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et de Toulouse, pour que les défilés du Sabartès livrassent aux pires ennemis de la maison de Barcelone la voie d'accès la plus courte et la plus facile en Espagne. Raimond-Bérenger dut avoir conscience de la gravité de cette situation et appliquer ses efforts à en prévenir les inconvénients. Il lui fallait, à tout prix, barrer une route de pénétration si dangereuse ; gagner l'amitié ou du moins la neutralité du comte de Foix en était le plus sûr moyen.
Une telle alliance était bien faite, d'ailleurs, pour tenter l'ambition de la maison de Foix; les intérêts naturels de sa politique la poussaient vers la Catalogne plutôt que vers le Midi de la France.
Là, en effet, dominaient les puissants comtes de Toulouse, aux portes mêmes du pays de Foix. Essayer d'augmenter à leurs dépens ses propres territoires eût été de la folie ; se lier avec eux, dans l'espoir de s'étendre du côté de la plaine, eût présenté peu d'avantages; un accroissement de ce genre ne se serait produit que sous la réserve de la vassalité ; la fierté de nos comtes ne pouvait s'accommoder dune pareille contrainte.
Vers la montagne, au contraire, la situation se trouvait tout autre ; il y était bien moins difficile de déborder les frontières naturelles du comté. Les circonstances invitaient même les comtes de Foix à jeter les yeux de ce côté : l'annexion, au comté de Barcelone, de ceux de Gerdagne et de Bésalu facilitait plutôt qu'elle n'entravait leur action en Catalogne. Délivrés du voisinage gênant de seigneurs remuants et querelleurs, ils n'avaient guère à craindre celui des comtes de Barcelone; la lutte contre les Sarrasins ou les seigneurs du Midi de la France empêchait ceux-ci de surveiller cette extrémité de leurs domaines. L'influence du comte d'Urgel avait, d'autre part, sensiblement diminué dans la partie montagneuse de ses domaines, celle-là même qui se trouvait adossée au pays
de Foix : la guerre contre les infidèles l'avait fait descendre dans la plaine et résider à Balaguer.
Les avantages à retirer de cette situation étaient aisés à découvrir; Roger III s'en rendit compte assurément et saisit avec joie l'occasion de rehausser par un brillant mariage le prestige de sa maison en Espagne.
Il n'en résulta pas cependant pour celle-ci une orientation absolue de sa politique du côté de la famille de Barcelone ; elle se garda prudemment d'épouser toutes ses querelles contre les comtes de Toulouse ; il lui était plus profitable de rester assez indépendante pour se porter, suivant l'occasion, soit d'un coté, soit de l'autre. Telle fut, en réalité, la très sag*e ligne de conduite des comtes de Foix au xne siècle, véritable politique de bascule, comme le rapide exposé qui va suivre a pour but de le montrer.
Peu après son mariage avec Chimène, Roger III succède à son père; il se montre, dès le début, beaucoup plus préoccupé de ses intérêts que de la rivalité des maisons de Barcelone et de Toulouse. S'il intervient * (1125) dans les affaires du vicomte de Garcassonne, c'est simplement pour débattre une question personnelle avec Bernard-Aton. L'accord rétabli, il disparaît de nouveau de la scène politique. Quelques années plus tard survient 2 la mort de ce vicomte (1130) ; l'intérêt de Roger est de s'assurer les bonnes dispositions des fils du défunt; aussitôt il accourt et leur accorde sa protection 3, de concert avec le
1. Par la convention (lu 31 mars I 12!), Roger renonce à toutes ses prétentions sur le comté de Carcassonne, sauf sur Arzens, Alairac, Preixan et Foncian, dont la possession avait été reconnue précédemment à son père. De plus, par un acte du même jour, il institue Bernard-Atou son héritier dans tous ses domaines, au cas où il mourrait sans enfants. (Vaissète, t. V, col. 926-929).