PRÉFACE
Tout le monde sait à quel point la guerre mondiale a surexcité les ardentes passions chauvines. Il est dangereux de traiter certains sujets Or, sHl est une question particulièrement brûlante, c'est bien celle-ci : Convient-il que nous, Alliés, reprenions un jour les relations intellectuelles avec les Centraux, en particulier avec les Boches ? Des lecteurs irrités s'exclameront ! Comment, dira-t-on, vous qui n'êtes pas suspect de germanophilie (1), vous qui habitez les tristes ruines de Louvain, dont chaque pierre semble pleurer le martyre, comment pouvez-vous songer à poser le problème, si même vous deviez y apporter une réponse négative ?
« A Louvain, dit Et. Lamy (2), les sommets du mal sont atteints... La plus grande ruine de Louvain n'est pas le sac d'une ville par une armée ; c'est la ruine de la vérité par un peuple... ».
«Non contents de vous en prendre à la Belgique vivante, écrit R. Rolland (le 2 sept. 1914), vous [Allemands] faites la guerre aux morts, à la gloire des siècles. Vous bombardez Matines, vous incendiez Ru b en s. Louvain n'est plus qu'un monceau de cendres, Louvain avec ses trésors d'art, de science, la Ville Sainte!... Êtes-vous les petits-fils de Goethe ou ceux d' Attila? (3) Est-ce aux armées que vous faites la guerre ou bien à l'esprit humain ? » (4)
(1) Au jugement de tous, notre recueil de Pensées (Bruxelles, 1919) l'a prouvé surabondamment !
(2) Discours prononcé en présence des Souverains belges, le 30 août
(3) Ceux d'A 1 1 i 1 a, semblerait-il à lire les vers suivants :
Denn der Mensch verkùmmert im Frieden,
Mûssige Ruh ist das Grab des Muts.
Das Gesetz ist der Freund des Schwachen,
Ailes will es nur eben machen.
Mochte gern die Welt verflachen,
Aber der Krieg lasst die Kraft erscheinen...