‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme]Chapitre 52 sur 88 · TE RE · texte numérisé non relu

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fait. C’est ce que ces pauvres peuples ne purent comprendre,

Le Conseil fut suivi d’un grand festin, qui consislait en quatre mets qu'il fallut prendre avec toutes leurs façons. Le premier service fut un grand plat de bois plein de sagamité , c’est-à-dire de farine de blé d'And: ‘qu'on fait bouillir avec de l’eau qu'on assaisonne de graisse. Le maître des cérémonies, avec une cuiller pleine de sagamité, me la présenta à la bouche par trois ou quatre fois, comme on ferait à un pelit enfant; il fit de même à M. Jolliet. Pour second mets , il fit paraître un second plat, où il y avait trois poissons; il en prit quelques morceaux pour en ôter les arêtes, et, ayant soufflé dessus pour les rafraîchir, il nous les mit à la bouche, comme l’on donnerait la becquée à un oiseau. On apporta pour troisième service un grand chien, qu'on venait de tuer; mais ayant appris que nous n’en mangions point, on le retira de devant nous. Enfin, le quatrième fut une pièce de bœuf sauvage, dont on nous mit à la bouche les morceaux les plus gras.

Après ce festin, 1l fallut aller visiter tout le village, qui est bien composé de trois cents cabanes, Pendant que nous marchions par les rues , un arateur laranguait continuellement pour obliger tout le onde à nous voir sans nous être importuns; on nous présentait partout des ceintures, des jarretières et autres ouvrages faits de poil d'ours et de bœuf, et

voY teints en rouge, les raretés qu’ils considérables , Nous couchà le lendemain nov de repasser par s( conduisit jusqu’à sonnes, qui nous toutes les marqu notre visite leur particulier, en lé l'an prochain den Mais avant de qu que je rapporte lumes et façons de

Du naturel des Hiinois l'estime qu'ils ont p et de la danse qu'ils :

Qui dit Illinois iangue, les homm auprès d'eux, nef faut-il avouer qu'i n'avons-pas rema nous avons vues &

teints en rouge, en jaune et en gris. Ce sont toutes les raretés qu'ils ont. Comme elles ne sont pas bien considérables, nous ne nous en chargeâmes point.

Nous couchâmes dans la cabane du capitaine, et le lendemain nous prîmes congé de lui, promettant de repasser par son bourg dans quatre lunes. Il nous conduisit jusqu’à nos canols avec près de 600 personnes, qui nous virent embarquer, nous donnant toutes les marques qu'ils pouvaient de Ja joie que notre visite leur avait causée. Je m'engageai en mon particulier, en leur disant adieu, que je viendrais l'an prochain demeurer avec eux pour les instruire, Mais avant de quitter le pays des Illinois, il est bon que je rapporte ce que j'ai reconnu de leurs coulumes et façons de faire.

SECTION VI

Du naturel des Iiinois; de leurs mœurs ct de leurs coutumes; de l'estime qu'ils ont pour le calumet ou pipe à prendre du tabac, et de la danse qu'ils font en son honneur.

Qui dit Illinois, c’est comme qui dirait, en leur iangue, les hommes, comme si les autres Sauvages, auprès d'eux, ne passaient que pour des bêles ; aussi faut-il avouer qu'ils ont un air d'humanité que nous n’avons-pas remarqué dans les autres nations que nous avons vues sur notre route. Le peu de séjour

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que j'ai fait parmi eux ne m'a pas permis de prendre toutes les connaissances que j'aurais souhaitées, de toutes leurs façons de faire ; voici ce que j'en ai remarqué.

Ils sont divisés en plusieurs bourgades, dout quelques-unes sont assez éloignées de celle dont nous parlons, qui s'appelle Peoüarea. C’est ce qui met de la différence en leur langue, laquelle universellement tient de l’Algonquin, de sorte que nous nous entendions facilement les uns les autres. Leur naturel est doux et traitable, nous l'avons expérimenté dans la réception qu'ils nous ont faite. Ils ont plusieurs femmes dont ils sont extrémement jaloux. Ils les veillent avec un grand soin, et ils leurs coupent le nez ou les oreilles quand elles ne sont pas sages. J'en ai vu plusieurs qui portaient les marques de leurs désordres. Ils ont le cerps bien fait, ils sont lestes et fort adroits à tirer de l’arc et de la flèche. ils se servent aussi des fusils qu’ils achètent des Sauvages nos alliés, qui ont commerce avec nos Français. ls en usent particulièrement pour donner l’épouvante par le bruit et par la fumée à leurs ennemis, qui n’en ont point l'usage, et n’en ont jamais vu, pour être trop éloignés vers le couchant. Ils sont belliqueux et se rendent redoutables aux peuples éloigués du sud et de l’ouest, où ils vont faire des esclaves , desquels ils se servent pour trafiquer, les vendant chèrement à d’autres nations pour d’autres

vo marchandises, ( vont en guerre péens; ils ne save et n’ont que des nois partent pou bourg en soit avc porte de leurs ça de partir. Les c par des écharpe faites de crin d’o avec assez d’indu rouge de sangui quelques journée qui est abondante ils font toujours jamais souffert de et des melons qu on la graine roug meilleures; ils les ger pendant l’hiv sont fort grandes :

nattes faites de jo: selles dans le bois bœufs, dont ils sa qu'ils sen servent mité.

Ils sont libérau que les médicami

marchandises, Ces Sauvages si éloignés chez qui ils vont en guerre n'ont aucune connaissance d'Européens; ils ne savent ce que c'est ni de fer ni de cuivre, et n’ont que des couteaux de pierre. Quand les Illinois partent pour aller en guerre, il faut que tout le bourg en soit averti par le grand cri qu'ils font à la porte de leurs cabanes, le soir et le matin, avant que de partir. Les capitaines se distinguent des soldats par des écharpes rouges qu’ils portent. Elles sont faites de crin d'ours, et du poil de bœufs sauvages, avec assez d'industrie ; ils se peignent le visage d’un rouge de sanguine, dont il y a grande quantité à quelques journées du bourg. Ils vivent de chasse, qui est abondante en ce pays, et de blé d'Inde dont ils font toujours une bonne récolte ; aussi n'ont-ils jamais souffert de famine ; ils sèment aussi des fèves et des melons qui sont excellents, surtout ceux qui ont la graine rouge. Leurs citrouilles ne sont pas des meilleures; ils les font sécher au soleil pour les manger pendant l'hiver et le printemps; leurs cabanes sont fort grandes ; elles sont couvertes et pavées de nattes faites de joncs ; ils trouvent toutes leurs vaisselles dans le bois, et leurs cuillers dans la tête des bœufs, dont ils savent si bien accommoder le crâne, qu’ils s'en servent pour manger aisément ieur sagamité.

ls sont libéraux dans leurs maladies, et croient que les médicaments qu’on leur donne opèrent à

proportion des présents qu'ils auront faits au médecin. Ils n’ont que des peaux pour habits ; les femmes sont toujours vêlues fort modestement, et dans une grande bienséance, au lieu que les hommes ne se mettent pas en peine de se couvrir. Je ne sais par quelle superstition quelques Illinois, aussi bien que quelques Nadouessis, élant encore jeunes, prennent l’habit des femmes qu’ils gardent toute leur vie. Il y a du mystère; car ils ne se marient jamais, et font gloire de s’abaisser à faire tout ce que font les femmes. Ils vont pourtant en guerre, mais ils ne peuvent se servir que de la massue, et non pas de l'arc ni de la flèche qui sont les armes propres des hommes. Ils assistent à toutes les jongleries et aux danses solennelles qui se font à l'honneur du calumet. Ils y chantent, mais ils n’y peuvent pas danser. Îls sont appelés aux conseils, où l’on ne peut rien décider sans leurs avis. Enfin par la profession qu'ils font d’une vie extraordinaire, ils passent pour des manitous, c’est-à-dire pour des génies ou des personnes de conséquence.

Il ne reste plus qu’à parler du calumet; il n’est rien parmi eux ni de plus mystérieux ni de plus recommandable. On ne rend pas tant d'honneur aux couronnes et aux sceptres des rois qu'ils lui en rendent, Il semble être le dieu de la paix et de la guerre, l'arbitre de la vie et de Ja mort. C’est assez de le porter sur soi et de le faire voir pour marcher en assu-

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rance au milieu combot, mettent C'est pour cela q pour me servir d tions par lesquelle Il y a un calumet qui ne sont disting dont ils sont orné Ils s'en servent en pour affermir le étrangers.

IL est composé d marbre, et percée à recevoir le tabac qui est un bâlon d une canne ordinai embelli de la tête e plumage est très -be plumes rouges, ve est tout empanaché parce qu’ils le rega et de fait, ils le lui veulent obtenir du temps. Ils font scr cement de l'été, ou qu'après l’avoir da

La danse du cal ces peuples, ne se

rance au milieu des ennemis, qui, dans le fort du combot, mettent bas les armes quand on le montre. C'est pour cela que les Illinois m’en donnèrent un pour me servir de sauvegarde parmi toutes les nations par lesquelles je devais passer dans mon voyage. Il y a un calumet pour la paix et un pour la guerre, qui ne sont distingués que par la couleur des plumages dont ils sont ornés; le rouge est marque de guerre. Ils s’en servent encore pour terminer leur différends, pour affermir leurs alliances, et pour parler aux étrangers.

IL est composé d’une pierre rouge, polie comme du marbre, et percée d’une telle façon qu’un bout sert à recevoir le tabac et l’autre s’enclave dans le manche, qui est un bâlon de deux pieds de long, gros comme une canne ordinaire, et percé par le milieu. IL est embelli de la tête et du cou de divers oiseaux, dont le plumage est très-beau ; ils y ajoutent aussi de grandes plumes rouges, vertes et d’autres couleurs, dont il est tout empanaché. Ils en font état particulièrement, parce qu’ils le regardent comme le calumet du soleil ; et de fait, ils le lui présentent pour fumer quand ils veulent obtenir du calme, ou de la piuie, ou du beau temps. Ils font scrupule de se baigner au commencement de l'été, ou de manger des fruits nouveaux, qu'après l'avoir dansé. En voici la façon.

La danse du calumet, qui est fort célèbre parmi ces peuples, ne se fait que pour des sujets considé-

Sourate

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rables; quelquefois.c'est pour affermir la paix, ou se réunir pour.quelque grande guerre; c’est d’autres fois. pour. une réjouissance publique : tantôt on en fait honneur.à une nation qu'on invite d’y assister, tantôt ils s'envservent à la réception de quelque personne considérable, comme s'ils voulaient lui donner le divertissementdu bal ou de la comédie. L'hiver, la cérémonie se fait dans une cabane; l'été, C’est en rase campagne. La place étant choisie, on l'environne ‘tout à l'entour d'arbres pour mettre tout le monde à l'ombre de leurs feuillages, pour se défendre des chaleurs äu soleil. On étend une grande natte de joncs, peinte de diverses couleurs, au milieu de la place; elle sert comme de tapis pour mettre dessus avec honneur le dieu de celui qui fait la danse: car chacun a le sien, qu'ils appellent leur manitou : c’est un serpent ou un oiseau, ou une pierre, ou chose semblable, qu'ils ont rêvé en dormant, et en qui ils meltent toute leur confiance pour le succès de leur guerre, de leur pêche et de leur chasse; près de ce manitou, et à sa droite, on met le calumet en l’honneur de qui se fait la fête, et tout à l’entour on fait comme un trophée, et on étend les armes dont se servent les guerriers de ces nations, savoir ia rgassue, Ja hache d'armes, l'arc, le carquois et les flèches. Les choses. étant ainsi disposées et l'heure de la

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