DE LA MISSION D'ONNEIOUT
Lettre du P. Millet au R. P. Dablon.
Mon RÉVÉREND PÈRE,
Depuis l’époque où, l’année passée, j'écrivis à Votre Révérence, j'ai baptisé quarante-cinq personnes, entre autres seize adultes et autant d’enfants, avec les cérémonies de l’Église; les autres, enfanis ou adultes, l’ont été dans l’état de maladie.
C'est beaucoup plus que je n’espérais, vu les efforts qu'ont fait contre nous les Hollandais depuis
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qu’ils ont repris Manathe et Orange ‘ et qu’ils en ont chassé les Anglais.
J'ai déjà écrit à Votre Révérence comme le plus considérable capitaine de ce bourg, qui avait été député à Catarokoui, a parlé très-bien à son retour, et comme il a raconté aussi agréablement qu’avantageusement pour les Français tout ce qui s'était passé entre les [roquois et M. le Gouverneur. Il a fait, en outre, une profession ouverte de vouloir dorénavant favoriser le Christianisme et porter les Onneïouts à la Foi autant qu’il pourrait. Je lui ai procuré l'occasion d’exécuter sa promesse; car je l'ai engagé, au commencement de l'Avent, lui et un autre ancien qui est baptisé, à rassembler les gens du bourg pour l'instruction publique que je faisais les dimanches. Ils venaient donc tous deux prendre mon heure à la chapelle et allaient ensuite faire le tour du fort, criant chacun de son côté : « Rendezvous, mes neveux, rendez-vous promptement chez la Robe noire. » Après mon instruction, un de ces anciens ajoutait ordinairement une courte exhortation pour appuyer ce que j'avais dit et en faciliter la pratique. Une déclaration aussi publique des deux plus considérables a beaucoup favorisé le Christianisme ; Votre Révérence en verra la preuve dans ce qui s’est passé ici par rapport à l’éclipse de lune
1. Manathe, aujourd'hui New-York, capitale de l'État du même nom aux États-Unis. Orange, actuellement Albany.
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du 21 janvier dernier, et à propos de plusieurs ambassades venues des autres bourgades des Iroquois à Onneïout, et qui ont quelque chose d'assez curieux.