XII. 1919. H. Carton de Wiart
Hélas ! cela est bien vrai et la Belg que est d'autant plus <• poire » qu'elle a été Dieu sait combien sollicitée par les tentations de l'impérialisme annexioniste !
devons penser à notre intérêt aussi. L'égoïsme est la loi pour tous les peuples ! 1. I. 1921. M. de Margerie.
Et le gouvernement français veut maintenir les droits prohibitifs qui mettent Anvers dans une situation désavantageuse ! Il voudrait qu'Anvers fût fermée au commerce allemand et qu'elle ne pût desservir la France, pas même F Alsace-Lorraine que, sans notre conduite en 1914, l'on n'aurait probablement pas reconquise ! M. de Margerie trouve cela tout naturel : « l'égoïsme est la loi pour tous les peuples ! ». Cela fait songer aux fameux '« Not kennt kein Gebot » qui, en réalité, résume la doctrine du Salut Public ! Le représentant de la France semble donc méconnaître les bases de la Société, qui sont la justice et le droit. Le gouvernement français s'imagine peut-être que le gouvernement belge va se résoudre à laisser consommer la ruine de notre grand port, pour conserver les « Amitiés Françaises » ?!
A ce propos, y a-t-il rien de plus idiot que les déjeuners franco-belges, où l'on prononce des discours étincelants et où l'on déguste des meilleurs vins, ce qui ne sert qu'à obnubiler l'entendement. La Belgique n'en sera pas moins libre-échangiste et la France protectionniste. Au 4e de ces déjeuners on ne sera pas plus avancé qu'au premier ! Protectionniste, la France l'est férocement : l'administration des douanes françaises frappe de droits prohibitifs à l'entrée en France une foule de produits belges : automobiles, cossettes de chicorée, cartons, articles de verrerie, couronnes mortuaires (même pour les plus pauvres gens !) et bien d'autres choses encore ! Amitiés françaises ?
La vérité est que les sympathies belges pour la France sont mises à une bien rude épreuve! MM. P. Nothomb et M. Féron, euxmêmes, francophiles bouillants, sont pleins d'indignation et de colère, et profèrent des menaces ! ! ! Que va donc faire le gouvernement belge ? Lui, qui s'était fâché tout rouge lorsque l'Angleterre renonça au bénéfice de l'article 18 du Traité de Versailles (en vertu duquel l'embargo peut en tout temps être mis sur les biens allemands), va suivre exactement la même méthode ! Les Belges se sont, en effet, rendu compte, finalement, que les Anglais avaient vu clair les premiers. (Du reste, l'Italie renonce aussi à l'article 18 du Traité de Versailles, à la suite de l'Angleterre et de la Belgique). — Un modus-vivendi belgo-allemand est donc en préparation (janvier 1920) et Anvers desservira à nouveau l'Allemagne commerciale ! En juin 1920, on a chassé les Allemands d'Anvers; actuellement on les attire : variabilité des passions humaines ! Au point de vue militaire, nous nous jetons dans les bras de la France; au point de vue économique, dans les bras de l'Allemagne ! Que faire au point de vue intellectuel ?
Sur le terrain rétrospectif, il peut être intéressant de signaler que l'infâme Belgique de Bruxelles, feuille « embochée » (?) et haïe à mort, avait prévu avec la plus grande netteté, dès 1917-8, les actuels tiraillements franco-belges ! Les nationalistes lui en ont voulu pour sa perspicacité ! Patriotes, nous n'aurions pas dû être aveuglés par le chauvinisme, nous aurions dû reconnaître, malgré ses défauts, les qualités de ce grand quotidien, qui avait, entre autres mérites, de pouvoir, contrairement à la majorité de nos journaux d'avant- et d'après-guerre, être mis dans les mains des jeunes filles.
Tel qui, aujourd'hui est à l'honneur [dans la Grande Guerre] pourrait, demain, s'il n'y prend garde, s'abîmer dans la défaite... Dieu peut redresser le sens égaré de nos ennemis.