I. — La foi
« La foi, c'est le brise lames de la vie, c'est le seul môle derrière lequel l'homme démâté puisse s'échouer en paix I »
J.-K. HcY8MA?is, Là-Bas, p. 429.
« La foi t'a guérie. »
Mat. IX. 2;.^
L'Eglise romaine définit la foi « une vertu surnaturelle par laquelle nous croyons fermement toutes les vérités que Dieu nous a révélées et qu'il nous enseigne par son Eglise. »
Dès le premier examen de cette définition on est amené à concevoir que le croyant, c'est-à-dire l'homme ayant la foi, possède en lui une garantie de pai.K intérieure et un foyer d'énergie et de la force pour lutter dans la bataille et résister aux assauts de la tourmente de la vie. Cette garantie réside dans la fixité de la croyance, puisque cette croyance a pour objet un texte écrit relatant des faits qui se déroulèrent autrefois et des paroles qui furent prononcées loin de nous.
Pour la thèse soutenue ici, il n'est d'aucune nécessité de rechercher s'il est utile et possible de contrôler la vérité révélée, d'examiner si Dieu est ou n'est pas autre chose que l'essence même de la raison, comme le dit Feuerbach, et de tirer des nouvelles propositions ainsi obtenues, telles conséquences qui en découlent logiquement. Il suffit de constater l'existence de la Foi. Voilà le fait à considérer.
La Foi supprime le doute et le doute est un tourment pour l'âme. Gela s'entend de la Foi du charbonnier et non de cette foi raisonnante qui s'analyse, se dissèque minutieusement pour essayer de comprendre le mystère des choses et de voir là oii commence la vérité et là où elle finit. Cette foi, essentiellement variable, laisse après elle un malaise indéfinissable, car elle n'a pas de critérium. Son critérium est-il la raison pure ? Ou bien l'expérimentation ? Ou bien l'observation ? Mais si les prémisses sont erronées 1 Mais si l'expérimentation est impossible ? Mais si les données de l'observation varient avec les variations sensorielles successives de l'observateur ou avec sa méthode ? Son critérium est tout cela et, comme tout cela, varie. C'est cette variation qui crée le malaise douloureux.
Ce qui n'est que malaise pour l'homme de science qui, d'ailleurs, puise dans la poursuite d'un but qui sans cesse s'éloigne, des satisfactions immenses, est une cause de douleur sans contrepoids pour la masse
RELIGION ET MEDECINE iii
qui, elle, court après le pain quotidien, et qui, n'ayant pas le temps de penser, accepte pour vraies les conclusions de ceux qui font profession de penser.
Dans sa lutte pour la conquête soit du pain quotidien, soit du plaisir, ou pour ses ambitions, la masse des hommes éprouve des défaillances. Il y a des heures grises, il y a des heures noires. Quand aucune lueur permanente n'est là pour en percer les ténèbres, la désespérance surgit avec son cortège sinistre, la peur vient, le découragement arrive, le chagrin s'installe. Cet ensemble moral, dont les mauvais effets ne sont pas contrebalancés par l'idéal du savant, déprime l'esprit et le corps et font de l'un et de l'autre un terrain propice à Téclosion et à révolution rapide de maladies diverses. L'homme qui n'a pas ou n'a plus la foi, dans bien des circonstances est démoraUsé. Or, dit le D"" G. Lemière, de Lille, « tous les épidémiologistes militaires ont signalé avec persistance l'influence de la démoralisation sur le soldat et ils ont relevé les caractères spéciaux des maladies des armées vaincues qui sont fréquemment décimées par toutes les maladies épidémiques. Ces armées sont dans les mômes conditions générales d'hygiène (privations, encombrement, famine, froid, humidité, surmenage, etc..) que leurs heureuses rivales. Les deux armées sont frappées dans le môme temps pour les mômes maladies, mais la septicémie, la pourriture d'hôpital, la
pyohémie, le typhus, le choléra et même la variole sont infiniment plus graves dans leur évolution et donnent plus de cas à l'observation chez les vaincus que chez les vainqueurs. »
L'homme sans foi possède un atout de moins pour vaincre, il est un vaincu probable, car à la moindre alerte il n'a rien qui prévienne la démoraUsation fille du doute, la tristesse et la mélancolie. Autant de causes d'affaiblissement, d'asthénie.
La foi soulage, guérit ; le raisonnement trop raisonnable fait souffrir, aggrave la maladie. La chimère est bonne. Il vaut mieux ne pas la tuer tout à fait et, descendant des hauteurs dans les contingences de la maladie et des malades, comme conclusion, faisant nôtres ces lignes du D*" Becour, nous dirons : Le malade raisonneur, impatient, ne guérit pas, mais celui qui se confie est à moitié guéri.