Pièces just., n° 47, p
'.i. J'ai réfuté dernièrement [La vallée d'Andorre cl 1rs év<:</ucs d'Urgel au Moyen-Age, tir. à part extrait de la Berne des Pyrénées, juillet-août 1892) les conclusions d'un article de M. Brutails (Etude critique sur les origines de la question d'Andorre, tir. à pari extrait de la même revue, n" 'A, 1891), dans lequel il attaque les données d'un travail publié par moi sur le même point historique [Bibl: de VEc. des Chartes, tir. à part extr. du t. XL VI, 1885). M. B. a cru pouvoir me répliquer dans ses nouvelles Etudes critiques sur les origines de la question d'Andorre [Revue des Pyrénées, juillet-août 1892). Il déclare "n'avoir pas voulu traiter cette question, mais s'être « contenté de soumettre à une critique strictement négative deux travaux parus » sur elle. Il devrait savoir cependant qu'une élude approfondie s'impose à quiconque veut discuter sérieusement d'un sujet. Or, ses objections prouvent, à l'évidence, qu'il n'en est resté qu'à la surface; il n'a rien saisi de l'enchaînement des faits constituant l'histoire de ce pays. Tout s'explique, au contraire, et de la manière la plus simple, si l'on suit celte histoire depuis le commencement. Il suffit de lire les pa^es qui précèdent, pour en comprendre la genèse. Abandonnée par les comtes d'Urgel à l'église de la Seo, l'Andorre est inféodée par elle à la maison de Caboet. Ici
intervient l'erreur radicale de M. H., celle dont procèdent toutes ses autres méprises. D'après lui, « les vicomtes de Caboet cl, plus tard,
les vicomtes de Castelbon et les comtes de Foix tenaient de L'évêque, non pas la vallée tout entière, mais un fief sis dans celle vallée » [Revue des Pyrénées, IK92, p. 574). Il établit cette opinion sur ce fait :
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Comment Miron-Guitard succéda-t-il à son frère? quelles relations entretint-il avec l'église d'Urgel? Nous l'ignorons absolument. Il est à croire, cependant, que les bons rapports de sa maison avec celle-ci ne furent pas troublés : l'on peut en juger par le document cité à l'instant.
1° ({lie l'accord de 1159 (publié dans la Bibl. île VEc. des Chartes, 1885 ne parle pas de la vallée d'Andorre, mais du fief épiscopal de cette vallée: 2° que ce document de 1159 « ne parait pas se référer à des droits politiques, ni à des châteaux fortifiés »; 3IJ qu'à diverses reprises, entre 1100 et 1278, l'on voit« les pouvoirs seigneuriaux sur l'Andorre aux mains d'autres personnages que les vicomtes de Caboet et leurs successeurs ». — Aux arguments déjà donnés sur le premier point, j'ajouterai que je n'ai jamais dit, comme M. B. semble le faire supposer (Revue des Pyrénées, 1892, p. 576), que les seigneurs de Caboet aient possédé l'Andorre avec la plénitude des « droits politiques, militaires et judiciaires » ; bien au contraire, j'ai toujours soutenu qu'en leur concédant cette vallée, les évèques y avaient gardé la jouissance de droits considérables (Cf. les accords de l'église avec les Andorrans en 1163 et 1176). Cette réserve est marquée d'une manière expresse dans l'investiture des biens de la maison de Caboet, donnée par l'évèque à Arnaud de Castelbon (21 mai 1186. — Pièces just., app. u° IV) : concedo etiam lilji feudum vallis Andorre, salvis per omnia et integris manentibus omnibus convenientiis que scripte sunt inter nos et homines vallis Andorre. On voit donc pourquoi les actes concernant les relations des seigneurs de Caboet avec ce pays parlent du fief de la vallée d'Andorre : l'idée de restriction y existe par rapport au pouvoir de ces seigneurs vis-à-vis de celui des évêques et non par rapport à l'étendue territoriale de leur fief. L'église ayant ainsi conservé des droits fort importants en Andorre, notamment celui à l'hommage, les objections de M. B. (p. 576) tombent d'elles-mêmes. L'on comprend fort bien qu'en 1162 l'évèque ait fait certaines concessions en Andorre au vicomte de Castelbon. qu'il ait traité directement avec les Andorrans en 1163 et llTii. requis leur hommage en 1199, touché des émoluments de justice en 1206 et reçu le serment de 180 délégués en 1231. Il est aussi facile d'expliquer comment, en 1159, Pierre de Saint-Jean et Arnaud de Caboet firent un accord pour se partager les droits de leurs parents sur 1 Andorre : ces deux seigneurs étaient frères. Quant à l'inféodation d un cbâteau en Andorre par le comte d'Urgel 1 1 190), l'on verra plus loin qu il s'agit là d'un fait isolé dont les circonstances rendent parfaitemeni compte. — Je n'aurai pas plus de peine à réfuter le deuxième argu-
L'évèché d'Urgel paraît, d'ailleurs, avoir joui d'un grand calme ù «.cite époque. La réunion du comté de Cerdagne à celui de Barcelone (1 117) le délivrait delà présence immédiate d'un dangereux voisin. Le comte d'Urgel commit, il est vrai,
ment de M. 15. en faveur de l'inféodation, à la famille de Caboet, d'un simple domaine taillé dans la vallée d'Andorre; il le l'onde sur ce prétexte que, dans l'accord de l'évêque d'Urgel avec Arnaud de Caboet (1159), il n'est pas l'ail mention de droits politiques et de châteaux fortifiés possédés par celui-ci en Andorre, à l'inverse de ce qui esl dit poulies vallées de Caboet et de San Juan. Lue raison historique rend cependant celle différence fort plausible : Arnaud ne contestait pas à l'église sa suzeraineté sur l'Andorre, fait ancien cl reconnu sans difficulté par ses prédécesseurs; il se révoltait, au contraire, contre la situation nouvelle que lui avait créée son frère, en donnant à l'évêque la vallée de Caboet. De là ces stipulations beaucoup plus précises en ce qui concerne cette vallée et celle de San Juan. L'on trouve, du reste, une éclatante confirmation de ma théorie dans la cession que fi t Arnalde de Caboet au vicomte de Castelbon, son mari (27 oct. 1199), de tous ses droits super valle de Kabood el ejus finibus et valle de sancto Joanne et ejus finibus et valle Andorre et ejus finibus i Arch. nat. Orig. J. 879, n° 30). Ce texte est-il assez clair"? Il me semble que M. B. lui-même ne lient pas demander mieux. — Les moyens par lesquels j'ai combattu son premier argument servant également contre son troisième, je me dispenserai d'insister à ce sujet. Il ne reste donc rien du système échafaudé d'une manière si peu solide par mon contradicteur; il a vainement essayé, pour le détendre, de se poser en champion des droits de la France en Andorre et de me représenter moi-même comme leur détracteur; il ne s'agit pas de faire du patriotisme à propos d'actes du xnc' siècle, où les intérêts des évêques d'Urgel et des seigneurs de Caboet se trouvent seuls en jeu ; il s'agit de reconnaître la vérité là où elle existe; or, M. B. a beau l'aire, il ne peut pas empêcher l'histoire d'être l'histoire. Je ne crois pas pour cela avoir « collaboré aux publications anti-françaises ■> de M. Trias; celle assertion est d'autant plus inexacte (pie mes rapports avec cet auteur se soûl bornés à un simple envoi de quelques renseignements historiques, avant de connaître le moins du monde la manière dont il traiterait la question d'Andorre; il n'y a eu ainsi, et il ne pouvait y avoir aucun accord entre M. Trias et moi sur h' terrain choisi par lui. Les reproches de M. B. sont donc absolument injustes, pour ne pas dire davantage; je m'abstiendrai, toutefois, de les qualifier comme je serais en droit de le faire; mes moyens de défense sont assez sérieux pour me permettre de mépriser de pareils procédés d'attaque.
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quelques empiétements aux dépens de l'église, mais il les répara lui-même en lui donnant tousses revenus dans certaines villes '.
Ermengaud VI se signala peu après par de nouvelles laveurs envers l'église : il lui céda '-'. en franc-alleu, tout ce qu'il possédait comme cens, usages et alleux dans la vallée d'Andorre et à Archavel, depuis le monastère de San Cerni en amont; il ordonna en même temps aux hommes d'Andorre d'observer cette convention. L'évêque lui paya, en retour, 1 .200 sous sur les biens ecclésiastiques (27 janvier 1 133 n. st.).
Il est permis de se demander à quel titre Ermengaud pouvait encore posséder certains droits en Andorre : dès la lin du Xe siècle, en ell'et, Borrel avait cédé 3 à l'église tous ses alleux dans cette vallée, et celle-ci y avait exercé, en l'ait, la suzeraineté depuis le commencement du xi°.
On peut faire, à cet égard, trois suppositions : Borrel aura retenu certains droits en Andorre (la réserve n'en est pas stipulée cependant par l'acte de 088); ou bien ses successeurs y auront fait des acquisitions légitimes ; ou enlin ils y auront empiété sur les droits de la Mitre. De quel côté se trouve la vérité? on ne saurait le dire au juste, puisque les actes font malheureusement défaut ; la dernière solution nous semble.
1. Marca hisp., col. 1261. — La souscription de Miron-Guitard se trouve au bas de cet acte.