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tions. Le P. Bruyas, qui a soin de cette Mission, a été obligé de demander du secours : car, nous écritil, si les choses continuent d’aller comme elles vont depuis quelque temps, il ne pourra plus suffire lui seul à confirmer les nouveaux chrétiens, à perfectionner les anciens, à instruire les catéchumènes, et à faire les autres fonctions du missionnaire.
La conversion et le baptême d’un des anciens et des plus considérables de cette nation, nommé Assendasé, a beau‘oup contribué à lui donner ces occupations. Cet homme, âgé d’environ soixante-cinq ans, a été loujours fort estimé dans son pays, à cause de son esprit et de son expérience dans les affaires. Outre qu’il est le chef d’une des principales familles, sa fierté et son esprit fourbe et dissimulé rendaient sa conversion très-difficile. L'intérêt le retenait dans l'infidélité, aussi bien que le respect humain, parce qu'il retirait un profit considérable de l'exercice des superslitions, et que, d’un autre côté, s’il venait à y renoncer dans un âge si avancé, il ne pouvait éviter les railleries qui sont insupportables aux Sauvages. Combattu par tous ces motifs, il résistait depuis deux ans à la grâce, qui le pressait incessamment de demander le baptême. Mais enfin le discours que M. le comte de Frontenac adressa à Montréal aux députés des cinq nations iroquoises, pour les exhorter à embrasser la Foi, :: toucha si puissamment, qu’il se résolut, pour obéir à l'inspiration divine, de passer
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par-dessus toutes les considérations humaines. En effet, aussitôt qu’il fut de retour en son pays, il demanda instamment au P. Bruyas d’être instruit et baptisé ; il montra tant de ferveur el renonça si généreusement et d’une manière si publique à toutes les superstitions du pays, que, quoique le même Père eût résolu de l’éprouver assez longtemps, il fut comme obligé d’abréger le temps de l'épreuve et de lui accorder assez promptement sa demande. Le lendemain de son baptème, Assendasé fit un festin public, où il déclara à tous les conviés qu’il avait renoncé aux songes et aux autres coutumes superstilieuses; il protesta qu'it ne se trouverait plus aux assemblées où il avait coutume de présider lorsqu'il s'agissait des songes. Il a accompli cette promesse avec tant d’exactitude, aussi bien que tous les exercices du Christianisme, qu’il est l'exemple de tous les chrétiens. Animé d’une sainte jalousie, il s’est proposé d’égaler et même de surpasser Garakontié en fidélité, et d’accréditer, par son exemple, la Prière à Agnié, comme cet excellent chrétien l’a fait à Onnontagué, Dans la ferveur de sa conversion, il emploie les paroles énergiques pour exprimer son attachement inviolable à la Foi. « J'ai fait, dit-il, une éternelle fraternité avec celui qui m’a baptisé; si les Français recommencent:la guerre et viennent pour nous tuer, je ne quitterai point pour cela l'affection que j'ai pour lui, et je saurai toujours bien distinguer
celui qui nous ôtera la vie du corps d’avec celui qui m'a rendu celle de l'âme, et qui continuera toujours de me la conserver tant que je lui obéirai. » Le P. Bruyas assure que, de tous les chrétiens, il n’en a point de plus obéissant et de plus docile qu’Assendasé, et qu’il est obligé d'admirer tous les jours de plus en plus la force et l'efficacité de la grâce dans ce Sauvage.
La conversion de cet ancien a eu un grand éclat et a fait beaucoup d'impression sur l'esprit des autres, en sorte que le P. Bruyas se voit sollicité tous les jours de baptiser des enfants et même des adultes; mais il a cru ne devoir accorder cette grâce qu’à un très-petit nombre. Il y a sujet d'espérer que cette bonne volonté s’étendra à tous, du moins à la plupart des Sauvages d’Agnié, et que, comme le démon se servait particulièrement des anciens pour maintenir les superstitions, Dieu se servira de ceux-là mêmes pour les renverser et pour établir la religion. Ce qui dannerait encore plus de fondement à cette espérance, c’est la crainte que le démon lui-même semble en concevoir, et qu’il témoigne assez par les nouveaux efforts qu’il fait incessamment pour arrêter les progrès de la Foi. Le Père, depuis quelque temps, reçoit tous les jours de nouvelles insultes de ceux qui ne veulent pas se convertir, et un ancien lui a reproché publiquement qu’il ruinait leur pays, parce qu’il y ruinait les songes et les superstitions, et il l’a
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menacé en même temps que, s’il ne sortait du bourg où il était alors, il le ferait chasser de tout le pays. Mais un missionnaire ne se met guère en peine de ces sortes de menaces; au contraire, elles sont sa consolation, parce qu’elles rendent ses travaux plus semblables à ceux de Jésus-Christ, qui furent toujours accompagnés de semblables contradictions.