CHAPITRE VI
Inflaeacett physiologiques et pathologiques de rœil sur Torellle
Nous venons de consacrer une longue étude aux rapports étroits qui existent entre l'oreille et l'œil : beaucoup moias nombreux sont les cas inverses où l'œil réagit sur l'oreille.
Dans tous ees cas, il s'agit Je phénomènes réflexes et nous nous bornerans à citer rapidement ceux que nous avons pu rencontrer et vu signalés. Dans presque toutes les observations, il s'agit de pliéuomènes plutôt physiologiques, presque toujours empruntaDt la voie du trijumeau.
C'est ainsi qu'on a décrit des cas de surdité passagère produite par une excitation de la rétine, et d'Arsonval a pu observer ce curieux phénomène sur lui-même. Ayant regardé pendant quelques instants un arc voltaïque incandescent, il devint sourd pendant une heure environ. 11 renouvela l'expérience et toujours se produisit le même phénomène, que l'excilation lumineuse portât sur un seul œil ou sur les deux. L'expérience n'est pas d'une innocuité absolue, car une lois la surdité persista pendant près de 17 jours. D'Arsonval a remarqué que la nature de la lumière a une grande importance ; le phénomène ne peut être produit qu'avec un arc voltaïque, d'une lumière très intense et engendrée par un courant très tort. Le trouble auri-
culaire s'accompagnerait parfois de céphalée, de pesanteur de tète, et se renconli'e assez souvent chez les électriciens,
Nous avons longuement étudié l'audition colorée, c'est-à-dire' la propriété que ' possèdent certains sujets de percevoir une sensation de couleur lorsque l'ouïe est impressionnée. l,e pliénomène inverse, c'esl-à-db-e celui qui consiste à éprouver une sensation auditive lorsque l'œil est frappé par une couleur vive, est beaucoup plus rare. Il est exceptionnel qu'une sensation optique éveille une sensiition auditive. Cependant Bleulep et Lelimaun ont rap])orté l'observation d'un homme chez lequel la vue d'une flamme de bougie brûlant tranquillement donnait l'impression des lettres w et r ; si la llamme u'uscillait pas, elle amenait la sensation de la voyelle *. Le fait est inléressant, s'il n'est pas fantaisiste ; nous le citons simplement.
Quelques cas monirent enooi'e l'association fonctionnelle de ces deux organes des sens ; ainsi le linlement qu'on entend parfois lorsqu'on ferme les paupières ; un malade pré.senlait par acc6s dans l'oreille un bruissemeni raîncidant avec du blépharospasme , ce bruissement disparut lorsque cessa le spasme de la paupière (Gottstein). Enfin Habermann a pu taire . disparaître par la ténolomie du muscle de l'étrier, un bruit sourd, grondant, qui survenait quatie nu cimi (ois i\ chaque occlusion des paupières.
11 y a encore d'autres faits curieux à signaler qui montrent bien la relation qui existe entre l'œil et l'ureille, Javal a observé, comme on le sait, des cas où i'irideclomie pour glaucome a pu faire disparaître une névralgie sus-ciliaire. une odontalgie, etc. 11 n'est donc pas surprenant que l'on ait relaté des faits où le glaucome coexistait avec des troubles auditifs les avait même déterminé et où l'iridectomie amena la guérison de tous les troubles sensoriels (Davidsohn, Dransartl,
Rampoldi a rapporté quelques observalions analogues.
En 188ft, Rampoldi a observé un malade alteinl d'une notable diminution de l'acuité visuelle de l'œil drotl. Il présentait une atrophie de la papille avec excavation. Le ciiamp visuel était très rétréci et diminué. La vue était telle que le malade pouvait lire seulement les caractères n" 3 de l'écheHe de de Wecker, à l'aide de + 4 D. à une distance de 0>>^m. Quant à la vision de loin, elle était un peu améliorée par une lentille convexe de 0"'7.ï. La tension du globe oculaire était augmentée. A droite, l'ouïe était fortement diminuée. Après iridectomie, la vue s'améliora considérablement et l'acuité auditive fut augmentée au dire du malade et de son entouraj^e. Pour entendre le malade n'avait j)Iuh besoin de placer la main au pavillon de l'oreille droite alin de mieux recueillir les oudes sonores.
Les autres cas cités par l'auteur sont identiques, mais tous ces faits sont mal observés au point de vue otologique, les auditions n'ont pas été prises avant et après l'opération, un examen méthodique de l'oreille a été négligé, et on ne possède comme garantie scientiûque que les dires du malade; or, c'est l'élément le plus trompeur qui soil, bien souvent.
CHAPITKE VII
Nous serons lri;s bref sur ce point, nous proposant, en rdisoB de sou iiiiporliince, d'y revenir dans un travail ultérieur et l'ayant sufTisaïuiuent esquissé à propus de chaque truuble oculaire compliquant une alTeclion de l'oreille, en particulier pour le nystagmus et la névrite optique.
D'une manière gén^'ralo, on peut dire que l'oreille peut retentir sur l'œil, suivant trois modalités dillérentes : al par propagation indirecte, b) par la voie neiveuse, c} par la voie sanguine.
1" Par propagation indirecte. En raison des connexions des cavités de l'oreille avec la cavité crânienne, beaucoup d'allectious de l'une peuvent se propager à la seconde, au moyen des nombreux oritices ou canaux qui les font communiquer. Le pus d'une otite moyenne peut eu effet, pour atteindre les méninges et le cerveau, suivre la voie du canal carotidien, de l'aqueduc de Fallope, ou se frayer un passage à travers les déhiscences spontanées qui existent quelquelois sur le toit de la caisse, les sutures ou fissures du temporal, uu suivre la roule tracée [lai' une carie du rocbcr, etc. Arrivé au niveau des méninges, il y provoque soit une inllammation de celles-ci, soit un abcès du cerveau ou une thrombose des sinus. Et nous avons vu comment tous ces accidents retentissent sur l'organe de la vision, soit par l'augmentation de la pression inlra-crâuienne, soit par la compression de certains nerfs, soit par la
destruclion <le rerlains lerriloires cérébraux (hémianopsie, par exemple).
2" Très souvent l'oreille réagit sur l'œil par la voie nerveuse (blépharospasme, nyslagmus, etc.)- '^e peut èlre : ri) par la périphérie (excilalions du conduit déterminant du spasme palpébi'al) ; le trouble oculaire, dans ces cas, est dû & l'anaslorao-se qui existe entre le facial et le trijumeau et il est d'ordre réûexe ; b] sous l'influence de l'excitation des centres nerveux. Quelquefois il s'agit de caries du rocher, ayant atteint le ganglion de Casser et déterminant par lii même la série des [roubles oculaires trophiques que nous avons décrits précédemment. Disons que dans beaucoup de cas, on se trouve en présence de phénomènes réflexes.
3" Enfin, nous croyons que parfois on peut invoquer, pour expliquer ces accidents oto-oculaires, le tiansport par la voie sanguine de germes infectieux qui vont à distance déterminer des lésions sur un point ou un organe prédisposé et présentant des conditions favorables au développement d'une infection, (iritis et irido-choroïdites, par exemple, dans des suppurations de l'oreille moyenne). Les troubles oculaires dans les maladies générales sont bien connus et s'expliquent en raison de ta diffusion des éléments infectieux sur tout l'organisme (diphtérie, blennorrbagie, érysipiile, tuberculo.se, etc.) Mais on a signalé des lésions ophtalmiques compliquant des affections simplement locales [métritBs, maladies du foie, et surtout maladies du nez et des cavités adjacentes, affections dentaires.) 11 est donc logique d'admettre la même interprétation palhogénique pour l'oreille et l'œil, deux organes très voisins et présentant entre eux tant de connexions vasculo-nerveuses.
Comme dans toutes les infections, il faut faire intervenir ici l'influence de l'état général et du terrain sur lequel se gretient les accidents.