II. Situation politique de l'Andorre au ixe siècle
III. Droits de l'église d'Urgel sur l'Andorre à cette époque.
Description géographique des vallées andorranes.
Il est impossible de bien comprendre l'état de la question d'Andorre, au moment de l'intervention du comte de Foix, si Ion n'a étudié attentivement l'histoire antérieure de ce petit pays. Faute de ce soin, les erreurs les plus graves ont été commises par la plupart de ceux qui ont traité ce sujet. Aussi nous n'aborderons pas le récit des démêlés de Raimond- Roger avec Tévêque d'Urgel, avant d'avoir compulsé les différents textes relatifs à l'origine de ces débats. Nous avons eu la bonne fortune d'en trouver un grand nombre; non utilisés jusqu'à présent, ils sont assez explicites pour élucider les diflicultés devant lesquelles s'arrêtaient les auteurs précédents. La question, ainsi éclairée, se présentera sous son véritable aspect. Donnons tout d'abord une idée sommaire de la géographie de l'Andorre.
Enclavées dans un massif élevé, les vallées andorranes
Bacdox de Mont. — Comtes de Foix et Catalogne. I. 4
étaient séparées, comme par une muraille, de tous les pays limitrophes : le comté de Foix. la Cerdagne, les comtés d'Urgel et de Paillars. La Valira, rivière assez considérable et
divisée en deux bras, celui du nord et celui de l'est, en arrosait les deux principales. Six paroisses seulement composaient l'Andorre; celaient : Ordino et la Massana, situées sur les bords de la Valira du nord; Canillo et Encamp, baignées par le bras oriental de cette même rivière; Andorre la Vieille, la plus importante, placée à peu près au point de jonction des deux bras de la Valira; au sud, enfin, San Julia, non loin du défilé qui donne accès du pays d'Urgel dans l'Andorre. Un assez grand nombre de hameaux, il est vrai, dépendaient de ces paroisses; l'ensemble de la population en était cependant peu élevé; il ne dépasse pas aujourd'hui le chiffre de G. 000 habitants environ. Parmi les torrents tributaires de la Valira, le Runer était le plus important au point de vue historique; il en est souvent question dans les actes comme formant la limite méridionale de l'Andorre.
A cause de son altitude et des pics neigeux qui l'entouraient, ce pays était d'un sol pauvre et froid. Ses montagnes, maigrement boisées, tiraient leur unique avantage de leurs vastes pâturages et de leurs nombreux gîtes métallifères. Le commerce, très peu actif, s'y faisait surtout avec la Catalogne et la Seo d'Urgel en particulier. Cependant les Andorrans entretenaient aussi des relations commerciales avec le Sabartès; d'Ordino et de la Massana, ils atteignaient Siguer par le col de ce nom; de Canillo, ils passaient dans la vallée de Châteauverdun par celui de Fontargente; d'Encamp, enlin, ils se rendaient à Mérens par le port de Saldeu. Ces communications étaient toutefois à peu près totalement interrompues en hiver, à cause de l'amoncellement des neiges dans ces parages escarpés.
ORIGINES bE LA QUESTION d'aNDORRE 5l
Les Andorrans, race sobre et simple, n'ont jamais cherché à éloigner les bornes naturelles de leurs vallées; aussi les limites de l'Andorre au moyen âge concordent-elles parfaitement avec les frontières actuelles de ce petit pays. L'on peut en juger par le texte qui nous en fournit la plus ancienne délimitation : l'acte de donation * d'Ermengaud Ier, comte d'Urgel, au monastère de San Cerni (13 juin 1007). D'après ce document, elle était bornée au midi par le Runer, à Test par le comté de Cerdagne, au nord par le Sabartès et à l'ouest par le comté de Paillars 2. Telles sont aujourd'hui encore les limites de l'Andorre.
Le plus vieux document connu où soit mentionnée cette vallée est l'acte 3 de consécration de l'église d'Urgel (819). Ce texte, qui énumère les différentes paroisses du diocèse suivant leur situation géographique, place celles de l'Andorre dans le