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Mais, ce qui m’a le plus consolé cette année a été la mort édifiante d’un jeune guerrier âgé de vingt-cinq ans. Une maladie qui l’a fait languir pendant plu-
sieurs mois .m’a donné le loisir de l’instruire peu à :
peu et assez solidement. Il m’écoutait d’abord sans me rebuter, mais aussi sans donner aucun signe d'approbation, et comme une personne qui veut examiner par elle-même si ce qu'on lui dit est rai sonnable. Il demeura dans cet état assez longtemps; enfin, le voyant diminuer tous les jours, je crus qu’il le fallait presser davantage. Je le fis toutefois de telle manière à l’obliger doucement, par une simple représentation de l’importance des vérités du salut, et conformément à son génie, à me demander luimême le baptème. En effet, il me le demanda, et je le baptisai avec d'autant plus d'assurance de sa dis-
position, que j'avais eu plus de temps à le préparer,
et que je savais qu il avait mieux examiné ce que je lui enseignais. Il vécut quelques jours après son baptème, sans que son mal parut s’augmenter notablement ; et je tombai moi-même dans un épuisement de forces qui m'obligea de m’aliter ; mais, le même jour, mon malade se sentant beaucoup plus oppressé qu’à l'ordinaire, et ne doutant point que ce ne fût le dernier de sa vie, m'envoya prier sur les neuf heures du matin de l’aller visiter à sa cabane. J'y fus incon-
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tinent, et d’abord il me déclara qu’il sentait bien qu’il était proche de la mort, qu'il me suppliait de faire tout ce que je savais pouvoir contribuer à son bonheur éternel dans le ciel. Je fus ravi de cette disposition et je commençai, selon son désir, à lui répéter sommairement nos principaux mystères, et lui faire exercer sur chacun d’eux des actes de foi, en forme de prières. Je l’interrogeais ensuite sur les péchés qu’il pouvait avoir commis depuis son baptême: et je l’avertis que, s’il n’avait pas conçu un véritable regret de ceux qu’il avait commis avant le baptème, il fallait maintenant le concevoir, autrement qu'il lui serait inutile d’avoir été baptisé. Il m’assura qu’avant que je le baptisasse il avait formé un véritable acte de douleur de ses péchés, et qu’il persévérait dans cette même douleur, à l'égard de tous ceux qui avaient précédé, ou qui avaient suivi son baptême. Je lui donnai ensuite l’absolution , après laquelle il me pria de ne le pas quitter jusqu'à sa mort, afin de prier toujours ou de le faire prier, comme je fis depuis neuf heures du matin jusqu’à quatre heures du
à soir qu’il mourut.
Pendant tout ce temps, si je voulais un peu respirer et prendre quelques moments de relâche, il m’avertissait aussitôt de recommencer, et me consolait infiniment par cet empressement qui ne pouvait procéder que du Saint Esprit, lequel, malgré son mal, l’appliquait fortement aux prières que je faisais
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tout haut en son nom, parce qu’il ne pouvait plus les faire lui-même. 11 ramassait de temps en temps ses forces pour m'interroger sur le paradis, etil voulait que je le confirmasse dans l’espérance qu'il avait d’y aller, et que j'augmentasse la consolation qu'il en récevait. Il eut vers la fin des moments de douleur si préssante, qu’elle le fit éclater dans quelque parole d'impatience que j'arrêtai aussitôt en lui disant que celté impatience déplaisait à Dieu, et qu'il devait supporter le mal pour satisfaire à ses péchés passés : il aéquiesça facilement, il témoigna du regret de son emportement, et-je‘lui en donnai l’absolution, après laquelle il demeurà paisible jusqu’à la mort, sans donner le moindre signe d’impatience, quelle que grande que füt la douleur que son mal lui causit, Je lui fermai les yeux, et ne pus m'empêcher de l'embrasser et de le baiser après sa mort, tant m joie était grande, et tant était ferme l'assurance qu'il prierait fortement pour moi devant Dieu, selon la promesse qu’il m'en avait faile.
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