‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 119 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DES MISSIONS DE LA CONCEPTION ET DE SAINT-MICHEL CHEZ LES TSONNONTOUANS !. :

La première de ces deux missions est confiée au

-P. Raffeix:; le P. Julien Garnier est chargé de la se-

conde; voici ce qu'il nous apprend de l’une et de l’autre. BiU KL. 550 Nous n'avons jamais fait nos fonctions avec plus de tranquillité, etnous n’avons jamais publié l’Evangile avec autant de liberté que cette année. Aussi avons-nous été écoutés des infidèles avec toute la docilité que nous pouvions souhaiter, et nous avons reçu tout le contentement que nous devions espérer de nos chrétiens. Ils ont fait paraître une grande piété, et ils se rendaient à la chapelle non-seulement les dimanches et les fêtes, mais aussi les jours ouvriers avec une assiduité et une exactitude admirables : ils n’ont pas moins fait éclater leur zèle quand il a été question de prendre le parti de la Foi, quand elle a été attaquée par les idolâtres. Une personne

1. Tsonnontouans; la cinquième tribu iroquoise, la plus nombreuse et la plus guerrière.

ayant dit un jour dans un festin superstitieux, que la crainte de mes réprimandes la retenait depuis longtemps dans son devoir. « La crainte de Dieu et de ses châtiments devrait bien plutôt vous y retenir et pour toujours, » reprit un bon chrétien qui était là présent. Et comme il est instruit en nos mystères, il prit de là occasion de faire une instruction solide à tous les assistants. Ce qui donne plus de crédit à notre religion, est l'exemple des anciens qui viennent les premiers prier Dieu. Le chef des Hurons ne laisse point passer d'occasion sans exhorter principalement les vieillards à embrasser la foi tout de bon. Et si ce n’était l’attache qu'ils ont à recourir aux remèdes superstitieux dans leurs maladies, cette Eglise se pourrait notablement accroître en peu de temps. Les Neutres ! et les Onnontioga*, deux nations qui font une partie de ce bourg, se sont enfin apprivoisés à l’exemple des Hurons, et viennent maintenant comme eux en la chapelle pour y prier et y recevoir les instructions que nous leu: donnons. Comme il n’y a pas encore de chapelle au bourg de Saint-Jacques, qui est deux fois plus grand que celui de Saint-Michel, je suis obligé d’y suppléer par de fréquentes visites, parcourant les cabanes tant pour y baptiser les enfants moribonds que pour

1. Les Neutres ou Attiwandarronk, nation sauvage de la langue huronne, restée neutre entre les Iroquois et les Hurons. 2. Onnontioga, nation incorporée aux Tsonnoutouans.

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y instruire les adultes malades. Je fais la prière et l'instruction dans les cabanes, et plusieurs me viennent ensuite trouver jusqu’à Saint-Michel pour se faire instruire et prier Dieu dans la chapelle. La : plainte qu’ils me font tous, quand je les vais voir, est que nous leur préférons les Hurons. Ils se plaignent aussi que, de toutes les bourgades iroquoises, il n’y a que la leur qui ne possède pas de missionnaire. Si Votre Révérence nous fait la grâce de nous en envoyer un troisième, j'espère qu’il sera bien reçu. Il y est nécessaire tant pour donner commencement à une église, qui ne peut se passer de la présence d'un prêtre, que pour baptiser les enfants et les adultes, qui meurent avant que je sache qu'il sont malades, et par conséquent avant que je puisse leur procurer les secours dont ils ont besoin. Quelque diligence qu’on fasse, il en échappe toujours. J’aibaptisé, depuis le mois de juillet 1672, cinquante-cinq personnes en tout.

Parmi les adultes que j'ai admis au Sacrement, la divine miséricorde a paru plus spéciale sur quelques-uns qui semblaient apporter plus de résistance à la grâce. Le premier a été un vieillard fort attaché à toutes les superstitions du pays et surtout à la principale qui est l’accomplissement des songes. Dieu s’est servi de cela même pour son salut ; car il a permis qu'après avoir entendu souvent parler du grand Maître de toutes choses qui est

au ciel, des miséricordes qu’il répand sur ceux qui lui obéissent, et des châtiments qu’il exerce contré ceux qui lui sont rebelles, il se l'est re: ‘Mprésenté en songe, qui lui offrait son amitié et “ui promettait toutes sortes de biens dans le ciel; je n’eus plus de peine à lui persuader le lendemain que s’il voulait écouter la parole de Dieu, il aurait pitié de lui. « Je n’en doute plus, repart le malade, « fais-moi au plus tôt connaître ses volontés, afin « que je les exécute. »

Un autre vieillard Oüenro de nation ‘, que je sollicitais depuis longtemps de se faire chrétien et qui m'avait toujours rebuté, tombe malade. Sa femme, quiseule pouvait lui apporter quelque soulagement, tombe aussi malade, et meurt quelques jours après très-chrétiennement, comme elle avait vécu. Cet homme se voyant dans le dernier abandon, commence pour lors à écouter mes exhortations. Il n’eut plus d’autre consolation sur la terre que l’espérance du paradis, qui s'augmenta toujours en lui à mesure qu'il se dégoütait de cette vie. ©

Je ne dois pas omettre le baptême d’une jeune femme qui languissait depuis longtemps. Elle était d’un excellent naturel, fort innocente, et assez portée à écouter les instructions que je lui adres. sais; mais tous ses parents, qui avaient beaucoup

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