Lettre LXIT, p
Il nous serait facile d'ajouter ici d'autres témoignages non moins honorables; deux nous suffiront. Le premier est celui de la Mère Juchereau de Saint-lgnace, supérieure, pendant de longues années, de l'Hôtel-Dieu de Québec, et qui a écrit l'histoire de cet hôpital depuis l'année 1639, époque de sa fondation, jusqu'à l’année 1716. Partout cette femme, remarquable non moins par sa prudence et sa sagesse que par sa haute piété, parle avec vénération des missionnaires Jésuites; tantôt elle exalte le grand zèle avec lequel ils se dévouent à la conversion des Sauvages, tantôt les souffrances et les rudes travaux qu'ils ont à éndurer dans ce périlleux apostolat ; mais elle s'attache encore plus particulièrement à faire l'éloge de plusieurs de ces fervents religieux. Les PP. Chastelain, Frémin, Ragueneau, de Crépieul, Chaumonot, elc., ele., ont chacun leur place dans cette galerie de tableaux; nous donnons pour exemple quelques traits empruntés à celui du P. Chaumonot : « Le P. Jean Chaumonot, écrit-elle, est mort le 21 février de l'année 1692; son nom seul rappelle le souvenir de sa sainteté, et toutes les personnes qui l'ont connu ont admiré en lui ce qu'on a vu dans les plus grands saints, une humilité profonde, une douceur inaltérable, une charité sans bornes, un zèle infatigable, une union continuelle avec Dieu, une tendresse pour la sainte Vierge qu'il inspirait à tous ceux qui l’approchaient. Une confiance en Dieu et une foi vive lui ont fait opérer plusieurs miracles !. »
Enfin, l'autre témoignage nous est fourni par la Mère Duplessis de Sainte-Hélène, qui a été aussi, pendant plusieurs années, supérieure de l'Hôtel-Dieu de Québec. Dans une correspondance inédite, qui se conserve aux archives de l'Empire; cette sainte religieuse a souvent occasion de parler des Missions qui sont parmi les Sauvages et des zélés religieux qui en sont les apôtres. Voici ce qu'elle en écrivait à la date du 7 novembre 1718 : « Ceux des Sauvages qui ont des missionnaires sont extrêmement fervents. On voit des villages plus assidus à la prière aux heures marquées, et
1. Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, in-12, Paris, 1751, p. 391.
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n-12, Paris, 1751;
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plus soumis à leurs prêtres que les religieux ne le sont à
leurs supérieurs; aussi ceux qui s'emploient à les instruire
s'y appliquent avec de grands soins. Ils ne passent pas de |
jour sans les prècher et leur expliquer la doctrine chré- (|
tienne ; ils prennent occasion de tout pour les porter à Dieu,
ot je ne doute point que la vie mortifiée qu'ils mènent n'at-
tire sur leur Mission des bénédictions du Ciel très-abon-
dantes. » | Et dans une autre lettre, écrite en 1740, la Mère de
Sainte-Hélène s'exprimait ainsi : « Parmi nos Sauvages, il y
a de fervents chrétiens dans les Missions qui sont éns-
truites.….. Mais tout le fruit que font les Missionnaires qui
sont en certaines contrées, c'est de baptiser beaucoup d’en-
fants qui meurent eñ bas âge, et de donner à ces barbares
une bonne idée de notre religion par la pureté de leur vie.
Ils s'y sanctifient ordinairement beaucoup, et nous en avons
connu plusieurs qui en revenant de là, cassés de travaux et
de vieillesse, étaient si unis à Dieu, que de les voir et de les
entendre on était parfaitement édifié et embrasé du désir de
la vertu !,»
Cependant ces missionnaires, qui jouissaient en Canada
d'une réputation si bien acquise de sainteté, et qui inspi-
raient le respect et la vénération à tous ceux qui les appro-
chaient, ces hommes vraiment apostoliques n'ont pas été à
l'abri des atteintes de la calomnie de la part de ceux qui
étaient loin d'eux. A diverses époques, on les a accusés de
faire le commerce, et de se livrer à un trafic profane que
les canons interdisent aux personnes consacrées à Dieu.
Cette accusation , toutefois, a eu peu d’écho, et surtout elle
a fait peu de conquêtes parmi les hommes éclairés et im-
partiaux. Il va sans dire que le docteur Arnauld fait peser
le reproche de commerce illicite aussi bien sur les mission-
naires du Canada que sur ceux de partout ailleurs. (Morale
pratique, t. VI, p. 312.) L'auteur de l'article de l'Univers
pittoresque déjà cité prend un biais pour justifier où excuser
1. Collection de lettres de madame Duplessis de Sainte-Hélène, religieuse de l'Hôtel-Dieu de Québec, à madame Hecquet de Villers, à Abbeville, de 1717 à 1756. (Archives de l'Empire, Canada.)
les Jésuites de la Nouvelle-France, sans vouloir toutefo absoudre l'Ordre entier, auquel il ne craint pas d’attribu un but mondainement intéressé. « Cette accusation, poursuit il, peut être fondée en ce qui concerne les chefs, le consei de cet ordre religieux ; mais il y aurait de l'injustice, dison! plus, il y aurait une insigne mauvaise foi à la faire peset sur le missionnaire proprement dit !, »
Non, répondons-nous avec assurance, ni les supérieur n'ont commandé, ni les missionnaires n’ont exercé aucu trafic ziondain dans les forêts et dans les solitudes du Ca nada. Bien loin de là : les supérieurs ont veillé avec un aitention scrupuleuse pour interdire et retrancher non-seu lement le commerce, mais tout ce qui pourrait en présente quelque ombre. .
Le P. Paul Lejeune, supérieur des Missions de la Nou4 velle-France, adressait, en 1636, à son provincial, à Parisk une lettre pour justifier les missionnaires du Canada, qu'on avait accusés auprès de lui de se livrer à un trafic défendu Nous ne craignons pas de mettre sous les yeux des lecteur un extrait de cette pièce importante. Ils jugeront par là ave quelle délicatesse de conscience, supérieurs et inférieurs, dans la Compagnie de Jésus, envisageaient et traitaient cette
question du négoce, prohibé par les canons aux clercs ett
aux religieux.
«À propos de ces traictes ?, Votre Révérence m'écrit et me cite l'ordonnance de la septième congrégation générale de nostre Compagnie, qui défend absolument toute sorte de! commerce et de négociation sous quelque prétexte que ce! soil, Quelques autres de nos Pères me mandent qu'il ne faut 4 pas mesme regarder du coin de l'œil, ou toucher du bout du | doigt la peau d'aucun de ces animaux, qui sont icy de prix. | D'où peuvent venir ces advis? Sans doute, ce n’est pas que nostre Compagnie se défie de ces ceux qu'elle envoye en ces |
quartiers en ce qui est de ce point, non plus qu’en beaucoup d'autres. 11 me semble que j'ay eu le vent qu'en France quelques-uns qui ne nous cognoissent, ni ne nous veulent co-