‹ Relations inédites de la Nouvelle-France (1672-1679) [microforme]Chapitre 71 sur 88 · Univers pittoresque, déjà cité, p · texte numérisé non relu

Univers pittoresque, déjà cité, p

2, La traite des pelleteries.

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gnoistre, crient que nous n'avons pas les mains nettes de ce trafic : Dieu les bénisse, et leur fasse recognoistre la vérité telle que je m'en vay la dire quand il sera à propos pour sa gloire; car il ne faut pas s'attendre de servir longtemps le Maistre que nous servons sans être calomnié ; ce sont ses livrées; il ne nous recognoistroit pas luy-même, pour ainsi dire, si nous ne les portions.

« Voicy donc ce que j'en puis écrire avec la même sincérité dont je voudrais rendre un jour compte à Dieu de toutes mes actions.» — Le P. Le Jeune explique ensuite la différence qu'il y a entre l'usage des pelleteries au Canada, et la vente de ces pelleteries hors des limites de la Colonie. Les pelleteries, au vu et au su de Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France, ont deux usages sur les terres du Canada, qui ne constituent aucunement le confmerce proprement dit. On s'en sert romme de monnaie courante pour se procurer, à meilleur marché et plus commodément, les objets de première nécessité ; on s’en sert aussi temporairement comme de vêtements ou comme partie de vêtements ; mais dans l’un ni dans l’autre cas il n’est permis de faire sortir ces pelleteries ou de les vendre à des étrangers. Elles doivent toujours finalement revenir dans les mains de la Compagnie, qui a seule le droit d’en faire le commerce. « Et le bon est, dit le P. Le Jeune, qu'après qu'on s’en est servi, ou comme monnaie ou comme vêtements, ces peaux de castor, de loutre, de renard, n’ont rien perdu de leur valeur, et qu'on trouve que c'est de l'or et de t'argent tout fait . Voilà pourquoi Messieurs de la Compagnie permettent raisonnablement cette pratique à un chacun... Movyennant qu'après tout, ces peaux reviennent dans leur magasin et ne passent la mer que sur leurs vaisseaux. » — Le bon missionnaire convient qu'ils ont jusqu'à présent suivi la pratique commune, puis il ajoute : « Si l'on juge sans passion qu'il y ait quelque espèce de trafic, ou même, si Votre Révérence,

1. Bien plus, les peaux de castor qui ont servi comme vêtements sont plus estimées ct se vendent plus cher que les autres. (Lettre de la Mère Duplessis de Sainte-Hélène à madame Hecquet du Villers, octobre 1751).

louve plus à propos de retrancher tout cela, pour ne donner aucun ombrage, nous sommes tous prests de nous en déporter entierement ; je dis tous tant que nous sommes icy, et si j'ose espérer de la bonté de nostre Seigneur que ceux qui viendront après nous garderont la mesme loy. Quel aveuglement nous serait-ce de venir icy pour désobéir à nos Supérieurs ou pour scandaliser ceux à qui nous voudrions avoir immolé nos vies ! Que si au contraire on nous escrit que tout cela est selon Dieu, sans aucune apparence de lrafic, bien que quelques médisants, dont il ne faut point se mettre en peine, en fomentent leur passion et le tournent en venin, nous ne laisserons pas de continuer, après avoir supplié ces mesmes esprits noirs et ombrageux de croire que s’il leur plaist de nous obliger à quitter celte pratique innocente ; il faut qu'ils ouvrent leurs coffres pour nous secourir en,ces pais éloignés, quand ils nous auront retranché par caprice une partie de ce qui nous y estoit nécessaire.

« Voilà ce que j'avais à dire sur ce point, m'en remettant après tout à ce que l’obéissance en jugera ou que l'édification y réglera, comme j'ay déjà protesté. Car, de vouloir répondre à ceux qui nous calomnient , comme si nous faisions sous-main quelque autre employ de ces peaux, et en envoyons en France, ce serait sc rendre ridicule. Il faut bien leur laisser quelque chose à dire, et s'ils trouvent des oreilles susceptibles à des niaiseries, je serois coupable de penser les trouver ouvertes à la vérité. Quoy donc ? des hommes qui ont quitté plus de biens au monde qu'ils n’en sauroient espérer dans les imaginations de ces calomniateurs , se seront finalement résolus de changer la France en Canada, pour y venir chercher deux ou trois peaux de castor et en trafiquer à l'insu de leurs supérieurs; c'est-à-dire aux dépens de leur conscience et de la fidélité qu’ils doivent à Celuy pour lequel imiter ils se sont réduits à ne pouvoir pas disposer librement d'une épingle ?

Credite posteri !

Au surplus, je scay mauvais gré à toute cette très-honorable Compagnie de la Nouvelle-France, si elle aperçoit

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quelque chose de semblable en nous, et le dissimule ; quel fruict peut-elle espérer de nos travaux pour le ciel, si elle nous voit attachez à la terre par quelque sorte d’avarice ? Quelque autre avancera aussi pour nous que, si nous trempions dans ces infamies sans que ces Messieurs en eussent cognoissance, ils seroient bien peu vigilants en leurs affaires et au poinct principal de leur traicte. Mais j'abuse de mon loisir et de vostre patience d'estre si long sur ce qui ne méritait pas de réponse, »

Cette réclamation si énergique et si concluante n'empêcha pas que, quelques années après, on en réveilla les mêmes accusations contre les missionnaires du Canada. Vers 1642 ou 1643, au moment ou Urbain VIN condamnait le jansénisme naissant dans l’Augustinus de l'évêque d'Ypres, il y eut, d'autre part, recrudescence de haines et d'attaques contre les enfants de saint Ignace. Louis XIII venait de mouir, les rênes de l’État se trouvaient entre les mains d’une femme, les ennemis des Jésuites en profitèrent. Ces religieux furent accablés sous le poids des factums de l’Université de Paris, chargés d’injures et d’outrages dans les rues et sur les places publiques; enfin on renouvela les vieilles imputations du négoce exercé par eux dans les Missions de la Nouvelle-France. Les missionnaires du Canada ne crurent pas devoir laisser déchirer leur réputation et compromettre ainsi le fruit de leurs travaux. Ils publièrent, à la fin de la relation de l’année 1643, une réclamation également ferme et modeste; et comme ils n'ignoraient pas d'où partait le coup, ils concluaient en faisant appel aux sentiments de foi et de zèle chrétien qu'ils supposaient dans leurs adversaires. « Si ceux, disent-ils, qui parlent des missionnaires avec liberté pour ne les connoistre pas, se trouvoient avee eux en ce nouveau monde, ils changeroient bien de langage, et se faisant compagnons de leurs souffrances et de leur zèle, ils se trouveroient unis et liés de mêmes affections, et ces chaines pourroient estre éternelles, puisque le

1. Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle-France en l'année 1636, pp. 173 et suiv.

vrai amour et la vraie charité passent au delà des temps » È — Puis, afin qu'on n'eût point leur seul témoignage pour . garantie de leur innocence, ils apportaient le témoignage d non suspect des directeurs et associés de la Compagnie de la Nouvelle-France. C'est une déclaration par laquelle ces Mes- ds sieurs qui, plus que personne, avaient intérêt à n'avoir WE point de concurrents dans leur commerce, attestent qu'il est pi faux que les Pères de la Compagnie de Jésus aient aucune qu part au commerce de pelleteries qui se fait dans le Canada. dE En foi de quoi leur déclaration a été signée desdits direc- at leurs et associés, et scellée du sceau de ladite Compagnie, à pu Paris, 1°" décembre 1683. (Suivent les signatures.) dif « Collationné à l'original par moy conseiller, secrétaire tits du Roy, maison et couronne de France. Jolly!. » sbé Cependant les passionnés délracteurs de ces hommes apos- ! toliques ne se lassaient pas de les poursuivre de leurs ca- par lomnies. L'année où parurent les Provinciales, en 1656, ils LE, renouvelèrent l’imputation de commerce, et avec tant d'é- f tré clat que le bruit en vint jusqu'à Rome. Le P. Nickel, géné- Æ }, ral des Jésuites, s’en émut ; il écrivit à ce sujet au P. Cellot, tif provincial de la Compagnie en France, et ordonna qu'on Ne fit de rigoureuses informations. coll Enfin, au bout de quelques mois, le 16 octobre 1656, il dé mandait au même P. Cellot que le résultat de ces informa- vel tions avait abouti à le convaincre que l'accusation intentée Lex contre les missionnaires du Canada n'avait aucun fonde- d

ment : « Inquisivi in mercaturam illam..….. et invent rem minime subsistere?. »

Cette sollicitude du Général et des autres supérieurs de la Compagnie à éloigner de son sein tout commerce, et même l'ombre de commerce, devrait suffire, ce semble, pour détruire des préventions aussi injustes qu’elles sont

1, Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle-France en 1642- 1643, pp. 308 ct suivantes.

2. Archives du Gest, à Rome. — Le même jour le P. Général écrivait au P. Lejeune, procureur des Missions du Canada à Paris: « Je vois avec grand plaisir que l'accusation de commerce contre K. uos Pères du Canada est fausse et sans fondement. »

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émoignage pour tle témoignage Compagnie de la laquelle ces Mesintérêt à n'avoir | ittestent qu'il est sus aient aucune | dans le Canada.

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16 octobre 1656, il at de ces informa- Lecusation intentée vait aucun fondeet inveni rem mi-

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ridicules. Qu'il nous soit permis de le dire en passant; il nous semble que, de tous les reproches qu'on à faits aux Jésuites, celui-ci est un de ceux qui peut le moins subsister devant les faits et devant un examen impartial et sérieux,

Lors de l'abolition de la Compagnie de Jésus, sous Clément XIV, on chercha avec soin, parmi toutes les accusations soulevées contre les enfants de saint Ignace, celles qui pourraient leur attirer un juste condamnation. Il ne fut pas question de négoce. La chose avait été tentée quelques années auparavant, sous Benoît XIV; elle avait complétement échoué, et l'accusateur des Jésuites, le P. Norbert, quoiqu'il fût appuyé de tout le crédit du cardinal Passionei, un des principaux ministres du pape, fut convaincu de fausseté et conraint de s'enfuir de Rome pour éviter le châtiment dû à ses impostures !.

Nous conclurons cette digression sur le commerce par le: paroles si touchantes du P. le Jeune, pendant plusieurs années supérieur de cette Mission : «Si quelqu'un, dit-il, trouve ces narrés un peu longs, je le prie d’avoir égard que de gagner quelque pauvre Sauvage à Dieu et à l'Église, c'est tout notre trafic en ce nouveau monde, toute la manne que nous recueillons en ces déserts; que nous ne chassons qu'à cela dans ces grands bois, et que ne faisons autre pêche sur ces larges fleuves. » (Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle-France, en l'année 1635, p. 73.) — Voir dans l'ouvrage déjà cité du P. de Ravignan la note 2 de l'Appendice sur le prétendu commerce des Jésuites (pp. 219 et suiv.). La matière y est traitée à fond et victorieusement.

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