‹ Relations politiques des comtes de Foix avec la Catalogne jusqu'aucommencement du XIVe siècleChapitre 134 sur 358 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

DIFFÉRENDS DE ROGER-BERNARD II AVEC NUGNÈS-SANCHE, COMTE DE CERDAGNE (1233-1237)

I. Débats soulevés entre le comte de Foix et Nugnès-Sanche au sujet

des droits de juridiction en Cerdagne.

II. Démêlés relatifs aux châteaux de Son et de Quérigut dans le Don-

nezan.

III. Roger-Bernard conclut la paix définitivement avec Nugnès-Sanche.

Débats soulevés entre le comte de Foix et Nugnès-Sanche au sujet des droits de juridiction en Cerdagne.

A son retour de l'expédition de Majorque, Nugnès-Sanche eut à s'occuper sérieusement des empiétements l du comte de Foix en Cerdagne. Roger-Bernard, en effet, avait construit, de tous côtés, de nouveaux châteaux ou augmenté les fortifications déjà existantes. Ce fut entre Nugnès et lui le sujet d'un grave dissentiment. Désireuses, cependant, de s'arranger, les parties choisirent deux arbitres : Bérenger, évêque d'Elne, et Raimond-Foulques, vicomte de Cardone ; chacune d'elles leur donna en garantie mille sous d'or (7 septembre 1233).

La décision arbitrale (même jour) fut la suivante 2 : les forteresses récemment faites à Bulvir et à Eruz seront

1. Nugnès avait déjà eu quelques difficultés avec Roger-Bernard lorsque celui-ci prit possession du vicomte de Cerdagne en 1226. Cf. Pièce* just., n" 37.

2. Marca hisp., col. 1422-1424. — Orig. Bibl. nat., fonds latin, n° 10152, f» 19.

détruites ; celle de Belvezer restera à Xugnès-Sanche et à ses descendants, ainsi que le château de Prats, dans lequel il sera interdit de construire de nouveaux ouvrages. Le comte tiendra de Xugnès le fort bâti sur la roche de Méranges, sans pouvoir le restaurer ou agrandir; il sera libre, cependant, de le démolir s'il le préfère.

Il en sera de même des autres places élevées, depuis peu. dans la Cerdagne et le Baridan : elles seront détruites, ou bien tenues en fief du comte de Foix par leurs châtelains ; celui-ci en fera hommage à Xugnès et devra les posséder au même titre que les autres châteaux de cette région.

Roger-Bernard promettra à son suzerain de lui livrer ses différentes forteresses, ainsi que ses prédécesseurs avaient l'habitude de le faire et qu'il avait été stipulé dans les conventions passées anciennement par le comte et le vicomte de Cerdagne. La cour de Xugnès statuera sur la question du château de Bolquera, détenu comme gage par celui-ci et réclamé par le comte de Foix.

Nugnès conservera les divers droits possédés, autrefois, par les rois d'Aragon sur les châteaux de Son et de Quérigut et le Donnezan tout entier. C'est devant sa cour qu'Arnaud de Son et Bernard d'Alion devront faire droit aux revendications de Roger-Bernard au sujet de ces domaines. S'ils s'y opposent. Xugnès assistera ce dernier contre eux, pour lui faire rendre justice ou restituer ces forteresses ; toutefois il promet son appui aux chevaliers précités, si le comte refuse d'accepter les réparations offertes par eux.

Si Roger-Bernard recouvre les places susdites, soit par une guerre, soit par une sentence judiciaire, il en fera hommage à Xugnès, suivant les conventions conclues entre le comte de Cerdagne et les ancêtres de Bernard d'Alion. Le comte de Foix pourra faire la paix avec Arnaud de Son et son frère, à la

Baudo.n de Moxv. — Contes de Foix et Catalogne. I. 11

condition de respecter , en toutes choses , la suzeraineté de Nugnès et d'observer les anciens accords, rappelés à l'instant, aussi bien que ceux passés jadis entre le roi Pierre et Arnaud de Castelbon.

On déposa (28 septembre 1233) à l'abbaye de Fontfroide l le texte des conventions faites entre Roger-Bernard et Nugnès- Sanche et celui des serments de fidélité prêtés par le premier à ce seigneur. Il fut convenu, en outre, que l'on rechercherait, dans un délai déterminé, les instruments authentiques des accords d'Arnaud de Castelbon avec le roi Pierre ; au cas où ceux-ci ne pourraient être retrouvés, on irait en consulter la transcription dans les registres de Barcelone. On s'en tiendrait enfin aux anciennes conventions, si le texte des présentes en différait de quelque manière.

A l'expiration du délai fixé pour cette recherche, Nugnès concéda 2 au comte l'exercice du droit de justice en Cerdagne, tel qu'en avait joui Arnaud de Castelbon (7 novembre). Cette décision ne mit pas lin cependant aux réclamations d^ Roger- Bernard et Nugnès fut obligé de porter la question à Puycerda, devant la cour de Raimond de Teled, son viguier de Cerdagne.

Cité devant celui-ci et les prélats qui l'assistaient, le comte commença par ne pas comparaître 3 (10 janvier 1234, n. st.). Ce n'était pas le moyen de faire avancer l'affaire. Raimond de Teled parvint, toutefois, à la terminer (19 avril de la même année), en reconnaissant 4 au comte le droit de justice en Cer-

1. Marca hisp., col. 1424-1425.— Orig., Bibl. nat., fonds latin, n" 10132, fo 18.

2. Analyse. Areli. dép. de l'Ariège, Inv. de Foix, p. 155, caisse il, n° 37.

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