‹ Religion et médecineChapitre 34 sur 55 · V. IIlgo · texte numérisé non relu

V. IIlgo

« Faites avec amour tout ce que vous faites. »

Rom., xvr, 14.

« La charité, lisons-nous dans le catéchisme, est une vertu surnaturelle par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toutes choses et notre prochain comme nous-mêmes, pour l'amour de Dieu » ; or. dit TEcriture, « l'amour est l'accomplissement de la loi » {Rom., xiii, 10).

Il ne faut pas confondre la charité avec l'aumùne qui n'en est qu'un aspect et le moins important.

La charité est la vertu essentielle en dehors de laquelle les autres vertus sont froides et compassées, c'est la vertu qui fait les apôtres et qui donne le bonheur.

J'entends de mon cœur la voix mâle et profonde Qui me dit que tout homme est ap<5tre en ce monde.

AUO. B.\RBIER.

Heureux qui sur le mal se penche, et souffre et pleure.

C'est la vertu qui auréole le front de la femme, qui la fait agir, qui lui donne l'énergie d'accomplir des actes sublimes et qui, comme récompense, l'idéalise de beauté. L'amour conserve la beauté, a écrit Anatole France.

Le contraire de la charité et de l'amour, c'est l'égoïsme desséchant et mauvais.

D'après Leibnitz la charité est la bienveillance universelle ; la bienveillance est l'habitude d'aimer ; aimer est le sentiment qui fait trouver du plaisir dans ce qui convient à la félicité de l'objet aimé ; la sagesse est la science de la félicité et la félicité, le fondement de la justice et l'état durable de la possession de ce qu'il faut pour goûter du plaisir. Donc la charité engendrerait le plaisir et par conséquent serait un grand facteur de santé puisqu'il faut, pour la conservation de la santé, une certaine dose de plaisir, de joie sereine et douce.

Le cœur de l'homme charitable est gonflé d'assez de plaisir pour n'en pas désirer d'autre. Il ne chute pas sous les embûches des sept péchés capitaux, cette grande cause de toutes nos maladies morales et physiques, car il s'oublie. Cet oubli de lui-même lui pro-

cure le calme. Les battements de son cœur sont réguliers. Le courant nerveux issu de son système cérébro-spinal, toujours semblable à lui-même, anime harmonieusement les diverses parties de son organisme et les fait fonctionner d'une façon concordante et convenable.

L'égoïsme. au contraire, fait rechercher les plaisirs les plus grossiers et ces plaisirs n'arrivent pas à satisfaire le cœur vide de l'égoïste. Bien plus, ils usent son ûme et s- n corps et l'accablent sous le poids des infirmités et d'une vieillesse prématurée.

L'égoïste tremble de peur et cette peur lui fait commettre des bêtises en ce qui concerne la médecine et l'hygiène dont il exagère les prescriptions. Il est malade de se trop bien soigner. Souvent même il en meurt. L'homme imbu de l'esprit véritable de la charité, suivra les prescriptions de l'hygiène, sans les souligner. Il pratiquera pour les autres s'il n'y songeait pas pour lui, cette demi vertu qu'est la propreté, selon le mot de Saint Augustin. De la sorte il conservera intacte sa santé au milieu même des épidémies et il sera un spectacle agréable pour son entourage. De toutes tarons il n'aura qu'à gagner à cette charité fine et délicate qu'il aura ainsi exercée.

L'égoïsme fait parquer les tuberculeux, l'égoïsme fait que des mens et des pères n'osent pas soigner leurs enfants ou que ceux-ci n'osent pas soigner leurs parents.

418 RELIGION ET MEDÉCLNE

Le médecin n'est pas égoïste, car la pratique de la médecine exige une grande charité, c'est-à-dire cette bienveillance universelle dont parle Leibnitz. « Un être souffrant, un cœur ému par la pitié, voilà le premier malade et le premier médecin (1). »

Le médecin encourage, il dit les mots qui font du bien, car ils sont l'expression de la bonté et font naître au cœur du malade « l'espérance aux ailes d'or » qui console, soulage et précipite laguérison. Il court là oii il y a une souffrance à soulager ou à faire disparaître. Il s'oublie lui-même et dans cet oubli il puise sa force et aussi cette immunité aux maladies morales et physiques qui étonne si souvent le vulgaire égoïste et ignorant.

Aux sages à l'imiter.

(1) Rkveillé Parise, Physiologie et hygiène de; hommes livrés aux travaux de Vesprit, t. I, p. viii.

Conclusion.

« L'homme ne vault que quand il est esmeu. » Momaigre.

« Toutes choses obéissent à 1 arae humaine ('levée en extase. *

ÂYICBSini.

En dehors de toute idée religieuse, en dehors de la pratique de toute vertu en tant que vertu, il est certain que l'homme qui croit, qui espère, qui aime, possède en lui une force immense, accumule une énorme réserve d'énergie vitale.

Il oublie d'avoir peur, il met la crainte sous les pieds, il ignore l'angoisse, le doute, toutes les choses qui diminuent. Son cerveau n'est impressionne que par des idées réconfortantes car harmonieuses quant aux lois générales de la nature, aussi son influence sur l'organisme n'est jamais déprimante.

Il ne suggestionne à la république d'organes vivants à laquelle il commande aucune de ces impulsions irrésistibles qui les inhibent, amènent leur dépérlssoment. troublent leur jeu. Il fonctionne norma-

lement et ses impulsions sont réconfortantes comme les chansons de route de nos petits soldats.

Celui qui croit, qui espère, qui aime ne songe jamais à la maladie et la maladie songe moins à lui. Il ignore la vieillesse et la vieillesse Toublie, il ne pense pas à la mort et la mort passe devant lui sans le toucher de son doigt décharné.

A ce sujet nous avons lu dans La Gazette médicale de Paris (1) le compte rendu d'une communication à la Société d'hypnologieet de psychologie, de M. Clark Bell, qui corrobore tout à fait notre manière de voir.

Ecoutez M. Clark Bell :

« La suggestion constante de la mort ou l'entretien » de la crainte de la mort ou de n'importe quelle^ » crainte est aussi dangereuse pour l'adulte que pour » l'enfant et surtout pour les personnes âgées, les » infirmes ainsi que pour l'esprit débilité des ma- » lades.

» La jeunesse et la vieillesse sont des termes rela- » tifs pour indiquer jusqu'à quel point l'âme reste » jeune. J'ai un ami qui s'imagina être vieux à » 50 ans ; il se retira de tout travail actif, et com- » mença, en effet, à se courber, à marcher lente- » ment, et à se comporter d'après ce qu'il jugeait » convenir à la vieillesse.

(1) l»"* mai 1909.

BELIGION ET .MÉDECINE 121

» Nous avons lu récemment la mort d'un enfant » en bas âge qui mourut de sénilité.

)) La jeunesse est affaire non d'années, mais d'état » d'âme. Garder Tàmc jeune devrait être l'aspiration )) de tout cœnr humain.

» L'élimination de l'idée de crainte devrait être le » premier objet de l'enfant.

» Carlyle a raison de dire qu'aucun homme ne » peut accomplir une œuvre élevée s'il ne met la » crainte sous ses pieds.

» L'homme qui se retire des affaires à 70 ou 75 ans, » sous l'impression qu'il doit commencer à se pré- » parer à la mort, fait le premier pas vers le cime- » tière, et commence à assembler les planches de son » propre cercueil.

» Il y a peu d'hommes dans le monde qui aient une » vitalité suffisante pour résister au choc et à la ten- » sion qu'un tel changement de vie entraîne. L'homme » devrait plutôt s'ingénier à écarter ce qui peut tour- » menter, inquiéter et agiter son esprit, surtout • l'anxiété, et essayer de continuer à se rendre utile, » adapter son esprit à son entourage, et considérer )) qu'il peut vivre d'une vie heureuse, active et » joyeuse jusqu'à cent ans.

» Quelques-unes des meilleures et des plus nobles » vies humaines ont atteint leur plus haut degré «d'utilité entre 80 et 00 ans. Un des plus grands chefs- » d'œuvre du Titien fut peint après sa 90'' année.

)) Gladstone eut les plus grands triomphes poli- » tiques comme homme d'Etat et comme chef du T> Parlement quand il avait plus de 80 ans. J'ai en- » tendu Luther Marsh parler longuement et tard, » dans la nuit, au dîner qui lui fut offert à son 90* an- » niversaire, et cela avec l'énergie, l'entrain, l'en- » thousiasme qui distinguèrent sa carrière à notre » barreau.

» Nous devrons apprendre à corriger nos impres- » sions hâtives quant à la durée de la vie humaine, et » comprendre à quel point cela dépend de nos sug- » gestions mentales et de nos conceptions à ce su- » jet. »

Suit ici rénumération d'une longue théorie d'hommes illustres qui accomplirent les actes les meilleurs de leur vie et furent les plus utiles à leur pays à un Age où, depuis longtemps, les peareux, les craintifs, les jouisseurs, les hommes sans idéal élevé, les catalepsies de l'âme et les engourdis de la pensée, sont retournés aux éléments parce qu'ils vécurent sans espérance élevée, parce qu'ils n'aimèrent surtout qu'eux, parce qu'ils voulurent se reposer, et, n'ayant foi en rien ni en eux-mêmes, crurent aux affirmations erronées du vulgaire concernant la vie et ses phases avec leur durée et sa durée totale.

Ecoutons encore M. Clark Bell :

« Il n'y a pas d'âge auquel l'homme devrait cesser

nnMClON ET MÉOF.r.INK '' 1 '23

« (lètrc actif et utile. La race devrait sortir de son M état d'hypnotisation pour ce qui concerne la jeu- )) nesse et la vieillesse.

» C'est l'esprit qui gouverne tout. Là où la crainte » est bannie de l'esprit, où l'ùrae est en harmonie «avec ses occupations, si les lois de la vie et de la » santé sont observées, si Ton mène une vie simple » et frugale, si l'on prend beaucoup d'exercice au » grand air, c'est la faute de l'individu s'il n'atteint » pas un siècle d'existence, âge auquel l'homme a » droit, comme l'affirmait Brown-Scquard.

» Le danger se trouve dans l'esprit qui se laisse » influencer par cette erreur répétée en ce qui con- > cerne la jeunesse et la vieillesse. Ceux-là seuls qui » se sont révoltés contre ce faux enseignement peu- » vent survivre »>.

Ayons donc la foi qui dissipe la crainte, l'espérance qui chasse l'ennui et la tristesse, la charité qui fait qu'on s'oublie et qu'on va cheminant d'un pas tranquille et sur le long chemin de la vie.

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