À NOTRE-DAME DE LORETTE
Comme cette Église persévère dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes, il n’est pas nécessaire de répéter ici ce que nous en avons déjà dit, j'ajouterai seulement que plusieurs mènent une vie fort spirituelle, et ne se contentent pas de faire méditation dans l’église, ils la font aussi dans les champs pendant leur travail.
C’est ainsi qu’en usait une bonne chrétienne qui, semant son blé d'Inde, en mettait dans chaque fosse cinq grains én l'honneur des cinq plaies de Notre- Seigneur sur lesquelles elle méditait.
S'ils se divertissent en travaillant, c’est à chanter des cantiques spirituels. Ils joignent à l’oraison la mortification, car ils se servent de tous les instruments de pénitence qui sont en usage dans l’Église, Ils ont tant de désir de souffrir pour expier leurs pé-
chés, qu'une pauvre veuve, ayant un grand mal de dents qui la tourmentait beaucoup, refusa un remède qu’on lui présentait pour la soulager, disant qu’elle était bien aise d’endurer ce tourment pour honorer la mort de Notre-Seigneur.
Îls ont aussi une dévotion toute particulière envers la sainte Vierge. C’est ce qui les attache si fortement à sa chapelle de Lorette, que, quoique depuis trois ans les gelées et les pluies ayant empêché les blés de murir, et qu'on les ait invités d’aller ailleurs où ils pourraient trouver des vivres en abondance, ils ont néanmoins préféré le bonheur de demeurer près de la maison de la sainte Vierge; quelques-uns même ont fait vœu de ne s’en éloigner jamais.
Ils ont établi parrni eux une pratique assez singulière pour assister les âmes du Purgatoire. Outre les offrandes qu’ils font pour cela à l’Église, et les aumônes qu'ils donnent aux pauvres, outre la dévotion des quatrièmes dimanches du mois, auxquels est attachée l’indulgence pour les âmes du Purgatoire, qui est si grande que ces jours sont comme des jours de Pâques; sitôt que quelqu'un est mort, ses proches parents vont faire une quête spirituelle de communions dans toutes les familles, les sollicitant à en offrir le plus qu’ils pourront pour le repos du défunt.
Il y aurait bien d’autres choses à dire de cette Mission, et particulièrement des communications intimes que quelques-uns de ces Sauvages ont avec Dieu, et
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réciproquement ( en se Communiq grâces extraordir choses qui ont de seul exemple qui de plus solide.
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réciproquement de la bonté que Dieu a à leur égard, en se communiquant à eux par des visions et par des grâces extraordinaires; mais sans nous arrêter à ces choses qui ont de l'éclat, nous nous contenterons du seul exemple qui suit, parce qu'il offre quelque chose de plus solide.
Vous saurez donc que cette Mission a donné au ciel un petit ange, par ses mœurs, par son esprit et par sa vertu. C'était Ignace Tokakion, âgé seulement de sept ans et deux mois, né d’une très-vertueuse Iroquoise, nommée Marie Tsaouenté. Dès l’âge de deux ans, .il fut apporté ici par sa mère, qui, quoiqu’elle füt des plus considérables du bourg d’Agnié, a quitté son pays, parce qu’elle ne pouvait pas librement prier Dieu. Elle avait alors deux garçons, et depuis son arrivée, s'étant mariée en secondes noces à un Huron, elle n’a eu de lui qu’une fille, parce qu’il y a bientôt quatre ans qu’ils vivent en continence. Le fils aîné de cette femme mourut très-chrétiennement l’année 1676; et le second, dont nous parlons, est décédé au mois d'août dernier,
Celui-ci était du plus doux et du plus docile naturel qui se puisse voir, non-seulement parmi les Sauvages, mais encore parmi les Français, qui étaient ravis de voir un enfant si bien né. Jamais il n’a désobéi à ses parents. Jamais il n’a donné aucune marque de dépit ou de dédain. Jamais il n’a ni injurié ni frappé ses compagnons ; que s'ils le maltraitaient,
tout son recours était à ses larmes, encore était-il facile à apaiser.
La bonté de son esprit répondait à la beauté de son naturel , comme il le faisait paraître soit dans sa conduite, qui n’avait presque rien d'enfant, soit dans ses demandes et dans ses réponses, qui élaient très-judicieuses. Ce petit Sauvage n’avait pas cinq ans, qu’il répondait déjà parfaitement à la messe et au catéchisme , et qu'il savait par cœur toutes les prières que l’on chante et que l’on récite dans cette Mission. On lui doit donner la gloire d’avoir, cette année, plus contribué qu'aucun autre à enseigner la langue huronne à un de nos Pères , nouveau-venu de France !. Ce Père ayant toujours Ignace avec soi, lui communiquait ce qu’il voulait dire dans ses catéchismes et dans ses visites, et l'enfant le lui répétait plusieurs fois en bon huron. Ensuite , il l’avertissait en particulier des fautes contre la langue, qu’il lui avait entendu faire en public. La reconnaissance qu'il exigeait du Père était qu’il lui racontât quelque histoire et qu'il lui apprit par cœur quelque cantique. Le soir, étant dans sa cabane, il tâchait de rappeler en sa mémoire ce qu’il avait appris pendant le jour; la nuit, même en dormant , il y pensait. Un malin, sa mère ayant remarqué qu'il savait trèsbien, par cœur, une longue oraison, et qu’il la réci-
1, Le Père François Vaillant,
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tait, mot pour mot, sans manquer à rien, lui qui, le soir d’auparavant, avait pu à peine en dire quelques mots ; elle lui demanda : « Mon fils, comment avezvous appris cette prière? — C’est, répondit-il, que pendant mon sommeil, comme je tâchais de m’en souvenir et de la chanter, un beau jeune homme est venu me la répéter et chanter avec moi. »
La dévotion de notre Ignace nous fait croire que c'était son Ange Gardien qui lui rendait ce bon office. En effet, on ne peut avoir plus de piété qu’en avait cet enfant. Depuis l’âge de deux ans, qu'il a su faire le signe de la croix, il l’a toujours fait avant que de manger ; il le faisait de même à son réveil ; c'était ordinairement de grand matin, parce qu'il voulait entendre toutes lés Messes. Quelque endermi qu’il fût, il se levait aussitôt que sa mère l'avait éveillé. Souvent il ne se donnait pas la patience de s'habiller entièrement; même en hiver, il accourait pieds nus à la chapelle , afin qu'y étant arrivé avant ses compagnons, on le prît pour répondre à la Messe. IL était inconsolable, lorsqu'on lui refusait cette grâce, et quelquefois, après avoir déjà servi la Messe à un prêtre , il demeurait avec la robe et le surplis fort longtemps , afin de servir encore à un autre. Les Messes achevées , il avait coutume de se relirer derrière l'autel, pour y réciter le chapelet devant l'image de la Sainte Vierge.
Sa maladie commença par une fièvre lente, qui
l’a emporté en six semaines, quelques remèdes qu’on ait pu lui donner. Vers le 20 de juillet, on l’apporta à l'hôpital de Québec, où les Religieuses n’obtinrent rien pour sa guérison. Lorsqu'on lui demandait sil guérirait de cette maladie, ou s’il en mourrait, il répondait agréablement : « Comme il plaira à Dieu; c'est à lui d'en décider. — Mais encore, Ignace, lui disait-on, ne craignez-vous point la mort? — Non, répétait-il, parce que Jésus et Marie auront pitié de moi. »
Le 2 d'août, voyant que les remèdes ne lui servaient de rien, il témoigna à sa mère, qui l'était venu voir, qu’il souhaitait de mourir à Lorette. Il y fut donc reporté, et la première chose qu’il demanda en entrant dans sa cabane, fut qu’on lui dressât son autel, afin qu'il püt encore, avant sa mort, représenter ce qui se fait à la Messe. Cela lui fut accordé, et beaucoup plus, parce que le P. Chaumonot, qui a le principal soin de cetle Mission, l'ayant trouvé trèsbien instruit de tous nos mystères, lui ordonna de se disposer à la sainte communion. Ce qu’il fit par une exacte confession de toutes ses fautes, bien légères sans nul doute; il y joignit divers actes de contrition, de foi et d'amour.
Le jour pris pour lui donner le Sajnt-Sacrement, sa mère le porta à la chapelle, où, à la fin de la Messe qu'il entendit très-dévotement , il fut communié en forme de viatique. Après son action de grâce, il s'of-
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frit à Notre-Seign Là, il continua se même qu’étant a Pères qui avaient qu'il eut l'usage 1 continuellement ; cessa pas de prie tait une fois de fa actes de vertu, i je fais aussi; mai puis plus. » Une 3 sement proféré ce courut et lui dema « C'est la Vierge vous que j'appelle ne laissa pas de co:
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Dans cette vue, qu'il commença à
frit à Notre-Seigneur. On le reporta dans sa cabane. Là, il continua ses pieux exercices, et promit de luimême qu’étant au Ciel, il se ressouviendrait des Pères qui avaient eu soin de son instruction. Tant qu’il eut l'usage libre de la parole, il pria presque continuellement ; même en cessant de parler, il ne cessa pas de prier. Car, comme sa mère l’exhortait une fois de faire en forme de prières queiques actes de vertu, il lui répondit : « C’est ce que je fais aussi; mais sans parler, parce que je ne le puis plus. » Une autre fois, comme il eut amoureusement proféré ce mot ; « Ma mère ! » sa mère accourut et lui demanda ce qu’il désirait, il répondit : «C'est la Vierge Marie que j'invoque, et non pas vous que j'appelle. » La voix lui ayant manqué, il ne laissa pas de continuer lui-même à son ordinaire de faire souvent le signe de la croix. Ayant ainsi passé quatre jours entiers dans une longue agonie, il expira doucement le 19 d'août 1678.
Au reste, après la grâce de Dieu , la honne éducation que sa mère lui a donnée a été une des principales causes de sa vertu et de son bonheur. Elle nous a avoué que, dès qu'il vint au monde, elle l'offrit à Notre-Seigneur, et qu’elle l'a toujours élevé pour lui dans le dessein de le consacrer à l'Église ou à la religion, s’il eût vécu.
Dans cette vue, elle lui apprit ses prières, dès qu'il commença à bégayer. Lorsqu'il fut un peu
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plus grand , elle lui faisait répéter les exhortations des Pères, IL n’avait que quatre ans et demi, qu’il répélait tout ce qu’on avait dit dans un sermon, même plusieurs jours après. Sa pieuse mère n'avait pas moins de soin de rompre toutes les inclinations naturelles de son fils. Si lorsqu'elle avait fait cuire de la viande, ce qui ne lui arrivait pas souvent, le petit Ignace marquait quelque empressement, elle le tançait, et, pour pénitence, elle lui faisait dire une dizaine de son chapelet, à quoi il obéissait aussitôt. Ensuite elle lui donnait une portion dont il devait faire part à sa sœur. Comme la mère remarquait qu'il donnait toujours le meilleur et le plus gros morceau à la petite, elle ajoutait quelque chose à ce qu'il s'était réservé pour lui. Cette sage mère en usait de la sorte afin qu’il n’imitât pas le commun des enfants, qui se dépitent s'ils voient leurs frères ct leurs sœurs mieux partagés qu'eux.
Lorsqu'après une absence de quelques jours, Fgnace venait, à son retour, lui témoigner son amour par ses caresses, elle le reprenait en lui disant : « Mon fils; c'est à Marie, qui est proprement notre Mère, à qui il faut témoigner de l'affection, et non pas à moi qui ne suis rien. » S'il arrivait que quelque enfant frappât le sien, au lieu de s’enauérir par qui il avait été maltraité, elle lui appreuait à offrir à Dieu son mal. Comme un soir elle s'entretenait sur ce sujet avec son Directeur, elle dit : « Lorsqu'on
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fait quelque cho, comme je ferais, dirais pas : « Ve je chercherais le même je n’ai ga «du mauvais tra serait pas là un puisque Notre-Se de sa main, et qu pour nous punir.
Mais cette mère qu'en la résignatic de son cher Ignace alla offrir à la Sai celaine, pour lui d Ensuite, parlant à :
malgré moi qu'il J'accepte de tout m fants en punition .
d’être abandonnée dans ma jeunesse jc Père. Afin donc d parti de sa justice aussi donner ma fil Ursulines; et je la grée, elle soit relig
Ignace étant prè dressa à son fils a
fait quelque chose à mes enfants, je me comporte comme je ferais, si je les voyais malades. Je ne leur dirais pas : « Vengeons-nous de la fièvre; » mais je chercherais les remèdes propres à les guérir; de même je n’ai garde de leur dire : « Je me vengerai «du mauvais traitement qu’on vous a fait. » Ce ne serait pas là un bon remède à ces sortes de maux, puisque Notre-Seigneur veut que nous les prenions de sa main, et que nous aimions ceux dont il se sert pour nous punir. »
Mais cette mère n’a jamais paru plus admirable qu’en la résignation qu’elle à témoignée en la mort de son cher Ignace. Lorsqu'elle le vit en danger, elle alla offrir à la Sainte Vierge un beau collier de porcelaine, pour lui dire qu'elle lui présentait son fils. Ensuite, parlant à son Directeur, elle lui dit : « C’est malgré moi qu’il m’échappe quelques larmes, car j'accepte de tout mon cœur la privation de mes enfants en punition de mes péchés. J'ai bien mérité d’être abandonnée d’eux dans ma vieillesse, puisque dans ma jeunesse je n’ai pas servi Dieu, qui est notre Père. Afin donc de lui témoigner que je prends le parti de sa justice contre moi-même, je lui veux aussi donner ma fille, en la mettant chez les mères Ursulines; et je la lui veux donner afin que, s’il l’agrée, elle soit religieuse. »
Ignace étant prêt de rendre l’âme, sa mère s’adressa à son fils aîné, qui était mort depuis deux
ans, et elle l’invoqua pour obtenir, par son moyen, la grâce de porter chrétiennement cette perte. Sa prière finie, elle se sentit si fortifiée que, voyant tous les assistants pleurer, elle les exhorta à bien prendre la mort de ce petit innocent, qui allait au ciel. Après, elle lui ferma les yeux et la bouche, sans Verser une larme. Sa constance ne fut pas moindre à 1 enterrement, pendant lequel elle se tint modestement à genoux auprès du corps du petit Ignace, et à la fin, elle lui demanda de prier pour elle et pour tous les assistants !.
i is de juin de cette . un ne doit pas omettre que ce fut au mois
wii que É P. Chaumonot, le missionnaire et le Père des
Hurons de :\otre-Dame de Lorette, Da à Eee s
; on -
en France, un vœu ou consécra ion de ces
reg Ch un collier ou ceinture de porcelaine, comme témoi-
ua € de leur vénération et de leur dévouement envers la Vierge,
Er du Dieu Sauveur. Cette ceinture, d’un mètre quarante-six
centimètres de long, et de quatre doigts de large, est faite de
grains de porcelaine blancs et noirs, bordée de soie de porc-épic rouge. On y lit :
VIRGINI PARITURÆ VOTUM HURONUM.
sont formées par les grains noirs, les blancs servent os pus ceinture, ainsi qu'une autre envoyée par les Et quis, en 1699, se conservent dans une des chapelles de la cryp ; l'église de Notre-Dame de Chartres. — Pour remercier “+ eus Hurons et honorer leur piété, le chapitre de Chartres leur on, en 1680, d'une grande chemise d'argent du poids de 5à hs que remplie de diverses reliques. Ce précieux reliquaire “ ee en dans la chapelle de la Nouvelle - Lorette, près Qu ec. Lt . trouvera dans l’Appendice la formule du vœu des Hurons à Notre Dame de Chartres.