‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme]Chapitre 40 sur 88 · DE SAINT-FRANCÇOIS-XA VIER-DU-SAULT · texte numérisé non relu

DE SAINT-FRANCÇOIS-XA VIER-DU-SAULT

Le P. Frémin, qui est supérieur de cette Mission iroquoise, me fait savoir, par une lettre du P. Cholenec, le bon état où elle se trouve, depuis qu’elle est établie un peu au-dessus de la prairie de la Magdeleine, au pied du Sault-de-Saint-Louis, dans le fleuve Saint-Laurent. Voici le contenu de cette lettre, datée du 15 janvier 1678.

Mon RÉvVÉREND PÈRE,

Pax Christ.

Après avoir offert nos vœux au ciel, à l’entrée de eette nouvelle année, pour la conservation de Votre Révérence, qui continue toujours d’avoir tant de bonté pour cette Mission, nous n'avons pas cru lui en pouvoir mieux témoigner la reconnaissance que

nous en avons qu’en lui envoyant un court narré des merveilles que la miséricorde divine opère de plus en plus dans cette Eglise, à laquelle il me semble qu'on peut donner avec raison le titre d'Epouse de Jésus-Christ, que l’Écriture donne à l’Église universelle, et d'Épouse bien chère à ce divin Sauveur, tant les personnes qui la composent font paraître de zèle à son service. On peut les considérer en trois états différents : le premier est celui des catéchumènes aspirant au saint baptême; le second de veux qui, ayant déjà reçu ce sacrement, commencent à travailler sérieusement à leur salut; le troisième, de nos plus anciens et fervents chrétiens. | Pour les premiers, quoiqu’on ne puisse pas dire qu'ils soient encore dans un grand train de vertu, puisque à peine sortent-ils du milieu du vice, si fautil pourtant avouer que c’est une chose merveilleuse de voir qu'ils se font si facilement et en si peu de temps à notre genre de vie et aux habitudes chréliennes. Car, bien qu’ils viennent ici, quelques-uns avec peu de disposition pour embrasser notre os d'autres, en plus grand nombre, dans une complète indifférence, plutôt par complaisance ou par nécessité que par inclination, et plusieurs même avec des dispositions toutes contraires, et formellement délerminés à ne pas croire et à ne pas écouter en ce point les Pères qui les instruisent ; copencant on les voit et les uns et les autres tellement changés, lors-

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qu'ils ont deme qu’ils auraient P leurs chrétiens, en ont l’apparen rieur, qui pourr.

faire comme les faire comme ils | pect intérieur pou culte divin.

En effet, est-il r bons catéchumène la Prière, et, quar rester après les a les prières, louer fond du cœur? C jours avec joie; et en le voyant, qu’il maître des cœurs d de temps. C’est ains chumènes, après .

quois avec les méc Pères, viennent se bons chrétiens, et r ce changement.

Quant à ceux qu avons mis au second bien, c’est-à-dire de parents ou amis, à

qu'ils ont demeuré quelque temps dans le village, qu’ils auraient place, avec raison, parmi nos meilleurs chrétiens, s'ils en avaient le nom, comme ils en ont l’apparence; je ne dis pas seulement l’extérieur, qui pourrait provenir ou de la nécessité de faire comme les autres ou de la honte de ne pas faire comme ils font, mais même l'estime et le respect intérieur pour loutes les choses qui regardent le culte divin.

En effet, est-il rien de plus aimable que de voir ces bons catéchumènes les premiers et les plus ardents à la Prière, et, quand tout le monde sort de l’église, y rester après les autres, et même sans savoir encore les prières, louer Netre-Seigneur et lui parler du fond du cœur? C'est ce que nous voyons tous les jours avec joie; et nous sommes contraint d’avouer, en le voyant, qu'il n'appartient qu’à Celui qui est le maître des cœurs de les changer de la sorte en si peu de temps. C’est ainsi que ces Sauvages, encore catéchumènes, après avoir été méchants chez les Iroquois avec les méchants, et y avoir fait gémir nos Pères, viennent se faire ici gens de bien parmi nos bons chrétiens, et nous combler de consolation par ce changement.

Quant à ceux qui sont déjà baptisés, et que nous avons mis au second rang, ne feraient-ils que cela de bien, c’est-à-dire de servir à attirer les autres, leurs parents ou amis, à suivre leur exemple, ce serait

toujours beaucoup. Mais ils ne se contentent pas d’attirer ceux-là après eux, ils tâchent de suivre euxmêmes les exemples des plus fervents; en sorte que s'ils ne font pas tout à fait si bien en toutes choses pour la pratique des vertus, au moins ue s108 rer que cette émulation les retire de plus en plus de leurs vices, et que si nos Sauvages ne sont pas tous arrivés à la dernière ferveur, il y en a, grâce " Dieu, très-peu de méchants, et pas un, que je sache, *e des péchés scandaleux, ce qui est chose vraim merveilleuse dans un si grand nombre de Sauvages. Nous voyons même de temps en temps, dans les personnes de ce second ordre, de grands ai 1084 de piété, et ensuite des actions qui y correspon ne et qui montrent que ce ne sont pas de pures ist grées de Sauvage. Au commencement de cet iver, une bonne vieille et trois de ses filles, toutes ss mariées et dans une même cabane avec elle, 1: manqué un matin à la PRONEIRS messe, Le | ris la pointe du jour, pour n avoir pas ns u Lomé che, elles revinrent le lendemain dès les sux : après minuit à la chapelle, crainte que 16 mème m | heur ne leur arrivât; mais voyant qu'elles s trop pressées, elles s’en reonraèrent dans la a et se rendormirent si bien qu’elles ne se St sé qu'avec le jour. Elles courent dapaenef à l’église, bien tristes, dans la crainte qu’elles n eussent . perdu la première messe ce jour-là. En effet, elles

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trouvèrent qu'elld autres, s’indigna paresse qu’elle al faire tout le tour les pieds et les jar Une autre, qui cement de l’hiver restée avec lui ; promesse qui lui première commun ses intérêts tempor Mais pour dire second ordre, entr un qui a fait tout édifié tout le bourg ans ou environ, et chrétien s'étant tro d’un Français au h sieurs Iroquois de on y parle de boire çais, apparemment qu'ils ne l’étaient « moins qu’une chau plancher, au milieu l'on cause, et l’on P fontaine, qui venai d'eux.

Notre Onneïout jt

trouvèrent qu'elle était dite. De quoi la vieille, entre les autres, s’imigna tellement contre elle-même de sa paresse qu’elle alla sur l'heure, pour expier sa faute, faire tout le tour de son champ, qui est assez grand, les pieds et les jambes nues dans la neige.

Une autre, qui allait tous les ans, dès le commencement de l'hiver, avec son mari à la chasse, est ici restée avec lui jusqu'après la Purification, sur la promesse qui lui a été donnée de faire en ce jour sa preraière communion, sacrifiant ainsi généreusement ses intérêts temporels au salut de son âme.

Mais pour dire aussi un mot des hommes de ce second ordre, entre plusieurs autres, nous en avons un qui à fait tout récemment une action qui a fort édifié tout le bourg. C’est un Onneïout, âgé de trente ans ou environ, et baptisé ici cet été passé. Ce bon chrétien s'étant trouvé dernièrement dans la maison d’un Français au haut de l'île de Montréal, avec plusieurs Iroquois de son pays non chrétiens; d’abord on y parle de boire, selon leur coutume, et le Français, apparemment plus pressé de leur en donner qu'ils ne l’étaient de lui en demander, ne mit rien moins qu'une chaudière pleine d’eau-de-vie sur le plancher, au milieu de tous ces Sauvages. L'on fume, l'on cause, et l’on puise tour à tour dans cette douce fontaine, qui venait comme de sourdre au milieu d'eux.

Notre Onneïout jugeant qu’il pouvait faire comme

les autres et profiter de l’occasion, pourvu que Dieu n’y füt pas offensé, prit le gobelet à son tour et but deux ou trois coups, comme les autres; mais après avoir satisfait à la soif et à la complaisance qu'il devait avoir pour ses compatriotes, il crut qu'il en devait avoir davantage pour son Dieu , et prit là-dessus résolution de ne plus boire, de peur de l’offenser. Il passe plus avant ; il joint au zèle de son salut celui du salut de son prochain et de la gloire de Dieu, qu'il voit être intéressée dans cette rencontre, Ainsi il prend son parti; il veut ne pas offenser Dieu et même empêcher que les autres ne l’offensent. Mais c’est un jeune homme au milieu des anciens, pour lesquels on sait que ceux de son âge ont la dernière déférence dans leur pays. Voilà pourquoi voulant exécuter son dessein, et l’exécuter cependant sans les choquer, il s’avisa tout d’un coup (car le temps pressait, tant ils étaient diligents à faire la ronde) de se lever de terre, comme s’il eût quelque chose à faire, et fit exprès un faux pas, mais siadroitement que son pied alla, comme de cas fortuit, donner sur la chaudière, et renversa ainsi toute la boisson qui y était contenue. Cet accident donna bien à rire à tous ces Sauvages, mais je crois qu’il donna incomparablement plus de plaisir à leurs bons anges, qui le voyaient; et Dieu bénit si bien l’industrie de son serviteur, qu’après avoir bien ri ils ne pensèrent plus, la nuit étant déjà avancée, qu’à s’aller coucher, chose fort rare parmi les Sau-

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vages, quand ils Voilà ce qu’à fa quatre mois, qui a qui le sait accomp Mais pour voir faudrait parler à | liens, puisque nou médiocres et des « entrer dans de lon conde relation; c laisser Votre Révé par ce que j'ai ra lui-ci est comme 1 peu de mots que degré vivent comn vent faire la guerr passions avec étud jours et les scmair véniel, qu’on appel et qui, sans attendr plus proches, se v sur le moindre ser sont des chrétiens ( péché en eux-mêm Oh ! que c’est un souhaiter que tout le nous avons le bonhe chrétiens, qui sont 1

vages, quand ils sont une fois en train de boire. Voilà ce qu'à fait un Sauvage et un chrétien de quatre mois, qui a déjà le zèle de la gloire de Dieu el qui le sait accompagner de prudence.

Mais pour voir ce zèle dans son plus beau jour, il faudrait parler à présent de nos plus fervents chretiens, puisque nous n'avons parlé jusqu'ici que des médiocres et des commençants. Certes, si je voulais entrer dans de longs détails, il me faudrait une seconde relation; c’est pourquoi, me contentant de laisser Votre Révérence juger de ce troisième ordre par ce que j'ai rapporté des deux autres, dont celui-ci est comme l'âme et le soutien, je lui dirai en peu de mots que les Sauvages de ce troisième degré vivent comme de parfaits chrétiens, qui savent faire la guerre à leur appétit et dompter leurs passions avec étude et réflexion, qui demeurent les jours et les scimaines entières sans faire un péché véniel, qu’on appelle de malice, de propos délibéré, et qui, sans attendre aux dimanches ou aux fêtes les plus proches, se viennent confesser en tout temps sur le moindre scrupule de conscience. Enfin, ce sont des chrétiens qui ne haïssent pas seulement le péché en eux-mêmes, mais aussi dans les autres.

Oh! que c’est un beau spectacle, dont il serait à souhaiter que tout le monde pût être témoin, comme nous avons le bonheur de l'être, de voir ces fervents chrétiens, qui sont la plus sainte partie de cette Mis-

sion, tirer des soupirs enflammés de leur cœur aux pieds des prêtres pour des fautes des plus légères, el approcher ensuite de la Sainte Table comme de fervents religieux. Je n’ajoule rien à la vérité; c’est ce que nos Pères et les Français ont pu remarquer à cette dernière fête de Noël, célébrée avec pompe en notre chapelle, et où il ne s'était jamais trouvé un si grand nombre de Sauvages. Les confessions, les communions, les vêpres, les saluts et autres dévotions, se sont faites avec tant de piété, que l’on n’a encore rien vu de pareil depuis le commencement de cette Mission, dont tous les néophytes, si l’on en excepte deux ou trois petites bandes, s'étaient tous rassemblés, comme de concert, dans le village, et avaient tous quitté la chasse, pour y venir solenniser celte grande fête ; jusque-là que plusieurs Sauvages, qui ne connaissaient encore celte fête que de nom et qui ne sont pas chrétiens, s’y sont voulu rendre, comme les autres, pour y assister.

Que si de la chapelle je rentrais dans les cabanes, j'y trouverais de nouveaux sujets de relation, voyant tout ce qui s’y dit et se fait par ces fervents chrétiens, tant pour avancer le service de Dieu, que pour empêcher qu'il ne soit offensé. On serait surpris avec raison d’entendre des choses si admirables de la part de Sauvages.

Et si enfin parmi tous ces fervents serviteurs de de Dieu, je m’étendais sur les louanges des membres

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de la Sainte Fa giques, de notr bon Israëlite, qi les fonctions d’a dans leur pays; de ces bons ch en rien à leurs détails sur une d femmes, qui app:

blée, oh! que je pables de faire rc les Français. Vere s’il m'est permis Notre-Seigneur d Français, dans le saient une particu dant, à moins que séculières et régi qui approche de tous les jours; et ; de plaisir en un se mois parmi les Fr férence !

J'ajouterai seule P. Bruyas de troi passé exercer une quois : « Vos trois ici le jour de sair

de la Sainte Famille; si je parlais de nos deux dogiques, de notre capitaine Agnieronnon, de notre bon Israëlite, de trois autres néophytes qui firent les fonctions d’apôtres avec tant de gloire et de profit dans leur pays; si j’ajoutais encore que les femmes de ces bons chrétiens ne le cèdent pour la plupart en rien à leurs maris; si enfin je donnais quelques détails sur une douzaine d’autres, tant hommes que femmes, qui appartiennent tous à celte sainte assemblée, oh! que je dirais des choses surprenantes et capables de faire rougir les meilleurs chrétiens parmi les Français. Vere non invent tantam fidem in Israël; s'il m'est permis de me servir de ces termes après Notre-Seigneur dans un pareil sujet. J'ai bien vu des Français, dans le peu d'expérience que j'ai, qui faisaient une particulière profession de vertu, et cependant, à moins que de m’arrêter sur les communautés séculières et régulières, j'avoue que je n’ai rien vu qui approche de ce que j'ai le bonheur de voir ici tous les jours; et j’y sens, pour mon particulier, plus de plaisir en un seul jour, parmi eux, qu’en plusieurs mois parmi les Français; oh! qu'il y a aussi de différence !

J’ajouterai seulement ce que nous écrit d'Agnié le P. Bruyas de trois de nos Sauvages, qui furent l’été passé exercer une espèce d’apostolat chez les Iroquois : « Vos trois bons chrétiens, dit-il, arrivèrent ici le jour de saint Bonaventure; je puis dire que

Dieu nous les a envoyés, justement au temps et au moment qu'ils y étaient nécessaires, pour y trouver ceux qui les accompagnent à leur retour. Car quelques-uns de ces derniers seraient allés en guerre, s’ils eussent tardé huit jours d'arriver. O! les deux véritables chrétiens que vos deux bons dogiques. Ils ont changé toute la face de notre petite Église, dans le peu de temps qu'ils y ont demeuré. Ils ne se contentaient pas d'aller dans les cabanes pendant le jour prècher Jésus-Christ crucifié, ils y ont employé même une bonne partie de la nuit : Kinnouskouen, ce fervent prédicateur, assemblait nos chrétiens le soir, ne pouvant pas le faire pendant le jour . à cause des travaux des champs, et passait deux el trois heures de nuit à les instruire et à leur apprendre à chanter. Un homme comme lui serait plus eflicace que dix missionnaires comme moi. Je souhaïterais bien pour la consolation et l'avancement de cette Église d’avoir souvent de semblables visites. J’ai tâché de leur témoigner toutes les caresses que j'ai pu dans notre pauvreté. OT! la sainte ; Ô l’heureuse Mission, qui a de si.saints chrétiens, encore plus saint le missionnaire ! qui les a formés par ses soins et ses fatigues. « Crescat in mille millia. »

Voilà, mon R. Père, un petit échantillon des choses d’édification qui se passent en notre Mission. Nous

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