‹ Religion et évolution; trois conférences faites à Berlin les 14, 16 et 19 avril 1906Chapitre 13 sur 14 · Philosophie et doctrine de révolution (p. 26). — La · texte numérisé non relu

Philosophie et doctrine de révolution (p. 26). — La

philosophie allemande, telle qu'elle est officiellement représentée dans nos universités, est, aujourd'hui encore, surtout une métaphysique, qui croit pouvoir se passer des bases empiriques de la science naturelle. C'est po .rquoi, faute de connaissances biologiques et faute de comprendre leur portée, la philosophie s'est comportée, la plupart du temps, vis-à-vis de la doctrine moderne de l'évolution, soit avec indifTérenco, .'=oit avec hostilité.

7. Jésuites et Naturalistes (p. 36). — La sophistique des Jésuites, qui se faufde à la manière des anguilles et qui atteint, d.ms leur grandiose système politique du mensonge, à une perfecti m digne d'admiration, ne peut pas être réfutée par des arguments rationnels. Un ialéressant exemple, à l'appui de mon opinion, nous a été fourni jadis par le P. Wasmannlnimôme, dans sa lutte avec le docteur en médecine G. Marcuse.

Dans son zèle de croyant fanatique, « le naturaliste » Wasmann s'était égaré jusqu'à exploiter la grossere supercherie dune soi-disant « c re miraculeuse » par la grâce de « Noire-Dame d'Oostacker (la Vierge de Lourdes des Beiges)». Le Dr Marcus-". eut le mérite de découvrir cette « pieuse tromperie » et de l"«xposer dans toute sa stupéfiante nudité (Fo/x niemandes, Berlin, 1903, 4« année, n» 20;. En guise de réfutation scientifique, le Jésuite répondit par de sophistiques déformations de la vérité et par des invectives personnelles (supplément scientifique de la Germania, Berlin, 1902, no 43 et 1903, n» 13). Dans sa réplique définitive, le D^ Marcuse déclare : « Ce que je voulais est atteint; procurer encore une fois à l'humanité pensante un aperçu du monde d'idées que renferme la fui en la lettre morte et vide de contenu, qui ose mettre à la place de l'investigation de la nature et de la science de la vérité et de la certitude, la plus grossière superstition et le culte des mythes curatifs. » (Voix allemandes, 1903, 5® année, no 3.)

8. L'empereur et le pape (p. 41). — Pendant que je parcours les épreuves de ces conférences, les journaux rapportent le bruit d'une nouvelle défaite de la dignité impériale allemande, qui ne peut que remplir d'un chagrin profond le cœur de tout ami sincère <ie la patrie. Le 9 mai de cette année, la nation allemande a célébré le centième anniversaire de la mort du plus populaire de nos poètes, Fr. Schiller. Avec une rare entente, tous les partis politiques de l'Allemagne et toutes les sociétés allemandes dispersées à l'étranger se sont trouvés d'accord pour exprimer leur culte à l'égard du grand poète de l'idéalisme allemand. A Strasbourg, le professeur Th. Ziegler fît un remarquable discours dans la grande salle de l'Université. L'empereur, présent à Strasbourg, fut invité, mais ne parut pas ; au lieu de cela, il passa, à côté de la ville, une brillante revue militaire. Quelques jours après, il s'asseyait à la même .table que des cardinaux romains et des évêques allemands, parmi lesquels l'évêque Benzlsr, de triste renom, celui qui déclara un jour que la terre d'un cimetière chrétien était profanée par la sépulture d'un protestant. Dans les fêtes de ce genre, les catholiques allemands ont coutume de porter le premier toast au pape, le second à l'empereur; ils jubilent aujourd'hui de ce

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que le pnpe et l'empereur soient étroitement alliés. L'histoire tout entière du pai)isme romain (i',aricat»ire misérable de l'ancienne religion catholique ij nous apprend, cependant, clairement que tous deux, par nature, sont et doivent rester ennemis irréconciliables 1 Oa bien, c'est l'empereur qui règne, ou bien, c'est le pape I

9. Souvenirs biographiques (p. 49). — Ayant eu, à diverses reprises, dans ces conférences de Berlin, l'occasion de rapporter quelques incidents de ma vie d'étudiant, qui se sont passés, il y a cinquante ans, à Berlin et à Würtzbourg, — m'étant, en outre, r porté à mes travaux antérieurs, je dois ajouter que le lecteur sympathique, s'il s'y intéresse, trouvera de nouveaux détails dans les ouvrages suivants : I.Wc Bölsche, Ernest Haeckel, étude biographique, 2« édition, 1905, Seemann, Berlin. II. W. Breitenbach, E. Haeckel, sa vie et son oeuvre 2« éd., Brackwede, 1905. III. K. Kelleret A. Lang, E. Haeckel, le savant et Vlioniine, discours prononcés lors de la célébration du soixante-dixième anniversaire de la naissance de Haeckel, lo 16 février 1904 (Zürich).

10. Darwin et Virchow (p. 55). — La lettre manuscrite dans laquelle le doux Darwin porte sur Virchow un jugement sévère est reproduite à la page 50 de ma Conférence de Cambridge (1898): De l'état actuel de nos connaissances concernant l'origine de l'homme (9« éd. Stuttgard, 1905). Voici textuellement le passage en question : « Virchows conduct is shameful, and I hope he will some day feel the shame ». Ma réplique au discours de Virchow est reproduite, sous le titre de « Science libre et enseignement libre », dans le 2« volume de mes « Conférences populaires » (Bonn, 1902, p. 199)^et elle vient de l'être, en outre, dans la Libre Parole (Nouvelle Société d'édition, Francfort, avril 1905).

11. La philosophie de la nature chez Gœthe (p. 59.). — L'attitude de Gœthe devant le monisme et l'idée d'évolution a été à diverses reprises exposée par moi dans mes ouvrages antérieurs, en particulier dans ma Conférence d'Eisenach (1882) sur: « La conci^ption de la nature chez Darwin, Gœthe et Lamarck » (conférences populaires 1902, 1 vol. p. 217-280) ; et.

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en outre, dans ma conférence sur: a La biologie à léna au cours du dix-neuvième siècle ». {Rev. des Sciences nat. d'Iéna,\ol. 39, 1905).

12. La consanguinité de l'îiomme (p. 71.). — Les sophismes illusoires au moyen desquels Wasmann cherche à retirer leur force aux recherches »onvaincantes de Friedenthal, Ulilenhulh et NuttaîL sont dans leur genre des chefs-d'œuvre de sophistique jésuite, tout comme la polémique artificieuse dirigée contre mon Anthropogénie (5® éd. 1903) et contre l'œuvre instructive de R. Wiedershcim : La structure de r/iomme, témoignage de son passé (3« éd. 1902).

13. Profanation de la Sing-Akadémie de Berlin (p. 109.). — Parmi les nombreuses attaques et injures que les journaux pieux de la capitale m'ont adressées pendant que je faisais, à Berlin, mes conférences, revenait souvent ce reproche que : « la salle, de tous temps respectable, de la Sing-Akademie serait honteusement profanée par ces conférences ». En même temps que je remercie mes noirs ennemis de cette involontaire marque d'honneur, je les prie de la reporter à un plus grand liaturaliste que moi, k Alex, de Humboldt. Gar ce célèbre savant berlinois fit, au même endroit, il y a de cela 77 ans (en 18281, les conférences si justement appla.rdies d'où sortit son œuvre principale, le Cosmos. Ce grand homme, qui avait exploré le nio.ide, dont le regard clair avait reconnu la régulière unité de la nature dans son ensemble et qui, avec Gœthe, trouvait là la vraie connaissance de Dieu — essayait alors d'exposer au public cultivé de Berlin sous une forme populaire très élégante les « Principes de la description physique de l'Univers » et de montrer partout la prédominance de la loi naturelle. Ce que j'essayai 77 ans plus tard d'établir au sujet du monde organique, c'est exactement ce qu'en cette même salle Humho!dt avait démontré au sujet de la nature inorganique ; je voulais faire voir comment les progrès immenses de la biologie moderne (depuis Darwn) nous permettent de résoudre jusqu'au plus diffi'îile de tous les problèmes, celui du développement historique des plantes et des animaux et à leur sommet, de l'homme, par l'application des mêmes a grandes lois éternelles et d'airain ». Humboldt avait recueilli, d'une part, la gratitude

et le suco.fis le plus vifs, dans fous \os milieux où la ponsée est libre e» où l'on a soif d ■ vécité. — d'a'"re part, in revanche, la désapprobation et 1 -s soupç^as, dans l 'S mii-ux beilinois orthodoxes et conset'vatf'urs nt dans l'entourr» e dn \ii cour; It^ g-énéral de Wuzfehen avait re[)rés 'nté an roi de Prusse coTnbien ces doctrines « ennemies -le la foi » me' açaienf la puissance de la « religion » sans laquelle l'Etat ne pouvait subsister ! Néanmoins, Humboldt était trop considéré par la cour de Prusse (qui, elle-même assistait aux conférences du savant et marquait son approbation) pour être sérieusement menacé par ces dénonciations. S'il vivait encore aujourd'hui et s'il se risquait à enseigner, comme une conséquence natur(4le de son Cosmos, la théorie de la descendance et d^- l'anthropogénie, il aurait, à la cour actuelle, une situation difficile ! D'ailleurs je conseille aux pieux soutiens du tiône et de l'autel, qtii se plaignent aujourd'aui amèrement de la « profanaâon de la Sing-Akadémie », de remédier' au mal par les procédés de la désinfection moderne, ainsi que le pape, en septembre 1904, a ïriii désinfecter les saintes églises de Rome, a profanées » par le Congrès de la libre-pensée. Je ne crois pas en tous cas que le bacille de la vérité, si redouté et si haï, puisse être détruit par ces fumigations de formol, pas plus que par les déclamations des prédicateurs de la cour berlinoise, qui se lamentent sur les théories destructives de l'évolution et de la descendance du singe !

14. La religion et Tidée d'évolution (p. 111). — A l'occasion de ces mêmes conférences de Berlin, on m'a adressé de nouveau, dans les journaux orthodoxes et conservateurs, avec une violence particulière, le vieux reproche que l'idée d'évolution détruisait la religion et avec elle les bases d'un état organisé et jusqu'à la civilisation tout entière. Ce grave reproche n'est justifié que si l'on entend par « religion » la superstition traditionnelle, la conception anthropomorphiste d'un « Dieu personnel » défini, la prétention égoïste à une bienheureuse « vie éternelle » et la croyance erronée que l'humanité et la moralité véritables ne sont possibles que fondées sur ces imaginations mystiques. Je crois fermement, au contraire, à cette idée rationnelle que notre religion moniste, fondée sur la con-

naissance moderne de la nature, sur la loi de substance et la doctrine évolulioniste constitue le plus grand progrès de l'esprit humain sur le domaine lui-même de la philosophie pratique, en éthique comme en sociologie, en pédagogie comme en politique. J'ai longuement cherché à justifier cette conviction inébranlable dans mes deux derniers ouvrages, les Enigmes de l'Univers et les Merveilles de la vie.

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