Ourgaud, Histoire de Pamiers, p
en hérissant la contrée de châteaux construits au sommet de roches élevées. C'était tout un système de forteresses placées, de distance en distance, dans les endroits les plus favorables, afin de commander les délilés ou le confluent des rivières.
En remontant le cours de l'Ariège, on trouve, pour ne citer que les places les plus fameuses dans l'histoire, la tour d'Opio aux portes de Saint-Jean de Verges, tout près du Pas de la Barre; non loin de là, le château de Foix, dont les tours pittoresques existent encore aujourd'hui. La capitale du comté était construite à ses pieds, au contluent de l'Ariège et du Larget; il eut à soutenir plusieurs sièges célèbres, parmi lesquels celui de 1272 contre le roi de France lui-même. Montgrenier vient ensuite, bâti sur le premier plan des montagnes de la rive droite de l'Ariège et considéré comme l'une des clefs du pays de Foix. Entre Amplaing et Foix se trouve Castelpendent, très ancienne forteresse mentionnée déjà dans le testament de lloger le Vieux, comte de Carcassonne (vers 1002). Un peu plus loin, au point de jonction de plusieurs vallées, se présente le château de Tarascon entouré de ceux de Quié, Calâmes, Roquemaure, Miramont. La vallée de Vicdessos était défendue par ceux de Miglos et de Montréal, ce dernier, l'un des plus puissants de la contrée. Au confluent de l'Ariège avec le torrent d'Aston, Chàteauverdun surveillait une des voies d'accès du Sabartès en Catalogne par le col de Fontargente et l'Andorre.
En remontant toujours l'Ariège, on aperçoit bientôt le fameux château de Lordat; par la puissance et l'étendue de ses fortifications, il comptait parmi les plus solides défenses du comté '. Ses ruines imposantes frappent les yeux du passant et témoignent de son importance au moyen âge.
1. Lordat fut avec Montréal et Montgrenier l'un des châteaux que le roi de France se fit remettre, en plusieurs occasions, par le comte de Foix.
A l'extrémité enfin de la haute vallée de l'Ariège, les deux châteaux d'Ax et de Mérens gardaient les défilés qui séparent le comté de Foix de la Cerdagne.
Un tel système défensif était capable d'opposer la plus sérieuse résistance à l'armée ennemie assez téméraire pour tenter d'en forcer les retranchements. En admettant même que les premières lignes en eussent été rompues, la manœuvre n'étaitguère facile dans une région aussi mouvementée, habitée par une population rude et hère, d'autant plus jalouse de ses libertés que ses maigres ressources consistaient à peu près uniquement dans l'élevage du bétail et l'industrie du fer.
La topographie de ce pays explique ainsi parfaitement comment les comtes de Toulouse n'exercèrent, en réalité, aucune autorité sur le Sabartès, bien que cette région fît nominalement partie du Toulousain. Les documents historiques vont nous démontrer maintenant que les comtes de Foix jouirent effectivement d'une grande indépendance vis-à-vis de la maison de Toulouse ; que le Sabartès surtout ne fut rattaché par aucun lien de vassalité à cette dernière. Jetons auparavant un coup d'œil sur la situation géographique du comté de Foix par rapport à la Catalogne.
Par ses hauts plateaux, le pays de Foix touchait à des terres catalanes sur la plus grande étendue de ses frontières. Au sud-est, c'était l'Andorre, qui dépendait de l'église d'Urgel ; au midi et à l'est, la Gerdagne, le Capcir et le Donnezan, qui furent réunis au comté de Barcelone dès l'année 1117. De plus, il était limitrophe du Carcasses et du Razès, soumis à l'autorité immédiate des comtes de Barcelone depuis les accords de Raimond-Bérenger le Vieux avec Ermengarde, vicomtesse de Béziers (1067). La proximité de leurs domaines respectifs devait forcément multiplier les relations des maisons de Foix et de Barcelone; en réalité, l'on remarque qu'elles
devinrent beaucoup plus fréquentes depuis la réunion, au comté de Barcelone, des territoires voisins du pays de Foix. Il en résulta un accroissement rapide de l'influence des seigneurs de Foix en Catalogne ; déjà considérable a la fin du xnc siècle, celle-ci y acquit au xmc une extension des plus importantes. Nous verrons plus loin par suite de quelles circonstances les efforts de nos comtes se portèrent plutôt du côté de la Catalogne que de celui du Toulousain.
Indépendance du haut comté de Foix prouvée par les ne les.
Le principe de la franchise de la terre, c'est une chose bien reconnue, prévalut pendant longtemps dans le Midi de la France; nul seigneur sans titre, tel était l'adage. Au xinc siècle encore, les terres libres n'y étaient pas rares; on peut juger par là de leur nombre aux xc et xic siècles. A cette époque de complète désorganisation, le pouvoir central n'était pas le seul à subir les elfets du morcellement général; les grands feudataires eux-mêmes voyaient d'importants territoires échapper à leur suzeraineté nominale.
Le Sabartès, possédé, selon nous, en franc-alleu par les comtes de Foix, a dû être dans un cas semblable vis-à-vis du comté de Toulouse. De nombreux actes viennent à l'appui de cette opinion, contraire, il est vrai, à celle de D. Vaissète ', mais absolument conforme aux résultats de l'étude géographique donnée plus haut.