Marra hisp., col
ij. L'interprétation de ces documents est assez difficile, en ce qui concerne Lordat, notamment; nous en connaissons d'autres, en effet, d'où il résulte que Roger, comte de Foix, et sa femme Sicarde avaient donné (25 janvier 107o n. st.) ce château, avec toutes ses dépendances, au monastère de Cluny (Recueil des chartes de Cluny, t. IV, n° 3480, p. 587 à 590). L'acte énumère toutes les limites de cette châtellenie; elles concordent absolument avec celles du Lordadais. Cette cession fut renouvelée (1070) par Roger (lit/., ib., n° 31100, p. 614-615); le comte y rappelle sa précédente donation de ce domaine à sa femme Sicarde par contrat de mariage. La même année, un privilège de Grégoire VII cite Lordat parmi les possessions de Cluny (Bull, de Cluny, f° l'.l). Lordat figure, en outre, l'année même du testament de Guillaume, comte de Cerdagne, (1095), au nombre des châteaux cédés par Roger II, comte de Foix, à sa cousine Ermengarde, vicomtesse de Réziers, et à Bernard-Àton, son fils,
L'héritage de ceux-ci ne tarda pas, du reste, à passer entre les mains des seigneurs de Barcelone (1117). Constamment occupés aux entreprises les plus éloignées, ces derniers ne purent évidemmeni songer à revendiquer les droits de leurs prédécesseurs dans le Sabartès '. Les comtes de Foix, au contraire, eurent tout intérêt à ressaisir des territoires aussi importants pour la défense de leur pays.
Premières relations des comtes de Foix et de Barcelone, jusqu'au mariage de Boc/er III avec Chimène de Barcelone (vers 1 1 I 7).
L'occupation de la Cerdagne par les comtes de Barcelone (1117) eut des conséquences positives sur la suite de leurs rapports avec ceux de Foix : les relations de famille, ravivées par le voisinag-e, devinrent plus intimes entre les deux maisons; le mariage de Chimène avec Roger III en est un indice; des rapprochements d'intérêts naquirent, en outre, de la proximité des territoires.
Le temps n'est pas encore venu, il est vrai, où l'ambition de nos comtes, franchissant des limites désormais trop étroites,
en cas de prédécès sans enfants légitimes. (Vaissèle, t. V, col. 736-737.) En présence de ces documents contradictoires, le champ est libre aux hypothèses; nous nous dispenserons, toutefois, d'en formuler, car les éléments de la discussion sont insuffisants.
1. Citons pour mémoire un acte du 17 avril 1145 (Arch. d'Aragon, coll. de doc. datés de Raimond-Bérenger IV, n° 233), énumérant, parmi les redevances dues au comte de Barcelone, 8 jambons à Sobergen et à A.\, dernier vestige, sans doute, des anciens droits des comtes de Cerdaghe sur ce pays. — En 1272, le roi d'Aragon, mis eu possession du château de Lordat par ordre du comte de Foix, éleva des prétentions sur celle forteresse à rencontre de Philippe III et invoqua les droits de ses prédécesseurs, les comtes de Cerdagne. Il dut cependant renoncer à sa réclamation, comme nous le verrous plus loin.
cherchera au delà des Pyrénées un champ d'action plus vaste ; cette tendance à l'expansion du côté de l'Espagne ne se manifeste guère qu'à la lin du XIIe siècle; la prudence leur conseille jusqu'à cette époque des visées plus modestes. Leur puissance était petite encore, et leur indépendance, exposée à sombrer au milieu des guerres ardentes que se faisaient alors les maisons de Barcelone et de Toulouse. Aussi, durant cette période troublée, toute leur tactique fut-elle d'observer une attitude réservée à l'égard des partis ennemis, de ne s'engager trop exclusivement ni d'un côté ni de l'autre, mais de profiter avec soin de chaque occasion favorable à l'accroissement de leur puissance.
Cette politique sage et habile explique les progrès constants de leur influence dans le Midi de la France et donne la clef de leurs succès ultérieurs en Espagne; à ce point de vue, il n'est pas inutile d'en examiner les rouages d'un peu plus près. C'est dans ce seul but que l'on va étudier brièvement les rapports des comtes de Foix avec la famille de Barcelone jusqu'à la fin du xne siècle.
Le mariage d'Ermessinde de Carcassonne, sœur de Bernard, seigneur de Foix, avec Raimond-Borrel, comte de Barcelone, (fin du xc siècle) est, comme il a été dit plus haut, le principe des relations de ces deux maisons entre elles. Un voile épais recouvre malheureusement l'histoire de cette époque primitive. Il faut arriver à l'année 1067 pour rencontrer, dans le même document, les noms d'un comte de Barcelone et d'un comte de Foix. C'était le moment où le brillant vainqueur des Sarrasins d'Espagne, Raimond-Bérenger de Barcelone, cherchait à mettre la main sur les riches domaines de la maison de Carcassonne ; les circonstances lui étaient des plus favorables : la branche aînée de cette famille venait de s'éteindre dans sa ligne mâle en la personne de Roger Hl (f vers la fin de
Baudon de Mony. — Comtes de Foix et Catalogne. I. 3
34 RELAflONS DÉS CO.MTKS DE FOIS AVEC. LA CATALOGNE
1066); celui-ci laissait comme unique héritière sa sœur Ermengarde, femme de Raimond-Bernard , vicomte d'Albi et de Nîmes.
De 1 son côté, le chef de la troisième branche, Roger Irr, comte de Foix, n'avait pour successeur que son frère Pierre- Bernard : l'occasion était donc merveilleuse pour l'ambitieux Raimond-Bérenger ; il s'empressa de la saisir.
Il entama des négociations avec Ermengarde et son mari, et fut assez heureux pour obtenir d'eux la cession de leurs droits sur l'héritage de Roger le Vieux (1067) : cession générale, puisque, dans l'un des actes intervenus à ce sujet, un seul, il est vrai, sont même compris tous les domaines possédés par Roger, comte de Foix, du temps de Pierre-Raimond et de son fils Roger 2. Cette dernière mention a fait :! supposer à D. Vaissète que Roger I01", comte de Foix, était mort avant 1067, vers l'an 1064.
Contrairement à l'avis du savant bénédictin, nous ne pensons pas que les expressions peu précises de ce passage suffisent a donner une base solide à cette opinion. Il nous reste, en effet, l'analyse 4 d'un acte qui implique nécessairement la survivance de Roger Ier à la conclusion de l'accord de 1 0 (i 7 : c'est le serment de fidélité de Raimond-Gaucebert, vicomte de Razès, au comte et à la comtesse de Barcelone; il leur
t. La deuxième branche était représentée par Pierre el Bernard, fils de Guillaume, oncle paternel de Roger 111. La descendance (l'Eudes, frère de Roger le Vieux, s'était éteinte elle-même, vers l'an 1065, eu la personne de Raimond II.