‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme] (volume 2)Chapitre 71 sur 119 · SAINT-JACQUES · texte numérisé non relu

SAINT-JACQUES

De

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qu’ils ne veulent pas renoncer à quelques danses et autres cérémonies superstitieuses qu’ils emploient comme remèdes dans leurs maladies. Deux choses rendent leur attachement à ces sortes de folies plus difficile à rompre; la première est la fausse espérance de recouvrer la santé par ces moyens, la seconde est le profit qu’en retirent plusieurs d’entre eux. Cela n’a pas empêché deux familles les plus pauvres de la bourgade de donner un exemple de générosité et de fidélité à Dieu, d’autant plus admirable, qu’en abandonnant la pratique de ces superstitions, elles se privaient de l'unique secours qui leur restât pour soulager leur pauvreté et leur extrême indigence. On voit souvent dans ces pauvres barbares de semblables effets d’une grâce puissante, témoignage évident d'une vertu héroïque.

Une Huronne depuis longtemps chrétienne, après avoir vécu dans une grande innocence jointe à beaucoup de délicatesse de conscience, se sentant attaquée d'une maladie grave, fit incontinent appeler le Père pour l’assurer, en la présence de tous ses parents, qu’elle voulait mourir comme elle avait vécu, dans l'éloignement de tout ce qui était contraire à la profession du Christianisme. Comme elle se vit bientôt assiégée des médecins et des devins du pays qui la pressaient de souffrir au moins qu’on lui apprit la cause de sa mort, elle quitta sa cabane pour se défaire de leur importunité; et toute mourante qu’elle

était, elle se fit transporter au milieu de la campa-

gne, d'où elle envoya chercher le Père pour venir lui suggérer quelques pieuses prières. Cet acte si généreux mérita d’avoir pour récompense en cette vie la conversion de son mari. Pendant qu’elle vivait, il n’avait jamais voulu entendre parler de se faire baptiser; mais sitôt qu’elle fut morte, il a été le premier à demander cette grâce avec beaucoup d’empressement. C’est ainsi que Dieu fait paraître, dans cespays éloignés aussi bien qu'ailleurs, qu’il est le Maître des cœurs, pour les toucher et les attirer efficace . ment dans le temps et de la manière qu’il lui plaît.

Il semble attendre les uns à l'heure de la mort, et se servir de la maladie du corps pour rendre la santé à l’âme, ainsi qu’il en usa à l’égard d’une jeune fille que l'infection qui s’exhalait de son corps avait fait déjà chasser de plusieurs cabanes, quoique les Sauvages soit fort peu délicats en cette matière, Le missionnaire le fut encore moins qu'eux, et cette odeur infecte ne l’empècha point de se rendre fort assidu à la visiter et à l’instruire. Il la trouva trèsbien disposée par de vives appréhensions des peines de l’autre vie et par des regrets sensibles de s’être laissée aller à une vie criminelle. Le Père jugea qu'il était expédient de lui accorder la grâce du baptême; et il eut raison de se hâter, car le sacrement fut incontinent suivi de mort. Il en est d’autres que Dieu convertit par l'entremise et par les exhortations de

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ceux qui ne veulent pas se convertir eux-mêmes. Un Sauvage du bourg de la Conception a déjà procuré le salut à plusieurs de ses parents et n’a pas encore voulu travailler à son propre salut. C'est un homme de fort bon sens qui a toujours pris plaisir aux instructions des missionnnaires. Comme il a beaucoup d'esprit, il est fort instruit dans les mystères de notre religion ; il se dit chrétien d’inclination , quoique sa vie l'ait rendu jusqu’à présent indigne du baptême. Lorsqu'il sait que l’un de ses parents ou de ses amis est dangereusement malade, il le va trouver pour l'instruire ; etafin d’être cru plus facilement de lui, il l’assure qu'il a longtemps examiné ce que disent les Robes noires, et qu'après cet examen il n’y a rien trouvé que de conforme à la vérité; qu’au reste, il ne {âche de lui persuader que ce qu’il a dessein de faire lui-même, et qu’il prétend bien demander le baptème lorsqu'il se verra près de mourir. Il dit ces choses si à propos et avec tant d'adresse, qu’il n’en est presque point qu'il ne convainque et qu’il ne dispose parfaitement à recevoir ce sacrement. Il l’a fait depuis peu si heureusement à l'égard d’un de ses neveux, âgé d'environ trente ans, que le P. Garnier fut ravi de la ferveur avec laquelle ce jeune homme demanda le baptême, et des rares dispositions qu'il apporta pour le recevoir.

Mais de tous les moyens dont Dieu se sert le plus dans ces trois bourgs de Saint-Michel, de Saint-

Jacques et de la Conception qui appartiennent à la nations des Tsonnontouans, celui qui convertit plus efficacement les Sauvages, c’est la misère et l’abandon des créatures. Il n’en est pas de mieux disposés à écouter les instructions et de plus faciles à obéir aux mouvements de la grâce, que de pauvres esclaves ou d’autres personnes destituées de tout secours et abandonnées de tout le monde. Ce sont eux qui donnent le plus de consolation au Père, et qui, au milieu de leurs misères temporelles, recoivent le plus volontiers la bonne nouvelle de let bonheur éternel. Le Père en a baptisé, cette année, quelquesuns de cette classe, et ils vivent tous en-véritables chrétiens. Il aurait pu espérer le même succès auprès de beaucoup d’autres, s’il avait eu assez de loisir pour continuer à les instruire, ét pour assister en même temps les malades qui ont été en grand nombre et dont plusieurs sont morts après le baptème.

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