VIII. 1917. Benoît XV
(1) Les gens les plus méprisables du monde sont ceux qui règlent leurs opinions, non sur le vrai, le beau et le bien, mais sur leurs intérêts personnels. C'est le cas de beaucoup d'hypocrites qui se montrent patriotards, mais n'ont aucune conviction sincère; ils n'ignorent pas qu'en faisant appel à la passion chauvine, on est toujours sûr du succès du moment. Cette attitude, la majorité des savants officiels la prend aujourd'hui. Ce qu'ils désirent, ce n'est pas l'approbation de l'avenir : ils s'en moquent I Il leur faut celle de leurs contemporains immédiats. Ils veulent jouir du présent et ils en subissent l'humiliante servitude. De cette manière, les caractères s'avilissent, l'intelligence s'atrophie, l'horizon se rétrécit et le pseudo-savant devient le jouet des passions du jour; il en arrive à prostituer son honneur professionnel en plaçant les intérêts de la science au-dessous des intérêts de la politique la plus mesquine. Actuellement, ils ne sont pas rares les soi-disants catholiques qui, atteints de la fièvre obsidionale, ont remplacé le culte de la religion chrétienne par celui du chauvinisme, cette superstition du patriotisme, et par la pratique stupide et féroce du ressentiment et de la haine.
Pour un catholique qui mérite ce nom, le vrai ennemi n'est pas l'adversaire de la grande guerre, mais bien l'anticatholique, le matérialiste^ l'athée, le franc-maçon, le voltairien « libéral » (au sens belge), l'homme sans foi ni loi. Les^ vrais catholiques souhaitent d'avoir pour seuls ennemis les ennemis de TÉglise. En Belgique, un des plus tristes effets du chauvinisme, le plus triste, c'est que beaucoup de catholiques, même des professeurs d'Université, ont perdu toute dignité en s'acoquinant avec de féroces anticléricaux, sous prétexte qu'ils sont des compatriotes ou des « alliés ». Le résultat, on pouvait s'y attendre, est désastreux ; car si le chauvinisme est fort en hausse, la foi religieuse est fort en baisse. Ces