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à craindre de révolte; mais ils ont été bien trompés dans leurs prétentions, car ils ne les ont presque jamais attaqués, qu'ils n’en aient été repoussés, même avec de très-grandes pertes; une fois entr’autres, de quatre cents hommes qu’ils étaient, il en est revenu, à grand’peine, sept ou huit soldats; en outre, une partie du pays qu’ils habitent a élé saccagéc, plusieurs villages ont été pillés, détruits et brülés, et grand nombre de personnes, de l'un et de l’autre sexe, ont été massacrées ou failes esclaves par ces barbares. f
Dieu a tiré sa gloire de ces malheurs, ct il s’est servi de celte guerre comme d’un moyen pour faire connaître l'Évangile à une de ces nations Sauvages à qui les Anglais non-seulement ne l’annonçaient pas, mais encore ne souffraient pas ‘qu’on l’annonçit. Nous trouvons ces détails dans lettre du P. Jacques Vaullier qui gouverne la mission Algonquine de Sillery, |
Extrait d'une lettre du P. Jacques Vaulticr, écrite de Sillery, le 4er janvier 1677.
Dès le commencement de la guerre que les Abénaquis ont avec les Anglais, plusieurs de ces Sauvages, en appréhendant les suites, résolurent de se retirer dans le pays habité par les Français et de
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s'approcher ainsi, sans y penser, de leur bonheur, en s’approchant des missionnaires, qui n’eussent pu les aller trouver dans leur pays. Deux nations, parmi les autres peuples de ces contrées, les Sokokis et les Abénaquis exécutèrent ce dessein et se mirent en route vers le commencement de l'été de l’année 1675.
Les Sokokis prirent leur direction vers la ville des Trois-Rivières !, où ils se sont fixés ; et les Abénaquis, dont on parlera plus spécialement dans celle relalion, se retirèrent au lieu appelé Sillery, qui fut autrefois si célèbre par les Missions Algonquines. Ils y arrivèrent au milieu du printemps de l’année 1676, après avoir souffert pendant l'hiver une famine si étrange qu’un grand nombre en moururent. Ils ne s’y furent pas plus tôt établis qu’on leur parla de l’affaire de leur salut et des mystères de notre religion. L’extrême froideur si naturelle à tous les Sauvages, leurs idées grossières et tout à fait éloignés de ce qu’on leur prêche, leur vie libertine fort opposée à la sainteté des mœurs du Christianisme, ne permettaient pas de croire qu'ils dussent obéir si facilement aux sollicitations pressantes qu’on leur faisait de se soustraire au malheur éternel, en quittant le démon, et de se rendre hetireux pour jumais, en se donnant à Dieu le maître de leur vie; mais la grâce surmonta tous
1, Trois-Rivières, ville, du Bas-Canada, sur le bord du Saint- Laurent, à l'endroit où trois rivières réunies se déchargent dans ce fleuve,
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ces obstacles plus promplement qu’on ne se le fût imaginé. Car non-seulement ces barbares écoutèrent d’abord très-volontiers ce qu’on leur dit pour leur salut, mais même ils ne tardèrent point à se faire instruire avec toute la ferveur imaginable, et, en trèspeu de temps, il y en eût fort peu d’entre eux qui ne vinssent exactement à l’église le soir et le matin; ils y récitaient leurs prières avec une modestie ravissante, En outre ils écoutaient avec une pareille attention le catéchisme, et quoiqu’ils fussent pour la plupart âgés, ils se laissaient tous interroger comme des enfants, sans se rebuter jamais de ce que, leur âge n'étant plus propre à retenir des choses aussi nouvelles que celles qu’on leur enseignait, ils faisaient plusieurs fautes dans leurs réponses en public et devant les autres. Dans la suite ils passèrent plus avant; car comme quelques-uns d’entre eux avaient appris plus tôt les prières que les autres, ceux qui ne les savaient pas encore se faisaient instruire par eux, sans qu’on leur eût ordonné ou même suggéré ce moyen. Ils s’assemblaient pour cet effet dans plusieurs cabanes. C'était une chose merveilleuse de les voir en troupe autour de quelque jeune enfant, lui faire réciter tout haut le Pater et l’ Ave, et le répéter avec lui, ou l'interroger sur la manière de réciter le chapelet, ou enfin lui demander quelque point du catéchisme qu’ils n’avaient pas bien retenu. Le temps de la nuit, qu'ils choisissaient comme le plus
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propre à n'être pas détournés de cet exercice, montrait assez que ce n’était pas par aucune considération humaine qu'ils le pratiquaient, puisqu'ils ne croyaient pas alors devoir être observés de personne. Ainsi la plupart d’entre eux eurent bientôt appris les prières et le catéchisme, autant et plus qu’il n'était nécessaire pour recevoir le baptême. On le leur eût accordé, si l’inconstance qui cst ordinaire aux Sauvagesn’eût fait appréhender raisonnablement qu’une si grande ardeur ne serait pas suivie d’une égale fermeté pour résister aux occasions du péché qui ne leur manquent pas, et qu'ainsi , en reprenant leurs mœurs corrompues, ils ne profanassent la sainteté du sacrement. Car celui qui le reçoit n’est pas moins obligé à pratiquer les maximes de la morale évangélique qu’à croire les vérités spéculatives. IL est vrai qu’il parut un changement notable dans les mœurs de la plupart d’entre eux ; et que, pour ce qui concerne les jongleries et superstitions, ils déclarèrent d’abord publiquement y avoir renoncé ; qu'ils refusèrent même, d’une commune voix, un étranger qui osa leur dire que le remède le plus court dans les maladies était d’avoir recours au démon; que, nonobstant les grandes maladies dont plusieurs d’entre eux furent affligés pendant tout l'été, ils ne se servirent jamais de tous ces remèdes diaboliques, et qu’enfin quelques-uns, sollicités par un jongleur de lui préparer ce qui lui était nécessaire pour converser
MISSION DES ADÉNAQUIS.
avec le démon, ils lui résistèrent ouvertement. D'un autre côté, pour ce qui est de l’ivrognerie, qui est leur plus grand faible, ils s’en abstinrent presque tous, et plusieurs parurent même s’en être entièrement corrigés, fuyant les occasions d'y tomber. Quelques-uns même ajoutèrent qu’ils ne s’y laisseraient jamais aller s'ils pouvaient une fois obtenir le baptême. Enfin quant à l’impureté pour laquelle ils n'avaient gardé aucune modération avant que de se faire instruire, depuis qu'ils le furent, il ne parut plus aucun vestige de leur ancien libertinage. Mais comme ils n'étaient venus en ce lieu que depuis le mois de mai de l’année 1676, et qu'ils en partirent presque tous dès le mois de décembre de la même année, pour aller chacun de son côté pour leur hivernement, on jugea qu'ils avaient besoin d’une plus longue épreuve. Pour s'assurer de leur constance et pour leur donner plus d'estime de l’excellence du baptême, on crut devoir différer de le leur accorder, afin qu’à l'extrême envie qu’ils avaient de le recevoir, ils joignissent une crainte véritable de le profaner ou d'en perdre la grâce, lorsqu'ils l’auraient reçu. Ainsi, outre les enfants qui furent presque tous baptisés, parce que la plupart de ces raisons n’avaient pas lieu à leur égard, on n’a accordé cette grâce qu'à quelques jeunes garçons et à quelques jeunes filles, dont l’âge peu avancé ne permettait pas de croire qu'ils eussent d'jà contracté des habi-
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tudes criminelles bien enracinées, et enfin à un fort petit nombre d'hommes et de femmes plus avancés en âge, dont la ferveur extraordinaire s'était fait remarquer et pouvait tenir lieu d’une plus longue épreuve. Entre ces derniers fut un de leurs capitaines, nommé Pirenakki, à qui ses belles qualités, la bonté de son esprit, la douceur de son naturel, ont donné beaucoup d’autorité sur tous ceux de sa nation, et dont l’ardeur incroyable pour se faire chrétien et pour exciter les autres à se procurer le même bonheur, mérite bien qu'on dise quelque chose de lui en particulier. La première fois qu'on lui parla de se rendre à l’église, il obéit sur-le-champ, et fit venir ceux sur qui il avait plus de pouvoir, parce . qu'ils étaient ses plus proches parents; il ne cessa d'exhorter les autres à faire de même dans les harangues qu’il léur adressait presque tous les jours, dans lesquelles il invectivait contre les principaux vices auxquels il les voyait attachés, particulièiement contre l'ivrognerie qu'il tâächait d'empêcher de toutes les manières possibles. 11 était ordinairement le premier à la Prière, et en s’y rendant, il passait de cabane en cabane, pour avertir les autres d’y venir avec diligence. Dans l’église il surpassait les autres en modestie, et y portait même un air de dévotion qui n’est point ordinaire aux Sauvages nouvellement convertis. Le désir extrême qu’il avait de recevoir au plus tôt le baptème, l’engagea à employer tous les
exercices que pratiquaient les plus fervents pour apprendre le catéchisme et les prières, et lui fit faire outre cela deux choses remarquables.
La première est que, comme il était âgé et qu’il ne pouvait pas retenir les prières aussi facilement qu’il eût souhaité, il avait inventé une espèce d'écriture pour soulager sa mémoire. Dans ce but, il avait fait sur du papier une sorte de figures que lui seul connaissait, pour réprésenter la première demande du Pater noster, une autre pour la seconde, et ainsi du reste ; il prenait incessamment ce papier la nuit et le jour, et répétait, d’une façon fort aimable et comme en se divertissant, la prière qu'il avait écrite, pour se la mieux imprimer dans la mémoire.
La seconde chose est que, nonobstant la disette qu'il avait à endurer avec les autres, pendant une partie du printemps et pendant tout l'été, il ne voulut
jamais pendant tout ce temps aller une seule fois à la chasse, afin, comme il le déclara depuis, de ne point quitter le missionnaire de vue, et de pouvoir par le moyen des instructions fréquentes qu'il recevait de lui, se disposer plus promptement au baptème. Cette ferveur, qui peut passer pour héroïque, particulièrement dans un Sauvage, ne permit pas qu’on lui refusât une grâce qu’il avait d’ailleurs méritée par sa vie extraordinairement exemplaire et par des mœurs vraiment dignes d'un chrétien. Il fut donc baptisé après l’avoir demandé avec empressement et avec de
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grandes protestations que son désir lui inspirait de ne jamais contrevenir aux promesses qu’il ferait à Dieu en recevant ce sacrement. Sa femme, pour qui il demanda la même grâce, fut aussi baptisée avec lui, parce qu’elle avait toujours imité sa ferveur et sa vertu. Il y a sujet d’espérer que, dans la suite, il ne servira pas peu à conserver dans les exercices de piété ceux de sa nation qui se sont convertis et à en engager d’autres à se convertir. Il est aussi à croire que cette nation particulière, qui commence d’embrasser la Foi, pourra bien être la cause, dans la suite, que Jésus-Christ soit connu d’une infinité d’autres nations qui leur sont alliées et qui surpassent en nombre toutes celles à qui on a prêché l'Évangile jusqu’à présent.
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La mission de Tadoussac comprend grand nombre de nations qui viennent du côté du Nord pour faire commerce avec les Français; le P. de Crépieul et le P. Boucher ont hiverné avec eur, Voici un extrait du
journal que le P. Crépieul a fait de son hivernement.
Mon Révérenn PÈRE,
Pour satisfaire aux ordres de Votre Révérence, je commence le journal par où je crois avoir fini le précédent.
Le 5 septembre, il plut à Notre-Seigneur, après avoir un peu exercé notre patience, de nous accorder, par l’intercession du V. P. François Régis, ce que
1) Cette Mission, comme il a été dit précédemment, comprend
plusieurs nations, spécialement les Algonquins inférieurs ou Montagnais, et autres peuplades de la langue algonquine.
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nous avions demandé avec bien de la confiance pendant quelques jours.
Le 6, les Sauvages abordèrent de toutes parts, et en peu de jours composèrent treize grandes cabanes, qui me donnèrent bien de l’ouvrage à les instruire et à leur conférer les Saints Sacrements. Je ne sais lesquels furent plus assidus à la Prière et aux instructions, soit Montagnais , Algonquins, Abénaquis, Esquimaux, Outabitibeux ?, Papinachois, soit Mistassins et Kouakouachiouets, qui pour la première fois élaient descendus en ce lieu. Ils furent ravis de voir notre nouvelle église si avancée et si bien ornée, n'ayant jamais vu jusqu’alors de semblable édifice.
Un Sauvage de Némiskau , à quatre ou cinq cenis lieues d'ici, ne pouvait assez témoigner sa joie, assurant qu’il irait au plus tôt chercher ses parents, afin de les rendre participants de son bonheur. Quatre de ses enfants l'urent baptisés et, sa femme, dangereuscment malade, reçut peu après le baptême. Trois scmaines s’élant écoulées dans ces saints exercices, nous parlimes de Chécoutimi, le P. Boucher et moi, pour nous rendre au lac Saint-Jean. Pendant quatre jours que nous fûmes en chemin, nous endurâmes bien du mauvais temps, de la neige, du vent et du froid, étant tout glacés dans nos canots, mais remplis de joie de souffrir quelque peu pour l’amour de Dieu
et le salut des âines.