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manches et les fêtes; pour les jours ouvriers, quoiqu’ils n’aient pas tant de dévotions extérieures, ils ne laissent pas de les passer saintement.
Dès la petite pointe du jour, on dit la première messe pour ceux qui sont plus pressés de se rendre au travail; puis, quelque temps après le soleil levé, on dit la seconde pour tout le monde. Il n’y en a point qui n’entendent une deces deux messes, et presque tous les entendent toutes deux, même celle qui se dit à la pointe du jour, quelque froid qu’il fasse, comme il en a déjà fait en ces quartiers, des plus grands du Canada. Après les deux messes, chacun s'occupe à son travail sans presque interrompre ses prières; car leur emploi le plus ordinaire étant ici d’aller aux bois ou dans leurs champs, ils ont toujours gardé cette sainte coutume, dont chacun fait hautement profession , d’aller et revenir en disant le chapelet qu’ils portent à la main pour ce sujet, ainsi que dans leurs autres voyages de plus longue durée. Le Père Frémin m'a assuré qu’il y en a plusieurs parmi eux qui sont dans une continuelle union avec Dieu pendant tout le cours de la journée.
Mais afin de prouver que toutes ces dévotions ne sont point de pures simagrées ni hypocrisies auxquelles les Sauvages sont assurément très-sujets, et qui trompent facilement ceux qui ne les connaissent point, je veux montrer ici en peu de mots comment nos néophytes agissent sincèrement e4 du fond de
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leur cœur, et combien leur vie et leurs actions s’accordent merveilleusement avec leurs dévotions et leurs pratiques religieuses.
Tout le monde sait combien les Sauvages, dans leurs maximex et façons d'agir, sont sensibles aux affronts et aux injures, et que même ils se donnent souvent la mort pour ne vouloir digérer une parole un peu piquante. Jusqu'ici ils avaient tous paru incapables de se faire violence en ce point; les nôtres cependant ont appris à se vaincre à l’école de Jésus- Christ. Entre autres, nos capitaines agniers et onnontagués nous en ont donné dernièrement un bel exemple. Un des capitaines des Hurons qui avait voulu, l’été dernier, aller demeurer à Montréal, avait fort mal parlé de cette Mission, et par là il avait blessé plusieurs particuliers, entre autres ces deux capitaines qui, se voyant extrêmement offensés par son procédé et par ses paroles, ne l'avaient plus regardé, au lieu qu'auparavant ils lui rendaient beaucoup de déférence en tout, comme au premier et au plus ancien des capitaines. Cependant cet homme étant enfin resté avec nous, le Père a remontré qu'il était de la gloire de Dieu et du bien de la Mission que les autres se réunissent à lui, et qu’il fallait en cela sacrifier son ressentiment à Dieu et au bien public. Aussitôt dit, aussitôt fait, et comme ces deux capitaines ne faisaient que de revenir de leur chasse, ils ont invité l’un après l’autre à un festin le capitaine Huron; le
remettant ainsi sur pied, bien plus le remettant ainsi sur leurs têtes pour être de nouveau le premier, le chef de tous; n’est-ce pas là une action de parfait chrétien?
La chose qui embarrasse le plus ici quand on baptise les adultes, c’est le point de la restitution, infiniment plus difficile parmi les Sauvages que parmi les Européens. Car il est bien rude à un barbare d’être obligé, s’il veut recevoir le baptème, de se dépouiller, pour ainsi dire, lui, sa femme et ses enfants de tout ce qu’ils possèdent, afin de réparer le tort qu’ils ont fait aux autres, dans un temps où ils s’imaginaient avoir la liberté de tout faire. Nos Sauvages passent néanmoins sur celte considération, et par un esprit vraiment chrétien, ils se mettent plus en peine de pourvoir au bien de leurs âmes qu’à celui de leurs corps, apportant aux pieds du Missionnaire le fruit de leur chasse pour les restitutions qu'ils croient être obligés de faire.
Notre dogique vint l’autre jour trouver le Père et lui détailla, article par article, tous les torts qu'i pensait avoir fait aux Iroquois et à son prochain; à chaque article, il mettait entre scs mains de quoi y satisfaire. Ce même dogique, deux ou trois jours après, fit dans la chapelle une exhortation à tous les Sauvages pour les disposer à la fête de Noël qui approchait, et leur dit que la meilleure disposition était de rendre leur conscience nette devant Dieu, surtout
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au regard du bien d'autrui mal acquis, et leur parla très-bien à propos de la restitution, tout comme aurait fait un Casuiste dans sa chaire de théologie. Le même soir, un de nos fervents chrétiens, que nous avons souvent cité sous le nom du bon Israélite, vint trouver le Père et lui dit qu'après avoir bien repassé sur sa conscience, il se trouvait redevable de deux castors à son prochain. « Je n’en ai qu’un à présent, dit-il, le voilà, et je promets à Dicu de donner l’autre sitôt que je reviendrai de la chasse; car je suis bien aise que tu me décharges entièrement la conscience en ce monde, afin qu'il ne me reste rien à payer dans l'autre. »
Toutes ces choses font assez voir qu'il y a de vrais chrétiens parmi nos bons Sauvages, et qu’ils sont bien convaincus de l'éternité des châtiments et des récompenses. Mais ils n’ont pas seulement le soin &@e leurs propres âmes, ils ont de plus un zèle admirable pour celles des autres ; nous avons ici certaines cabanes comme celle du dogique, du capitaine des Agniers, de l’Israélite, et quelques autres semblables, où l’on ne parle que de Dieu et des choses qui peuvent porter tout le monde à le servir. Pour ceux qui viennent du pays des Iroquois, il suffit d'entrer dans leurs cabanes, seulement en passant, pour être touchés et contraints de se rendre, et de demander à être admis dans l'Église, tant on y a d'adresse, hommes et femmes, pour les instruire, les exhorter, les convaincre! Ajoutez les
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bons exemples qu’ils leur donnent, la plus forte puissance sur les cœurs, et à laquelle nous ne voyons point qu'ils résistent. Cela est si vrai que tous les Iroquois, qui descendent ici et qui se font chrétiens, doivent leur conversion pour la plupart au zèle de leurs parents, et le Missionnaire assure qu'ils y contribuent cent fois plus que lui.
Joseph Rontagarha, jeune homme d'environ vingtcinq ans et un de ceux qui ont fait le voyage de France, avait été jusqu'ici assez bon chrétien; mais étant allé à la chasse, cet automne, avec Téouatescon, notre capitaine des Agniers, il a été si touché des bons discours et plus encore des bons exemples de ce fervent capitaine, un des membres de la Sainte-Famille, qu’il est revenu tout changé. Il a commencé en arrivant par une confession très-exacte de ces trois mois passés hors du village. Depuis ce temps-là, ce bon chrétien, par un zèle qui n'avait point encore eu d'exemple parmi les Sauvages, s’est érigé en maître d'école du village. Et de son pur mouvement, sans en avoir parlé ni au Père ni à qui que ce soit, il s’est mis à rassembler tous les enfants dans sa cabane, le soir après toutes les prières ; et la verge en main pour les maintenir dans l’ordre, il leur apprend les vérités chrétiennes, et particulièrement toutes les prières qu’on chante, ainsi que la manière de les chanter. Tous ces enfants sont rangés dans la cabane du zélé néophyte, sages et modestes, immo-
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biles comme des statues, sans oser bouger, et, au milieu d'eux, ce bon maître apprend à ces petits innocents à honorer Dieu et à chanter ses louanges d'une manière si dévote qu'il attire les yeux et l’admiration de tous les habitants du village. On conçoit qu'il ne peut y avoir rien de plus chrétien et de plus édifiant.
Voilà, mon Révérend Père, la moindre partie des merveilles que la divine bonté continue d'opérer dans cette Mission; je crois m'être acquitté de l’ordre que Votre Révérence m’a donné de lui en donner de
temps en lemps des nouvelles, je le fais purement pour lui obéir.