Id., t. III. p
4. D'après cet accord (attribué par D. Vaissète aux environs de Fan 1034), Bernard, père de Roger, avait fait un aete de partage de ses domaines ; cette pièce est malheureusement perdue, comme beaucoup de celles qui ont dû intervenir alors entre les différents membres de la maison de Carcassonne.
Dans le désir de se succéder mutuellement, en cas de prédécès, Pierre et Roger répartirent leurs domaines en deux lots ; dans le premier, ils placèrent le comté de Garcassonne et les alleux comtaux, le château et le pays de Queille, le pays de Dun, la moitié du bois de Boulbonne, la terre d'Agarnaguès. le château de Saissac dans le Carcasses; dans le second, les châteaux de Foix, Castelpendent, Roquemaure, Lordat, l'autre moitié du bois de Boulbonne, avec les vigueries et les domaines propres du comte que Pierre et Roger possédaient dans le pays. L'évèque Pierre se réserva dans le premier lot Tévèché de Carcassonne avec ses dépendances et généralement toutes les abbayes, parmi lesquelles nous nous contenterons de citer celles de Foix, de Frédelas, du Mas d'Azil, ainsi que diverses terres et alleux situés dans les différents lieux mentionnés. Il fut stipulé que chacune des parties posséderait son lot, sa vie durant, et que le survivant acquerrait toutes les possessions énumérées dans lacté *.
Il est à remarquer que le texte ci-dessus ne désigne pas le pays de Foix sous le nom de comté, tandis que le comté de Carcassonne y est formellement mentionné. Cependant le château de Foix y occupe une situation prépondérante, puisque diverses reprises certaines possessions sont adjugées à celui des contractants dans le lot duquel il sera tombé; très peu d'années, d'ailleurs, suffiront pour consacrer définitivement l'usage du titre de comte de Foix'.
L'histoire est malheureusement aussi muette sur les suites de cet accord que sur les raisons de Pierre et de Roger à faire une convention de cette importance. Toutefois, Pierre étant
i. Vaissète, l. III, \>. 275 et ss.
i. A cette occasion, on peut signaler le titre de comte de Sabartès, <-<)iiirs tir Savartesio, que certains actes donnent à Roger [Pièces just., n° 4i. Cet usage ne prévalut pas longtemps.
mort avant son neveu, on peut supposer que celui-ci lui succéda, comme il avait été convenu.
Les abbaves et terres réservées par l'évèque demeurèrent probablement réunies aux possessions dans lesquelles elles étaient situées, et durent ainsi être partagées entre Roger et ses cousins, les lils de Raimond1.
Les comtes de Foix conservèrent donc vraisemblablement des droits importants sur le Carcasses, droits qui leur auraient, sans doute, assuré l'héritage de Roger le Vieux, à l'extinction de la branche aînée de la famille issue de ce comte (1067), s'ils ne s'étaient heurtés alors à la puissance des seigneurs de Barcelone. Nous dirons au chapitre troisième comment ils furent évincés de cet héritage ; la division de ce travail nous conduit auparavant à l'examen du relief géographique du comté de Foix : nous aurons à en tirer d'importantes conclusions pour la suite de notre étude.
Situation topogr&phique du comté de Foix : elle explique son indépendance vis-h-vis de celui de Toulouse et ses relations avec la Catalogne.
Il suffit de jeter les yeux sur une carte pour comprendre que la situation topographique du comté de Foix explique, pour beaucoup, son indépendance vis-à-vis de celui de Toulouse, non moins que ses rapports précoces avec l'Espagne. Adossé d'un côté aux Pyrénées et touchant de l'autre aux grandes plaines du Toulousain, il était divisé par la nature même en deux parties bien distinctes : la montagne et la plaine ; le point
i. Bofarull, Condes de Barcelona vindicados, t. IL, p. 59.
I 'l RELATIONS DES COMTES &E I < »IX AVEC LA CATALOGNE
d'intersection ' en était marqué par l'étroit défilé du Pas de la Barre, situé à une faible distance au nord de la ville de Foix. La pari ii' basse, beaucoup plus accessible aux invasions que la première, subit, jusqu'à un certain point, l'influence ou la suzeraineté des comtes de Toulouse. Elle comprenait deux subdivisions : l'Agarnaguez, vaste plateau qui s'étend de Varilhes à Saverdun et de Pamiers à Belpech2, et le Podaguez, pays de coteaux, dit le Terre-Fort, embrassant le Dalmazan et le Lé/a tais :!.
Au midi du Pas de la Barre s'ouvrait la partie montagneuse du comté, véritable boulevard de la puissance des comtes de Foix, où la suzeraineté de ceux de Toulouse ne put jamais s'implanter sérieusement. C'était la viguerie du Sabartès, bornée de toutes parts par de hautes montagnes : la chaîne centrale des Pyrénées, au midi; les puissants contreforts qui se détachent de cette crête vers le pic d'Estax, à l'ouest; la chaîne des Corbières, qui vient se souder aux Pyrénées, non loin du col de Puymorens, à l'est; enfin, au nord, la chaîne du Plantaurel, qui, se reliant aux montagnes de l'Aude, passe un peu au nord de Foix.
L'intérieur de ce quadrilatère, traversé dans toute sa longueur par l'Ariège, est d'un relief très accidenté. Les vallées y succèdent aux vallées et aux défilés sauvages, présentant à l'ennemi autant d'obstacles difficiles à franchir. La main des hommes ne s'était pas contentée, du reste, de ces barrières naturelles ; elle y avait accumulé des défenses formidables : Ibères, Romains, Wisigoths, Sarrasins, Francs, toutes les races avaient laissé, tour à tour, des traces de leur passage,
1 . Les documents anciens parlent souvent de cette limite, car les pays situés en dessus ou au-dessous d'elle n'étaient pas soumis au même régime féodal.