‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme]Chapitre 51 sur 88 · RENE EN · texte numérisé non relu

RENE EN

blaient lui présenter à fumer, sans néanmoins dire aucun mot. Ils furent assez longtemps à faire le peu de chemin depuis leur village jusqu’à nous. Enfin, nous ayant abordés, ils s’arrêtèrent pour nous considérer avec attention. Je me rassurai, voyant ces cérémonies qui ne se font parmi eux qu'entre amis, ct bien plus quand je les vis couverts d’étoffe, jugeant par là qu’ils élaient de nos alliés. Je leur parlaï donc le premier, et je leur demandai qui ils étaient; ils me répondirent qu’ils étaient Illinois, el pour marque de paix, ils nous présentèrent leur pipe pour péluner, Ensuite ils nous invitèrent d'entrer dans leur village, où tout le peuple nous attendait avec impatience. Ces pipes à prendre du tabac s'appellent en ce pays des calumets ; ce mot s’y est mis tellement en usage que, pour être entendu, je serai obligé de m'en servir, ayant à en parler bien des fois.

SECTION V Comment les Illinois reçurent le Père dans leur bourgade.

A la porte de la cabane où nous devions être reçus était un vieillard qui nous attendait dans une posture assez surprenante , qui cst la cérémonie qu’ils gardent quand ils reçoivent des étrangers. Cet homme était debout et tout nu, tenant ses mains

vo étendues et levée se défendre de s saient sur son v fûmes proche d « Que le soleil & viens visiter; lo treras en paix da nous introduisit foule de monde, cependant gardai néanmoins ces pa en temps et d'u bien, mes frères, Après que nou civilité ordinaire le calumet. Il ne passer pour enne pourvu qu'on fass Pendant que tous pour nous honore du grand capitaine porter en sa bou:

avec nous, Nous

car tous ces peut Français chez eux garder. Ils se co:

chemins, ils nous sur leurs pas, po

étendues et levées vers le soleil, comme s’il eût voulu se défendre de ses rayons, lesquels néanmoins passaient sur son visage entre ses doigts. Quand nous fûmes proche de Jui, il nous fit ce compliment : « Que le soleil est beau, Français, quand tu nous viens visiter; tout notre bourg t'attend, et tu entreras en paix dans loutes nos cabanes, » Cela dit, il nous introduisit dans la sienne, où il y avait une foule de monde, qui nous dévorait des yeux, et qui cependant gardait un profond silence. On entendait néanmoins ces paroles qu'on nous adressait de temps en temps et d'une voix basse : « Que voilà qui est bien, mes frères, de ce que vous nous visitez. » Après que nous eûmes pris place, on nous fit la civilité ordinaire du pays, qui est de nous présenter le calumet. Il ne faut pas le refuser, si on ne veut passer pour ennemi ou du moins pour incivil ; pourvu qu'on fasse semblant de fumer, c'est assez. Pendant que tous les anciens pétunaient après nous, pour nous honorer, on vient nous inviter de la part du grand capitaine de tous les Illinois, de nous trans porter en sa bourgade, où il voulait tenir conseil avec nous. Nous y allämes en bonne compagnie, car tous ces peuples, qui n'avaient jamais vu de Français chez eux, ne se lassaient point de nous regarder. Ils se couchaïent sur l'herbe le long des chemins, ils nous devancaient, puis ils retournaient sur leurs pas, pour nous venir voir encore; tout

cela se faisait sans bruit et avec les marques d'un grand respect qu’ils avaient pour nous.

Étant arrivés au bourg du grand capitaine, nous le vimes à l'entrée de la cabane , au milieu de deux vieillards , tous trois debout et nus, tenant leur calumet tourné vers le soleil. IL nous harangua en peu de mots, nous félicitant de notre arrivée ; il nous présenta ensuite son calumet et nous fit fumer, en même temps que nous entrions dans sa cabane, où nous reçümes toutes leurs caresses ordinaires,

Voyant tout le monde assemblé et dans le silence, je leur parlai par quatre présents que je leur fis. Par le premier, je leur disais que nous marchions en paix pour visiter les nations qui étaient sur la rivière jusqu’à la mer. Par le second, je leur déclarai que Dieu qui les a créés avait pitié d'eux, puisqu’après tant de temps qu’ils l'ont ignoré, il voulait se faire connaître à tous ces peuples, que j'étais envoyé de sa part pour ce dessein, que c'était à eux à le reconnaître et à lui obéir. Par le troisième, que le grand capitaine des Français leur faisait savoir que c’était Jui qui mettait la paix partout, et qui avait dompté l’Iroquois, Enfin, par le quatrième, nous les priions de nous donner toutes les connaissances qu'ils avaient de la mer, et des nations par lesquelles nous devions passer pour y arriver.

Quand j'eus fini mon discours, le capitaine se leva, et tenant la main sur la tête d’un petit esclave

vo

qu'il nous voul mercie, Robe n« M. Jolliet, — d pour nous veni belle ni le solei notre rivière n’a que vos canots notre pétun n’a paru si beaux Voici, mon fils connaître mon moi et de toute grand Génie q lui parle et q qu'il me donne meurer avec no Cela dit, il mit] nous fit un secon mystérieux, dont Il nous témoigna sait de monsieur nous lui en avior priait, de la part outre, à cause « exposions,

Je répondis qi que je n’estimais de perdre la vie

qu'il nous voulait donner, il parla ainsi : « Je te remercie, Robe noire, et toi, Français, — s'adressant à M. Jolliet, — de ce que vous prenez tant de peine pour nous venir visiter; jamais la terre n’a été si belle ni le soleil si éclatant qu'aujourd'hui, jamais notre rivière n’a été si calme, ni si nette de rochers que vos canots ont enlevés en passant; jamais notre pétun n’a eu si bon goût, ni nes blés n'ont paru si beaux que nous les voyons maintenant, Voici, mon fils, ce que je te donne pour te faire connaître mon cœur, je te prie d’avoir pitié de moi et de toute ma nation. C'est loi qui connais le grand Génie qui nous a tous faits. C’est toi qui lui parle et qui écoute sa parole. Demande-lui qu'il me donne la vie et la santé, et viens demeurer avec nous pour nous le faire connaître. » Cela dit, il mit le petit esclave proche de nous, et nous fit un second présent, qui était un calumet tout mystérieux, dont ils font plus d'état que d’un esclave. Il nous témoignait par ce présent l'estime qu’il faisait de monsieur notre Gouverneur, sur le récit que nous lui en avions fait; et par un troisième, il nous priait, de la part de toute sa nation, de ne pas passer outre, à cause des grands dangers où nous nous exposions,

Je répondis que je ne craignais point la mort, et que je n’estimais point de plus grand bonheur que de perdre la vie pour la gloire de Celui qui a tout

Pen Va Pa

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