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Quant au christianisme, il a propagé la notion de l'humanité une et universelle, il a plaidé la cause de l’égalité et de la fraternité, il a tendu le ressort de la moralité humaine, il a même, ingénument mais positivement, préparé le mouvement scientifique dans lequel s'achève notre civilisation; il anime encore de son esprit cette civilisation qui commence à le renier.
Non, l’apport de la religion n’est pas nul dans l’histoire du progrès humain; il est même capital, essentiel; car, en un sens, tout est venu de la reli-
gion, et la philosophie, d’où est venue la science,
et la morale, par laquelle subsistent les sociétés, et l’art par lequel s’orne la vie. Il y a beau temps sans doute que la science et l’art se sont émancipés
de la religion,et l’on parle aussi, fièrement, de mo-
rale indépendante. Mais la question serait peutêtre de savoir si le divorce de la science, de l’art et
de la morale avec la religion est aussi profond qu’on le dit. Tous les liens ne sont pas rompus, et, pour ce qui est du passé, les services rendus
à l'humanité par la religion ne sont pas discutables: il serait même parfaitement injuste de soutenir que le rôle actuel des religions dans le monde n’a rien de bienfaisant, comme si la religion n’était plus désormais qu’un obstacle au progrès humain.
Comme les religions ont été souvent, comme elles sont encore un obstacle à certains progrès, comme leurs rivalités ont été, qu’elles n’ont pas cessé d’être un principe de division parmi les hommes, comme les religions se détruisent l’une l’autre, comme elles semblent toutes mises en | échec par le mouvement scientifique des derniers siècles, mouvement qu’elles regardent généralement d’un mauvais œil, mais qu’elles paraissent incapables de contenir ou de surmonter, certains ont pu ne voir dans les religionsqu’un legs du passé, legs plutôt encombrant, mais d'autant plus facile à liquider qu'il serait devenu parfaitement inutile. La question pourrait bien n'être pas aussi simple qu’elle leur paraît.Car le passé dont ils font si bon marché semble encore plus vivant dansle présent qu'ils ne croient, et cette vitalité lui garde ses chances d’avenir. Mais il y a lieu de distinguer ici les religions et la religion. Jusqu'à présent les religions passent et la religion demeure : telle pourrait bien être la loi de l’évolution religieuse, partie ou aspect de l’évolution humaine. LS
Les religions passent : il n’y a qu’à les regarder … à
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