DE LA MISSION DE LA CONCEPTION A TSONNONTOUAN
Le P. Raffeix, qui a soin de cette mission, en écrit ce qui suit :
Le grand nombre de superstitions qui se sont ramassées ici avec les peuples qui sont venus s’y réfugier après la destruction de leur pays, apporte un empêchement bien notable à la propagation de l’Évangile. L’éloignement des Français, chez lesquels les Tsonnontouans ne vont presque point, leur fait trouver étranges les enseignements de notre Foi, parce qu’ils n’ont presque jamais vu personne les croire et les pratiquer. D'ailleurs le libertinage et la corruption des mœurs, qui font souvent approuver et louer publiquement tous les vices, contribuent beaucoup à leur faire mener la vie des bêtes et à les rendre insensibles à tout ce qui regarde le salut. Ce n’est: pas qu’en plusieurs d’entre eux on ne voie un très-bon naturel, et que la plupart ne soient beau- Coup moins sujets à leurs passions que les Euroropéens. Mais dans le règne de la nature corrompue on se laisse aller au mauvais exemple, et ces riches
naturels, qui feront un jour des merveilles quand la vertu les possédera, sont encore trop faibles pour résister au respect humain. Il mourrait bien peu d’adultes sans recevoir le baptème, si on pouvait les trouver seuls pour les instruire; mais la honte de passer pour fidèles devant les autres qui ne le sont point, est un grand obstacle à leur conversion. Et, pour cette raison, je n’ai pu, cette année, baptiser que dix adultes, qui sont tous morts après avoir reçu cette grâce. Plusieurs, qui prient Dieu quand ils sont seuls dans la chapelle, auraient honte de le faire devant ceux qui ne prient pas. Une jeune femme s'était empoisonnée à la suite de graves désagréments qu'elle avaient éprouvés. J’allai la voir plusieurs fois dans sa cabane pour lui parler de son salut ; le respect humain l’empêcha de répondre. Je lui portai de temps en temns des remèdes et quelques douceurs afin qu'elle agréàt plus facilement ce que je lui disais de Dieu, du malheur ou du bonheur éternel de son âme. Tant qu'elle eut auprès d’elle son mari et sa mère, elle ne parla point du tout; je vis bien qu’il la fallait trouver seule et au plus {ôt, car elle était à l'extrémité, Je m’y rendais quelquefois si malin ou si tard que je me perdais dans les champs en m'en retournant. Enfin, un jour que son mari était absent et pendant que sa mère était allée chercher de l’eau, elle m'ouvrit son cœur, priant Dieu avec beaucoup de ferveur qu'il lui pardonnât ses
eilles quand la p faibles pour t bien peu d’aon pouvait les js la honte de qui ne le sont onversion. Et, innée, baptiser près avoir reçu | quand ils sont de le faire deane femme s'és désagréments r plusieurs fois n salut ; le res- . Je lui portai quelques douent ce que je
1 bonheur éterprès d'elle son du tout; je vis au plus tôt, car ais quelquefois lans les champs que son mari tait allée cherr, priant Dieu pardonnät ses
fautes. Elle écouta ensuite, très-volontiers, l’instruction que je lui fis et se disposa à recevoir le baptème. Tous, il est vrai, ne sont pas à ce point esclaves du respect humain. Un des anciens du bourg me fit appeler et me parla ainsi : « Vcici ma nièce et ma petite-fille qui n’en peuvent plus; il y a longtemps qu'elles traînent. Dis-leur bien tout ce qui regarde la Prière, afin de les disposer le mieux que tu pourras à se faire chrétiennes. »
Je serais bien marri que ce vieillard qui n’est pas encore baptisé perdit pour lui-même la grâce que deux de ses filles, sa nièce et sa petite-nièce ont reçue cette année ; et qu’elles ont, il y a lieu de le croire, portée intacte dans le Ciel, car elles sont mortes peu de temps après le baptème.
Faisant un jour voyage avec un homme qui : revenait de la guerre, comme je m’entretenais avec lui de la religion et des mystères de la Foi, il me raconta qu’un des chefs de leur armée, tenant conseil près du pays ennemi, avait dit qu’il fallait aller sans crainte au combat. « Pour moi, continua-t-il, je suis loin de rien craindre; car je sais que rien ne nous arrive que par la permission de Celui qui est au Ciel, que j'adore et que j'invoque depuis que j'ai embrassé le Christianisme. » Qu’il serait à souhaiter que tous eussent le même courage, et qu'ils pussent s'élever au-dessus du respect humain!
Je ne saurais expriner le plaisir que je prenais
à entendre un vieillard, qui est chrétien depuis quelque temps, et qui n'est pas de ce pays. « Ah! disait-il, quand est-ce que le bonheur m’arrivera de me retirer dans le pays de la Foi, chez les Français, et de ne plus vivre ici où Dieu n’est pas encore connu et où il est si souvent offensé! Que je vivrais et mourrais content parmi mes frères le chrétiens de Québec ou de la Prairie de la Magdeleine! Si moi et ma famille ne sortons au plus tôt de ce pays, mon fils, ma petite fille et ma femme y seront exposés à perdre la Foi au milieu de l’infidélité et du libertinage, au lieu que s’ils vivaient avec les fidèles ils se sauveraient en suivant leurs bons exemples. » Il prétend donc, a quelque prix que ce soit, se mettre en chemin dans un mois pour aller demeurer à Québec ; ce ne sera pas sans beaucoup de difficultés et de travaux. Dieu a ses prédestinés partout; mais ce bon grain est encore assez rare dans ce pays; ce sera à des fervents et zélés missionnaires, qui viendront cultiver cette terre ingrate et stérile, à. faire multiplier la semence au centuple.
Du nombre de ces prédestinés sont particulièrement les petits enfants que nous tâchons de ne point laisser mourir sans le baptême. Je l’ai conféré à un assez grand nombre cette année. Quatorze d’entre eux sont morts après l'avoir reçu. Comme ils sont notre gain le plus assuré, ils sont aussi notre
en depuis quelpays. « Ah! dir m’arrivera de chez les Frana n’est pas enffensé ! Que je mes frères le e de la Magdeons au plus tôt : et ma femme | milieu de l’inue s'ils vivaient n suivant leurs a quelque prix dans un mois le sera pas sans ux. Dieu a ses rain est encore des fervents et liver cette terre la semence au
nt particulièretâchons de ne e. Je l’ai connnée. Quatorze ecu. Comme ils ont aussi notre
plus grande consolation, et nous veillons sur eux
avec un soin tout particulier. Mais aussi, il faut l’avouer, c’est surtout à l'égard de ces petits innocents que Dieu découvreles traits de sa providence spéciale. Plusieurs fois des mères qui n’avaient aucune inclination pour la Foi, me sont venues chercher pour rendre la santé à leurs enfants malades ; j’en ai profité pour les baptiser, et plusieurs se sont envolés au Ciel, après avoir reçu, par le baptème, au lieu de la santé du corps celle de l’âme. Depuis six mois j'avais épié un petit enfant tout languissant. Le démon, envieux de la gloire que cet enfant rendra à Dieu pendant toute une éternité dans le Ciel fit qu'on me le cacha. On l’emporta dans une cabane bien éloignée du bourg et bien avant dans le bois. J'appris le.matin qu’il était à l’extrémité. Après ma messe, je me mets en route. L'ange gardien de cet enfant me faisait trouver du monde à tous les endroits où il y avait deux chemins. Mais je ne serais jamais arrivé si trois jeunes garçons, qui venait du lieu où j'allais et qui s’en retournaient chez eux n’eussent changé de résolution. Ils reviennent donc avec mai, mais ils se mettent si fort à courir dans le bois, que je les perdis de vue bien des fois; je les rejoignis enfin et j'arrivai à cette cabane, où je ne trouvai ni la mère ni l'enfant moribond. J’envoyai appeler la mère dans un champ voisin où elle avait coutume d'aller, jy allai moi-même trois fois, et, la dernière, eomme
je revenais, elle arrivait à la cabane par un autre chemin avec son enfant; et je restai seul avec le petit malade, pendant qu’elle alla quérir de l’eau dont je me servis pour baptiser l'enfant qui expira peu après.
te
par un autre | seul avec le uérir de l'eau ant qui expira
MISSION