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un peu voir la vérité de votre art à prédire les choses futures. » Les pauvres gens m’avouaient que cela les passait, et ils me priaient de les aller avertir au temps de l’éclipse. Après cet aveu, plusieurs fois réitéré, de leur ignorance, le dimanche, après la messe, je dis publiquement que l’éclipse serait la nuït suivante; qu'ils se souvinssent de regarder, s’ils se réveillaient.
Par bonheur, le ciel était fort serein; et, dès que |
j'eus remarqué le commencement de l’éclipse, je
m'en allai trouver l’orateur du pays et quelques au-
tres des plus considérables, qui se levèrent, et qui, étant sortis promptement de leurs cabanes, virent l’éclipse déjà fort sensible. Sur-le-champ, ils en firent le cri au milieu et autour du fort. Je les avertis qu’elle ne demeurerait pas où elle en était, qu’elle croîtrait bien davantage, et qu’à peine resterait-il la douzième partie de la lune. Ils me demandèrent si celle-ci ne paraîtrait plus ; ces bonnes gens la croyaient presque perdue. « Elle reparaîtra tout entière, leur dis-je, quand elle sera en tel endroit du ciel, car elle avance toujours; et, comme vous la voyez maintenant décroître peu à peu, vous la verrez aussi recroître à proportion. » Tout étant arrivé comme je l’avais annoncé, ils ont été contraints d’avouer que nous savions mieux les choses qu'eux. De mon côté, j’en ai tiré bien de l’avantage pour les instruire et pour les désabuser de leurs fables et de leurs superstitions. Ces choses sensibles sont beau-
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Il, — DE PLUSIEURS AMBASSADES DES AUTRES IROQUOIS A ONNEIOUT.
Les nations iroquoises, pour entretenir la paix et l'union entre elles, et pour réparer les fautes que les particuliers pourraient faire, ont institué de certaines ambassades qu'elles s’envoient réciproquement les unes aux autres. C’est là où ils exposent avec le plus de magnificence qu’ils peuvent leurs beaux colliers de porcelaine, et où leurs capitaines s’étudient à faire paraître leur éloquence, tant à raconter leurs fables, leurs généalogies et leurs histoires qu'à exhorter à propos les anciens et les guerriers selon l'exigence des affaires présentes.
Dans chaque famille il y a un certain nombre d'hommes et de femmes considérables qui représentent comme les nobles du pays; on les appelle
à Agoïandeères; ce sont eux qui fournissent la porce-
laine et les colliers. Lorsqu'on a dessein d'envoyer une ambassade chez les autres nations, les familles
| sassemblent d’abord, chacune en particulier, et
ramassent tout ce qu’elles ont à donner de porce-
| laine; ensuite chaque famille fait voir aux autres
ce que les plus riches d’entre eux ont fourni. Le
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plus ancien ou le plus éloquent de cette famille fait ensuite une harangue, soit en se tenant debout, soit le plus souvent, en se promenant. Îl parle tantôt sur un ton lugubre et en traînant sur les mots, tantôt avec un accent vif propre à émouvoir; quelquefois d’une voix gaie el entremèlée de chansons que les autres anciens répètent harmonieusement. A la fin il montre tous ces colliers comme autant de défunts, autrefois considérables, qui reviennent à la vie pour animer tous ceux qui sont là présents à conserver le pays pour lequel ils ont autrefois donné leur vie et répandu leur sang. Tout se termine par un festin, et par l'offrande de plusieurs présents qu’ils se font les uns aux autres. Les anciens des autres familles remercient celui qui a parlé, et le lendemain ils font la même chose que lui, chacun à leur tour. Après que chaque famille a ainsi exposé ses colliers et achevé sa harangue, elles se rassemblent toutes à un jour déterminé, et, pendant tous leurs colliers par ordre, chacune de son côté, elles s’entredisent qui sont ceux qui ont donné ces colliers. «Un tel, disent-ils, a donné celui-là de tant de milliers de grains, un tel a donné ces deux-là, ces trois ; un autre ces quatre colliers. » Enfin ils joignent ensemble lous les colliers et les metteni entre les mains
des anciens qui en demeurent les maîtres. Le conseil se tient ensuïle pour examiner combien on en portera à chaque nation vers laquelle on doit aller en
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MISSION DES IROQUOIS. 245 ambassade, et quelles affaires on y lraitera, Quelquelques jours avant le départ des ambassadeurs, ils envoient un présent de porcelaine pour demander qu'on leur prépare une natle pour s'asseoir et se coucher, et pour avertir du jour de leur départ ou de leur arrivée.
Sitôt que cette nouvelle parvient dans une bourgade, les vieillards s’y rassemblent ; de leur côté les jeunes gens vont à la chasse, et tout le monde contribue de ce qu’il a de meilleur pour régaler les ambassadeurs.
Quand ils sont arrivés environ à une portée de mousquet de la palissade, on allume un feu en signe de paix dans l’endroit où les anciens de la bourgade vont les attendre; et, après avoir pétuné quelque temps et reçu les compliments sauvages qu’ils se font les uns aux autres, on les mène à la cabane qui leur est assignée. Ils marchent tous gravement et file à file. Un des plus considérables marche en tête, et il prononce une grande suite de mots qu’ils ont reçus par tradition et qu’on répète après lui. Celui des ambassadeurs qui doit parler, marche le dernier en chan- {ant d’un air assez agréable, et continue sa chanson jusque dans sa cabane, où il fait même cinq ou six {ours en chantant, puis il s’assied le dernier de tous. Là on renouvelle les témoignages d'amitié, on se fait des présents pour ôter la lassitude, pour essuyer les larmes, pour dessiller les yeux afin qu’on s’entre-
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regarde plus facilement, enfin pour ouvrir le gosier afin de donner un passage plus libre à la voix. Ces présents sont suivis de mets que l’on sert aux ambassadeurs par forme de rafraichissement. Ensuite on leur demande des nouvelles de leur nation, et ils répondent par des récits qui durent quelquefois presque toute la nuit. Le lendemain ils se reposent, et, le troisième jour, ils font leur harangue, ils exposent les colliers et le sujet de leur ambassade, On leur répond le jour suivant, après une danse publique qui se fait autour des colliers ; le tout se termine par un festin et par les remerciements qu'ils se font mutuellement.