CHAPITRE HUITIEME
PREMIÈRE COALITION FORMÉE PAR ROGER-BERNARD CONTRE PIERRE III D'ARAGON (1277-1278)
I. Roger-Bernard groupe autour de lui la noblesse catalane. II. Le comte de Foix attaque l'évêque d'Urgel qui invoque le secours du roi.
III. Intervention personnelle de Pierre III contre le comte de Foix.
Traité de paix avec le roi (1278).
IV. Paix de Roger-Bernard avec l'évêque d'Urgel. Parcage d'Andorre
Roger-Bernard groupe autour de lui la noblesse catalane.
L'avènement de Pierre III marque lune des périodes les plus intéressantes de l'histoire des relations de la féodalité catalane avec la royauté aragonaise. Jacques le Conquérant avait déjà donné à celle-ci un ascendant considérable et essayé, surtout à l'occasion de sa dernière campagne contre les Sarrasins, de soumettre les grands de la Catalogne à toutes les obligations de ses propres chevaliers. Mais les barons avaient prétendu ne devoir le service militaire qu'au comte de Barcelone et non pas au roi d'Aragon et n'avoir point à le suivre hors des limites de la Catalogne.
Avec Pierre III la lutte entre les deux puissances s'engagea d'une manière plus décisive. Bien connu pour son caractère absolu et dominateur, le nouveau roi n'était pas homme à supporter patiemment les résistances de ses vassaux ; ces derniers, de leur côté, tenaient à leur indépendance avec un soin jaloux. Ils éprouvèrent le besoin de serrer leurs rangs et de se
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choisir un chef. Le comte de Foix était tout indiqué pour le devenir : son caractère chevaleresque et indépendant lui avait conquis une place à part parmi la noblesse de cette époque; sa puissance territoriale, disposant de forces entièrement soustraites à l'autorité du roi d'Aragon, lui donnait un ascendant particulier. Aussi, dès le début du nouveau règne, le trouvons-nous à la tète d'un groupe nombreux : c'étaient d'abord ses jeunes cousins et pupilles, Ermengaud et Alvare de Cabrera, héritiers dans le comté d'Urgel d'un pouvoir très amoindri, puis Arnaud-Roger, comte de Paillars, Raimond- Roger. frère de celui-ci. Raimond de Anglesola, Guillaume- Raimond de Josa, Guillaume-Raimond, vicomt» de Yilamur, Pierre de Moncade , Bérenger de Puigvert, Géraud Alamany de Cervello et Pons de Ribelles, frère de ce dernier, etc. * On étudiera bientôt les agissements de cette ligne, mais il faut examiner auparavant les entreprises de Roger-Bernard contre l'évêque d'Urgel.
Le comte de Foix attaque l'évêque d'Urgel qui invoque le secours
du roi.
Fidèle à la politique de ses ancêtres, Roger-Bernard eut de bonne heure de graves dissentiments avec l'église d'Urgel. Plus violent, toutefois, que partisan de la chicane, il parait avoir préféré la voie des armes aux subtilités juridiques de son père. Il réunit donc une armée considérable (printemps de l'année 1277), afin d'écraser l'évêque son rival. Celui-ci recourut alors au roi d'Aragon 2 qui se trouvait, à ce moment,
1. Zurita, Anales, t. I, ad an. 1277; et Bofarull , Ilisl. de Cataluna, t. III, p. 320.