DE LA MISSION DE SAINTE-MARIE DU SAULT
Le bourg de Sainte-Marie du Sault est situé non loin du lac Supérieur, à l'endroit où l'eau descend de ce lac avec une extrême rapidité pour aller se décharger dans le lac Huron. Ce lieu, qügl'Abondante. pêche du poisson blanc rend considérable, devient: ! tous les jours plus beau et plus commode, surtout depuis que les Sauvages s'appliquent à y semer du blé d'Inde. Il ont pris de là occasion de faire paraître tout ensemble, et leur dévotion en apportant à l’église les prémices de leurs blés, et leur confiance en Dieu en obtenant du P. Gabriel Druillettes, leur pasteur qu'il vint lui-même visiter leurs champs, pour les arroser d'eau bénite, et pour y faire les prières usitées dans ces circonstances.
L'église qui y a été nouvellement bâtie et quelques beaux ornements envoyés par des personnes charitables, leur causent beaucoup d’admiration, et leur inspirent une haute idée du Christianisme, Ils y sont assidus aux exercices de prières; ils y écoutent velonticrs l'instruction chrétienne, ct prennent plai-
sir à y chanter de pieux cantiques en leur: langue. C'est aussi avec joie qu’ils font réflexion à l’avantage qu’ils ont, par-dessus tous les autres peuples à qui on a prêché l'Evangile, d'avoir les premiers un lieu bâti en l'honneur de Celui qui L tout fait. Cetle joie est jointe à une confiance aimable qu’ils ont en Celui qu’ils vont honorer dans cet édifice sacré. Dans la crainte raisonnable d'être attaqués par les Nadouessi, leurs ennemis, ils aiment mieux se loger près de l’église que dans leur fort: c’est là même qu’ils ont voulu mettre leurs femmes et leurs enfants en assurance, lorsqu'ils sont descendus en traite à Montréal.
Un de leurs plus anciens capitaines, qui se nomme Iskouakite, et qui est tout couvert de blessures ae a reçues, soit de l’Iroquois, soit du Nadouessi, s’est efforcé plus d’une fois d'augmenter cette confiance par ses discours. Un jour que le P. Gabriel Druillettes avait, au son de sa clochette, invité les fidèles à l'instruction, le vieux Iskouakite, remarquant Te le père faisait passer les femmes et les filles dans l enclos de pieux qui entoure l’église : «Les Robes noires, disait-il, sont véritablement nos pères, ce sont eux qui nous gardent et qui donnent la vie au Sault, en retirant nos femmes et nos enfants chez eux, et en priant pour nous Jésus, le Dieu de la guerre, Oui, quoique le Nadouessi doive nous venir attaquer, ainsi que nous l'avons appris, nous mettons toute
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notre confiance au Roi du ciel et de la terre qu’on nous prèche. C’est lui seul qui nous peut garder, c’est lui qui guérit si souvent nos malades, c’est lui qui préserve de tout accident notre jeunesse, lorsqu’elle va en traite ou en guerre. Que nous sommes heureux d’être logés près de l’église! Jeunesse, femmes et enfants, que personne ne soit paresseux à se trouver à la Prière. »
Mais ce n’a pas été sans une sainte jalousie des nations d’alentour, et sans qu’elles aient voulu avoir le même bonheur ; en sorte que, pour satisfaire un désir si juste, on a choisi un lieu convenable dans la rivière de Saint-François-Xavier, qui se décharge dans la baie des Puants. On y a déjà bâti une grande église, où tous les peuples de ces quartiers viendront de temps en temps, à l’occasion de leur pêche et de leur chasse, se faire instruire des vérités du Christianisme. En même temps que l’on a élevé ces deux édifices, la ferveur s’est augmenté parmi ces peuples; et ilsemble que Dieu ait voulu récompenser leur zèle à les demander par un nouveau zèle à embrasser la Foi. Des missionnaires, qui, selon leur coutume, se sont assemblés pour délibérer de diverses choses qui touchent les missions, ont avoué que jamais les Sauvages n’ont paru mieux disposés pour recevoir l’Évangile qu’ils ne le sont à présent. Et certes l’empressement si public qu’ils témoignent de voir des églises bâties dans leur pays en est une preuve bien
sensible, Rien, en effet, ne semble devoir leur inspirer ce désir, que le dessein véritable et sincère d’avoir un lieu où ils puissent prier et se faire instruire, Les Sauvages de la nation des Kichkaoueïak ne se sont pas contentés de cet empressement à demander une église, ni des témoignages de leur joie pour l’avoir obtenue, ils ont montré de plus un attachement extrême à ne pas s'éloigner pour toujours de celle qu’on leur avait bâtie. Le démon, jaloux du profit qu'ils devaient retirer de la proximité de l’église et de la présence des missionnaires, semblait avoir excité les Sauvages de Kaentoton à les solliciter de venir habiter auprès d’eux. Or, dans le pays des Kaentotons, bien loin qu’on y trouve quelque édifice consacré au vrai Dieu, la polygamie et les jongleries semblent y avoir dédié à l’enfer la plupart des cabanes, tant elles y règnent avec insolence. Ces instruments du démon n'omirent aucune démarche pour venir à bout de leur dessein. D’abord ils font des présents aux anciens qui étaient de leurs parents, puis ils s'adressent secrètement au chef de la jeunesse; ils lui donnent aussi de riches présents ; ils lui offrent en outre celle de leurs filles qu'il voudrait pour être sa seconde femme, et l’assurent en dernier lieu qu'ils le feraient chef de leurs guerriers. Tous ces attraits auraient pu faire suc-
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4. Kichkaoueiak ou Kiskacons, Sauvages de la langue algonquine, voisins des Poutewatamis.
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comber un Sauvage moins fidèle que ne l'était celui-ci; mais lui, pour rompre une bonne fois tous leurs desseins et pour se délivrer de leur importunilé, vient prier Dieu à l’église ; il déclare ensuite tout ce qui se passe au P. Gabriel Druillettes, et l’assure qu’il est résolu de ne quitter ni l’église ni la commodité de pouvoir être instruit. Il conclut en lui racontant les faveurs que ceux de son pays avaient reçues par le moyen de la Prière et les accidents qui étaient arrivés à ceux qui l'avaient méprisée. Un dernier effort cependant fut tenté par les Kaentotons; ils tâchèrent de persuader publiquement dans un conseil celui qu’ils n'avaient pu corrompre en secret. Ils exposent les présents que leurs chefs envoyaient à la nation des Kichkakoueïak pour les attirer, et puis, s'adressant à lui en particulier, ils jettent deux colliers de porcelaine à ses pieds, et lui disent : « C’est toi que nous voulons. » Alors le père de ce chef prit la parole pour lui et dit à ceux de Kaentoton : « Sachez mes frères et mes neveux, que quand mon fils et tous mes alliés voudraient aller où vous voulez et quitter de vue l’église, je m'y laisserais traîner en pleurant par avance la perte de ceux qui nous y atlireraient, comme un père pleure, voyant ses enfants enlevés par l'ennemi et emmenés en captivité. » Il continua de leur parler d'une manière fort éloquente pour les engager à cesser leurs importunités.
Enfin, pour en finir, le jeune chef opposa l’adresse à l’adresse. Il leur représente que l'ennemi ayant tué un de leurs parents, il était de leur honneur de venger cette mort, qu’il était tout prêt de les accompagner en guerre pour ce sujet. H parlait ainsi dans le dessein de les attirer eux-mêmes à venir se loger auprès de l’église; et de les gagner par le moyen des Sauvages du Sault, qu’il ferait joindre avec eux dans cette expédition. Îls y consentirent, et ce brave chef, avant que de partir, vint à l’église protester, ainsi qu'il l'avait déjà fait dans un festin, qu'il renonçait à toutes les superstitions, dont ils usaient pour se préparér à la guerre avant qu’on leur eût annoncé l'Évangile ; et qu'il. ne .reconnaissait que Jésus pour l'unique maîtrede 8 guèrre. Une protestation si publique, accompagnée d’une telle. fermeté dans un des principaux de cette nation est capable de faire beaucoup d'impression sur les esprits des Sauvages et de donner beaucoup de crédit parmi eux à la prédication de l'Évangile.
Le paragraphe suivant nous fera voir quelque chose de plus considérable encore qui s’est passé chez les Missisakiks.
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