Vers l’'emboucht des Papinachois
MISSION DE TADOUSSAG.
à l'est et au nord de Québec.
Ces Missions comprennent celle des Gaspésiens et des Etchemins, celle des Papinachois et celle des Montagnais et autres peuples du Nord. Le P. Morain a soin de la première, le P. Boucher de la deuxième, et le P. Crépieul de la troisième.
Le P. Morain, qui a sa résidence à la Mission du Bon-Pasteur, près la rivière du Loup, a été obligé,
pendant une partie de l'été, d'aller chercher ses ouailles dans les bois, où il en a baptisé en.ungour quatorze, qu’il avait déjà instruites et disposées à recevoir ce sacrement.
Le P. Boucher a passé l'hiver avec les Papinachois qui sont au-dessous de Tadoussac, ce qu'aucun missionnaire n’avait encore fait !.
L'opposition qu'il a trouvée à l'exécution des projets qu’il avait faits pour l'instruction de ces Sauvages pendant l'hiver, nous font juger que le Démon s’y est opposé, dans la crainte de perdre ce qu’il avait gagné, ayant non-seulement fait quitter la Prière à
1. Vers l'embouchure de la rivière des Betsiamites, et à la baie des Papinachoïis.
quelques-uns, mais même les ayant fait retourner à leurs anciennes superslitions jusqu’à faire des festins, qui sont une espèce de sacrifice au Démon. Le Père voyant toutes ses mesures rompues par l'infidélité de ceux qui le devaient conduire au lieu de l’assemblée des Sauvages, ne laissa pas de se mettre en chemin, quoique fort abattu d’une longue indisposition et d’une grande disette de vivre qu’il avait eue à souffrir pendant plus de trois mois. Ce fut dans le plus rude de l'hiver, sans vivres et sans écorces pour se mettre à l’abri pendant la nuit, après huit jours de fatigues qu’on ne peut concevoir sans l'avoir expérimenté, qu’il arriva sur le lac où il y avait quelques cabanes de Sauvages.
Aussitôt qu’on sut son arrivée, ceux qui n’en élaient qu'à douze ou quinze lieues s’y rendirent incontinent. La ferveur des anciens chrétiens, le regret de ceux qui avaient failli, et la bonne disposition de plusieurs infidèles pour le baptême, lui firent bientôt oublier les fatigues passées. Il demeura le reste de l'hiver avec eux à les instruire et à leur administrer les sacrements, eten est retourné avec la consolation de voir parmi eux les commencements d’une véritable Église, et l'espérance de la voir augmenter tous les jours.
Le P. de Crépieul n’apprend comme il a passé toute cette dernière année dans des courses continuelles pour chercher la brebis égarée. Sur la fin de
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Après quoi il exercer la même sauvage, qui est l'enterrement de ( Communion à vi pliqué le mérite à
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1, A Métabetchouan,
l'été dernier, la Providence lui fit faire soixante lieues, depuis Chécoutimi jusqu’à Tadoussac , pour le salut d'une fille Sauvage qui l’attendait pour aller au ciel, et pour donner le baptème à onze enfants.
Après quoi il est remonté à Chécoutimi pour y exercer la même charité à l’égard d’une autre fille sauvage, qui est morte saintement entre ses mains. À l'enterrement de cette bonne néophyte, il a donné la Communion à vingt-huit Sauvages, qui en ont appliqué le mérite à l’âme de la défunte.
Le P. de Crépieul a quitté ensuite ce lieu pour monter au lac Saint-Jean, où il ne fut pas plus tôt rendu, que vingt canots de Sauvages y arrivèrent pour être instruits dans la belle chapelle, qui est bâtie sur le bord de ce lac‘. Les journées n'étaient pas assez longues pour l'instruction de ce peuple, qui remplissait l’église deux fois chaque jour, et auxquels le Père conféra les sacrements du baptême, du mariage et les autres, selon qu'il les trouvait disposés.
Après quelque temps, il fallut laisser ce poste, étant appelé à Chécoutimi, où plusieurs autres Sauvages l’attendaient, et auxquels :l fit pratiquer tous les exercices du Christianisme dans une autre chapelle qui est bâtie en ce lieu.
Il y séjourna quelques jours et en partit pour ve-
1, À Métabetchouan.
nir à Québec, où il n'avait point été depuis un an. IL n’eut que le temps d’y faire les exercices spirituels, après lesquels il s'embarqua pour retourner à Tadoussac. Il trouvait presque partout sur le chemin, ou à fructifier ou à souffrir, surtout en montant à Chécoutimi et à Saint-Jean, car ces voyages, qui se font en canot et sur l’arrière-saison, sont très-rudes, Il faut être exposé aux pluies, aux neiges, aux gelées, coucher sur le sable ou sur les rochers, trembler de froid toute la nuit, sans pouvoir s’échauffer, endurer la faim, passer par mille dangers au milieu des bouillons et des rapides.
Après avoir essuyé bien des fois toutes ces incommodités, allant et venant de Tadoussac au lac Saint- Jean, enfin, il s’y arrêta au commencement de l’hiver dernier, pour le passer à recevoir les Sauvages, qui y viennent de quinze à vingt lieues de tous côtés, se confesser et se faire instruire; ou pour faire des excursions aux environs , Où il est appelé pour assister les malades.
Voici comme il décrit une de ces courses, qu’il fit dans le mois de novembre : « On me vint quérir, dit-il, pour assister à la mort un fameux jongleur qui, depuis quelque temps, avait renoncé à ses superstitions. Je me misen chemin pour cela le 24 de novembre. 11 fallut marcher toute la journée, ayant la neige jusqu'aux genoux, gravir des montagnes très-difficiles, passer des lacs, sans craindre
la froideur des ea traverser des boi sage et les habits tirer de certains e uns sur les autre quant sur le soir, sapia sur la neige nuit, sans abri e contre la neige q même temps.
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MISSION DE TADOUSSAU, 235
la froideur des eaux dans lesquelles nous marchions, traverser des bois épais qui nous déchiraient le visage et les habits, sauter d'arbre en arbre pour se tirer de certains endroits où le vent les a culbutés les uns sur les autres. Cependant, les forces me manquant sur le soir, il nous fallut jeter des branches de sapia sur la neige pour nous y coucher et passer la nuit, sans abri et sans écorces pour nous couvrir, contre la neige qui nous mouillait et nous gelait en même temps.
« Toute la nuit se passa à prendre patience du mieux que nous pûmes; au point du jour, je partis à jeûn, croyant avoir assez de forces pour gagner la cabane du malade et y dire la messe. Mais la longueur et la difficulté du chemin, dont les arbres embarrassaient le passage, me causèrent plusieurs blessures aux jambes, et m'ayant entièrement épuisé, je fus obligé de prendre un peu de thériaque, qui me donna assez de vigueur pour arriver à la cabane sur les deux heures après-midi,
« Je ne saurais expliquer avec quelle joie ces bonnes gens me reçurent. Je rendis au malade tous les services spirituels et corporels que je pus. Puis, l'ayant laissé bien consolé, je m’en retournai en mon poste du lac Saint-Jean, où j'eus la consolation de jouir des doux entretiens d’un vieillard Sauvage qui est aveugle. IL me confond par la ferveur de ses prières, de ses soupirs et des cantiques spirituels
auxquels il emploie presque tout le jour et une bonne partie de la nuit. Tout âgé qu’il est, il veut garder, comme nous, le jeùne du carême et tous les autres que prescrit l'Église. Il veut toujours parler ou entendre parler de nos mystères. Sa vertu a particulièrement éclaté en sa dernière maladie et en sa mort, qui fut telle, que j'estimerais que Notre-Seigneur me ferait une grande faveur de m'en douner une semblable, avec une innocence et une sainteté de vie égales à celles que j'ai remarquées en ce pieux néophyte. »
A ce récit, j'ajoute celui que le même Père nous a fait d'une maladie très-grave, dont il a pensé mourir. Cette maladie avait été occasionnée par les travaux et les fatigues extrêmes qu’il est obligé d’endurer pour le salut de tous ces peuples errants.
« Le 23 décembre, dit le Père, vers le milieu de la nuit, il plut à sa divine bonté de m’honorer de sa sainte visite par une violente maladie, que je crus devoir être la dernière de ma vie, comme elle est la première. Dieu me donna assez de forces pour pouvoir célébrer, les trois premiers jours. Le quatrième, le mal me pressa si vivement , que je croyais devoir être bientôt emporté dans ma fosse, que j'avais faite à huit ou dix pas de moi. J'eus encore la consolation de confesser un -Sauvage, venu de vingt-cinq lieues de loin pour se purifier dans les sacrements de l’Église. Le cinquième jour, après avoir imploré l’as-
sistance de mon
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sistance de mon grand Saint-François-Xavier et du saint Père François Régis, à qui j'avais commencé une neuvaine, et qui nous a fait paraître, depuis un an, plusieurs fois les effets miraculeux du crédit qu’il a auprès de Dieu, je reçus par leur intercession assez de force pour dire la messe, et me munir du saint Viatique.
« Le sixième jour, le bruit de ma mort prochaine s'étant répandue aux environs, un pauvre Sauvage de la nation des Esquimaux, vint de dix lieues pour me saigner. Il n’était pas très-habile chirurgien ; je crus néanmoins que j'étais obligé de m’abandonner à lui. Il ne m’épargna pas ct me fit une ouverture de la veine si large et si profonde , qu’elle fut plusieurs jours sans se pouvoir refermer. Avant que de me mettre entre ses mains et comme à sa discrétion, je remerciai mon Dieu de toutes ses bontés, et de la grâce qu’il me faisait de mourir en cet abandon, parmi les emplois de ces apostoliques Missions. Je fus un peu soulagé de la saignée, et par l’intercession de mon bon Père Régis, Dieu me rendit les forces, à lafin de la neuvaine, pour pouvoir dire la sainte messe, et pour assister spirituellement les Sauvages qui venaient de tous côtés, pour être instruits et pour recevoir les sacrements. Il arriva, en un seul jour, jusqu’à 30 canots. Ce qui me comblait de joie et me rendait visiblement les forces, de manière à pouvoir faire tous les jours deux fois le catéchisme aux plus
jeunes, et aux plus âgés une exhortation sur le soir, outre les autres exercices de dévotion qui se faisaient à l'ordinaire. »
Voilà comme le Père de Crépieul a passé son hiver. Dès le printemps suivant, il fut contraint de quitter le lac Saint-Jean pour se rendre à Chécoutimi, où il élait attendu par un grand nombre de Sauvages, Mistassins, Etchemins, Abénaquis, Papinachois, Outabitibecs, Algonquins, Montagnais, qui lui donnèrent bien de l'occupation pendant le temps qu’il fut avec eux, et qu’il ne quitta que pour aller rendre à d’autres les mêmes assistances.
DES VOYAG DU R. P.
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