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pour se convaincre de leur mortalité; mais elles ont une façon de mourir quileur permet de se perpé-
tuer, quelque peu transformées, dans celles qui les
remplacent. Nous avons dit comment le bouddhisme,issu d’un ascétisme mystique, antérieurement cultivé dans l’Inde, et en réaction contre les cultes vulgaires, s’est assimilé, dans une certaine mesure, les religions des peuples parmi lesquels il a réussi à se maintenir. L’islamisme de même, malgré son intransigeance, hospitalise as-
sez volontiers les superstitions de ses prosélytes.
Quant au christianisme, et spécialement au catholicisme, on peut le considérer, nonobstant ses
prétentions à une originalité absolue, comme
Phéritier de toutes les vieilles religions du monde
méditerranéen. On le représente volontiers comme une synthèse de judaïsme et d’hellénisme, et c’est une grande simplification; car, en fait, il a pris quelque chose de toutes les nations chez lesquelles il s’est répandu; mais il faut ajouter que son judaïsme et son hellénisme étaient déjà des synthèses ; que son judaïsme résumait en quelque manière le passé sémitique et même les antécédents du sémitisme dans l’Asie oczidentale, Babylone et les Sumériens, Canaan et les populations présémitiques de la Palestine, sans compter une vieille
contribution égyptienne, puis l’apport iranien,
plus récent, et déjà une influence hellénique; que
son hellénisme ne résumait pas seulement les re-
ligions et la philosophie religieuse des Grecs, mais,
avec et dans ces religions et cette philosophie, les cultes préhelléniques, absorbés dans les cultes grecs, et les mystères orientaux plus ou moins
hellénisés, on peut dire toute la gamme des reli-
gions du monde gréco-romain. Aussi bien la vieille déesse-mère de Crète et de Phrygie, Isis et la Vierge céleste de Carthage, transfigurées et idéa-
lisées, se survivent-elles dans le culte chrétien par la reine des cieux; l’animisme primitif s’y.
perpétue dans les anges et les démons, les âmes immortelles ; le Christ médiateur et sauveur, premier des ressuscités, s’assimile aux divinités salutaires que leurs adeptes suivent mystiquement dans la mort et la résurrection; et d’autre part Platon et Aristote ont été mis à contribution par
ceux qui ont élaboré le dogme chrétien; la notion
traditionnelle de Dieu dans le christianisme as-
socie l’intense personnalité du grand esprit, Dieu
d'Israël et Dieu du monde, aux spéculations métaphysiques des philosophes sur le premier principe; les sacrements chrétiens, Le cycle fondamental
des fêtes chrétiennes se rattachent aussi, en quelque façon, aux rites des anciens cultes magico-
religieux. Il en va dans l’histoire des religions
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comme” dans la nature : tout se transforme et rien ne se perd. Si limité que puisse et que doive être l'avenir des religions actuellement exis-
tantes, il n’est pas à présumer qu’elles disparaissent
sans laisser de traces, ou plutôt sans se perpétuer,
de manière ou d'autre, dans l’humanité qui vient.
La notion du salut par la science positive est de nos jours en grand honneur. C’est presque déjà une nouvelle religion par l’infini de l’espérance et
la hardiesse du parti pris : sauver d’elle-même
l’humanité, c’est ce qu'ont voulu toutes les religions ; la sauver tout à fait et d’un seul coup, c’est ce qu’elles ont toutes rêvé; mais les religions les plus évoluées avaient désespéré de réaliser cette félicité dans les conditions normales de la vie présente, et,se résignant jusqu’à un certain point à la misère humaine, y avaient cherché un remède radical ou une compensation définitive en dehors de la réalité. Maintenant on se propose de traiter scientifiquement nos infirmités, et, sous prétexte
que les religions n’ont pas réussi à les guérir, on
pose en principe préliminaire du nouveau salut
le renoncement à tout mysticisme, à « la catégorie
de l'idéal », comme disait Renan, le mysticisme, racine de toutes les religions, étant censé avoir été aussi la racine de toutes les aberrations. Posi-
tion contradictoire, cette idée qu’on se fait de Ja
science étant toute pénétrée de mysticisme ; car la science humaine n’est pas un absolu, elle est un mouvement et un effort; dans le succès immédiat et définitif qu’elle se promet pour la réforme de humanité, elle est aussi peu positive, elle est chimérique tout autant que l’ont été à leur ori- gine les grandes religions; elle ne voit pas que le ressort de son énergie est dans le mysticisme qu’elle combat et qu’elle s’est approprié tout en le reniant. À y bien regarder, le scientisme est la dernière des hérésies, et cette hérésie, fort séduisante d’ailleurs, pourrait bien être grosse d’une nouvelle religion. La même contradiction existe, il n’est pas besoin de le démontrer, dans les diverses conceptions du salut par le socialisme.
Provisoirement la science paraît, et même elle se dit avec une certaine indiscrétion, athée et matérialiste. Le christianisme aussi, à ses débuts, affectait une grande horreur du polythéisme et de lidolâtrie; il les réprouve encore avec beaucoup d'énergie, ce qui ne l’empêche pas de posséder un panthéon considérable et de ne répudier qu’en théorie le culte des images. Il est à présumer que le scientisme, qui liera facilement partie avec le socialisme, ne sera, tout comme celui-ci, pas aussi novateur qu’il prétend l'être, et que tous les deux retiendront beaucoup de ce qu’ils affectent au
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jourd’hui de condamner. D’ailleurs, ils ne repré-
sentent très probablement, ni l’un ni l’autre, en
toute rigueur, la religion de l’avenir; mais ils en sont tout au moins des précurseurs, et l’on peut affirmer dès maintenant que leurs principes essentiels resteront acquis à l'humanité qui vient : d’une part, qu’il n’existe pas dans la tradition du genre humain une doctrine ayant une valeur absolue et que l’on puisse opposer, en invoquant la reli-
gion, aux libres recherches et aux conclusions légi-
times de la science expérimentale, en sorte que la carrière est ouverte devant l'intelligence sans qu’une autorité quelconque, humaine ou prétendue divine, ait droit de lui barrer la route et de briser son effort; d’autre part, que les inégalités et les injustices qui subsistent dans les sociétés humaines ne sont point à canoniser par la religion ou la métaphysique, et qu'il y a un droit de l'humanité, le même, en principe, pour tous les individus, dans toutes les nations, la fraternité de tous les hommes étant incompatible avec la rivalité des peuples.
Et voilà certes deux grands principes. Car ce ne sont pas des réalités; ce sont plutôt deux programmes, ayant l’un et l’autre un caractère idéal, mystique à sa façon, impliquant une foi et une espérance, réclamant l’un et l’autre un effort indé-
fini, relativement désintéressé en chaque individu et en chaque peuple, pour leur réalisation. Ils ont besoin de se conjuguer, de s’éclairer, de se fortifier l’un par l’autre, pour ne pas se détruire mutuellement et perdre avec eux l’humanité. Ils procèdent, en dernière analyse, comme le christianisme d’où ils sont issus, l’un de la sagesse hellénique, l’autre du moralisme juif. Leur synthèse nécessaire, ne se fera pas sans heurt ni difficultés. Nous venons de dire ou plutôt de constater qu'ils impliquent une bonne partie de ce qu’ils ont l’air de vouloir combattre et supprimer. Comme les religions dont ils ont dénoncé les insuffisances et les abus, ils ne feront que petit à petit et selon mesure le bonheur des hommes,et en retenant beaucoup de ce qu'ils n’ont pas fini de décrier.
Ils devront s’avouer religion et se faire une re-
ligion. Ils ne pourront pas rester indéfiniment et
ils ne resteraient pas sans inconvénient mystiques malgré eux,idéalistes sans le vouloir et fidéistes inconscients. Ou bien ils prendront une plus large vue des réalités humaines, ou bien ils tomberont dans un épais matérialisme et ils verront grandir sous leurs yeux, à leur stupéfaction et pour leur ruine, un mouvement religieux tout spontané, du moins non scientifique, qui les submergera, comme le christianisme a submergé les sages de l’hellénisme
en s’appropriant vaille que vaille leur incomplète sagesse, L'économie réelle de l'humanité comporte une tradition d’idéalisme nécessaire, que soutient une foi indéracinable, et elle exige une discipline morale comme élément essentiel de cet idéal; la raison et lascience apportent à cette œuvre de l’humanité une collaboration indispensable, mais de cette œuvre même elles vérifient et interprètent les conditions, en s’y adaptant, plutôt qu’elles ne les règlent. [Il leur appartient de reconnaître et de faire valoir l'idéal humain lentement acquis et perfectionné par l’expérience des siècles passés, toujours perfectible par l'expérience des siècles nouveaux. La plus grande folie qu’elles puissent commettre, — car ia raison et las:ience, quisembleraient parfois vouloir être infaillibles théoriquement, comme prétendent l'être l'Eglise et le pape, ne lé sont point, effectivement, dans nos têtes, — et donc la plus grande folie qu’elles puissent commettre serait de s’obstiner dans la négation du caractère mystique et religieux qui est celui de l'idéal humain et de la moralité humaine.
Car le problème se pose devant elles et devant
nous, actuel, poignant, réclamant une réponse
… immédiate, une foi sincère, une action nette, Au * milieu de Ja tourmente où la fatalité nous a jetés
naguère et dont nous essayons encore à grand” peine, de nous tirer, il est apparu très clairement à un grand nombre que la guerre était le fléau de
l'humanité, le crime des crimes,et que,si l'humanité continuait à s’y adonner, elle en mourrait. Alors la pensée, dès longtemps ébauchée par certains rêveurs, prophètes ou philosophes, prit subitement corps, et l’on mit même sur pied un organisme chargé de prévenir désormais les conflits entre les peuples. Au regard d’une raison étroitement positive, jamais plus grandiose utopie n’a été lancée pour faire illusion aux hommes. Aussi bien beaucoup d’esprits qui se croient solides, et qui le sont en effet, à leur manière, en conviennent-
ils, discrètement ou indiscrètement, et sourient. volontiers de l’œuvre que poursuit la Société des
Nations. Ne voyons-nous pas, en effet, des peuples s’obstiner à tenir pour un droit certain et inaliénable la faculté de s’exterminer réciproquement, se comporter comme si la dignité nationale ne pourait Jamais être sauve, si elle n’était, à la pre-
mière occasion qui s'offre, éclaboussée de sang ? L’humanité pacifique, décidée à résoudre amiablement dans la justice toutes Les difficultés qui se produisent entre les nations, n'existe pas encore,
si ce nest en la forme d’un idéal mystique d’oùse | déduit une nouvelle discipline humaine. Toutes les
considérations que l’on peut faire valoir en faveur de cet idéalet pour sa réalisation ne sauraient lui enlever son caractère actuel de nonr-éalité. Ceux qui y adhèrent le pressentent nécessairement, profondément vrai; mais c’est objet de foi; qu’on en convienne ou non, cela ne pourra vivre qu’en devenant la plus grande religion qui ait encore été connue par les hommes. Si cet idéal doit jamais vaincre la brutalité qui lui résiste,c’est en qualité de religion qu'il prévaudra, et c’est comme héritier de toutes les religions qu’il s’instituera peu à peu sur la terre.
Pages
Len TR CU, LP UC PEAU 5
’origine des six morceaux ones dans le présent Poe 5.
Pi lusion mystique et la vérité humaine, dans la Correspondance de l’Union pour la Vérité, 14. — Ce
— Résumé dun essai sur le Mysticisme, 28.
est le mysticisme, 29. — De certaines
— De l'essai sur l'Esprit, 41. — De l'essai 2 SF, . 0 45. — De l’essai sur la Religion, 49. A
I. — « Le sort de la recherche scientifique dans la société de demain »,53. — Les sciences de la nature et les sciences de l’humanité, 56. — « Les petites sciences conjecturales qui se défont sans cesse après s’être faites », 61. — Leur utilité et leur nécessité, 63.
II. — « L'étude de la matière »et«la considération de l'esprit », d’après M. Bergson,66. — Ce que paraît devoir être la science de l'esprit, 71. — L’utilité de l’histoire des religions, 74.
III. — Les conditions d’une science vraiment humaine, 81]. — Avenir réservé aux sciences de l'humanité, 83.
II. — LES SCIENCES DE L'HUMANITÉ, LA FOI MORALE ETLAURAISON ET, Neue ee Url Caractère des remarques faites sur le précédent essai par les membres de l’Union pour
la Vérité, 85.
I. — Simples réflexions sur l’état présent de la science,87, — Les progrès de la philosophie,89, — la pédagogie, 90, — la politique internationale, 92, — la question sociale, 98.
II. — La science pour la science, et les intérêts moraux de l'humanité, 94. — Rapports des sciences de l'humanité avec ces intérêts, 98.
III. — Notion commune et notion réelle de la foi, 101. — Le mythe dela foi dans la tradition chrétienne, 103. — Le mythe de la raison pure et le véritable caractère de l’intelligence humaine, 104. — Foi, idéal et communion spirituelle entre les hommes, 111.
IV. — Caractère mystique de tout idéal humaïin,114. — Ne pas confondre le mysticisme
avec le dogmatisme, 119. — Le sens religieux et .
la raison dans l'éducation de l'humanité, 120.
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