‹ Relations politiques des comtes de Foix avec la Catalogne jusqu'aucommencement du XIVe siècleChapitre 44 sur 358 · ib., p · texte numérisé non relu

ib., p

Peu après, et quelques mois seulement avant la mort de son père, Raimond-Roger, fils de Roger-Bernard, obtient du roi d'Aragon l'investiture des comtés de Carcassonne et de Razès, ainsi que du Lauraguais (14 mai 1188) *■-. Si cette donation ne paraît pas avoir eu plus de conséquences que celle du comte de Toulouse en 1167, elle est cependant assez, notable pour témoigner des faveurs dont la maison de Foix était alors entourée.

A son retour de la troisième croisade, Raimond-Roger se rendit en Espagne auprès d'Alphonse II ; il y fut l'objet d'une nouvelle marque d'amitié (juin 1193). Le roi d'Aragon voulut bien lui confirmer, en effet, la convention par laquelle Pierre de Lara, neveu d'Ermengarde de Narbonne, lui avait donné le vicomte de Narbonne et les pays de Fenouillède et de Pierre- Pertuse. Alphonse y mit toutefois la condition que Raimond- Roger tiendrait ces domaines en fief de sa couronne et ferait la guerre au comte de Toulouse1. C'était la preuve manifeste du prix qu'il attachait à faire du comte de Foix un ennemi de son dangereux rival.

1. Pièces just., n° 19. Ce document, qui n'a pas été connu par D. Yaissète, est curieux à plus d'un égard. C'est, en effet, une espèce de paréage entre le roi d'Aragon et Raimond-Roger; le premier s'y réserve la moitic de tous les revenus des comtés qu'il cède au second et, d'une manière absolue, le droit de la monnaie. Chacune des parties nommera un haile ou un viguier pour faire rentrer les revenus qui seront perçus en commun et partagés ensuite par portions égales. Il est bien entendu que Raimond-Roger et ses successeurs tiendront en fief, du roi d'Aragon, tout ce qui fait l'objet de la dite donation, étant stipulé d'ailleurs que les quatre châteaux d'Arzens, d'Alairac, de Preixan et de Fontian restent la propriété exclusive du comte Roger-Rernard. L'hommage de Raimond-Roger termine cet acte.

2. Nous n'avons aucune donnée pour affirmer que Raimond-Roger ait satisfait sur ce point aux désirs d'Alphonse II. Du reste, les conditions de la convention faite entre Pierre de Lara et le comte de Foix ne s'exécutèrent pas. — Vaissète, t. VI, p. 150.

La fin du XIIe siècle est donc éclatante de gloire pour la maison de Foix : la protection toute-puissante de la cour d'Aragon lui donne au delà des monts une influence considérable. C'est précisément le moment où Raimond-Roger va mettre à profit son prestige pour intervenir dans les démêlés suscités dans le comté d'Urgel par la question de l'Andorre. L'occasion était favorable, car la mort venait de lui laisser le champ libre en abattant, l'un après l'autre, les seigneurs les plus importants du Midi de la France : Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, Roger II, vicomte de Béziers, et Raimond, comte de Toulouse l.

Alphonse II, roi d'Aragon, expirait2 lui-même en 1196. Sans préoccupation du côté de ses domaines, il put se jeter dans les hasards d'une guerre étrangère et avoir ainsi l'honneur, grâce à ses succès, d'être le fondateur de la puissance des comtes de Foix en Catalogne.

Page 1