‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 21 sur 119 · DE LA MISSION DES APOTRES, PRÈS DU LAC HURON · texte numérisé non relu

DE LA MISSION DES APOTRES, PRÈS DU LAC HURON

Cette Mission, qui avait donné beaucoup de conso- L | lation aux missionnaires les années précédentes, n’a DL guère, pendant cette année, Dieu le permettant | |

ainsi, présenté que des épines et des difficultés au P. Bailloquet qui en a le soin. La cause en a été la malice de quelques anciens fort attachés à leurs erreurs. Ces hommes, d'autant plus coupablesqu’ils ont eu plus de facilité à s’instruire des vérités de l’Evangile, qu’on leur prêche depuis plusieurs années, exercent malheureusement une grande autorité sur la jeunesse; ils en ont profité pour la séduire et la corrompre, quoiqu'elle eût déjà en partie embrassé le Christianisme. Le peu d'estime que ces Sauvages ont pour l'Evangile, ou plutôt le désir d’éloigner le P. Bailloquet qui, selon le conseil de saint Paul, les prêchait jusqu’à l’importunité, leur a fait trouver un beau prétexte pour ne pas l'écouter. Ils ont prétendu que c'était aux enfants à prier Dieu, et ils ont reproché au missionnaire qu’il n'en avait pas assez de soin. «Le temps, disaient-ils, que tu emploies à nous instruire serait mieux employé à instruire la jeunesse. » C’est ainsi qu’ils se contredisaient eux-mêmes, témoignant d’un côté désirer qu’on fit prier! leurs enfants, et d’un autre les élevant eux-mêmes dans leurs superstitions. On ne saurait croire combien il est pénible à un missionnaire de voir ainsi pervertir ceux qu’il a convertis. Le Père ne l’a vu que trop souvent à son grand re-

1. On sait que dans le langage de ces Sauvages le mot Prière est synonyme de Christiamisme ; ainsi prier Dieu ou simplement prier veut dire quelquefois embrasser ou pratiquer le Christianisme.

gret,etp vie; car, jongleur frapper.

Il a eu

bles sujets que d’êtré banes, il 1 l'Evangile lieu élevé pouvaient trouvait td pour répa frapper, o les quitte douceur n l’attachem ont rendu adresses di été exclu d'y faire à posée au !

festin à soi soleil ou à Toutes « à la Prière plus admi empêchen

tés au a été la Urs erv'ils ont l’Evan- 8, EXersur la e et la mbrassé auvages igner le ’aul, les uver un nt pré- , etils vait pas tu emà inspntredidésirer les éle- On ne issionvertis.

and re-

ent prier sme.

Prière est

gret, et peu s’en est fallu qu’il ne lui en ait coûté la vie; car, un jour qu'il s'y opposait avec zèle, un jongleur furieux leva sur lui la hache pour le frapper.

Il a eu souvent prise avec eux pour de semblables sujets, et, quoiqu'il n’en ait remporté autre fruit

que d’être méprisé et chassé honteusement des ca-

banes, il n’a pas laissé de continuer à leur annoncer l'Evangile, tantôt à la porte des cabanes, tantôt d’un lieu élevé d’où les Sauvages de plusieurs cabanes le pouvaient entendre, tantôt dans les festins où il les trouvait tous assemblés ; mais il ne recevait partout pour réponse que des injures, des menaces de le frapper, ou des injonctions insolentes de se taire, de les quitter et de s’en aller prêcher à d’autres. La douceur ne lui a pas plus servi que la rigueur, et l'attachement funeste qu’ils ont à leurs superstitions ont rendu tous les moyens et toutes les saintes adresses dont il s’est servi inutiles. Enfin, il à même été exclu des festins, parce qu’il avait accoutumé d'y faire à haute voix une prière formellement opposée au dessein secret et caché que le maître du festin a souvent parmi eux, de donner à manger au soleil ou à quelqu’autre fausse divinité.

Toutes ces difficultés et ces mépris qu’on témoigne à la Prière et à celui qui la prêchie rendent d'autant plus admirable la constance de ceux qui, malgré ces empêchements, font une profession ouverte du Chris-

LE De

ph ae Eu

Det me ne, cp gd LS |

eee ete perd

tianisme. On -en voit qui aiment mieux ne se point trouver aux festins où leur ancienneté et leur autorité leur ferait espérer le premier rang et les meilleurs morceaux, que de se mettre en danger de manger quelque chose de consacré à d’autres qu’à Celui qui a tout fait, ou de sembler l’autoriser par leur présence. Une femme entre autres aima mieux pendant longtemps préparer son repas à part que de manger de ce dont mangeait toute la cabane, parce qu’elle avait appris que le maître de cette cabane l’a- vait consacréé au diable. Une autre a été plus loin, elle à cherché la sûreté de sa Foi dans la solitude, et s'est Yetirée dans une pauvre habitation tout-à-fait séparée du village ; elle n’a pris pour toute compagnie qu’une petite fille de six ans qui sera tout son soulagement dans les bois pendant l'hiver. Et même, pour ne pas laisser ignorer son intention dans une action si généreuse, elle a déclaré hautement ne vouloir plus assister à toutes les assemblées que ses compatriotes rendaient abominables par leurs superstitions. Cette fervente chrétienne est accoutumée à de semblables actes de vertu. Elle avait entrepris cette année un assez long voyage, de Nipissing au Sault, pour chercher une Robe noire, mais, l'ayant rencontrée chez les Amikoueks', elle s’y est arrêtée, et joignant la dévotion et le éls à la ferveur, elle

1. Amikouek, nation de Castors ou des Nez-Percés, à trois jourdu pays des Hurons, vers le nord.

Sest log pour ave les filles pour la prier. C joie, et crétion, faits de « gler ses n bien loin dent ce té Elle est} retraite, ( semble l’:

lui renda pour son

Cette v premières bec, ne l’ contre la tême, ma à toutes se elle a fait détacheme lui avait o disait avo pénétrant que, ou e

se point ar autoles meilde manu’à Celui par leur eux pen- | que de e, parce bane l’alus loin, litude, et ut-à-fait e COMpatout son t même, dans une

trois jour-

£est logée en un lieu assez proche de la chapellé pour avoir la consolation d’y mener les femmes et les filles en qui elle reconnaîtrait de l’inclination pour la Prière, afin de les y instruire et de les y faire prier. C’est ce qu’elle fait avec exactitude et avec joie, et même avec tant de prudence et de discrétion, qu’elle ne choque aucun des esprits mal faits de cette nation. Elle sait d’ailleurs si bien régler ses mœurs, que les langues les plus médisantes, bien loin de trouver à redire à sa conduite, lui rendent ce témoignage qu'elle fait honneur à la Prière.

Elle est plus visitée des uns'et-des autres. dañs sa

retraite, qu’elle ne serait dans son village, et Dieu semble l'avoir voulu récompenser dès ce monde, en lui rendant avec abondance ce qu’elle avait quitté pour son amour.

Cette vertu si connue, dont elle a pris autrefois les premières teintures chez les mères Ursulines de Québec, ne l’a pas mis à couvert de bien des attaques contre la fidélité qu’elle devait à Dieu et à son baptême, mais elle y a résisté avec une constance égale à toutes ses autres vertus. Voici une circonstance où elle a fait paraître son esprit tout ensemble et son détachement des biens de la terre. Une de ses amies lui avait offert dix castors pour deux loutres dont elle disait avoir grand besoin; mais notre chrétienne, pénétrant dans le dessein de cette femme et jugeant que, ou elle avait rêvé deux loutres, ou se croyait

Gr ap T g m em L t n 7

obligée de les donner à quelqu’autre qui les avait rêvées , les lui refusa sans se soucier ni du profit considérable qu’elle aurait pu retirer, ni de l’amitié qu’elle avait contractée avec cette personne, ni même de la parentée qui était entre elles.

Une autre chrétienne a témoigné cette année une pareille générosité en résistant aux instances que lui faisait son fils de se faire traiter par les jongleurs dans une maladie. Le jongleur lui-même s'étant glissé dans sa cabane, et s’efforçant de lui persuader de permettre qu’on lui fit ce que personne ne refusait parmi eux, bien loin de se rendre, elle chercha même, par toutes sortes de raisons, à l’obliger de quitter son métier. La même femme, voyant un jour son fils reprocher au P. Baïilloquet que, ne pouvant guérir sa mère, il empêchait à un autre de la guérir, elle se leva sur son séant, quoiqu'’elle fût extrêmement malade : «Quoi! dit-elle, faut-il que mon propre fils fasse des reproches à celui qui prend tant de soin de moi? Que si la Robe noire ne peut me guérir avec ses remèdes, veux-tu que le jongleur le puisse faire avec ses grimaces? Est-ce que tu es fâché que je prie? Ah! je voudrais bien que tu eusses le même bonheur! Je te suis maintenant inutile, mais, pour moi, je suis contente de mourir en priant.» Entrant ün jour dans la chapelle, elle témoigna souhaiter qu’il y eût de l’eau bénite, et, depuis ce temps, toutes les fois qu’elle y en trouve, elle prie Dieu tout haut,

Prière.

Mox

Les Hur du Petun, :

à Michillin près de la renfermées sont rendu:

plus volont ce que j'ai «

à désordres e

Page 1