‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 6 sur 119 · Nouvelle York. Ce pay donné le nom ment en Fra · texte numérisé non relu

Nouvelle York. Ce pay donné le nom ment en Fra

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J'UISSION DES IROQUOIS. 5

rêtée à la Nouvellé-Orange t, incontinent le chemin leur fut ouvertpour s’y rendre en tout temps, avec toute sorte déreüreté, et pour s'y enivrer tous les jours pendant les plus grandes chaleurs de l'été. On uvait ici, autrefois, que par intervalle et en wtiintés saisons. IL fallait se joindre plusieurs ensemble et se mettre en état de résister à l'ennemi en cas. d'attaque ; mais depuis qu’on ne craint point d'être insulté par les Loups, l'ivrognerie est devenue si continuelle qu’on ne cesse point de boire qu’en quittant le bourg; encore en a-t-on vu qui ont porté leur baril d’eau-de-vie jusqu’au lieu de leur pêche, éloigné de plus de vingt-cinq lieues d'ici.

Ce désordre général fut aussitôt suivi d’une espèce de peste, qui commença au mois de juin et n’a cessé qu’en septembre ; c'était une fièvre si maligne, qu'en moins de cinq jours il fallait ou guérir ou succomber à sa violence. Ce nous fut un spectacle bien triste, dit le P. Bruyas, de voir rapporter, de divers côtés dans le bourg, des morts {et des mourants que deux ou trois jours de maladie avaient ou privés de la vie ou réduits à l'extrémité. La plupart de ceux qui étaient atteints de ce mal sentaient de si violentes douleurs de tête qu'ils en perdaient le jugement. Le P. Boniface et moi eù-

1. Nouvelle-Orange, actuellement Albany, ville de l'État de New- York. Ce pays appartenait alors aux Hollandais, qui lui avarent donné le nom de Nouvelle-Hollande. On l'appelait plus communément en France Nouveaux-Pays-Bas; en latin: Novum-Belgium.

mes bien de l’exercice tandis que cette affliction commune dura; les fatigues et les veilles continuelles, qui nous donnèrent occasion de pratiquer la charité en tâächant de soulager ces pauvres mo-

ribonds, ne nous paraissaient que très-peu de-chose |

en comparaison de l'inquiétude où nous étions de voir quantité de cés misérables qui, n’ayant plus l'esprit présent, étaiént dans l’impossibilité de ménager les derniers moments de leur vie pour éviter de plus grands maux après leur mort. J’eus le bonheur de conférer le baptème à ceux à qui je trou-

vai encore de la connaissance, et qui, voyant que È

j'eusse bien souhaité leur procurer quelque soula-

gement corporel, se rendirent fort dociles à écouter }

ce je leur disais pour le bien de leurs âmes.

Il ne faut pas maintenant s'étonner si la Foi a fait À

si peu de progrès depuis ce temps-là, et si nous avons vu malheureusement avorter les belles espérances que nous avions conçues de la conversion des Agniers de Tionnontoguen ou de Sainte-Marie.

Voyant le peu de disposition des Sauvages et la difficulté qu'il y avait ici à faire de nouveaux chrétiens, je me suis principalement appliqué à l’instruction des anciens, et à ramener dans le bercail plusieurs brebis égarées, je veux dire plusieurs Agniers qui se disaient chrétiens, et qui n’en avaient

que le nom. Le mauvais exemple et le libertinage |

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taient si fort oubliés de leurs devoirs qu’à peine se souvenaient-ils d’avoir été baptisés. Dieu m'a fait la grâce d'en retirer un grand nombre de leurs désordres, et de voir maintenant une petite Eglise qui commence autant à édifier qu’elle avait autrefois scandalisé. Je ne sais pas quand elle se multipliera; mais la crainte que j'ai de faire des apostats me rend plus réservé à admettre au baptème, jusqu’à ce qu’on m'’ait donné des preuves d’un cœur sincère et d'une véritable pénitence.

J'ai accordé cette grâce à un homme et à une femme. Le premier, qui est un vieillard âgé de soixante ans, était autrefois considérable, mais une infirmité naturelle l’a rendu si méprisable aux Agniers, qu’on ne le regarde plus que comme un esclave. « Dieu choisit les humbles et n’a que du mépris pour les superbes. » Ce bon homme est fort assidu à la prière et souffre avec une patience admirable l’affliction que Dieu lui a envoyée, dans l’espérance qu'il sera un jour consolé. La femme, âgée de vingt-cinq ans, avait résisté longtemps à la grâce qui la pressait de quitter son idolâtrie; car la peur qu’elle avait que le baptême ne la fit monter au ciel plus tôt qu’elle n’eût souhaité, lui donnait de l'aversion pour ce sacrement. C’est une erreur qui continue encore dans l'esprit de plusieurs Iroquois, que le baptème abrége la vie ; ce n’est pas un léger obstacle à leur conversion.

J'ai baptisé aussi quatre petits enfants à la prière de leurs parents, et d'autant plus volontiers que c’est un engagement pour eux de travailler à être admis eux-mêmes en ce lieu de délice où leurs enfants seront bienheureux.

Mais mon plus grand gain a été du côté des malades. Dieu m'a fait la grâce d’en disposer vingtdeux à la mort, qui, pour la plupart, sont très-probablement allés jouir du bonheur que le sang de

Jésus-Christ leur a mérité. J'espère que l’année pro- À

chaine sera plus féconde, et que le bon exemple des Agniers de la Mission de Saint-Pierre, qui se convertissent tous les jours, fera tant d'impression sur l'esprit de ceux de Sainte-Marie qu’enfin il les imiteront.

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