LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX
— « Vous n'avez point de famille, disait un grand personnage politique à un cynique exploiteur qui lui demandait beaucoup d'argent ?
— Point de famille, Monseigneur, mais j'ai mes vices et mes passions à satisfaire et je vous jure que cest une famille dont renlrelien est un fard«^au plus grand que l'éducation de douze enfants I >
Gra5dvillb,£«5 mélainorphoses du Jour.
PROLÉGOMÈNES
<* Quand le cœur s'ouvre aux passions, il s'ouvre à l'ennui de la vie ».
J. J. ROCSSEAL.
Au lieu d'étudier les sept péchés capitaux, ou pourrait tout aussi bien étudier les sept voluptés. Ce serait la même chose, avec cette différence que la première appellation fait songer aux dangers tandis que la deuxième laisse deviner la nature des divers aspects du plaisir et de la passion.
La volupté est constituée par les plaisirs voulus soit des sens, soit de l'esprit. Si elle devient trop in-
tense, elle se transforme en douleur, si elle dure trop elle s'émousse, ce qui nécessite une augmentation progressive du degré de son intensité. Ce fut là l'iniquité de Sodome(l).
C'est là recueil.
On peut dire de la passion qu'elle est de la sensibilité condensée, concentrée en un point.
La jouissance que donne la passion est le plaisir.
Dans une certaine mesure les passions sont utiles à l'homme. La volupté, le plaisir sont l'attraction naturelle qui lui font remplir certains actes nécessaires.
Au fond, la Nature a mis en tout être vivant l'aiguillon des passions, de la volupté et des plaisirs pour assurer sa conservation individuelle et celle de la race à laquelle il appartient.
Le plaisir est un des milie procédés mis en œuvre par la Nature pour que l'individu boive, mange, se gare des intempéries, se reproduise, etc.. Il est la conséquence normale de la satisfaction d'un besoin naturel.
L'homme éprouve des plaisirs physiques parce qu'il est un être physique, il éprouve des plaisirs intellectuels parce qu'il est intelligence et des plaisirs moraux parce qu'il possède gravée en lui toute une éthique. Il doit les uns et les autres à la satisfaction
(1) Ezéchiel, xvi, 49.
des besoins physiques, intellectuels, moraux. La culture, le plein épanouisssement du moi sont un plaisir ou une volupté. Cette culture est légitime pourvu qu'elle ne se transforme pas en passion excessive.
De sa nature la passion est envahissante, aussi, tout aussitôt, les sept péchés capitaux s'installent et, selon qu'il s'agira de la portion morale, intellectuelle ou physique de l'homme, celui-ci sera la victime de tel ou tel des péchés capitaux ou de tous à la fois.
Au fond, les péchés capitaux sont l'exagération de la satisfaction de besoins normaux, instinctifs de l'être humain. A ce point de vue les animaux sont les victimes des mêmes faiblesses. Ainsi le chat est gourmand, paresseux et envieux, le singe luxurieux, d'autres sont avares.
Ceci nous amène à cette proposition que les sept péchés capitaux sont l'exagération des sept instincts principaux de la vie végétative, exagération volontaire dans un but de volupté et qui, par la force de l'habitude, devient un besoin.
La satisfaction de ce besoin-là, péché (1) au sens religieux du mot, est une désobéissance aux lois biologiques. Un péché puisque la volonté ne s'y est pas opposée, une désobéissance parce que contraire à la mesure et à l'harmonie strictes qui président et doivent présider aux fonctions naturelles.
(1) I. Corinthiens, vi, 10. Pierre, it, 3 et 4.
Rester dans cette mesure et dans cette harmonie constitue précisément la vertu, effort de volonté prouvant que la volonté agit sur l'organisme puisqu'elle peut mettre un frein à la vitesse acquise et croissante des penchants, des inclinations, des plaisirs, des voluptés, des passions excessives.
D'après certains auteurs les divers tempéraments seraient la cause profonde de la tendance à commettre tel ou tel des péchés capitaux et s'y laisser aller aggraverait encore le tempérament.
L'action éducative de la religion, de la morale et de la philosophie doit donc tendre à fortifier la volonté qui met un frein aux tendances et à éclairer chaque individu sur les dangers inhérents à l'abus de l'exercice des tendances, filles de son tempérament. Connaissant le danger et ayant une volonté forte, il résistera et neutralisera de lui-même ce qu'il y a de dangereux pour lui dans ses tendances.
C'est là chose nécessaire, les passions ayant une action viscérale intense. Elles augmentent la force et le nombre des battements du cœur, elles activent la circulation, elles élèvent la pression sanguine et augmentent les oxydations. De plus, soit qu'elles agissent sur le cerveau, l'estomac ou le cœur, leur action
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est désordonnée, l'harmonie organique troublée et la maladie guette à la porte. Que de maladies nerveuses et de l'estomac, que de manifestions derarlhritisme n'ont pas d'autres causes ?
Réveillé-Parise a écrit que le chagrin agit sur l'estomac, l'effroi sur le canal intestinal, la colère sur le foie ; que le désir allume le sang, que Taversion le refroidit, que l'épouvante le glace à la façon du choléra ; que les passsions arrêtent ou accélèrent la circulation, font couler les larmes, blanchir la barbe, mourir subitement. Ce même auteur rapporte encore que Gureau de la Chambre, médecin de Louis XIII, avait remarqué que la rougeur excitée par la colère commence par les yeux, celle de l'amourparle front, celle de la honte par les joues et l'extrémité des oreilles.
Cette dernière réflexion fait penser à cettt; loi de biologie d'après laquelle les agents thérapeutiques et toxiques ont une action élective sur tel ou tel tissu. Il y aurait concordance entre le mode d'action des diverses impulsions psychiques et celui des substances thérapeutiques et toxiques.
Cette analogie doit donc rendre circonspect à leur égard comme on l'est au milieu de l'arsenal si riche et si varié de la thérapeutique moderne. Elle nous avertit de l'influence variée des passions sur l'organisme comme aussi des dangers qu'elles peuvent occasionner lorsqu'elles sont exaltées.
On peut dire d'elles ce qu'on peut dire des agents thérapeutiques ou toxiques qu'il n'y a, à proprement parler, pas de poisons, que tout est relatif et question de dose, mais que la prudence exige d'être plutôt en deçà qu'au delà de la dose.