‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme]Chapitre 12 sur 88 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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lution de ne plus aller prier Dieu. Quelques mois après, il partit pour la chasse d'hiver sans se reconnaître, et emmena avec lui cette femme et une petite fille qu’elle avait ; il tomba malade dès le commencement et traina tout l’hiver, sans jamais avoir recours à Dieu et à la prière. Mais c'était trop pour que le ciel ne tirât enfin vengeance de ce misérable. Le Père apprit, sur la fin du mois de Mars, que ce pauvre homme était à deux journées du village, malade à mort. Il part aussitôt de grand matin pour aller guérir son âme qui élait encore plus malade que son corps : maïs ce fut trop tard; car le soir du même jour qu'il partit, il apprit en chemin qu’il venait d’expirer et qu’il était mort comme un Judas, avec le désespoir de son salut.

Voici quelques circonstances de sa mort, que rapportent ceux-mêmes qui y ont assistés. Il perdit la parole trois jours avant celui où il rendit son âme à Dieu, toujours assisté par sa seconde femme qui resta auprès de lui jusqu’à son dernier soupir. Cinq jours avant sa mort, il dit adieu à tous les assistants : « Nous nous allons séparer, leur dit-il, je vais faire un grand voyage dans l'enfer, où je serai éternellement malheureux. »

Et peu de temps après, un charbon ardent ayant jailli sur son bras, je ne sais comment on lui-dit : « Mon frère, le feu te brûle.

— N'importe, répondit-il, qu'il demeurc-là, aussi

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On l’invita à recourir à Dieu, et à lui démander pardon. Il répartit que son péché était trop grand pour l'obtenir, vu principalement qu'il n’y avait pas là de Robe noire pour l’assister el lui effacer son péché. Hélas! si le Père eût eu à temps connaissance de sa maladie mortelle! Mais le malheureux avait lassé la miséricorde de Dieu, et il s'en était rendu indigne par son endurcissement.

Nous avons appris d'une bonne chrétienne , qu'elle dit l'automne passé à ce pauvre Sauvage, lorsqu'il commençait à se comporter mal : « Je ne te vois plus à l’église, d’où vient cela? ta venue nous a bien réjouis, nous autres, qui ne faisons que commencer à apprendre ce que c’est que la Foi, et qui ne l'avons pas encore bien enracinée : nous pensions que tu nous donnerais bon exemple, toi qui es chrétien depuis si longtemps, et qui vis au milieu du Christianisme ; mais je ne vois pas que tu fasses autrement que ceux parmi nous qui n’ont pas encore d'esprit. »

[répondit en riant : « Tu as raison, mais qu’y ferions-nous? Pour moi, je n’ai point d'esprit; je veux souffrir cet hiver, après quoi le printemps revenu, je ferai pénitence, et me repentant de mon péché, je me raccommoderai avec l'Église, et mon péché me sera pardonné. »

Hélas! il n’a été qu’à demi-prophète. Îl a effective-

ment bien souffert l'hiver passé de la maladie, mais il souffre encore, et souffrira pendant toute l'éternité, Le printemps venu, il n’a pas eu le loisir de rentrer en lui-même; ah! que le malheureux s’est bien trompé, qui pensait avoir le temps de faire pénitence après l'hiver, et pendant l'hiver, il a eu une maladie qui l’a entraîné dedans l'enfer.

Je prie Dieu que notre Mission, et tous les pécheurs profitent d’une fin si funeste, et se souviennent de cette belle parole de saint Isidore : «On doit se hâter de revenir à Dieu par la pénitence, quand on le peut ; car si on ne le veut pas lorsqu'on le peut, on ne le pourra pas quand on le voudra, mais trop tard. ! »

Depuis la relation écrite, il est arrivé une guérison surprenante qui mérite d'être jointe ici pour nous consoler un peu de la perte de ce pauvre misérable dont nous venons de parler.

Marie Oouendraka, étant en son champ de blé d'Inde, éloigné du village d'environ une lieue, elle tomba malade d’une grosse fièvre, accompagnée de pleurésie, qui l’obligea de retourner ici, ce qu'elle fit avec bien de la peine.

Le P. Vaillant, ayant appris son retour et sa maladie, l’alla visiter, et après l'avoir entretenue de Dieu quelque temps, il lui parla de lui procurer des remè-

4. Festinare debet ad Deum pœnitendo, unusquisque dum potest, ne si cum potest noluerit, cum tarde voluerit, non possit.

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des nécessaires à son mal, à quoi elle répartit qu’étant déjà âgée (elle avait environ cinquante ans), il ne fallait pas tant se mettre en peine de sa santé, et que le paradis, où elle espérait aller après sa mort, valait bien plus que la vie qu’on lui voulait prolonger. Cependant on la saigna sur l’heure même, et quelque temps après, on la saigna deux autres fois en un jour, après quoi elle se porta un peu mieux, et même elle s’assoupit, en sorte cependant qu’elle entendait tout ce quise passait dans sa cabane, ce qui fitrésoudre le médecin à la saigner pour unequatrième fois; ce qui se fit le matin ; et l’après-diner du même jour, qui fut le sixième de la maladie, nos deux Pères l’étant allé visiter, ils la trouvèrent avec un grand redoublement de ficvre, ne pouvant plus parler ni quasi respirer, ni même ouvrir les yeux qu'avec bien de la peine pour regarder les objets, sans pouvoir les discerner. Sa faiblesse devint si grande qu’elle ne pouvait plus se remuer, et elle n’avait pas même assez de forces pour attirer sur soi sa couverture.

Le P. Chaumonot la voyant si bas, eut recours à Dieu, pour obtenir de lui la guérison de cette pauvre femme ; engagea les deux enfants de la malade, qui étaient là présents, à la lui demander par les mérites de la Sainte-Vierge ; et il leur fit promettre de réciter, neuf jours durant, le chapelet dans notre chapelle de Lorette, si la malade retournait en santé. Sur les quatre heures du soir, elle s’assoupit dere-

chef, en sorte qu’elle ne sait elle-même, si elle dormait ou si elle veillait, tenant néanmoins les yeux toujours fermés ; et pour lors, il lui sembla sentir la présence de deux personnes à ses côtés. Celle qui était au côté droit, lui dit : « Prends ma robe, afin que je te guérisse. » Elle, craignant que ce ne fût une illusion, refusa de le faire, et en même temps, celle même personne, lui passant cette robe dessus son visage, ces deux personnes parlant toutes deux ensemble , elles lui dirent : annen onne onsesarik, « ma mère, vous voilà guérie. »

Cette bonne femme ne sait point comment étaient faites ces deux personnes, ni comment elles étaient vêtues, ni même de quelle matière ou couleur était cette robe, dont elle fut touchée. Ce qu’elle sait, c'est qu'étant revenue de cet assoupissement, elie crut que c’élait un songe, jusqu’à ce qu'’effectivement, faisant réflexion sur soi, elle ne sentit aucun mal de tête, aucune douleur du corps, aucune pointe de pleurésie, ni même de faiblesse. Elle se lève promptement, elle s'habille sans peine, elle marche dans sa cabane, elle sort dehors, elle se promène sans difficulté, et comme si jamais elle n’avait été malade. Sa fille, qui était seule alors dans la cabane, et qui lui vit faire tous ces tours, crut d’abord qu'elle était tombée en délire, mais elle fut rassurée par sa mère qui lui raconta sa guérison, et lui envoya quérir le P. Chaumonot, pour lui racon-

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Le Père y alla sans savoir rien de tout ce qui s’était passé, et entrant dans la cabane, il fut bien sur-

pris de la voir sur son séant; mais il le fut encore

plus quand il la vit se lever debout fort lestement, et faire la révérence, lui disant d’une parole dégagée : « Bonjour, mon Père. » D'abord, il jugea aussi bien que sa fille que la malade était en délire. Il la fit incontinent donc asseoir, craignant qu’elle ne se livrât à quelques extravagances, et lui dit de se tenir en repos et en silence, de peur d'augmenter son mal. « Quel mal? répliqua-t-elle, je n’ai plus de mal; je suis guérie. » Plus elle parlait, plus le Père se confirmait qu’elle extravaguait, jusqu’à ce. qu’elle lui eût raconté le tout en secret, de peur, dit-elle, de tomber en vanité, parce que j’appréhende que cette soudaine guérison ne soit un stratagème du démon pour me perdre, voyant qu’il lui reste si peu de temps à me tenier.

Le Père ayant ouï ce qui s’était passé, l’assura que ce n’était point illusion, mais que très-probablement la Sainte-Vierge, à qui les deux enfants avaient promis une neuvaine de chapelet dans la chapelle de Lorette, avait eu la bonté d'envoyer deux autres de ses enfants qui sont morts comme de petits anges, il y à déjà quelques années, pour lui rendre la santé ; puis il l’amena dans la chapelle remercier sa bien-

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faitrice, et faire offre à Dieu de sa nouvelle vie, pour ne l'employer plus qu’à son service.

Comme elle sortait de sa cabane pour cet effet, elle rencontra son fils, âgé d'environ vingt ans, qui ne savait encore rien de cette guérison, et qui, l'ayant aperçue sortir avec un visage gai, s'enfuit et s'alla cacher, car il s’imaginait que c'était un spectre, en se rappelant l’état où il l'avait laissée quelque temps auparavant. Dès le soir, tout le monde fut d'autant plus surpris de la voir assister au salut du Saint-Sacrement, à deux genoux, sans aucune peine, que le même jour on était allé prier Dieu dans sa cabane, selon la louable coutume de ce village, comme pour une moribonde; et à la sortie de l’église, elle affirma qu'elle n'avait senti aucune incommodité ni faiblesse depuis cette guérison. Au reste, deux raisons font juger que cette guérison a été opérée par une spéciale faveur du ciel : la première, est l’état où l’avait réduite la maladie, qui lui faisait éprouver des douleurs si aiguës et la tenait dans une si grande faiblesse, qu’elle n’osait ni ne pouvait pas même se remuer. Or, de revenir en un moment d’un tel état en une santé telle que je viens de le dire, même après quatre saignées en moins de de deux jours, je ne pense pas que cela se puisse faire naturellement sans aucun remède.

La deuxième raison est la bonne et sainte disposition dans laquelle elle souffrait son mal, en y exer-

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çant quasi toutes les vertus chrétiennes dont une personne malade est capable. Elle s'était détachée de tout ce qui la pouvait empècher de penser à Dieu : Ayant, dès le second jour de sa maladie, disposé du peu de hardes qu’elle avait, en faveur des pauvres du village, ne s'étant réservé qu’une méchante couverture pour être ensevelie après sa mort ; elle avait dit adieu à ses enfants et leur avait donné ses instrucions qu’ils devaient garder après sa mort, qui tirèrent les larmes des yeux de toute l'assemblée. Elle avait fait un sacrifice à Dieu de sa propre vie, dans une grande indifférence de vivre ou de mourir, selon son bon plaisir. Elle était entièrement résignée à la mort, qu’elle attendait avec assurance et grande joie. Elle souffrait en outre les douleurs les plus cuisantes avec une patience admirable, unissant et comparant continuellement ses souffrances avec celles que Notre-Seigneur a endurées en sa passion. Enfin, elle avait une présence continuelle de Die: 2t de la Sainte-Vierge, à qui elle avait particulièrement recours dans ses plus grandes douleurs ; tout cela, dis-je, joint à la neuvaine de ses deux enfants, naura-t-il pas pu exciter le cœur de la Sainte- Vierge à obtenir de son cher Fils une guérison miraculeuse, en faveur d’une si généreuse chrétienne ?

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