PATRIE ET PATRIOTISME
L'amour de la patrie est presque toujours mélangé d'orgueil, d'intérêt... et d'un certain enthousiasme factice... A. L. Thomas (1732/85).
Le patriotisme n'est qu'un oubli momentané de l'intérêt personnel, tandis que le christianisme est un système complet d'opposition aux tendances dépravées de l'homme. H. de Balzac (1790/1850).
L'enseignement évangélique de la charité envers le prochain ne s'enferme pas dans les limites de la patrie. 10. I. 1920. Y. de la Brière.
Le patriotisme est une noble vertu quand il tend à son objet par des moyens sincères, honorables et strictement conformes à la loi de Dieu. Sinon le patriotisme dégénère en une passion aveugle, brutale, indifférente à toutes les règles. Il s'inspire, non de l'amour du pays, mais de Satan... XL 1920. Card. Logue.
[Pour comprendre] cette vérité grande et simple f l'amour de la patrie, il est bon, il est sain] que se déchaîne le démon des guerres internationales, qui fauchent des millions d'êtres. (Sic !!!) 8. IX. 1914. L. Luzzatti.
Le patriotisme a quelque chose d'injuste et de factice, outre qu'il est intolérant, terrible et trop souvent cruel.
P. S. Ballanche (1776/1847).
Le patriote est presque l'antagoniste du philanthrope. L. Pinel.
Le patriotisme, c'est l'œuf des guerres !
Guy de Maupassant (1850/93).
Celui qui sauve sa patrie ne viole aucune loL.. A la guerre tout est moral. Napoléon (1769/1821).
Le patriotisme peut se trouver en opposition avec la morale religieuse.
1914. G. Le Bon (1842/...).
...Toute action criminelle et honteuse, opposée à la loi éternelle, non seulement ne doit pas être blâmée, mais elle tout à fait licite et digne des plus grands éloges quand elle est inspirée par l'amour de la patrie.
64e proposition condamnée par le Syllabus.
La religion chrétienne est venue rendre à l'amour de la patrie sa véritable mesure. Ce sentiment a produit des crimes chez les anciens, parce qu'il était poussé à l'excès. 1802. Chateaubriand (1768/1848).
catholiques ont trahi leur sainte religion ; ce sont des apostats. En Belgique surtout, le chauvinisme a produit une perversion étonnante du caractère et de la pensée. Le parti catholique belge se désagrège. Voici une remarque qui est d'une éclatante vérité :
Nos modernes catholiques ont adoré les idoles d'un impérialisme et d'un nationalisme exclusifs et ont à peu près perdu l'idée de la cité chrétienne. Mgr Giesswein.
La distinction entre les patriotes et les chauvins est aisée dans la plupart des cas. Voici un exemple :
Les vrais patriotes déplorent amèrement le sac de Louvain (dont on semble avoir singulièrement sous-évalué la gravité au point de vue de la haute culture en Belgique) et ils en sont presque inconsolables. Mais les chauvins s'en sont réjouis dans le secret de leur âme, car cette catastrophe gigantesque a fourni un aliment de plus à leur ressentiment et à leur haine immenses dont ils s'enivrent et elle leur a donné le plaisir malsain d'adresser un reproche de plus au peuple Allemand !
Ce sentiment a produit bien des crimes après l'antiquité et même tout récemment encore, parce que, poussé à l'excès et déformé, il a donné naissance au chauvinisme. L.
Nous nous devons à Dieu premièrement, puis à la patrie ; mais premièrement à la céleste, secondement à la terrestre.
1608. S* François de Sales (1567/1622).
...Dans notre vraie patrie, les chaînes qui appesantissent notre corps, les limites que nous oppose l'espace, les rançons qu'il faut payer à la souffrance, et tout le stock de nos petits besoins et de nos mesquins désirs, n'opprimeront plus l'esprit enfin éveillé. Portons le fardeau courageusement et sans murmure jusqu'au bout ; mais ne perdons jamais de vue le but plus haut ; joyeux alors, quand l'heure sonnera, nous déposerons le fardeau et nous verrons le voile tomber !
K. F. Gauss (1777/1855).
Patria est ubicumque bene est.
M.Pacuvius (— 219/— 130). Gicero (— 106/— 43). Illa mihi Patria est, ubi pascor, non ubi nascor Illa ubi sum pastus, non ubi natus eram, ïlla mihi Patria est, mihi quae Patrimonia praebet Hic ubicumque habeo quod satis est, habito.
J. Owen (1616/83).
lia patrie est là où est ce que l'on aime.
Mme N. Woillez (1781/1859).
[...Partout où nous allons] nous éprouverons la même révolution des saisons, nous verrons que le même Soleil et la même Lune dirigent le cours de l'année. Nous aurons partout sur nos têtes la même voûte azurée, parsemée d'étoiles... Pendant que nous sommes ravis par des contemplations pareilles, pendant que notre âme s'élève ainsi vers le ciel, peu importe la terre sur laquelle nous marchons. H. Bolingbroke (1678/1751). Ma patrie, à moi, est partout où j'admire.
A. P. de Custine (1740/93).
Comme Antonin, ma patrie est Rome ; comme homme, ma patrie est le Monde. Marc-Aurèle (121/80).
La première chose qui a faussé... la notion de patrie est la confusion... avec le gouvernement qu'elle se donne ou qu'elle subit ; puis la confusion du gouvernement lui-même avec l'homme qui l'exerce ou qui la personnifie... Des émigrés ont emporté « la patrie à la semelle de leurs bottes ».
1910. L. Baunard (1828/1918).
N'espérons que dans le Ciel et nous ne craindrons plus l'exil ; il y a dans la religion tout une patrie. Chateaubriand (1768/1848).
...Ego vero bona omnia mecum porto...
Bias ( — vie s.), rapporté par Cicéron ( — 106/ — 43). L'artiste a pour patrie le monde entier. G. Sand (1804/76).
La civilisation tout entière est la patrie du poète. Hugo (1802/85). Le sage doit être cosmopolite ; il ne doit avoir de pays que là où régnent le bon sens et la raison ; et de compatriotes que ceux qui, comme lui, s'attachent à la recherche du vrai. P. L. Massac.
Quiconque cherche la vérité, ne doit être d'aucun pays.
Voltaire (1694/1778).
La science positive n'a pas de patrie. 1904. A. Fouillée (1838/1912;. En philosophie, il n'y a d'autre patrie que l'humanité.