Cette attaque dure trois k quatre heures. Dix jours environ après, il en a une nouvelle durant six fi douze heures. Les attaques augmentent en fréquence el en durée, et à l'époque où le malade vient k New-York, il en présente une qui dure une semaine.

Le malade a une démarche oscillante, le visage pâle, le front plié d'une façon anxieuse. Il porte la main à l'oreille pour enlendi'e distinctement, [..'oreille droite n'entend pas la montre appliquée au pavillon; l'acuité auditive gauche est de 6/40. Le son du diapason est difficilement perçu â droite à travers l'air, un peu mieux à travers l'os. A gauche, la perception à travers l'air et à ti-avers l'os, est également réduite. Oblitération de la cavité tympanique droite . Sclérose du tympan gauche. L'acuité visuelle est des deux crttés de 20/30 avec 4- 2,5. L'ophtalmoscope révèle une légère choroîdite maculaire des deux yeux. Il y a de chaque côté un ptérygion nasal bien développé et une congestion générale de la conjonctive bulbaire. L'examen des muscles révèle l'existence d'une ésopborie de 3" seulement, mais l'abduction est réduite à 1". Avec un verre rouge placé devant un œil, il y a uneriiplopie homonyme variant de 3" à 6".

Les muscles sont très rigitles et ne permettent que de faibles excursions dans toutes les direclîuns, surtout en haut. L'examen est réinM^ pendant trois jours successifs et finit |)ar révéler une ésopiiorie de îi".,Une lénolomie du dniit interne droit, faite ie 19 juillet, réduit i'ésophorie il 0", produit une abduction de 7" et fait disiraraîfre la diplopie. Le résultat est magnifique. Quand ie malade revient ie lendemain, les bruits ont cessé, la confusion a disparu et le malade peut sortir le 26 juillet. L'état musculaire no change pas après l'npéralion.

Pendant quatre ans, le malade n'a ni vertige ni bruissements. Les tintements conlinuent. mais l'acuité auditive augmente de fai;on qu'il entend maintenant avec l'oreille gauclie la montre à une distance de quinze pouces.

En 189i, il revient à New- York à cause d'une attaque légère de vertige. On Irouve une légère ésopiiorie qui est corrigée par une ténotomie du droit interne gaucbe. Avant qu'on ait pu corriger les autres défauts Uouvés lors du premier examen, le malade est rappelé à la maison pour une maladie de sa femme. Il se porte bien ju.squ'au mois de janvier de celle année, moment où il revient, se plaignant d'étourdisseraents, survenani quand il se couche sur une cbaise. On con.state que tes lignes visuelles sont parallèles, mais que le pouvoir rotateur, en haut, est fortement réduit, tandis que le pouvoir de rotation, en bas, est excessif. La correction de cette irrégularité fait disparaître immédiatement tous les symptùmes. Les yeux tournent maintenant librement dans toutes les direclions : il y a ortbophorie et le visage du malade présente pour la première fois une expression de bien-élre.

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